5.
- Ca me gonfle à un point !
- Tiens, je croyais que cela aurait dû être une simple partie de plaisir : ton rôle, l'œil ténébreux, peu de mots dans tes dialogues et surtout envoyer bouler tout le monde ! ?
- Hilarant, Kei… Je les balayerais bien effectivement de mon gravity saber s'il n'était en toc !
- Comme tu m'étonnes. Encore heureux pour le taux de mortalité que tu ne portes que les armes de leur Armurerie de pacotille ! Sinon, hormis que tes journées sont longues et que tu as bien peu à faire, où est le souci ?
La blonde seconde d'un Arcadia d'un futur à venir supporta comme à l'habitude la mine agacée de son capitaine.
- Je m'emmerde comme un rat mort !
- Hum si j'en crois les rapports de coulisses d'un film, c'est généralement le cas, non ?
Heatty Baker allongea au maximum son cou d'oie décharnée.
- Si vous comptez loger encore à plusieurs, il faudra que j'augmente le loyer !
- Notre ami ne fait que passer, gronda un grand brun borgne, lui calant dans la main le loyer hebdomadaire avant de claquer la porte au nez de la curieuse !
Il revint vers ledit visiteur.
- Tu peux me confirmer ton avis, Doc ?
- Oui, capitaine. Ce laser à effet temporaire que j'ai utilisé, alimenté par quelques onces de l'énergie de la Déesse, continuera à masquer totalement ta balafre. Il aurait été par trop puéril de tenter de la dissimuler sous du maquillage : vous avez affaire à des pros en ce domaine, ils auraient de suite flairé la supercherie, nous ne sommes pas dans une fiction animée lisse et bienpensante où le héros arborerait un brushing impeccable!
- Mais si je reste trop longtemps ici, elle va réapparaître, de façon naturelle ?
- Evidemment. Cette cicatrice fait partie intégrante de toi. Elle sera là jusqu'à ton dernier souffle.
- Si tu pouvais éviter de prononcer certains mots, remarqua Albator. J'ai déjà assez de mal à gérer ce quotidien insipide au possible !
Le médecin chauve eut à son tour un sourire assez ironique à l'égard de son capitaine.
- Pas d'armadas ennemies signalées trop près, personne ne te dire dessus et tu n'as pas toutes les polices aux miches. C'est vrai que cette vie est terriblement déprimante pour toi !
- Que veux-tu, Doc, j'ai besoin de plus de sensations qu'un « action » suivi d'un « coupez » après avoir à peine eu le temps de bouger quasi ! ? Un mois que ça dure et il n'est toujours pas prévu au planning que leur Arcadia entre dans le jeu, c'est le cas de le dire ! Et pour clôturer ce tableau bien peu folichon, comme je le redoutais je n'ai aucune scène avec ce Zong, et donc pas une possibilité jusqu'ici d'approcher son frère ! Il a créé cet Arcadia, nous avons besoin de lui pour connaître toutes les différences avec le nôtre et ne pas perdre de temps précieux le moment venu pour le pirater !
- Je ne peux pas t'aider, dans ces phases-là de ton plan, capitaine. Mais, pour une fois, il se pourrait que je n'aie pas à te récupérer en petites pièces pour te rafistoler !
- De plus en plus persifleur, toi. On dirait que dans ces vêtements civils je n'impressionne plus personne et qu'on se paie ma fiole à longueur de temps !
Le Doc de l'Arcadia eut, à nouveau, un petit rire.
- Que c'est triste, capitaine : tu es un simple jeune homme de trente ans presque sans soucis et sans ennemis décidés à te faire la peau. Non, sans aucune réflexion, je ne te plaindrai pas ! Sans compter qu'il est bien possible qu'on te poursuive, à cette époque, pour bien d'autres raisons !
- Pardon ?
- Je crois que tu vas le découvrir sous peu, capitaine !
Déposé aux studios bien avant que l'aube ne se lève, cela avait été avec des pieds de plomb qu'Albator s'était dirigé vers sa loge, en avait ouvert grand la porte bien avant que l'assistante et le garde du corps dévolu à sa personne ne le rejoignent.
- C'est quoi, ça ? ! glapit-t-il en se figeant sur le seuil, désignant les courriers qui envahissaient l'espace de la caravane.
- Le courrier des fans ! renseigna son assistante à la crinière blond vénitien.
- Des fans ? De qui ?
- De vous, belle gueule ! Et il n'y a pas que cette boîte, il y en a d'autre dans le pick-up la qui viendra tout à l'heure ! se réjouit l'assistante.
- Mais le tournage est sécurisé, secret ! vitupéra le grand brun borgne. Je ne l'ai accepté presque pour ces conditions de confidentialité !
- Comme si un débutant pouvait imposer ses conditions… Et il n'y a rien de tel qu'un tournage énigmatique pour affoler toutes les curiosités et dès lors toutes les fuites possibles ! Je peux t'assurer, Aidan, que les photos volées en plateaux sont en train d'affoler la planète et le cœur des fangirls.
- Pourquoi ?
- Parce que tous les fans de ton personnage redoutaient le choix d'un interprète qui n'aurait pas été à la hauteur de leurs immenses attentes. Et que là, non seulement tu fais l'unanimité, mais ils sont fous de ce qu'ils découvrent !
« Tu m'étonnes, je suis celui qu'ils rêvent depuis des décennies. En revanche, j'ai beau être moi, je ne dois quand même leur paraître n'être qu'un acteur inconnu il y a seulement quelques semaines ! ».
Albator prit une bonne inspiration.
- Et maintenant, il se passe quoi ?
- Elles vont débarquer et être raides dingues de toi !
- Formi… Il y a quoi d'autre de prévu, pour ce jour ?
- Aucune modification au programme : du dialogue dans le décor de l'appartement du château arrière, je te donnerai la réplique pour les phrases de la créature Jurassienne.
- Quand l'Arcadia sera-t-il là, pour le tournage dans l'espace ?
- Demain !
Et là, la sexagénaire assistante ne comprit rien au sourire éblouissant de son interlocuteur qui partit alors pour l'incontournable séance de maquillage.
En chemin, le grand brun borgne prit l'appel venu sur son téléphone.
- Oui ?
- Will Wallace, je pourrai venir vous voir ce soir ?
- Bien sûr ! Pourquoi ?
- J'ai des infos toutes fraîches : elles débarquent !
- Qui ?
- Les fangirls françaises !
