Auteur : Cae-La Sephyra
Source : Fullmetal Alchemist; aucun perso ne m'appartient excepté Kerin.
Note : Je tiens à exprimer ma gratitude auprès de Syolen et Sabine : mille mercis pour vos reviews, je vous souhaite une excellente lecture ;3
Quatrième Chapitre : Le prix de la liberté
Endir, vêtu d'un long manteau noir à capuche qui recouvrait la quasi-totalité de son corps, descendit le sombre escalier s'enfonçant dans les profondeurs du laboratoire. Murs insonorisés, équipement sophistiqué, le tout enseveli sous les sables d'un petit désert voisin de Central. Un désert où la désolation avait planté ses racines sèches, et servait de refuge à tous ceux qui n'avaient nulle part où habiter. Une cité fantôme, une cité mal famée. Son laboratoire était situé parfaitement au centre de la cité, et plus l'on s'en éloignait, meilleure était la fréquentation du lieu.
Tout sauf un hasard.
Le centre de ce lieu était l'endroit rêvé pour mener des recherches sur la porte, faire grandir toutes sortes de chimères et de démons, faire croître son alchimie déjà performante. Endir sacrifiait, depuis au moins trente ans, ses jours et ses années, pour pouvoir rencontrer un jour la Vérité. Il savait qu'elle se terrait quelque part, au-delà d'une immense porte mystérieuse, qui ne s'ouvrait que pour y laisser entrer les violeurs d'interdits.
"Pour la première fois, quelqu'un verra la Vérité sans avoir transgressé la moindre règle fondamentale... souffla Endir pour lui-même. Sans rien perdre, je pourrai alors tout gagner... et prouver que le principe de l'équivalence n'a pas raison d'être."
L'alchimiste pénétra dans une salle moyennement éclairée, au moyen de deux lampes fixées au plafond. La fraîcheur l'entourait mais la pièce n'avait pas la moindre odeur. Partout autour de lui s'élevaient des étagères recouvertes de flacons en tous genres, et de l'autre côté de la pièce, une bibliothèque gardait ce qui semblait être des ouvrages d'alchimie. Une personne était assise sur une chaise contre le mur, près des livres. C'était une jeune fille dont le regard était ailleurs, malgré l'entrée d'Endir dans la pièce. Elle portait un long manteau qui recouvrait ses vêtements plutôt légers, faits de sangles de cuir et de tissu violet. Ses cheveux blond foncé tombaient en jolies boucles sur ses épaules et dans son dos, et elle portait sur le sternum un étrange tatouage noir qui avait sans doute une symbolique cachée. Son regard d'émeraude finit tout de même par obliquer vers Endir dès qu'il fut tout près d'elle.
"Kerin s'est encore enfui, annonça le scientifique.
- Pas étonnant, répliqua la jeune fille.
- Je pense que je vais finir par le menacer de te tuer s'il ne se montre pas coopératif.
- Vous feriez ça?
- Je suis prêt à tout pour entrer dans la porte, tu le sais."
La jeune fille eut, une fois de plus dans sa vie, envie de frapper Endir. Mais ses deux poignets étaient prisonniers de deux chaînes solidement fixées au mur, elle ne pouvait même pas se lever de la chaise où elle était assise depuis des lustres. Ce n'était que rarement que l'alchimiste lui permettait de changer de place, de se dégourdir les jambes, ou de jouir de la liberté ne serait-ce que pendant quelques minutes dans une salle où il la laissait seule. Lorsque c'était nécessaire et que la chance lui souriait, elle allait à l'extérieur, sous étroite surveillance, comme pour aller chercher des provisions. Mais le plus souvent, c'était pour aller chercher Kerin si celui-ci s'était échappé. Elle n'avait jamais vraiment connu la liberté. La liberté avait toujours été pour elle un ange impossible à atteindre, une illusion, un concept obscur, quelque chose qu'elle ne méritait pas de posséder.
Elle n'était pas Ishbal mais avait perdu ses parents très tôt, à l'âge de quatre ans. Elle avait erré dans le désert avec ses petites jambes frêles jusqu'à s'écrouler de fatigue, près de quelques taudis voisins du laboratoire d'Endir. Ce dernier l'avait rapidement trouvée et secourue, avant que ce ne soient les malfrats qui lui tombent dessus. "Secourue"... Il lui avait sauvé la vie il y a des années de cela, c'était vrai. Mais les douze ans qui avaient alors suivi la vie de la jeune fille s'étaient également vus devenir un enfer. Si Kerin n'avait pas été là pour partager ses souffrances, il y a longtemps de cela qu'elle aurait trouvé la force et le courage de se donner la mort.
Pour elle, une chose était sûre : au final, cet alchimiste avait détruit sa vie, plus qu'il ne l'avait sauvée.
Ils avaient grandi tous les deux sous le regard si cruel d'Endir qu'ils se sentaient comme deux esclaves, privés de liberté et d'amour pour toute leur vie. Même si Kerin était très précieux à son maître, que tous deux en avaient parfaite conscience, Endir ne leur apportait pas de bonheur pour autant. Mais chose étrange, Endir n'avait jamais tenté la moindre expérience sur la jeune fille. Non. Il se servait plutôt d'elle pour faire pression sur Kerin, car en les laissant grandir ensemble, il savait qu'ils finiraient par tenir l'un à l'autre. Les êtres humains sont ainsi. Libres d'être chacun de leur côté, ils se détestent, mais lorsqu'on leur impose le choix de vivre ensemble, alors seulement ils franchissent enfin les barrières de l'apparence et du superficiel.
"Ethel, dit Endir, j'ai encore besoin de toi pour convaincre Kerin de rentrer. Si tu coopères, il ne t'arrivera rien.
- Je me fiche bien de ce qu'il peut bien advenir de moi, rétorqua la jeune captive. Du moment que Kerin est en liberté, je serai satisfaite.
- Sauf que je ne te demande pas d'être satisfaite. Si tu crois avoir payé ta dette envers moi, tu fais erreur. J'ai encore grand besoin de tes services.
- Moi, j'aurais plutôt besoin qu'on m'explique d'où est-ce que vous puisez toute cette détermination. Que comptez-vous allez trouver dans la porte?
- C'est un discours que les enfants n'ont pas à entendre. Allez, suis-moi maintenant, si tu ne veux pas que je ramène Kerin de force ici.
- Je suis attachée, imbécile."
Ethel reçut un violent coup de poing sur la joue gauche, et se mit à trembler légèrement, tant de colère que d'impuissance. Son esprit était totalement confus, elle ne savait pas que faire, quelle décision prendre, qui suivre, comment agir, quand, comment, et quelles conséquence il pourrait y avoir. Troublée depuis quelques jours déjà, elle voulait croire que tout s'arrangerait un jour, que Kerin avait trouvé la personne qu'il cherchait depuis quelques temps déjà. Qui qu'elle fût, cette personne était certainement leur dernier espoir depuis que Kerin s'était à nouveau échappé.
****
Cinq jours s'étaient écoulés depuis la mésaventure dans le laboratoire, et Kerin s'était remis très rapidement de ses blessures. Il avait une capacité de régénération impressionnante. Sans doute des pouvoirs de démon, avait supposé Edward. Ce dernier, ainsi qu'Alphonse et Winry sortaient peu et il y avait toujours au moins une personne pour veiller sur le jeune démon. Mais à l'issue de son troisième jour de repos, Edward était résigné à en apprendre plus sur l'histoire de Kerin. Il avait réuni tout le monde dans sa chambre d'hôtel, et avait laissé à Kerin le soin d'expliquer à Winry et Alphonse ce que lui savait déjà. Le jeune démon avait donc achevé son récit sur l'histoire de sa personnalité instable.
"J'en viens donc à ce que je t'aurais dit si on était encore restés seuls un moment, Fullmetal, poursuivit le jeune démon. Je ne suis pas le seul à être sous la griffe d'Endir. Une fille qui a grandi dans son laboratoire avec moi, Ethel, lui sert constamment de moyen de pression sur moi. Je tiens à elle et elle tient à moi. Vous comprenez ? S'il s'agissait de ne me tuer que moi, il n'y aurait aucun problème. Mais si je meurs, j'ai peur de rendre sa vie encore plus tragique qu'elle ne l'est déjà. Nous avons... nous avons même envisagé de nous tuer ensemble, ajouta Kerin en détournant le regard.
- Ne dis pas n'importe quoi, voyons ! s'exclama Winry. Sous prétexte qu'un vieux cinglé vous court après, vous êtes obligés de mourir ? Je ne vous laisserai pas faire ; Ed et Al non plus. N'est-ce pas ?
- C'est vrai que si Endir est aussi dangereux que tu l'affirmes, il faut à tout prix l'arrêter, confirma Alphonse. Et on pourra également sauver ton amie, comme ça. Mais... est-ce que tu as de quoi nous prouver ce que tu avances, au juste ? L'Esprim, tout ça ?
Kerin regarda Alphonse dans les yeux. Ce simple regard aurait pu suffire, quant à la profondeur de ces yeux écarlate mélangé à un noir d'encre, mais Kerin ne se contenta pas de ce seul regard. Il se leva, et sous les yeux d'Edward, Alphonse et Winry, il tendit sa main gauche devant lui. Et à ce moment-là, il se passa quelque chose que les trois amis n'avaient encore jamais vu.
"Ne vous en faites pas... souffla Kerin tandis que la salle commençait à s'emplir d'une atmosphère étrange. Mon sort n'affectera que cette salle."
Edward voulut se lever pour l'empêcher d'agir, mais il n'en eut pas le temps. Comme un brouillard se leva autour de lui, et il eut beau regarder de tous les côtés, il ne vit bientôt plus sa chambre d'hôtel. L'entouraient des éclairs bleutés qui zébraient le vide tantôt blanc, tantôt noir. Ses oreilles commencèrent à siffler, et il serra les dents. Il connaissait cette sensation. Aussi vile que mystérieuse, l'on ne pouvait que la redouter et la réprimer de toutes ses forces. Elle était sans odeur, sans bruit, sans goût. Tout tournoya bientôt, et Edward vit enfin son frère ainsi que Winry, tout aussi pétrifiés que lui, mais à proximité. Il ne trouva ni le courage de leur adresser la parole, ni même de leur sourire. Côte à côte, les trois étaient toujours spectateurs de cet étrange sort qui les avaient plongés dans le doute et la confusion. Mais soudainement, ils entendirent la voix de Kerin, grave et lointaine, résonner dans leur esprit :
"J'ai tendu ma main et ceci est apparu par la seule force de ma volonté. Me croyez-vous, à présent ?"
Les éclairs se firent rouges et blancs, et frappèrent le vide derrière les trois amis qui se retournèrent, surpris. Mais ce qu'ils virent alors les surprit encore plus. Grande, flottante dans un néant impur et faible, une immense porte aux parois faites comme de pierre se montra à eux. Edward et Alphonse, doublement affectés par la vue de cette porte qu'ils appelaient Vérité, faillirent pousser un cri de surprise. Mais en ce lieu étrange et instable, ils n'avaient plus de voix. Devaient-ils fuir ou entrer ? Mais ils n'avaient plus leurs membres non plus. Immobiles, ils virent l'image de la porte s'ouvrir lentement tandis que les éclairs rouges commencèrent à dérober l'apparition à leur regard. Ils eurent à peine le temps de voir, avant d'être emportés la vague qui les arrachait à cet univers chaotique, un immense oeil s'ouvrir dans les ténèbres de la porte ouverte et comme un bras mince en sortir. Instinctivement, Edward tendit son bras devant lui. Il devait aller là-bas, même confus, même égaré dans sa peur, même au bord de la mort. Ses doigts n'allèrent pas suffisamment loin, le bras noir put presque l'effleurer mais son corps fut soudain tiré en arrière et il retrouva sa voix, poussant un hurlement de rage qui se perdit dans une immensité lointaine.
****
Lorsqu'Edward rouvrit les yeux, il était de retour dans la chambre d'hôtel. Il se mit progressivement à rassembler ses souvenirs, et finit par se rendre compte qu'il était allongé sur son lit. Il posa sa main droite sur son front, tremblant, et le contact du métal glacé contre sa peau le fit frémir. Il regarda ensuite autour de lui, et constata avec soulagement qu'Aphonse et Winry étaient là aussi, bouleversés aussi mais pas autant que lui l'avait été. En voyant que le jeune alchimiste avait retrouvé ses esprits, ils s'approchèrent de lui rapidement :
"Grand-frère, tout va bien ? demanda Alphonse avec empressement."
Edward répondit par un hochement de tête. Il se redressa lentement, mais avec peine : son corps tremblait encore. Winry déposa une couverture sur ses épaules, mais il n'eut même pas la voix pour la remercier. Cependant, il vit alors Kerin, affalé sur un fauteuil proche du lit. Les deux s'échangèrent un regard sans un mot, ce qui leur suffit pour se comprendre. Le jeune démon semblait à bout de souffle. Apparemment, utiliser son Esprim dévorait littéralement son énergie.
"Winry et moi sommes d'accord sur un point, dit alors Alphonse, c'est que Kerin ne nous a pas menti. J'étais perdu dans l'univers qu'il a fait apparaître, mais ça ne ressemblait pas à de l'alchimie ou à quelque chose de semblable. C'est comme s'il avait amené la porte à nous, mais qu'elle nous avait refusés.
- Nous plonger dans ce monde... souffla Edward. Nous forcer, tous les trois, à y rester... et y amener la porte par-dessus le marché... Rien que ça a l'air de t'avoir entièrement vidé de tes forces, Kerin. Je crois comprendre maintenant ce que tu voulais dire, lorsque tu affirmais ne pas posséder assez d'Esprim pour satisfaire Endir...
- En effet, ça risque d'être l'impossible pour moi. Cependant, j'y arriverai, si tu m'aides à combattre Endir. Veux-tu te battre à mes côtés, Fullmetal ?"
Edward réfléchit un instant. Se plonger à nouveau dans un tel combat, sans même en informer le président Mustang, était certainement une mauvaise idée. Mais il voulait retrouver son corps. Il avait l'impression que depuis la mort des Homonculus, c'était sa dernière raison d'être. Il n'avait pas oublié la joie que lui avait procuré son frère, en retrouvant enfin son corps. En le retrouvant enfin, grâce à cette fausse pierre philosophale qu'il avait arrachée à son ennemi... Il ne restait plus que lui, à présent : c'était son combat. Et pourtant, il était conscient que ni Alphonse ni Winry ne seraient d'accord pour le laisser se battre seul avec Kerin. Il redressa les yeux et fixa ce dernier :
"J'accepte de t'aider. Je ferai tout pour pénétrer dans la porte une dernière fois."
Alphonse posa sa main sur l'épaule de son frère aîné, lui affirmant que Winry et lui seraient toujours à ses côtés et qu'ils le suivraient dans cette nouvelle aventure.
Kerin, pour sa part, parut surpris d'apprendre la nouvelle, comme s'il avait déjà abandonné tout espoir pour qu'on veuille bien l'aider. Il trouva la force de décocher un maigre sourire. Finalement, quelqu'un d'autre était assez fou pour se jeter à son tour dans ce combat. Cet affrontement en valait-il la peine ? Si les deux fidèles alliés d'Edward se mêlaient aussi à ces événements, qu'adviendrait-il ? Endir mourrait-il, Ethel et lui seraient-ils enfin libres ?
"Il y a quelque chose qui m'échappe, dit alors Winry. Tu nous a bien dit que tu comptais mourir en ouvrant la porte à Edward... n'est-ce pas ? Mais que si tu mourais, la vie de ton amie serait un enfer... Je ne comprends pas ton raisonnement."
Kerin sourit tristement.
"Je lui ai déjà parlé de tout ça. Ethel a compris mes intentions lorsque je lui ai dit que je voulais mourir en aidant le Fullmetal Alchemist. Si je meurs, ce sera libre. Elle ne veut pas que je meure sous la griffe d'Endir, mais de mon propre gré, et libre. Je sais que pour elle et moi... le prix de la liberté n'est pas moindre, mais... excusez-moi. Je suis encore un peu confus, mes pensées s'égarent..."
Winry s'approcha alors de Kerin qui avait baissé la tête, et elle s'agenouilla devant lui pour pouvoir malgré tout le regarder dans les yeux.
"Kerin, je te promets qu'on libérera Ethel. Et on vous débarrassera d'Endir définitivement."
Kerin resta muet, tant de reconnaissance pour ces paroles que de surprise. Finalement, il ferma les yeux avec un sourire. Sidérante, songeait-il.
Quelle bonté sidérante.
