NdA : Yosh, Minna ! Hisashiburi ! Ben oui, je sais, mea culpa, je suis en retard. Mais réjouissez-vous, ce chapitre est long et ne manque pas de rebondissement. Un peu de angst par contre, mais je ne vais pas les faire souffrir trop longtemps (normalement…).

Petite parenthèse : Dans les mangas, l'insigne des Von Bielefelt est un oiseau d'or, je l'ai changé parce que…Parce que, voilà ! J'étais déjà dans le AU à cause de Filia, donc tant pis, et toc !

Etant désespérée de ne jamais arriver à me relire correctement, je cherche une béta pour cette fic si ça intéresse quelqu'un… (Yeux de chaton (ben oui, je préfère les chats aux chiens, alors chaton, pas chiot))

Merci à tous mes lecteurs et je vais faire avec cette fic comme avec Et mes anges volent et meurent (une autre de mes fics), à partir de maintenant (c'est-à-dire des reviews du chapitre 9), je vais répondre à chacune de mes revieweuses individuellement, donc, si ça ne vous concerne pas, vous pouvez descendre un peu

Shizuka kurai : Pas de pb, j'ai moins même trouvé ma faute de frappe assez comique (bon, oui, j'ai corrigé quand même, pas la peine de me mettre encore davantage la honte à moi-même). Continue à me signaler, comme j'ai pas de béta…merci pour me reviewer avec fidélité, c'est toujours agréable !

cloclo neechan : Du courage, j'en ai à revendre (en ce qui concerne les fics en tout cas), mais comme toi, c'est plutôt de temps que je manque (pourquoi une journée ne fait-elle que 24 heures et pourquoi doit-on dormir au moins 6 de ces 24 précieuses heures…) ? J'espère bien que tu écris ce que tu penses, sinon, effectivement, ça sert à rien. Moi aussi je réponds ce que je pense, une remarque appelle une réponse. Bienvenu sur le site en tt cas. Et merci pour la review.

Cha-chaan : Mais arrêtez donc de les plaindre…ça pourrait être pire, ils pourraient en être encore au stade OAV (« je t'aime moi non plus »). Non, sérieusement, j'ai pas fini de les embarrasser, ils sont trop choux, tout simplement. Quand au « moment où ça devenait intéressant » pas de soucis, ça deviendra très intéressant dans plus d'un chapitre futur, je ne pourrai pas m'en empêcher et puis, j'avoue, j'aime bien les lemon…Bref. Je sais pas ce que tu entends par « petit signe », mais je vais voir ce que je peux faire.

Tenjomaho: Que dire face à cette déclaration ? Je vis pour satisfaire mes lectrices…Et pour les mangas…et pour le vieux rock…et pour le Japon…et pour les bouquins… le ciné…les études…les sciences politiques…hem…bref…Merci pour la review !

Naikkoh : aouch…j'espère que tu n'as rien contre l'angst dans le cadre d'un hurt/comfort parce que ce chapitre l'est un peu. Et c'est vrai que Yuuri est aussi aveugle qu'une taupe en ce qui concerne Wolf dans l'anime, mais la vile « yaoidaisuki !»girl que je suis à OoC-ifier le sujet pour le rendre plus réceptif et je suis contente que ça plaise. En tout cas, j'ai essayé, mais je n'arrive tout simplement pas bien à écrire un Yuuram sans prendre la position de Wolf. Ca me parait plus évident comme ça, quoique mon Wolf soit un peu éloigné de celui de l'anime. Bref, merci pour la review…

Sitatu : Merci pour le jolie compliment (c'est pas tous les jours qu'on me dit que j'ai réussi à faire apprécier un couple). Le Conyuu et moi, ça fait pas bon ménage, je sais pas pourquoi…Peut-être parce que je suis trop attaché au rôle de « grand frère » de Conrad…Et pourtant, j'en ai un, court, en projet (masochiste moi ? Nooon) je sais pas si ça prendra réellement forme, on verra. En tout cas, merci pour la review !

Chapitre 10 : La figure paternelle, la plaie fraternelle

Yuuri me regardait, se mordant la lèvre en un mélange de culpabilité et d'embarras.

Je revoyais notre…notre…étreinte…J'ai adoré ça…Mais je n'étais pas prêt à le dire.

-Henachoko, grognai-je, avant de me diriger vers le bain fumant et de me déshabiller

-Wol…Wolf ? Qu'est…qu'est-ce que tu fais ?

Je répondis sans pour autant cesser ce que je faisais.

-Je vais me laver et aussi prendre un bain, je ne sais pas si tu te rends compte, mais je suis tout collant maintenant !

Je me retournai juste à temps pour voir mon fiancé piquer un fard. Je levai les yeux au ciel mais m'abstins de tout commentaire, profitant secrètement de ne plus être le plus embarrassé de nous deux. Profitant également de savoir que ma nudité faisait réagir Yuuri.

-A…Alors ça va, n'est-ce pas ?

Je souris, dissimulé de la vue de mon amour.

-Ca va, Yuuri. Ne t'en fais pas. C'est juste que…

Je faillis faire un bon de trois mètres en sentant deux bras se refermer sur moi. Je sursautai violement, mais Yuuri tint bon.

-HENACHOKO !

Un baiser sur ma nuque ne fit rien pour calmer mes pauvres nerfs.

-Un peu nerveux, Wolf ?

Nerveux, moi ? Noon, mon timide, mon Henachokome de fiancé, toujours habillé, vient juste de me plaquer, moi, nu, contre sa poitrine. Ai-je signalé qu'il était censé être timide ?

Il enfouit son visage dans mon cou.

-Je ne pensais pas qu'ils surgiraient tous dans la pièce, Wolf, pardon…

Je me sentis de nouveau rougir et déglutis.

-C'est…c'est pas grave, Yuuri…On…Je vais juste aller prendre mon bain…

Une étrange sensation au niveau de mon cou me fit froncer les sourcils.

-Yuu…Yuuri ? Est-ce que tu viens juste de me renifler ?

La sensation revint, accompagner d'un bruit distinct.

-J'aime ton odeur. Expliqua-t-il, sibyllin.

-Yuuri, je sens la sueur et…et…

Je désignai vaguement mon entrejambe, à défaut d'oser prononcer le mot à haute voix.

-Hm Hm. Approuva-t-il, et je le sentis sourire contre ma peau.

J'avoue avoir été élevé dans le luxe et aimer les odeurs raffinées des huiles et des essences utilisées couramment à la Cour. La crème que j'applique sur mes mains pour l'adoucir après avoir manier l'épée a ma préférence. J'avais du mal à concevoir qu'on puisse prendre plaisir à sentir les odeurs corporelles qui me parfumaient à ce moment.

-Yuuri, c'est dégoutant.

Il me relâcha et je ressentis sa perte avec une grande acuité. Mais il ne s'éloigna pas, il vint juste se placer devant moi.

-C'est pas dégoutant, Wolf. Pas du tout.

Son sourire avait quelque chose d'énigmatique, comme s'il savait quelque chose que j'ignorais. Ca m'énerva un peu. Je fis la moue et le dépassai pour me laver rapidement avant d'entrer dans le bain bouillant. La chaleur de l'eau eut tôt fait de délasser mes muscles et de m'apaiser. Je me laissai aller, fermant les yeux. J'entendis la porte se fermer derrière Yuuri, mais ne bougeai pas d'un cil. Et surtout, je faisais mon possible pour ne penser à rien.


Après mon bain, une fois enfiler mon uniforme de rechange, je rejoignis Yuuri et Murata (et Conrad, est-il encore nécessaire de le préciser…) dans le bureau royal. Lorsque j'entrai dans la salle, ce fus pour voir un Yuuri écarlate finir de raconter son « expérience » avec le Roi origin…non, le Maou. Je remarquai que Gwendal n'était pas là, mais n'eus pas le temps de m'interroger sur son absence. Murata s'adressa à moi sans ambigüité.

-Lord Von Bielefelt ! Pourriez-vous me répéter ce que vous a dit le Maou durant votre…hem…entrevue.

Le ton du Grand Sage était taquin et malicieux. Je ne pus m'empêcher de rougir au terme « entrevue » et détournai la tête pour le cacher. Murata jouissait trop de la situation à mon gout.

-Pas grand-chose…

Menteur…

-…juste que Yuuri…

Boucle là !

-…a besoin de prendre confiance en lui…

Il a aussi dit des choses plus…osées…comme « Tu es mien.», ça te rappelle rien, Von Bielefelt ?

-…Et que alors, ce Henachoko serait capable de pendre la pleine mesure de ses pouvoirs !

Ca regarde personne ce qu'il l'a dit quand il… !

-Ne m'appelle pas comme ça !

Yuuri, n'en rajoute pas ! Cette voix dans ma tête se suffit à elle toute seule pour m'enquiquiner !

-C'est tout ce qu'il a dit ?

Réponds au Grand Sage si tu oses, Wolfie !

-Rien ! Et j'ai dis « la ferme » !

Je me tus subitement en voyant les yeux ronds qui me fixaient avec incrédulité.

-Wolfram, tu vas bien ? S'enquit Conrad d'un ton un peu inquiet.

Ca y est, je suis en train de devenir dingue… Je ravalai ma salive et grognai un « oui » à mon frère avant de détourner la tête. Je me sentais las.

-Wolf ?

Je me sentais mi heureux (il s'inquiète pour moi) mi agacé (Henachoko, je ne suis pas en cristal !) par la sollicitude de Yuuri. Cette voix dans ma tête devait être due à la fatigue. Avec tous les évènements de ces derniers jours, ça n'avait rien d'étonnant en soit.

-Ca va, Yuu…

Mais la porte s'ouvrant avec fracas me coupa la parole. Comme prévu…Günter.

-HEIIIIIIKA ! Il faut que vous veniez tout de suite !

-Günter ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Yuuri, peu alarmé.

C'est bien, il commence à comprendre que l'hystérie est un état normal pour Von Krist…

Günter prit une inspiration et proclama d'une voix ennuyée :

-La suite de Lord Von Bielefelt va arriver d'ici demain midi.

D'accord, j'admets que dans ce cas, l'hystérie est pleinement justifiée… Il était tout de même plus qu'étrange que mon père ne se soit pas fait annoncer avant d'arriver. Un tel manquement aux usages, de sa part…Mais si, bien sûr qu'il s'est fait annoncer, sinon comment Günter saurait qu'il est en chemin…mais alors par qui et pourquoi pas directement à Yuuri, comme le veut le protocole ?

-Lord Luther est venue annoncer l'arriver de son père. Il discute avec Gwendal en ce moment même.

Je vis l'expression réprobatrice de Günter. Il n'aimait visiblement pas plus que moi la situation…ni l'affront fait a Roi en demandant à parler à son conseiller avant de lui avoir même présenter ses hommages. Pour ma part…je n'arrivais même pas à réfléchir correctement. Je pouvais l'admettre, dans l'intimité de mes pensées, Luther m'avait toujours terrorisé. Depuis mon enfance. Dès la première fois où il a posé ses yeux verts venimeux sur moi alors que je n'étais qu'un petit garçon, j'ai su qu'il me haïssait. Ces yeux me font toujours penser à du poison, vert liquide, sombres et vicieux. Luther…Je frissonnai. Je ne voulais pas le voir. Je ne le voulais pas ! Je voulais aller me cacher dans notre chambre, sous la couverture…Dans les bras de Yuuri.

Pourrais-tu être plus pathétique… ?

Je serrai les dents, tentant de calmer la panique que je sentais monter en moi, aussi irrationnelle qu'elle soit…

-Wolf ?

Je me tournai vers Yuuri. Il me regardait avec sérieux et je compris que ça n'était pas la première fois qu'il m'adressait la parole. Je ne dis rien, une boule dans la gorge m'empêchait de parler.

Ne me demande rien, Yuuri…

Les sourcils de mon fiancé se froncèrent davantage mais il n'ajouta rien, semblant accorder ma muette requête. Il me prit doucement la main et la porta à ses lèvres pour y poser un baiser furtif et je sentis mon corps se détendre et mon angoisse s'apaiser. Mais comment fait-il pour… ?

-Allons voir ton frère, d'accord ?

Je hochai faiblement la tête et il me dédia un sourire radieux, encouragement muet. Je vis du coin de l'œil Conrad s'avancer, l'air plus sévère que d'habitude. Oh oui, lui aussi avait des souvenirs cuisants concernant Luther.

-Allons-y, Shibuya ! Je me sens prêt à affronter une terreur blonde de plus du clan Bielefelt!

-De quoi ? Criai-je, vexé de son regard amusé.

-Allons, allons…tenta Yuuri en pressant davantage ma main, tout en s'insérant pas tellement subtilement entre Murata et moi.

-Comment ça « de quoi » ? Rit doucement Murata. Vous oubliez que j'ai traité avec ces dites terreurs pour la première fois il y a quelques 4000 ans ! Je sais de quoi je parle !

Je me demandai très sérieusement quelle serait la sentence pour avoir grillé le plus vénérable conseiller de la Cour à la manière d'une viande oubliée sur la braise lorsque Yuuri m'entraina à sa suite avec rapidité.

-Yuuri ! Lâche-moi !

-Pour que tu grilles ce pauvre Murata à la manière d'une merguez sur un barbecue ? Certainement pas !

Merguez ? Barbecue ? Mais de quoi il parle ?

A cet instant, pour la raison évidente que le vocabulaire terrestre de Yuuri m'était inconnu, je n'avais pas compris à quel point il était étrange que nos pensées soient si proches.

-Ce « pauvre » Murata ? Tu as entendu ce qu'il a dit !

Yuuri ralentit mais ne me lâcha pas la main, me forçant à marcher à ses cotés.

-Qu'il a rencontré ta famille pour la première fois il y 4000 ans, ce qui est vrai. Et que cette famille donne naissance à des blonds volcaniques, ce qui me parait assez plausible.

Il y avait une lueur à la fois taquine et tendre dans son regard. Il se pencha pour approcher ma bouche de mon oreille.

-Mais je suis persuadé que j'ai le plus beau près de moi.

Je fis mon possible, mais vraiment tout ce que je pouvais, pour ne pas rougir. Peine perdue.


Plus nous nous rapprochions du bureau de Gwendal, plus l'angoisse revenait. Je me surpris plus d'une fois à serrer fortement la main de Yuuri et tentait tant bien que mal de réfréner ma panique. Heureusement, je sentais derrière nous les présences muettes mais apaisantes de Conrad et Günter et entendais Murata siffloter un air qui m'était inconnu. Je n'étais pas seul, ça n'avait rien à voir avec toutes ses fois où Luther était venu dans ma chambre au Château Bielefelt pour me blesser de ses mots cruels et acides. Je me répétais cela encore et encore, alors même que Günter nous passait devant pour ouvrir la porte devant nous et annoncer d'une voix solennelle :

-Sa Majesté Shibuya Yuuri, 27ème Maou et son fiancé, Lord Wolfram Von Bielefelt.

Ca me faisait tout drôle d'entrer comme ça, main dans la main avec Yuuri, annoncé comme son promis. Il allait me falloir un certain temps pour m'habituer au fait que, oui, ça y était, j'étais bel et bien considéré comme le fiancé de Yuuri.

Gwendal était assis, droit et sévère, derrière son bureau. Son visage était de marbre. Je ne connaissais pas grand monde, à part Conrad et Haha-ue, et bien sûr sa Némésis Anissina, qui puisse soutenir son regard quand il est comme ça. Et…

Oh, Shinou, donne-moi la force !

Luther n'avait pas changé d'un pouce, mais bien sûr quel Mazoku change en si peu de temps ? Il était de ma taille - nous étions tous soit petit soit très grand dans la famille, allez savoir pourquoi… - mais un peu plus large d'épaule, sa cape cintré noir et argent renforçant encore cette impression. Il s'était tourné à notre entrée, nous faisant face, rigide, ses yeux verts, assortis à sa tenue de voyage en cuir souple, me foudroyant du regard. Son visage était bien plus dur que le mien et ses minces sourcils ne faisaient que renforcer l'image de serpent qui dansait dans mon esprit. Sur le torse de son pourpoint, le loup aux yeux émeraude des Von Bielefelt se tenait droit, comme perché sur un roc, menaçant sans être agressif. Comme j'aimais ce symbole ! Mais comme j'aurais voulu ne jamais le voir en ces murs !

Gwendal se leva et s'inclina devant Yuuri avec une déférence dont il faisait rarement preuve. Je sentis l'étonnement de mon fiancé face à cette marque de respect. Ani-ue ne le faisait jamais. Mais là, un étranger était dans les murs, qui plus est un Von Bielefelt, il fallait respecter les traditions. Et ce, peut importe combien elles paraissaient obsolète quand on connaissait la relation entre Yuuri et Gwendal. Luther lui-même ne se décida qu'après un moment trop long à enfin s'incliner sèchement et rapidement devant le Souverain.

-Bonjour, s'exclama Yuuri avec son enthousiasme habituel. Pas la peine de vous inclinez ! Shibuya Yuuri, enchanté !

Et de s'incliner à son tour. Je résistai à l'envie de me taper le front de la main. Je sais que s'incliner lorsqu'on se présente est une coutume de son pays d'origine, mais il est le Roi, bon sang ! Henachokome !!

Je vis Luther plisser les yeux, quelque peu pris par surprise, avant qu'il ne se reprenne et qu'un sourire méprisant ne se dessine lentement sur son visage.

-Luther Von Bielefelt, énonça-t-il avec douceur, de cette voix grave et élégante que je ne connaissais que trop bien.

Yuuri lui dédia un brillant sourire.

-Alors vous êtes le frère de Wolf, s'enquit mon Henachoko de fiancé avec cette curiosité naïve que je n'avais jamais autant détesté.

Le sourire de Luther se crispa encore davantage alors que la température de la pièce sembla baisser de plusieurs degrés.

-J'ai cet…honneur…en effet.

-C'est vrai que vous vous ressembler beaucoup.

Yuuri me sourit avant de reporter son attention sur Luther qui reprenait la parole, une sourde colère au fond de la voix.

-Je n'ai pas grand-chose à voir avec ce bâ…avec Wolfram. Nous n'avons que très peu vécu ensemble, Yuuri-Heika.

Un joli rattrapage qui ne m'empêcha pas d'entendre le « Bâtard » tout à fait distinctement, comme une lame mordant ma chair là où elle commençait tout juste à cicatriser. Yuuri me serra brièvement la main et je compris que cela ne lui avait pas échappé non plus. De toute manière, à qui cela aurait-il pu échapper ? Je sentis la honte bruler mes joues et baissai la tête. Je savais que je me mettais en position de faiblesse, mais ne pouvait m'en empêcher. Et Luther le savait. Je serrai les dents.

-Vous allez pouvoir apprendre à mieux vous connaître dans les prochains jours, décida Yuuri, avec confiance, peut-être que vous avez plus en commun que ce que vous croyez !

Avec un coup d'œil à Luther, je sus immédiatement que nous venions effectivement de nous trouver un point commun : cette idée nous dégoutait tous les deux.

-Votre Majesté, intervint doucement Günter, Lord Von Bielefelt doit être exténué

Exténué…Tu parles…

-Peut-être pourrions-nous le faire conduire à ses quartiers ?

-Et il y a de nombreuses affaires qui exigent votre attention, trancha Gwendal d'une voix sèche.

Je ne savais pas ce qui s'était passé avant notre arrivée, ou quels avaient pu être les sujets de leur discussion, mais je devinai qu'il en appelait à tout son self control pour ne pas s'en prendre physiquement à Luther.

Yuuri inclina la tête.

-Bien sûr ! Je vais montrer ses appartements à Lord Von Bielefelt !

-Yuuri-Heika…Voulut intervenir Conrad, sentant probablement venir les problèmes.

-C'est Yuuri tout court, nazukeoya, sourit mon fiancé sans l'écouter.

J'étais sur le point de lui lâcher la main. Il voulait faire l'imbécile avec Luther, parfait, mais pas question que je l'accompagne. Puis je me ravisai, honteux. Quel guerrier est, à plus de 80 ans, toujours terrorisé par son grand frère et quel chevalier du Roi laisse son suzerain seul face au danger ? Au contraire, je resserrai mon emprise avec résolution.

-Wolf, est-ce que tu pourrais aller voir Greta ? Je crois qu'elle voulait prendre le thé avec toi.

Par…Pardon ? D'abord, c'était faux, Greta n'avait jamais demandé à prendre le thé avec moi, et ensuite, de quel droit ce Henachoko se débarrassait-il de moi comme ça !

Mais il se tourna vers moi et je vis le sérieux au fond de ses yeux noirs. Il voulait être seul avec Luther. Pourquoi ? Et si Luther me ressemble et que…Je réfrénai immédiatement cette montée de jalousie, aussi impromptue qu'irraisonnée. Luther n'avait rien qui pourrait plaire à Yuuri. Cependant j'étais inquiet pour mon naïf fiancé entre les griffes de cette vipère (oui, je sais, les vipères n'ont pas de griffe, mais si vous croyez que je pouvais réfléchir correctement dans mon état !).

Yuuri me sourit à nouveau et je compris qu'il était tout à fait sûr de lui et aussi inamovible qu'une montagne. Je plissai les lèvres mais lâchai sa main et, sans un regard à Luther, quittai la pièce à la recherche de Greta.


Ma petite princesse se trouvait de fait dans la cuisine principale, en train de se laver les mains. Une bonne odeur de gâteau au chocolat embaumait l'air et je déduisis qu'elle avait dû encore une fois s'essayer à la cuisine. Malgré ma désapprobation - la cuisine n'est pas une activité qui sied à une princesse – je ne pouvais que reconnaître ses indéniables talents dans ce domaine.

-Wolfram, s'écria-t-elle à mon entrée avec un large sourire.

Yuuri n'est peut être pas son père de sang, mais qu'est-ce qu'elle lui ressemble !

-Tu arrives trop tôt ! Le goûter n'est pas prêt ! Greta a fait le gâteau préféré de Yuuri !

Je souris à cela et Lasagna s'inclina.

-Votre Excellence, je pensais faire servir le thé dans le salon bleu, puisque le frère de votre Excellence vient d'arriver.

Je grimaçai, non seulement au mot frère, mais à l'idée de devoir prendre le thé avec Luther. Greta gloussa et je lui lançai un regard interrogateur.

-Wolfram a fait la même tête que a fois où Sangria avait mis trop de poivre sur la viande ! Comment il est, ton frère ? Est-ce que toute la famille de Wolfram va venir ? Oh ! On pourrait ajouter des fraises, qu'est-ce que tu en penses Sangria ?

Je regardai avec indulgence Greta, souffler par sa capacité à changer de sujet dans la seconde, mais heureux de ne pas avoir à répondre à ses questions. D'une certaine manière la présence de Greta allait m'aider à affronter tout cela. Parce qu'il allait falloir que je la protège de ma famille et cela me rendait fort, étrangement. Mon père n'allait jamais l'accepter comme ma fille et les autres…Les autres allaient la blesser, par leurs remarques ou leur indifférence. Je ne laisserai rien lui arriver !

-On va chercher Chichi-ue !

La voix cristalline et joyeuse de Greta s'éloignant de moi me força à abandonner mes sombres pensées et à me mettre à courir pour la rattraper. Elle bondissait joyeusement dans les escaliers et les couloirs en direction du bureau de Yuuri.

-Greta ! Attends-moi !


Nous arrivâmes à l'aile du château réservée aux appartements des invités et Greta s'arrêta d'un coup à l'angle de deux couloirs. Je me penchai au dessus d'elle pour voir ce qui l'avait stoppé ainsi et dû retenir une exclamation.

Devant nous, à quelques mètres se trouvait Luther, effondré contre une porte, une expression de pure terreur vissée sur le visage et devant lui… Devant lui, se tenait Yuuri, ou plutôt, la forme Maou de Yuuri, ses cheveux noirs glissant sur ses épaules, ses yeux de chat rivés sur Luther. La souveraine furie du Maou irradiait tout le couloir et les signes de la punition étaient gravés dans le bois au-dessus du blond…

-Chi…

Je plaquai les mains sur la bouche de Greta, l'empêchant d'intervenir. J'avais confiance en Yuuri, mais la menace qu'il présentait sous cette forme était bien réelle. Je ne comprenais pas. Si les signes étaient gravés, cela signifiait que Yuuri avait déjà rendu sa sentence, alors pourquoi le Maou ne cédait-il pas la place à mon Henachoko de fiancé ? J'avais peur. Oui, à cet instant, j'avais peur, non pas de Yuuri, mais pour Yuuri.

-Lord Von Bielefelt, si vous menacez encore une seule fois ma famille, vous subirez bien plus que cela ! Et s'il arrive quoique ce soit à Wolfram, priez que je n'y survive pas, parce qu'aucun endroit au monde ne vous mettra à l'abri de ma vengeance…

Son courroux sembla redoubler à cette menace. Il fallait que j'intervienne. Si Yuuri tuait Luther, je pourrais aisément danser de joie, mais tout Shin Makoku se préparerait à la guerre civile. Ce serait détruire tout ce que Yuuri a battit. Tout ce que nous avons battit…

Je fis glisser Greta derrière moi et sortit de notre cachette. Prenant une grande inspiration et priant Shinou pour que ma voix ne tremble pas, je criai à plein poumon :

-HENACHOKO !

Luther sursauta violement. Le Maou se contenta de couler son regard depuis Luther vers moi. Je frissonnai en me souvenant de ses mêmes yeux, amplis de désir, incandescents, enchaînant les miens, alors qu'il emprisonnait mon corps dans notre étreinte, à peine quelques heures plus tôt.

-Oui, mon bien aimé ?

Sa voix était calme et son regard un mélange d'indulgence et de possessivité que je n'aurais jamais crû possible. Il avait des yeux si expressifs, pour qui le connaissait…

Je pris mon courage à deux mains (je l'aurais bien pris à plus de main…si ça avait été possible) et m'avançai pour le gifler. Il ne me laissa pas faire, attrapant sans difficulté ma main et en profitant pour me tirer dans ses bras. Je tentai de le repousser, les mains à plat sur son torse mais il ne bougea pas d'un pouce, enserrant ma taille entre ses bras et posant ses lèvres sur les miennes. Son baiser était ardent et familier. Je m'entendis gémir, mon corps entier s'embrasant à son contacte. Mes mains s'accrochèrent à sa tunique et je fermai les yeux. Sa langue plongea dans ma bouche avec une arrogante assurance, mais je me trouvai incapable de l'en empêcher. J'aimais tant son contacte. Je l'aimais tant. Mais j'aimais Yuuri bien davantage. Cette pensée me sortit de la transe sensuelle dans laquelle il m'avait piégé. Je m'écartai brusquement, me rendant très bien compte que je n'avais pu le faire que parce qu'il l'avait permis. Il me sourit, caressa distraitement une de mes mèches blondes et se transforma sous mes yeux. Le fait que la transformation ne le fasse plus ni s'évanouir ni même s'affaiblir était nouveau. Je ne savais pas encore si c'était bon signe.

Me souvenant soudainement de la présence de Luther, je reportai mon attention sur lui. La haine pure qui brillait dans ses yeux me fit frémir et je me plaçai inconsciemment entre lui et Yuuri. Il se leva et tira sur ses vêtements pour se donner un semblant de dignité puis ouvrit la porte derrière lui et après un bref salut, entra et la referma d'un coup sec. Je soupirai de soulagement…

…et me tournai vers Yuuri, furieux. Son air embarrassé ne fit rien pour me calmer. Je pris une inspiration mais avant que j'aie pu libérer toute ma colère sur mon promis, Greta jaillit dans le couloir et se jeta dans ses bras.

-Chichi-ue ! Greta a eu si peur !

Yuuri sourit, rassurant et caressa les cheveux de Greta.

-Lààà. Il ne s'est rien passé de grave, Greta. J'avais juste besoin d'éclaircir certaines choses avec Luther Von Bielefelt. Certaines personnes sont difficiles, tu sais…Je m'excuserai de mettre emporter.

Il nous joue le retour du Roi-démon parce qu'il a été poussé à bout, et tout ce que ça lui inspire c'est de s'excuser ! Songeai-je avec une tendresse agacée. Je voulais savoir le « pourquoi ? » mais pas maintenant, et surtout pas devant Greta.

-C'est lui, Luther ? Questionna Great, avec une grimace. Greta ne l'aime pas.

Et Greta a bien raison !

-Allons, allons, Greta, la rabroua gentiment mon Henachoko de fiancé, les Von Bielefelt sont ta famille aussi. Il va falloir apprendre à composer avec ton oncle Luther. Ca vaut pour moi aussi d'ailleurs, vu qu'il sera mon… mon beau-frère.

-Ca n'est pas mon frère ! Criai-je violement. Il ne le sera jamais ! Ne raconte pas ce genre de chose à notre fille !

-Wolfram…Commença Yuuri, mais l'arrivée de Günter le coupa.

-Ah, votre illustrissime Majesté ! Je vous cherchais ! Le tailleur vient d'arriver ! Vous devez a-bso-lu-ment le laisser prendre vos mesures maintenant où votre tenue de cérémonie ne sera jamais prête à temps !

Yuuri soupira.

-Günter, la cérémonie n'est que dans deux semaines…

-Une semaine et six jours, corrigea sentencieusement le conseiller. Oh, Shinou, Shinou ! Comment va-t-on réussir à être dans les temps ! Il faut se dépêcher !

Il saisit le bras de Yuuri, un peu trop possessif à mon gout, mais je n'eus pas le temps d'intervenir que Greta se saisissait de l'autre bras de mon infortuné promis.

-Nooon ! Greta veut que Yuuri vienne prendre le thé avec Greta et Wolfram ! Greta a préparé son gâteau préféré !

Coincé entre les deux, Yuuri essaya de trouver un compromis.

-Je vous rejoins dans une demi-heure, d'accord Greta ?

-Mais votre Majesté, le tailleur…

-…Est ici pour plein d'autres nobles. Ca peut attendre. Je vais le laisser faire ses premières mesures ensuite j'irai goûter avec Greta.

Günter soupira mais hocha la tête et les deux partis relâchèrent leur prise.

Je regardai mon fiancé partir, incertain de pourquoi je n'avais rien dit de sa transformation à Günter et du fait que je savais que je ne voulais en parler à personne. Quelque chose de dangereux se profilait. Je le sentais, même sans l'aide de Murata et de Shinou…Et l'augmentation de la fréquence des apparitions du Maou me terrifiait. L'emprise qu'il avait sur moi…Mais je ne voulais pas en parler. Peut-être cherchais-je à éviter la vérité ? En tout cas je me sentais mal-à-l'aise et la présence de mon…frère…n'arrangeait rien. En parlant de frère, où diantre était Conrad ?

-Dis, Wolfram…

Je baissai les yeux vers Greta et vis son expression inquiète.

-Il ne va rien arriver à Yuuri hein ?

J'haussai les épaules.

-Mais non voyons, Greta, que veux-tu qu'il lui arrive, à part se faire piquer par un tailleur maladroit ?

Mais lorsqu'elle me prit la main, nous serrâmes chacun avec plus de force que d'ordinaire.


Le salon bleu, une vaste salle aux tentures indigo et aux rideaux de voiles bleu ciel, avait été réarrangée pour accueillir confortablement une dizaine de personne en cercle autour d'une table basse en bois de cèdre sur laquelle serait servi le thé. Greta et moi nous étions installés sur l'un des longs canapés de velours. Ma petite princesse s'était allongée, la tête contre ma poitrine et je l'entourais de mon bras tout en tenant le dernier roman d'Anissina que je lui lisais à haute voix. Cette fois-ci, notre infatigable héroïne devait garder une forteresse assiégée par une armée de zombis (quelle imagination...). Greta ne cessait de pousser des exclamations de plaisir et d'excitation face aux prouesses guerrière de l'alchimiste aventurière. Le bruit de la porte s'ouvrant m'avertit que nous n'étions plus seuls. Je me redressai et levai les yeux pour voir Luther entrer. Je déglutis et me forçai au calme. Il s'avança et s'arrêta à distance raisonnable devant nous. Son regard et son expression étaient ouvertement méprisants.

-Alors c'est vrai ? Tu as adopté une chienne perdue ?

Je me sentis bouillir de rage mais ses yeux me maintenaient à ma place et je serrai les dents. Greta leva des yeux incertains sur moi. Bien sûr. Elle avait été entouré d'amour depuis son arrivé ici. Comment aurait-elle pu imaginer que Luther, un membre de sa famille d'après Yuuri, pouvait parler d'elle en ces termes ?

Il ne fallait pas qu'elle assiste à ça.

-Greta, va rejoindre ton père.

-Mais Wolfram…

-Fais ce que je te dis !

Ma voix claqua comme un coup de fouet dans la pièce. Greta avait des larmes au fond des yeux. C'était la première fois que j'étais aussi sec avec elle. Mais je refusais de montrer la moindre faiblesse devant Luther, aussi stupide que puisse paraître cette attitude. Je voulais être quelqu'un en face de mon frère. Quelqu'un de fort. Et chez les Bielefelt, quelqu'un de fort ne montre pas d'émotion.

Greta finit par se lever piteusement et quitter la pièce après m'avoir jeté un dernier regard, comme si elle espérait que je la rappelle, mais je n'en fis rien. Mon cœur se serra en pensant à ce que je venais de faire, mais cela me sortis de l'esprit presque immédiatement quand le rire cruel de Luther raisonna dans la pièce.

-Eh bien, Wolfie…Une humaine ? Pouvais-tu tomber plus bas et trainer davantage dans la boue le nom qui t'a été donné ?

-Greta est la fille de Yuuri.

Je refusai obstinément d'écouter la voix qui m'accusait d'hypocrisie. Je voulais que Greta soit ma fille…mais je ne voulais pas que ma famille le sache. Incapable de m'en tenir à ma promesse de la protéger d'eux, je me rangeais de leur coté…

Je voulais tellement qu'ils me respectent.

-Qui est lui-même à moitié humain…

Il sourit et s'assit en face de moi.

-Tu es toujours aussi mignon.

Je savais que ça n'était pas un compliment.

-Tu as vraiment tout hérité de ta putain de mère.

Mon sang se mit à bouillir.

-Haha-ue n'est pas…

-Une putain ? Tu appelles comment une femme qui couche avec tous les hommes qui passent ? Qui va jusqu'à se vautrer dans le lit d'un humain, traitrise, alors qu'elle dirige le peuple Mazoku ? Qui séduit un homme marié ?

Je baissai la tête, partagé entre la rage et la honte. Je n'avais pas honte de ma mère. Ma mère…ma mère était une femme amoureuse, qui ne faisait que rechercher le bonheur. Elle n'avait jamais apporté autre chose que de la joie autour d'elle ou du moins elle avait tout fait pour. Je n'avais aucun doute qu'elle aimait le père de Conrad, même si par là elle m'avait maudi en m'offrant un frère ainé que j'aimais et que je devrai voir enterré…Quand à la séduction de mon père…Mon père n'était pas le genre à faire quelque chose qu'il ne voulait pas.

Mais je ne disais rien pour la défendre. Ma honte…Mon humiliation…

-Et tu vas faire comme elle, n'est-ce pas ? Ou plutôt tu l'as déjà fait. Mais tu es encore plus dégénéré qu'elle ! Tu n'as même pas attendu le mariage pour jouer les mignons pour ce bâtard moitié-humain. Ca fait combien d'année que tu lui ouvre tes jolies jambes ? Deux ans ? Trois ?

Je relevai brusquement les yeux. De quel droit osait-il…

-Yuuri et moi n'avons jamais…

Mais une brusque rougeur enflamma mes joues. C'était un mensonge. Yuuri et moi avions…et pas plus tard que ce jour.

-Il semblerait que si, commenta sèchement Luther, devinant que je ne pouvais nier, ce souverain de pacotille a dû bien profiter de tes charmes.

Je rougis davantage et gardait la tête baissée, humilié…j'aurais tellement voulu qu'il comprenne…

-Tu préférerais que père règne ? Demandai-je, espérant attirer son attention sur autre chose.

Il eut une grimace dédaigneuse.

-Bien sûr. Shin Mazoku a besoin d'un souverain réel. Mais père et moi sommes des patriotes. Nous respecterons le choix de Shinou. De toute manière ton bâtard de futur époux ne vivra pas bien longtemps de par son sang impur…

Je frémis. La seule pensée de la mort de Yuuri, qui viendrait avant la mienne, me glaçait le cœur et l'âme.

-…Et je ne t'apprendrai rien en te faisant remarquer que tu ne peux pas lui donner d'héritier. Le Maou suivant sera quelqu'un avec suffisamment de force de caractère et de vertu pour régner sur tout Shin Makoku.

Shinou ! Luther... veut le trône ?

Je n'avais jamais pensé à cela. Pas un seul moment. Je craignais le désir d'enfant de Yuuri comme un facteur pouvant l'éloigner de moi, mais je n'avais jamais pensé au problème de la lignée. La question ne s'était jamais posée dans le passé puisque Shinou désignait les Maou et que les Mazoku étaient bénis d'une vie extrêmement longue. Mais à présent…

Qui prendrait le trône à la mort de Yuuri ? Moi ? En aurais-je la force ? La force de lutter contre les ambitions de nobles aux dents longues ou de nobles qui, comme Luther, désapprouvaientt nos alliances avec les Humains ? Est-ce que tout ce qu'avait construit Yuuri était destiné à disparaître ?

-Ca me fait penser…

Il tira un parchemin de sa ceinture et me la tendit avec un sourire acide.

-C'est de la part de père. Il voulait que tu la lise le plus rapidement possible.

Je pris le parchemin et l'ouvris, alors que Luther se callait contre son fauteuil, comme s'il se préparait à regarder un spectacle divertissant.

Le message était clair, court et il me transperça de part en part aussi affreusement qu'une épée.

Wolfram, je suis extrêmement déçu. Je ne laisserai pas déshonorer notre famille, nous en reparlerons. Ton père.

Je fermai violement les yeux, cherchant à tout prix à m'empêcher de pleurer devant Luther. Le mot « déçu » dansait dans ma tête. Toute ma vie, j'avais cherché l'approbation de mon père et l'avait obtenu. Sa déception…Le fait qu'il considère mon amour pour Yuuri comme quelque chose d'indigne de moi, me meurtrissait.

-Tu m'excuseras auprès de ton « fiancé », Wolfie, déclara Luther d'une voix ravie, mais je me sens encore un peu fatigué. Bonne fin d'après-midi, petite pute.

Les mots, leur vulgarité même, ne me touchait pas. Je me fichai de Luther. Du moins je le voulais de toutes mes forces.

Mais mon père…


Et c'est roulé en boule sur le canapé, serrant le message contre mon torse, les larmes coulant sans discontinuer sur mon visage, que Conrad me trouva quelques minutes plus tard.