NdA : Et voilà, après un mois d'absence, le retour de Testament en ligne…Que dire, sinon que j'ai eu une grosse panne d'inspiration et que ce chapitre ne s'est pas fait sans mal (abus sur onigiri, écoute intensive de Soundtracks, matage en boucle de KKM…que des horreurs, je vous dis). Donc, ce chapitre est un peu à part, à mon avis, des précédents. Disons que j'ai cherché à rendre l'infantilité de Wolf de façon plus explicite…Mais bon, je vous laisse découvrir tt ça tranquille.

Bon, maintenant, pour la réponse aux reviews (qiark ! 14… glups, faut vraiment que j'arrête de laisser trainer mes histoires trop longtemps…je vais y passer la nuit…) quoiqu'il en soit, si ça vous intéresse pas, faîtes marcher la molette de la souris plein pot !

Sheinah : que te dire de plus à toi, qui vient de devenir officiellement ma bêta, à part un grand merci ? Tu n'as pas besoin de t'excuser de ne pas laisser de review, il n'y a aucune obligation à la clef :)…

Sitatu : j'espère que la fan de ConYuu que tu es ne se rebellera pas contre ce chapitre et que tu continueras à apprécier l'histoire (et ce pauvre Wolf va avoir bien besoin de tes encouragements, Henachoko comme il est…)

Saemi : J'adore les reviews, je vais pas mentir, mais ne vous excusez pas de pas en laisser, y a aucune obligation, lisez, appréciez si possible, la review, c'est seulement si vous avez envie :) … Bref, oui, Luther est un salaud, c'est comme ça…Mais vous verrez, il a de bons cotés, sisi, tt n'est jamais tt noir…

shizuka kurai : Ah…Ma défenseuse de Wolfie favorite ! Je serai ravie de t'utiliser abusivement comme bêta…mais ça sera pour le prochain chapitre parce que tête de nœud comme je suis, j'étais persuadée que t'avais pas de compte et par voie de conséquence, que j'avais pas ton adresse (« c'est pas grave Amb… c'est à force de boire trop de café…Elle a ton histoire dans ses alertes, mais bon… » « Ouuuui bon ok, ça va, Wolfram, couché ou je te laisser seul à seul avec Luther pour tt un chapitre ! » « Elle est mignonne, faut pas faire attention… » « J'ai dit couché ! ») Pour en revenir à tes reviews…Je me sens flatté que tu compares Luther à Lucius, parce que, bien que je n'aime pas particulièrement Harry Potter j'ai beaucoup aimé l'acteur qui joue son rôle et j'aime assez le perso dans le bouquin (oui, je sais, ça va en faire hurler certain(e)s, mais c'est comme ça, je trouve l'histoire de HP trop plate et les perso trop stéréotypés, et pour bien en rajouter, je suis aussi hyper allergique à Naruto) …Et pourquoi se consoler au fond des draps quand il y a pleins de terrasses au clair de lune dans le château…

halianna : Ben, voilà, je ne vous laisse pas comme ça (chapitre 10) mais comme ça (chapitre 11), à plus pour le chapitre 12… :)

briottet : Tout d'abord merci de ton offre, et pardon de publier avant d'avoir eu ta réponse mais j'ai déjà entamé le chapitre suivant et je voudrais pas les publier à un trop court intervalle l'un de l'autre…pardonpardonpardon, promis, pour le suivant, je patienterai…En tout cas, merci pour les encouragements

Naikkoh : Bon ben si t'as rien contre l'angst, tt mieux, parce que…Bref, pour écorcher vif, démonter, péter la gueule…etc…à Luther, faites la queue et prenait un ticket, parce que l'auteure n'est pas prête à s'en débarrasser du grand frère acariâtre et cruel…niark…(et merci pour le compliment)

cloclo neechan : Je continue, je continue, si ma muse masculine Wolfie me le permet…Et pour ce qui est de Luther, comme je l'ai dit, faîtes la queue…et merci pour l'offre, mais faudrait que tu me donnes une adresse mail :)…

deedo valentine : Serais-tu une fan de Lodoss ? Ca fait tellement longtemps que j'ai pas parlé à quelqu'un qui s'y intéressait (Deedo et Vincent Valentine, peut-être ? Si c'est le cas nous avons quelques goûts communs (à part Harry Potter)…Faudra que je passe sur ton blog). Pour en revenir à la fic, oui, je la continue et merci des compliments…

arala87 : Où est la file pour cogner sur Luther ? Derrière une majorité de mes revieweuses apparemment…Et Wolf n'était pas si pire au début (okok, c'était un sale petit prétentieux, un snobinard égoïste…un…bref…mais c'est l'adolescence…)…J'espère que tu continueras à apprécier.

Ashura : demande et tu seras exhaussé (avec un petit mois de retard) ! Voici la suite ! Et j'essaye de prolonger l'anime, si ça n'est que les auteurs (ah, les salauds, ne jamais faire confiance à un mangaka !) ont décidé de le continuer ts seuls, faisant de ma fic un encore plus AU que ce qu'elle n'était. Mais j'aime à penser que c'est un bon AU (c'est à force d'entendre tous vos compliments…)

meliy : devient tt rouge euh, la meilleure, je sais pas mais c'est sympa que tu le penses…et c'est moi qui vous remercie de vous y intéresser ! Enfin, bref, voilà la suite…

La Dama Arual : Tout d'abord, je suis très impressionnée, comme je le suis toujours, par les étrangers qui arrivent à bien lire le français et à l'écrire, c'est une langue vraiment difficile. Donc, un grand merci à toi pour ce bel effort. Et un grand merci pour les compliments, je vais tâcher de rester à la hauteur !

ninou123 : malheureusement pour lui, Wolfie est trop mignon pour son propre bien…Et les perso mignons sont destinés à souffrir entre mes mains (si y en a qui lise mes fics Gundam, ils ne le savent que trop). Enfin, voici la suite…des souffrances et réconforts de Wolf.

Chapitre 11 : Famille, je vous hais…

-Wolfram ?

Je déglutis et me cachai le visage derrière les mains. J'entendis Conrad soupirer, puis le sentis s'asseoir à coté de moi.

-Qu'est-ce qu'il t'a fait, cette fois ?

Je serrai les dents. J'ai déjà dit combien je déteste quand il fait ça. À croire qu'il a des pouvoirs de divination comme Ulrike…

-Qui ? Je…Je ne vois pas de quoi tu parles…

Je sentis sa main sur mon épaule, puis glissant sur mon dos, apaisante.

-Wolfram, je ne connais que deux personnes capables de te mettre dans cet état-là. Je viens d'en laisser une aux attentions de son tailleur, il ne peut donc s'agir que de l'autre. D'où ma question, qu'est-ce que ton père a encore fait ?

Je n'avais pas suffisamment de volonté à ce moment-là, que ce soit pour nier ou pour défendre mon géniteur. Mais j'avais encore suffisamment de fierté pour ne pas vouloir montrer la cause de mon désarroi à mon frère. Je donnai un brusque coup d'épaule pour l'obliger à éloigner sa main avec un grognement.

-Ça ne vous regarde pas, sir Weller.

Je me levai promptement et essuyai mes larmes d'un revers de main.

-Wolfram…

Je jetai un regard venimeux à mon frère. Mais qu'est-ce qu'il lui faut pour comprendre que je veux qu'il me laisse tranquille ! Je rajustai ma veste et tournai la tête…et compris que Conrad n'avait fait que me prévenir. La porte s'était ouverte sans que je m'en aperçoive. Greta, presque en larmes, se tenait là, serrant la main d'un Yuuri mortifié.

-Heika, je pensais que nous pourrions…

Günter s'interrompit, non pas à cause de moi, mais parce que l'aura de mon fiancé commençait lentement à s'étendre autour de lui. Je me mordis la lèvre. Nononononon, pas maintenant ! Yuuri devenait une fois de plus le Maou sous nos yeux.

-YUURI ! Criai-je, espérant contre tout espoir interrompre le processus. Yuuri ! Je vais bien ! Pas la peine de monter sur tes grands chevaux !

Je vis avec soulagement son aura se résorber. Mais le regard de Yuuri était toujours sévère et sa voix mortellement calme lorsqu'il exigea :

-Conrad, emmène Greta, je voudrais parler seul-à-seul avec mon fiancé.

Greta ne dit rien et alla se réfugier dans les bras de Conrad. Günter et mon frère partis, Yuuri s'avança et me prit la main.

-Qu'est-ce qu'il se passe, Wolf ? Pourquoi pleures-tu ?

Je ne tenais pas à répondre à l'une ou l'autre de ces deux questions, je pris donc le parti d'esquiver.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Ça serait plutôt à moi de te demander ça ! Une simple peccadille et tu rapatries le Maou ? Tu trouves ça normal ?

Il marmonna quelque chose que je ne compris pas.

-Tu peux répéter ?

Yuuri prit une inspiration et admit à voix haute.

-Je déteste quand tu souffres.

Je souris intérieurement mais ne laissai rien paraître.

-Et ça justifie que tu l'appelles ?

Yuuri se mordit la lèvre et se concentra sur nos mains jointes.

-Je ne l'appelle pas…pas vraiment. Il vient plus ou moins quand ça lui chante, comme avant.

C'était bien ce que je craignais. J'attirai Yuuri vers le canapé et l'obligeai à s'asseoir près de moi. Je ne résistai pas lorsqu'il m'attira dans ses bras.

-J'ai peur, Yuuri, murmurai-je doucement.

Ca n'était pas ce que je voulais dire. Je voulais le rabrouer, m'énerver…Mais c'était la seule chose à laquelle je pensais.

-J'ai peur qu'un jour il vienne et ne reparte plus…Que…Que tu…

La main de Yuuri me caressait les cheveux, doucement et, oserai-je le dire, tendrement.

-Ça n'arrivera pas, Wolf.

Je me redressai d'un coup.

-Comment tu peux en être aussi sûr ? Hein ? Comment ?

Yuuri me sourit, de ce sourire qui l'illumine entièrement jusque dans le fond de ses yeux noirs.

-Parce que tant que tu seras là, j'aurai toujours une raison de revenir. Toi, Greta, Conrad, ma famille…Je n'ai pas envie de vous quitter.

Je détournai les yeux pour ne pas me remettre à pleurer comme un enfant…Et pour étouffer ma jalousie ! Non, mais c'est vrai à la fin, pourquoi toujours Weller ?

-He…Henachoko…

Non, dites-moi que je n'ai pas la voix qui tremble…bravo, Wolf, entre tes crises de larmes et les tremblements tu trouves que tu ressembles encore à un prince ?

-Pourquoi tu pleures, Wolf ? Répéta la voix de Yuuri, alors que ses mains entouraient à nouveau les miennes.

Je ne voulais pas lui dire. C'était…trop intime ? Non, pas vraiment…Disons, trop blessant, trop peu valorisant.

-C'est juste un peu difficile pour moi, Yuuri. Ne t'inquiète pas.

Je lui souris, tout en prenant conscience que je souriais rarement à Yuuri, ou à n'importe qui d'autre, juste pour le geste, sans arrogance.

-Alors pourquoi tu as crié sur Greta ? Tu ne cries jamais sur Greta.

Ah, oui…Ça…

-Je n'ai pas…Je n'ai pas crié sur Greta. Luther a été particulièrement mauvais tout à l'heure. D'habitude, il ne déploie sa verve que sur moi, mais cette fois-ci…enfin, je voulais juste éloigner Greta, avant qu'il ne fasse un commentaire qui lui aurait vraiment fait mal.

Tu n'as aucune idée, Yuuri, de sa méchanceté, d'à quel point il peut se montrer vicieux. Je me mentais à moi-même et je le savais, mais Yuuri n'en avait aucune idée et accepta ma réponse avec un hochement de tête. J'avais honte et encore plus honte du fait que Yuuri ne semblait pas penser une seule seconde que j'avais été injuste avec elle. Comme s'il me pensait au-dessus de ça. J'aurais tellement aimé être aussi fort que l'image que mon fiancé avait de moi. Pour le moment, je laissai mes pensées dériver, la main de Yuuri toujours fortement serrée dans les miennes.

On frappa à la porte et Sangria entra, portant un plateau.

-Oh. Oh, excusez-moi Majesté, je pensais que…

Yuuri lui sourit chaleureusement et lui fit signe de poser le plateau sur la table.

-Merci, Sangria.

Elle se retira et Yuuri m'embrassa sur la joue.

-Je vais chercher notre fille. Plus de larmes, d'accord ?

Je hochai la tête et sourit. Mais le sourire disparut rapidement, alors que je le regardais partir. Les mots de mon père brûlaient mon esprit. La lettre de mon père n'étant plus dans ma main, je la cherchai sans regarder, presque inconsciemment. Alors que mes doigts ne rencontraient que la douceur du tissu du canapé et des coussins, je tournai la tête et commençai à chercher frénétiquement le papier. Il n'était nulle part, ni sur le canapé, ni en dessous. Un frisson glacé me parcourut. Se pourrait-il que Yuuri…Mais non, je l'avais vu partir et il n'avait rien dans les mains. En plus ça ne ressemblait pas à mon honnête plus que de raison de fiancé de chiper ainsi à autrui… À part dans le cas de mon testament, mais…

Quoiqu'il en soit, ça ne laissait qu'une possibilité.

Weller ! Je vais le tuer !

Je me levai, furieux, et m'avançai vers la porte quand celle-ci s'ouvrit sur Yuuri et Greta. Je m'arrêtai net en voyant le visage mi-triste, mi-méfiant de ma princesse. Je l'avais rudoyée. J'avais été un couard. Un silence gêné s'installa, jusqu'à ce que Yuuri tourne les yeux vers le plateau amené par Sangria où trônait un magnifique gâteau au chocolat, nappé de crème et surmonté de fraises des bois.

-Ce gâteau sent vraiment bon ! s'écria mon fiancé avec un air gourmand.

Greta et moi ne pûmes nous empêcher d'éclater de rire à son enthousiasme enfantin et cela sembla chasser les nuages entre nous. Elle lâcha la main de Yuuri pour venir prendre la mienne et me tirer vers le canapé. Le temps du thé, en savourant le délicieux gâteau de Greta, j'oubliai Weller, Luther et même mon père, au profit de cette petite famille que nous formions tous les trois. Ma famille.


Je ne pus me mettre en quête de Conrad immédiatement après le thé pour deux raisons. La première étant que Yuuri semblait décidé à ne pas me lâcher d'une semelle, la seconde étant que j'appris rapidement que mon frère était enfermé avec Gwendal, Günter et Yosak dans le bureau de mon aîné afin de deviser de ce fameux danger… Mais au moins, Luther semblait décidé à rester cloitré dans ses quartiers. Greta courait devant nous en composant un bouquet de fleurs, alors que nous marchions dans les jardins du château. J'essayai de toutes mes forces de ne pas penser au lendemain. Peine perdue, évidemment, je ne pouvais penser qu'à ça.

-Il faut que tu reprennes ton entraînement à l'épée, Henachoko !

Je tentais depuis une dizaine de minutes de convaincre Yuuri de l'importance pour lui de maîtriser davantage les arts guerriers, mais il n'était pas très réceptif. Il semblait juste s'amuser de me voir m'énerver. Au bout d'un moment, je levai les bras au ciel avec agacement et accélérai le pas pour rejoindre ma fille. Ma fille. Alors que je me penchais pour me mettre au niveau de Greta, une douce chaleur m'envahit. C'était si doux de m'autoriser à penser à elle en ces termes. Bien sûr, j'avais toujours déclaré le fait, mais je commençais tout juste à vraiment y croire. Et ça me faisait un peu peur aussi. J'avais prouvé aujourd'hui que je n'avais rien du père parfait.

-Majesté, Excellence !

La voix joyeuse de Yosak traversa le jardin, alors qu'il nous adressait une mimique exagérément joyeuse.

-Yosak !

Mon fiancé lui fit un geste de la main avec un grand sourire. Mais le roux ne faisait que passer et il disparut au détour d'une allée, probablement pour se rendre aux écuries. Je fronçai les sourcils, pensif. Ainsi, c'était lancé. J'adressai une brève prière à Shinou, tout en sachant que ça n'avait plus vraiment de sens, pour que la paix ne soit pas à nouveau troublée.

-J'espère que tout se passera bien.

Yuuri m'avait rejoint et je pouvais voir les mêmes pensées qui me préoccupaient peintes sur son visage. Mon promis était sérieux, presque triste.

-Chichi-ue ?

Nous avions oublié la présence de Greta, qui nous regardait à présent avec confusion. Yuuri reprit instantanément son expression chaleureuse et lui caressa les cheveux.

-Est-ce que ça te dirait d'aller dîner en ville ce soir, Greta ?

-Vrai ? S'écria notre princesse, les yeux illuminés alors que mon fiancé confirmait d'un hochement de tête. Je vais demander à Sangria de m'aider à mettre ma nouvelle robe !

Et elle disparut en courant avec enthousiasme.

-C'est malin, Yuuri ! Tu te rends compte que c'est dangereux ? Et en plus Günter va faire une crise d'apoplexie ! Et Luther, tu y as pensé ? Les convenances exigent que… !

-Calme-toi, Wolf.

Je me tus en surprenant son expression grave et penchai la tête sur le coté, cherchant à véhiculer par mon regard mon désir d'explication.

-Il n'y a pas vraiment de danger à aller en ville de nos jours et puis Conrad sera avec nous. Pour ce qui est de Günter, je m'en charge. Mais si je fais ça, c'est justement pour éloigner Greta de Luther. Tu l'as dit toi-même, Wolf, et je te fais confiance, il sait se montrer particulièrement vicieux. Je veux lui faire comprendre que Mazokus et Humains sont égaux et peuvent vivre ensemble, mais pas au risque de blesser notre fille. Alors tant pis pour les convenances.

Je ne pouvais que l'approuver et ce n'était pas comme si j'allais dire non à une soirée loin de Luther.

-Je vais chercher Weller. Occupe-toi de Günter.

Yuuri ne se montra pas difficile et partit en quête de son conseiller. J'allais en plus avoir une occasion de déverser mon courroux sur mon frère pour ce qu'il avait osé faire. Mais où chercher ?

Appelez cela l'instinct ou le hasard, mais je choisis le chemin des écuries. Alors que je contournais le bassin central de la cour adjacente, le vent me porta les voix de mon frère et de Yosak. Décidément…Mais je n'allais pas laisser passer cette chance. Je rebroussai chemin et contournai la cour, pour me rapprocher d'eux, à l'abri du mur.

Je ne ressentais aucune honte à espionner mon aîné. Pas après ce que Conrad avait fait.

-Vous pensez vraiment que cette histoire a un rapport avec Dai Shimaron ? Ils n'ont même pas encore de nouveau roi…

Conrad haussa les épaules et passa une main sur son visage.

-Non, je ne pense pas que les troubles arriveront de chez les humains…Mais on ne peut prendre aucun risque.

Il y eut un court silence, puis Yosak fronça les sourcils en posant les mains sur ses hanches.

-Vous avez vraiment l'air épuisé, Cap'tain. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Épuisé ? Conrad ? Je n'avais rien remarqué…Sûrement, Yosak exagérait ?

-Je t'ai déjà dit que j'allais bien.

La voix de mon frère manquait de sa patience habituelle.

-Les cauchemars sont revenus ?

De quoi pouvait-il bien parler ? Conrad avait des cauchemars ? Étrangement, je me rendis compte que je n'imaginais pas Conrad avec des petits problèmes comme ça…C'était presque trop…commun…Pour moi, Conrad tenait du héros de légende, blessé mais jamais abattu, au-dessus de tout. Comment peut-on soi-disant détester son frère et le déifier ? Je n'eus pas le temps de répondre à ma propre question que Conrad hochait lentement la tête.

-Ils sont de plus en plus violents. Et en plus de ça, il y a autre chose concernant Wolfram…

Yosak eut un sourire ironique.

-Laissez-moi deviner…La joyeuse visite de famille dans toute sa splendeur.

-Ca n'est pas le moment de faire du mauvais esprit, coupa sèchement mon frère.

D'habitude les blagues à deux pièces de cuivre de Yosak le faisaient sourire, mais là…

-Je suis inquiet, Yosak, reprit-il après un moment. Lord Von Bielefelt a toujours une influence énorme sur Wolfram. Et si tu avais lu…

Il s'interrompit à temps, ou JE serais intervenu pour les empêcher de s'échanger mon courrier personnel.

-Si j'avais lu quoi ?

Conrad secoua légèrement la tête et Yosak fronça les sourcils.

-Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que je reste ?

-Non, nous avons besoin de ces renseignements. Et puis deux sangs mêlés sur qui taper suffiront à Lord Von Bielefelt, je pense.

Je grinçai des dents. Conrad n'avait pas le droit de…L'image de mon père foudroyant Conrad du regard pendant que sa femme sifflait « Reste en dehors de ça, bâtard ! » me traversa l'esprit.

-Un.

-Comment ?

-Un seul sang mêlé, Capitaine. Je vous connais trop bien. La première chose que vous allez faire c'est vous mettre entre Bielefelt et le gamin.

Conrad ne dit rien, mais sembla se détendre un peu et sourit. Yosak hocha la tête et une sorte de silence gênant s'instaura sous mes yeux intéressés. Ils se regardaient par intermittence, lorsqu'ils pensaient que l'autre ne le faisait pas. Je m'attendais presque à ce que quelque chose se passe, sans savoir précisément ce que je pressentais. Mais finalement, Conrad se contenta de murmurer.

-Bon voyage.

Et il se détourna pour retourner vers le château alors que Yosak le regardait partir, une expression mi-triste, mi-résignée sur le visage. Il resta là une minute avant de rentrer dans l'écurie.


Ayant était le témoin très indiscret de cette conversation qui semblait bien plus intime qu'elle ne l'était en surface, j'en avais oublié tous mes griefs contre Conrad. Je me détournai de l'écurie et marchai sans but dans le jardin. Si seulement mon père pouvait changer d'avis. Tiens, même un tremblement de terre rendant le palais royal inaccessible m'aurait plu à ce compte là ! Je ne voulais pas être au milieu de mes familles…Je ne voulais pas voir Conrad contre mon père…Je ne voulais pas entendre les cris et invectives de mes parents l'un contre l'autre…Je ne voulais pas regarder mon fiancé être insulté tout en sachant que je n'aurais pas le courage d'intervenir. Alors que Weller, lui, l'aura, ce courage. Et si Yuuri se rendait compte que finalement il…Je déglutis. Non. Yuuri m'aimait, il me l'avait dit et prouvé.

Mais étais-je digne de son amour ?

Je m'assis sur le bord d'une des innombrables fontaines du château. L'endroit où m'avaient conduit mes pas était reculé et avait été laissé à l'abandon. Les herbes folles poussaient un peu partout et la pierre de la fontaine, d'où aucune eau ne jaillissait plus depuis longtemps, était craquelée par les racines. Je me penchai pour cueillir une fleur, semblable à une clochette, d'un orangé sombre. C'était l'une de ces petites fleurs sauvages qui couvrent Shin Makoku et embaume l'air des champs et des forêts où elles ont trouvé une place. Mais c'est aussi le composant principal d'un des poisons les plus mortels qui soient. Je ne le savais que trop. Le père de Gwendal avait été assassiné par des humains par le truchement de cette arme lorsqu'Ani-ue était encore enfant. J'essayai d'imaginer ce que je pourrais ressentir si j'apprenais la mort de mon père et fermai les yeux, avant de jeter la fleur avec rage. Que m'apporterait la mort de mon père à part du chagrin ? Rien.

-Wolfram ?

Je levai les yeux sur Weller. Comment m'avait-il trouvé, celui-là ? C'était vraiment désagréable à la longue…

-Ca ne te ressemble pas de déprimer seul, ainsi. Qu'est-ce que tu as ?

Je serrai les dents, ma colère ravivée.

-Et tu le saurais, hein, si ça me ressemblait ! Après tout, tu ne te gènes pas pour fouiller dans mes affaires personnelles !

Je ne vis pas immédiatement l'air vaguement confus de mon frère.

-De quoi parles-tu ?

Il a l'audace de nier !

-De la lettre de mon père ! Celle que tu m'as prise pour la lire, tu me crois assez stupide pour ne pas m'en apercevoir ?

-Wolfram, je ne sais pas de quoi tu…

-C'est ça ! Et ce que tu as dit à Yosak devant l'écurie tout à l'heure, hein ?

Je ne remarquai enfin son expression perplexe que parce qu'elle se transforma en outrage.

-Wolfram, tu nous écoutais ?

Je ne pris même pas le temps de réfléchir à ma propre indiscrétion, enveloppé dans ma propre rage. Rage née de la honte que j'avais d'avoir été surpris dans ma faiblesse et qu'il en sut la cause. Qu'il soit tellement plus fort que moi. Jalousie.

Je n'avais même pas conscience de ce que je disais.

-De toute façon, tu sais quoi ? Je m'en fiche ! Peut-être que mon père a raison et que ton sang humain a vraiment apporté quelque chose de pourri dans ton corps et dans ta tête !

Je me levai brusquement et partis sans le regarder mais sa voix me coupa dans mon élan.

-Tu fuis, petit frère ? Tu ne peux pas me dire quelque chose comme ça et ne pas me regarder en face.

Je n'avais jamais entendu cette voix froide, impersonnelle. Même lorsqu'il avait prit le parti d'obéir à Shinou et de devenir notre ennemi, il avait toujours une voix douce et chaleureuse. Même lorsque j'avais été odieux, il me traitait toujours avec affection. Cela me força à repenser à ce que je lui avais dit et ma gorge se bloqua. Comment avais-je pu…Pourquoi avais-je… ? J'étais horrifié. Je sentis mon estomac se soulever, comme si je m'apprêtais à vomir et, ne pouvant affronter ce que je venais de déclencher, je partis en courant.

Je ne repris conscience de mon environnement que lorsque j'eus fermé la porte de notre chambre derrière moi et m'appuyai contre. Je respirai profondément, tentant de chasser le tremblement de mes membres puis allai me jeter sur le lit, serrant fortement un coussin contre ma poitrine.

Comment allais-je pouvoir regarder mon frère en face suffisamment longtemps pour lui faire mes excuses ?

Je rougis rien qu'à l'idée de devoir m'excuser. Et pourtant, avec ce que j'avais dit, je n'avais pas le choix…Comment avais-je pu…à Conrad…

J'entendis la porte s'ouvrir et me redressai, m'attendant à voir Yuuri. Mais ce fut Greta qui entra, enveloppée dans une robe de crêpe et de rubans verts.

-Wolfram ? Chichi-ue et Greta ont cherché Wolfram partout. Pourquoi Wolfram ne vient pas ?

Elle entra et s'approcha du lit sur lequel elle monta en faisant attention à ne pas abîmer sa robe.

-Wolfram ?

Ses grands yeux étaient inquiets et je me forçai à lui sourire.

-Ça va, Greta.

À force de mentir à tout le monde, je vais devenir doué…

Mais ça n'allait pas. Avant, lorsque j'en voulais à Conrad, je me trouvais toujours une raison plus ou moins légitime…Cette fois-ci…Je n'avais que moi à blâmer.

-Greta, je pense que je…

Mais je m'interrompis en voyant son visage déçu et triste. Elle avait deviné ce que j'allais dire. J'aurais voulu ne pas avoir à affronter Conrad ce soir, mais vu mon comportement envers Greta quelques heures plus tôt, je n'avais pas le droit de lui refuser quoique ce soit.

-D'accord, Greta. Laisse-moi une minute pour me changer.

Ma princesse me surprit totalement en m'attrapant par les épaules et en m'embrassant sur la joue.

-Merci, merci ! Greta est si heureuse !

Elle sauta du lit et sortit en courant, me laissant totalement interloqué.


Je me regardais dans le miroir de notre chambre, en finissant de nouer le ruban de ma chemise de nuit. La soirée n'avait pas été, et de loin, aussi gaie qu'elle aurait dû. Conrad était distant envers tout le monde et ne m'avait pas adressé un seul mot ou un seul regard. Il n'avait pas répondu aux multiples « Ça va ? », « Quelque chose ne va pas ? » et autres interrogations du même genre, qu'elles viennent de Yuuri ou de Greta. Le repas avait été très bon d'après Yuuri (n'ayant pas été habitué à ce genre de cuisine commune à la marmite, le goût en était très grossier pour mes papilles) et Greta avait adoré les confiseries que la patronne lui avait offertes, conquise comme il se doit par l'adorable candeur de notre fille. Conrad avait à peine touché à son assiette et je me doutais bien que ce n'était pas par snobisme. L'ambiance avait donc été plus que mitigée et j'espérais de toutes mes forces que Yuuri mettrait ça sur le compte de la présence de Luther, mais je savais et Yuuri le savait sans doute aussi, que même les pires démons ont leurs limites.

-Wolf ?

Je me détournai de mon reflet pour croiser les yeux sombres de mon fiancé. Il portait son pyjama bleu, mais juste le bas, ce qui me permit de contempler le jeu de ses muscles sous sa peau bronzée…je me sentis frissonner. Mais son regard était scrutateur.

-Que s'est-il passé avec Conrad ? Vous vous êtes disputés ?

Je me rebiffai, à la fois par culpabilité et par jalousie. Je l'ignorai et allai me coucher.

-Wolf…Yuuri soupira mon nom avec un mélange d'agacement et de résignation.

Je ne l'écoutai pas et lui tournai le dos, relevant les couvertures jusqu'à ma tête…pour les avoir rabattues au niveau des genoux une seconde plus tard. Une main vigoureuse me saisit l'épaule et me tira en arrière. Je me retrouvai sur le dos, les yeux fixés sur mon fiancé. Il avait les sourcils froncés.

-Dis-moi, exigea-t-il sur un ton qui ne souffrait pas de refus.

Je ravalai ma salive et détournai les yeux.

-Je…Nous nous sommes disputés…Il a lu une de mes lettres privées et je…je me suis énervé. Je lui ai dit…je lui ai dit des choses que je n'aurais jamais dû dire, voilà !

-Oh, Wolf…

De nouveau ce ton résigné. Je grognai, sans cesser de regarder la table de chevet.

-Tu me laisses dormir, maintenant ?

-Comment es-tu sûr qu'il a lu ton courrier ? Ça ne ressemble pas à Conrad !

Non, bien sûr, ça ne ressemble pas au Plus-que-parfait-Conrad ! Songeai-je, indigné que mon fiancé prenne toujours le parti de Weller.

-Il a toujours raison avec toi, hein ? Tu es mon fiancé ! Tu devrais…

Mais il m'interrompit tout en ramenant mon visage vers lui.

-Ça n'a rien à voir avec ça, Wolfram, et tu le sais ! Mais tu es toujours déraisonnable lorsqu'il s'agit de Conrad !

Je le repoussai si violemment qu'il tomba du lit avec un jappement de douleur. Je sortis du lit et lui crachai au visage tout mon fiel :

-ESPÈCE D'INFIDÈLE ! Si tu aimes tant Weller, pourquoi tu ne l'épouses pas ?

Puis je quittai la pièce en courant, furieux contre moi-même de ma conduite, et contre Yuuri de toujours me préférer Weller. Je ne voulais pas penser à ma culpabilité. Je tournai à l'angle d'un couloir sans même me rendre compte de la direction que prenaient mes pas. Mes larmes rendaient ma vue floue. Une voix me coupa dans mon élan.

-On retourne dans sa chambre après avoir servi le Roi, jolie courtisane ?

Je m'arrêtai net, mortifié, les yeux fixés sur le portrait de Lord Nikola, l'un des précédents Maou. Je savais où se trouvait ce portrait. Dans les quartiers des invités. Dans ma fuite, je venais d'arriver devant la chambre de Luther, qui m'avait probablement entendu. Non.Non.NON. C'était un cauchemar, ça devait être un cauchemar…Une main glissa sur mon épaule et je frissonnai de dégout. Le souffle de mon frère frôla mon cou.

-Si ça ne tenait qu'à moi, tu serais déjà mort. Tu n'es même pas digne de récurer les sols de ce château.

Puis il s'écarta et j'entendis la porte de sa chambre se refermer. Avec un râle de douleur, je m'effondrai au sol. À peine quelques jours plus tôt ma vie n'avait jamais semblée aussi belle et maintenant j'avais blessé ma fille, m'étais fâché contre mon frère et mon fiancé, et ma famille débarquait…Je me forçai à me relever pour ne pas donner à Luther plus de satisfaction qu'il ne devait déjà en ressentir à m'avoir humilié ainsi. Lentement, je quittai cette maudite aile du château et me rendis sur l'une des terrasses, celle-là même, notai-je avec amertume, où j'avais parlé à Flurin. M'appuyant sur le parapet, je contemplai les étoiles. L'un des squelettes gardiens volait au-dessus de la tour nord et je souris en pensant à l'idiote affection que mon fiancé leur portait…

-Wolfram ?

Je ne dis rien et parvins à ne pas sursauter en sentant les bras de mon promis se refermer autour de ma taille. Il se pressa contre moi et posa la tête sur mon épaule et m'embrassa sur la joue. Il devenait de plus en plus difficile de ne pas réagir à sa présence.

-Tu es calmé ? Ce que tu peux être stupide parfois…

Je voulus me dégager et crier, mais ayant prévu mon mouvement, Yuuri me serra plus fort, m'empêchant de bouger.

-Ne dis rien, tu sais que c'est vrai.

Il soupira et ses mains se mirent à doucement caresser ma taille et mon torse.

-Je ne comprends pas pourquoi tu penses que j'aime Conrad plus que toi. C'est idiot. D'abord, je ne vous aime pas de la même façon, tu es mon fiancé…Conrad est comme un grand frère et il est mon parrain. Je l'aime énormément, mais c'est différent de ce que je ressens pour toi. Et surtout n'oublie pas une chose, je pourrais vivre sans Conrad, mais je ne pourrais pas vivre sans toi.

Je sentis une larme couler sur ma joue à cette déclaration. Je fermai les yeux et me laissai baigner dans la douce chaleur, à la fois physique et spirituelle, de mon fiancé.

-Mais tu ne peux pas nier que tu es déraisonnable chaque fois que Conrad est concerné. C'est pourquoi je t'ai demandé si tu étais sûr de ce dont tu l'accusais…

Je revis l'expression confuse de mon frère lorsque je l'avais accusé. Et Conrad n'était pas du genre à mentir…Non. Il fallait qu'il soit responsable…Sinon…Sinon…J'étais un parfait salaud.

-Je…Je…

Je rougis. Comment avais-je pu ? Yuuri eut un petit rire et me serra fortement contre lui pendant un instant.

-Je t'aime stupide petit idiot.

Je me tournai dans ses bras pour lui faire face et cherchai ses sentiments sur son visage. Il y avait une affectueuse indulgence, mais surtout…

Impulsivement, je passai mes bras autour de son cou et attirai sa bouche à la mienne. Je l'embrassai avec passion, sentant ses mains explorer mon dos après s'être brièvement tendues sous la surprise de mon offensive. Je fermai les yeux sous le délice de cette caresse. La langue de mon fiancé caressa mes lèvres et je lui offris l'accès, exigeant même qu'il vienne en moi. Je l'aimais tant. Le goût de Yuuri…Si doux, masculin et si…intoxiquant. Je perdais pied et ne faisais rien pour arrêter ma chute.

Alors que nous nous séparions un bref instant pour reprendre notre souffle, je soupirai :

-Pardon…Pardon, hena…Yuuri…Je suis désolé.

Il secoua la tête et posa à nouveau ses lèvres sur les miennes. Je cédai sans résistance lorsqu'il me pressa contre lui et rougis de plaisir en sentant son ardeur contre mon bas-ventre. La mienne était tout aussi enflammée. La main de Yuuri remonta jusqu'à mon épaule et s'accrocha au col de ma chemise de nuit, la tirant pour qu'elle glisse le long de mon bras et attaqua de sa bouche gourmande la peau tout juste dévoilée. Je gémis sous l'assaut et caressai ses mèches noires.

-Yuu…Yuuri…

Mon Yuuri. Mon amour. Pas le Maou. Juste celui que j'aimais plus que tout. J'eus un sursaut en sentant son autre main remonter le long de ma cuisse, tirant le tissu qui la couvrait.

-Wolf…Je…J'ai…

Il se redressa et me regarda, la peau rougie, les yeux brûlants.

-J'ai envie de te voir nu.

Je rougis à mon tour mais hochai néanmoins la tête. Il me prit la main et m'entraîna à sa suite vers notre chambre.

Je me tenais debout devant le lit où Yuuri était assis. Il me regardait, presque hésitant. Je n'étais pas très vaillant moi-même. Ce n'était pas aussi facile qu'avec un Maou dominant et sûr de lui.

Nous n'étions que deux adolescents, avides mais incertains. Prenant la décision pour nous deux, je laissai ma chemise de nuit glisser de mes épaules et chuter au sol. Le regard de mon fiancé voyagea lentement sur mon corps, caresse silencieuse et intime, ou mille mots non prononcés. Je savais que j'étais beau. Je savais que je lui plaisais. Je pouvais lire son désir au fond de ses yeux noirs, dans le tremblement de ses mains…

J'aimais Yuuri. Je n'avais pas peur. Je m'agenouillai devant lui et pris sa main, la posant sur ma poitrine.

-Touche-moi, Yuuri. Toi. Seulement toi. Ce n'est pas lui que j'aime.

Mensonge ou vérité ? J'aimais le Maou. J'aimais sa puissance, la force de sa présence, son assurance…Mais c'était de la fascination, pas de l'amour. Rien à voir avec ce que je ressentais pour Yuuri.

-Touche-moi, le pressai-je doucement.

Et je fermai les yeux sous ses caresses…


Finalement, nous ne sommes pas allés plus loin que quelques caresses et quelques baisers. Yuuri n'avait jamais retiré son pantalon, mais je m'en fichais. Je n'avais jamais rien ressenti de pareil. Et m'endormir dans ses bras m'avait procuré un incroyable sentiment de liberté et de sécurité, ma chemise reposant au sol, oubliée.

Lorsque je m'éveillai, j'étais seul et le soleil illuminait puissamment la chambre. Après une rapide toilette, j'enfilai mon uniforme, presque inconsciemment, pris dans un brouillard délicieux né de la nuit précédente. J'en sortis néanmoins en entendant frapper à la porte.

-Entrez.

La porte s'ouvrit sur Luther. Je me tendis, mais il se tenait droit et impassible, distant. Il était en uniforme officiel, bleu nuit et argent, sa cape de soie retenue par une broche verte en forme de tête de loup, symbole de sa position d'héritier de nos terres, et ses cheveux blonds étaient ceints d'un diadème d'émeraude. Il tenait dans ses bras une autre cape et une broche plus petite de la même forme.

-Père va arriver d'ici une heure. Il a envoyé un écuyer annoncer son arrivée et apporter ceci. C'est un cadeau. Pour toi.

Il n'avait pas besoin de préciser que mon père s'attendait à ce que je porte la cape pour sa venue, c'était évident. Je m'avançai et il me la tendit, ainsi que la broche. Une fois que je les eus prises, il sortit sans aucun commentaire, digne, mais je n'y prêtai pas attention. Je m'assis sur le lit et posai la broche pour caresser le riche tissu bleu sombre de la cape. J'étais heureux du cadeau, mais perplexe. Pourquoi après la lettre…La lettre ! Je n'y avais plus songé depuis la veille. Il fallait que je sache. J'enfilai la cape et accrochai la broche avant de me rendre au salon bleu. Je croisai un grand nombre de serviteurs en effervescence. Ça n'avait rien d'étonnant. Mon père avait dû faire les choses dans les formes et prévoir une longue suite pour l'accompagner dans son voyage. Et Gwendal le savait.

Le salon bleu avait été nettoyé et rangé. J'aurais dû m'en douter. Je me mis donc à la recherche de nos soubrettes. Je finis par mettre la main sur Lasagna, qui préparait l'une des chambres des quartiers des invités. Elle s'interrompit en me voyant.

-Oh. Votre Excellence ? Qu'y a-t-il ?

-Qui a nettoyé le salon bleu hier après le thé ? Demandai-je abruptement.

-Moi, votre Excellence.

Parfait.

-Y avait-il un papier que quelqu'un aurait oublié ?

Elle sourit.

-Oui. Je l'ai trouvé derrière le divan, mais je n'ai pas osé le lire. Je suis soulagée de savoir à qui il appartient !

Elle plongea la main dans son tablier et en sortit ma lettre. Je la récupérai en sentant la bile envahir mon estomac. J'avais été injuste envers Conrad, et pour couronner le tout, je l'avais insulté sans raison aucune. Je me détournai de Lasagna sans la remercier et quittai la pièce au pas de charge, ma cape volant autour de moi.

Je trouvai mon frère aîné dans la salle du trône, en train de faire les derniers préparatifs. Il y avait déjà là de nombreux nobles, venus assister à la visite de Lord Von Bielefelt, le fantôme de la Cour, celui qui n'avait plus fréquenté le Palais royal depuis près de 60 ans. À côté de Gwendal, Günter semblait proche de l'apoplexie. De l'autre coté du hall, Anissina expliquait quelque chose que je n'entendais pas à grand renfort de gestes. Les soldats étaient briefés par Gisela, ce qui semblait assez effrayant (de leur point de vue). Mais aucune trace de Conrad ou de Yuuri. Je repérai Murata sortant par la porte de l'antichambre derrière le trône et en conclus que c'était là que je devais me rendre, si je voulais régler cette histoire avec mon frère avant de devoir affronter le clan Bielefelt. J'allai rapidement saluer Gwendal, qui me regarda à peine, trop occupé à détailler précisément l'arrangement des chambres pour la suite de mon père à l'un des intendants. Passablement vexé, je continuai mon chemin et, après un bref signe de la main à Murata, je frappai à la porte de l'antichambre.

-Entrez !

C'était la voix de Conrad. Je pris une inspiration et poussai la porte. Cette antichambre est une petite pièce, sans autre fioriture qu'un miroir, et qui donne à la fois sur l'un des couloirs et sur la salle du trône. Elle est prévue essentiellement pour permettre aux conseillers du Roi de circuler discrètement pendant les rencontres officielles et de se glisser derrière le trône en toute liberté. Elle peut également servir à évacuer le Maou en cas de tentative d'assassinat. On y entrepose quelques armes et des lanternes.

Mon fiancé était debout devant le miroir et Weller ajustait sa lourde cape d'hermine. Tous deux se tournèrent vers moi à mon entrée, Yuuri avec une chaleureuse expression, mais Conrad me regardait froidement.

-Wolf ! Tu es magnifique avec cette cape !

La franche admiration de mon fiancé me fit sourire, mais je me tournai immédiatement vers Conrad.

-Weller-Kyo, je voudrais vous parler.

Yuuri sourit, comme s'il comprenait et revint au miroir. Conrad fronça un peu les sourcils.

-Yuuri-Heika…

-Vas-y, Nazukeoya, je vais finir d'ajuster ça tout seul.

Conrad me fit signe de le suivre, ce que je fis et nous nous retrouvâmes dans le couloir, l'un face à l'autre. Je pris une nouvelle inspiration, mais me trouvai incapable de parler.

-Eh bien, votre Excellence ?

Je ne supportais pas cette façon impersonnelle qu'il avait prise pour me parler. Je ne supportais pas qu'il soit si froid…

-Conrad…Je…je n'aurais jamais dû dire ce que j'ai dit.

Je regardai le sol comme si c'était la chose la plus fascinante qu'il m'ait été donné de voir.

-Non. C'est vrai.

Je plissai les lèvres.

-Je suis désolé. Je…Tu sais…Tu sais que je n'en pensais pas un mot…Je…

-Vraiment ?

Je levai les yeux sur lui et vis pour la première fois combien je l'avais blessé.

-Bien sûr ! Comment peux-tu penser une seconde que je…

-Quand ton père est concerné, Wolfram, je ne suis sûr de rien.

Son passage au tutoiement me soulagea malgré la prudence de ses mots.

-Mon père…Mon père n'a rien à voir avec ça. C'est moi…Je…Je me suis emporté. Je sais que tu n'as pas pris cette lettre. C'est ma faute, d'avoir assumé que…Pardon. J'avais juste peur…

Il me sourit doucement.

-Que je pense moins de bien de toi ? Que je te méprise ? Oh, Wolfram…

-…Ce que je peux être bête, oui, je sais ! Grognai-je, renfrogné.

Il sourit, et cette fois-ci, comme avant.

-Parfois. Mais ça fait parti de ton charme.

J'hésitai et puis me lançai.

-Tu me pardonnes ?

Il inclina la tête. Je lui souris à mon tour. Un silence confortable s'installa entre nous, et se brisa avec l'arrivé de Günter.

-Ah, Conrad, Wolfram, dépêchez-vous, Sa Majesté est déjà installé, il ne manque que vous !

Nous prîmes tous les trois le chemin de l'antichambre pour entrer dans la salle du trône.