Auteur : Cae-La Sephyra
Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Endir, Rendy et Ethel.
Spoil : Un petit spoil de rien du tout sur le volume 18, mais bon je le signale quand même.
Note : Matsuyama, ça fait plaisir de te revoir ! ^^ Un grand merci pour ta review ; en effet il y a de grandes chances pour qu'à la mort de leur père, Ed et Al soient les deux derniers descendants des habitants de Xerxès... J'ai réalisé ça en lisant le tome 19, ça m'a fait marrer et je me suis dit que j'allais réutiliser ce détail dans ma fic ^^ Sinon encore merci à Syolen - pour ton compliment notamment ;3 - et Sabine, je vous promets d'aller jusqu'au bout de cette fic. J'ai prévu vingt chapitres, mais je vais me mettre à poster plus souvent car j'ai pris un peu d'avance dans mes écrits ^^
Bonus : Si vous voulez voir la tête de Kerin "en vrai", j'ai mis un dessin de lui en avatar sur mon profil ^^ Personnellement je trouve ça important de voir concrètement à quoi ressemble un perso qu'on suit tout le long d'une histoire !
Septième Chapitre : Souvenirs
Alphonse laissa échapper un long bâillement avant d'ouvrir les yeux. Il se redressa lentement, et se cacha le visage d'une main, aveuglé par la lumière du soleil qui fusait dans la chambre. Il regarda alentour. A sa droite, quelques affaires éparpillées, et son frère qui dormait encore n'importe comment ; le ventre à l'air et un pied dans une valise. Devant lui, sous la fenêtre, le lit de Winry était vide.
Alphonse poussa un soupir et déposa une fine couverture sur son incorrigible frère, puis il sortit de la chambre en se massant la tête. Il aperçut son amie à l'autre bout de la pièce, à genoux devant le mur, en train de l'effleurer d'une main. En l'entendant arriver, elle se retourna et lui sourit.
« Bonjour, bien dormi ? demanda-t-elle.
- Oui, et toi ?
- Plutôt bien. »
Winry se releva et jeta un coup d'oeil en direction de la chambre.
« Ed est toujours endormi ?
- Et n'importe comment par-dessus le marché », soupira Alphonse.
Les deux se mirent à rire ; voilà qui leur rappelait d'autres souvenirs. Edward avait toujours dormi n'importe comment ; quand il était jeune ou même pendant la quête pour récupérer leur corps. Le ventre à l'air, la bouche grande ouverte... Il avait beau avoir beaucoup voyagé, il ne semblait pas avoir tellement mûri. Même si, il fallait l'avouer, il avait pris quelques centimètres depuis que Winry l'avait équipé d'un auto-mail plus léger, dans le nord. Il avait dépassé son amie en taille ; mais à son désarroi, son petit frère était toujours légèrement plus grand que lui.
« Ethel est passée très tôt ce matin, dit alors Winry. Elle reviendra vers midi nous voir avec Kerin, on a juste besoin de les attendre.
- Très bien, je vais aller faire un tour en ville pour trouver quelques provisions.
- Tu es sûr de vouloir y aller seul ?
- Oui, répondit Alphonse avec un sourire. De toute façon, Ed dort comme un loir, on devrait le laisser se reposer.
- Sois prudent, alors. Tu as intérêt à ne pas traîner !
- Oui, oui ! » lança Alphonse en quittant la bâtisse.
Il avait gardé sa chemise blanche de la veille ; car une douce chaleur régnait déjà dans la cité. Le soleil matinal était magnifique sur les pierres ocres des maisons des sages, et le jeune alchimiste put les admirer pendant sa marche. Peu à peu, il se dirigea vers les extrémités de la ville, où se situaient les commerces, après avoir traversé la partie soit-disant "mal famée" sans le moindre problème.
Il croisa de nombreuses personnes à qui il put échanger un sourire. En effet, conformément aux dires d'Ethel, ces gens avaient un coeur bon, plein de gentillesse et de tolérance, et seraient certainement prêts à accueillir n'importe qui à la recherche d'un foyer. Il avait été vu hier en présence des deux captifs d'Endir ; c'était certainement pour cette raison que les habitants d'Yvanesca ne semblaient absolument pas se méfier de lui.
Mais, pendant son trajet, ce n'était que son corps, que son visage qui saluait les gens. Son esprit était ailleurs. Il était deux, ou trois ans en arrière ; pendant sa quête pour retrouver son corps d'origine. Aux côtés de son frère, il avait tant voyagé... Rencontré tant de gens, vu tant de paysages... Il avait souffert, il avait essayé de pleurer en vain. Mais il avait aussi tenté de rire. Et même s'il n'était qu'une armure creuse à l'époque, il y avait des moments où il s'était senti plus vivant, plus humain que jamais.
Et ces souvenirs-là, c'étaient les plus précieux de tous. Vivre une telle situation, surmonter ces épreuves, avait noué entre les deux frère des liens si forts que nul ne saurait les briser. Une fraternité exemplaire, une fraternité qui était tout ce qu'il lui restait.
Après leur victoire sur les Homonculus, il s'était passé nombre de choses. Ils avaient fait le tour de leurs proches, comme ils l'avaient décidé avant même leur victoire, pour remercier tous ceux qui les avaient soutenus. Mais son frère Edward n'avait pas terminé son combat...
Et lui non plus, en fin de compte.
Alphonse baissa légèrement la tête, songeur, tandis qu'il poursuivait sa marche. Les Homonculus... Le repaire de leur ennemi à Central s'était effondré. La vie de tous leurs adversaires s'était retrouvée ensevelie sous les gravats, et sous les dunes de sa mémoire. Lust, Gluttony, Greed, Sloth, Wrath, Pride et Envy... puis leur père. Ils avaient tous disparu sous les flammes du colonel Mustang, sous l'acier du Fullmetal Alchemist, les lames des visiteurs de Xing, et leur élixirologie salvatrice. Une bataille qui s'était terminée avec l'ouverture de la porte, et le retour de son corps dans le monde réel.
Il fut alors tiré de ses pensées, lorsqu'il aperçut une petite échoppe, où il vit quelqu'un qui attira son attention. L'homme aux cheveux blancs. C'était bien lui, il avait un bandage sur l'épaule gauche ; là où il avait été blessé par Kerin la veille. Il discutait avec la vieille femme souriante qui tenait l'échoppe, et visiblement, il avait l'air de très bien s'entendre avec elle. Personne ne le considérait comme un tueur, semblait-il, à voir tous ces sourires que lui lançaient les gens passant à proximité de lui. C'est alors que l'homme rentra à l'intérieur de la bâtisse, et, intrigué, Alphonse décida de le suivre.
Alphonse salua la vieille femme avant d'entrer à son tour dans l'échoppe. C'était une petite épicerie assez sombre, avec tout un tas d'aliments de base déposés sur les étagères. L'homme aux cheveux blancs était au fond du rayon de gauche, accroupi à côté de sacs de riz, qu'il rangeait parmi les autres aliments.
« Ca alors... commenta Alphonse en s'approchant de lui. Je ne pensais pas vous trouver dans un lieu comme celui-là. »
L'homme tourna lentement la tête vers lui et le contempla de la tête aux pieds.
« Le type d'hier ? demanda-t-il. Tu étais bien avec le démon, hier, non ? »
Alphonse acquiesça, et Rendy se releva. Il lui tendit sa main, qu'Alphonse serra avec un mélange de surprise et de soulagement.
« Je suis Alphonse Elric, déclara alors le jeune alchimiste.
- Rendy Krossord... mais tu le sais déjà, répliqua l'homme avec un sourire en coin. Dis-moi, pourquoi être venu à Yvanesca ? Surtout en la compagnie de ce dangereux... »
Alphonse émit un petit rire gêné. Et Rendy qui, la veille, était arrivé par surprise en leur tirant dessus, ne se considérait donc pas lui-même comme "dangereux" ?
« Kerin a besoin de nos services, répondit Alphonse. Il a risqué gros en venant à Central pour nous demander de l'aide.
- Il a voyagé jusqu'à Central pour venir te chercher ? s'étonna Rendy.
- Plus exactement, il avait besoin de l'aide de mon frère, qui est alchimiste d'Etat. Je le suis aussi mais depuis moins longtemps, par conséquent je suis moins célèbre que lui.
- Attends, si tu t'appelles Elric... ton frère, ce serait pas Edward Elric, alors ? Le plus petit alchimiste d'Etat ?
- "Le plus jeune", rectifia Alphonse en se remémorant les pulsions meurtrières de son frère, lorsqu'on avait le malheur d'employer cette périphrase pour le désigner.
- Ca alors... s'étonna Rendy avec un sourire. Des alchimistes d'Etat qui viennent nous rendre visite, voilà qui n'est pas courant ! Mais pourquoi a-t-il besoin de vous, ce petit démon ? questionna-t-il ensuite de sa voix railleuse.
- Pour venir à bout d'Endir », répondit simplement Alphonse.
Rendy fit la moue et détourna le regard un instant. Il se mit alors à masser son épaule meurtrie, apparemment songeur. Il restait quelques sacs de riz à mettre en place.
« Oh... tu veux de l'aide ? » questionna Alphonse en retroussant ses manches.
Rendy le regarda avec surprise, puis décocha un sourire.
****
Avec l'aide d'Alphonse, tout fut rangé rapidement. Epuisé, Rendy s'était ensuite laissé tomber contre un mur, une main sur son bandage. Alphonse considéra l'homme avec un mélange d'intrigue et de curiosité. Il semblait bien jeune, mais avait l'air complètement épuisé, avec ce visage pâle, ces cernes sous ses yeux verts, et quelques mèches blanches qui lui voilaient le regard.
« Ca va aller ? » questionna Alphonse.
Rendy répondit par l'affirmative, d'un petit signe de tête.
« Je suis phénylcétonurique, expliqua-t-il. C'est une saleté de maladie. Et comme si ça suffisait pas, j'ai commencé à souffrir d'insomnies depuis que... »
Il s'interrompit pour masser à nouveau son épaule, les dents serrées.
« ... depuis que quoi ? questionna Alphonse, intrigué.
- Depuis que... un démon s'est échappé du laboratoire d'Endir, répondit Rendy. Depuis qu'il a flanqué la trouille à toute la ville... et qu'il a tué ma meilleure amie. »
Alphonse écarquilla les yeux, abasourdi.
« Ce démon, Kerin... il pourrait aussi tuer des gens... il en est capable, tu as vu comment il se bat ! C'est un enragé, je suis certain qu'il bouffe de la pierre rouge tous les jours, le cinglé c'est lui ; pas moi... »
Alphonse ne sut que répondre. En fin de compte, la haine qu'éprouvait Rendy envers Kerin était peut-être justifiée. Mais Kerin était différent, Alphonse le sentait. Il avait envie de croire en lui, de lui faire confiance, de lui venir en aide. Ce jeune démon désirait de toutes ses forces protéger Ethel, et sa seule motivation était de lui apporter le bonheur et la liberté. Mais, surtout, il ne mentait pas, c'était certain. L'autre jour, quand il avait ouvert la porte... Alphonse avait ressenti jusqu'au plus profond de lui cette sensation de vide, de néant, de bien-être et de mal-être mêlés dans un espace sans fin, sans loi... si l'on omet le principe de l'équivalence.
Pour l'instant, un combat les attendait. Il ne devait plus ressasser ces souvenirs, il devait avancer... comme il avait toujours voulu le faire.
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Kerin ferma les yeux et un violent coup de la part de son maître le propulsa violemment en arrière. Il tenta de se relever, et Endir le frappa de nouveau, puis le jeta à deux mètres de lui. Le jeune démon glissa sur le sol, puis se redressa légèrement, tremblant sous la douleur, sa colère, et son impuissance. Un mince flot de sang ruisselait sur sa joue gauche. Ethel, morte d'inquiétude, se précipita vers lui et l'aida à s'asseoir. Devant eux, Endir était dressé de toute sa hauteur, et brandissait encore son poing puissant, orné d'un épais bracelet de forme carrée, en direction de son "protégé".
« Ne refais plus jamais ça, Kerin... menaça-t-il. Si jamais tu t'échappes encore une fois de la sorte, je te jure que tu le regretteras. »
Kerin redressa lentement son visage vers Endir, frémissant de rage.
« Kerin, t'ai-je déjà menti ? »
Ses mâchoires crispées, le jeune démon sentait une colère infinie le parcourir et l'animer. Son poing se serrait sur le sol glacé, ses muscles frémissants et son cerveau en ébullition n'attendaient qu'une chose : qu'il se jette sauvagement sur Endir pour le déchiqueter.
« Kerin... Kerin, calme-toi, je t'en supplie... » souffla Ethel, soudain tremblante de peur.
Des plaques noires commencèrent à se former sur les mains de Kerin. Elles recouvrèrent sa peau, s'étendirent, et commencèrent à se changer en lames meurtrières qui auraient tôt fait de réduire leur ennemi au silence.
Endir le frappa à nouveau et écarta violemment Ethel. Les deux se retrouvèrent propulsés l'un à l'opposé de l'autre, aussi impuissants qu'ils l'avaient toujours été. Kerin voulut se relever et faire face à son ennemi, mais se figea soudain. Son ennemi en question venait de brandir sous son nez une petite pierre rouge qui luisait faiblement, et frémissait toute seule. Kerin se mit à trembler. Il n'arriva bientôt plus à détacher son regard de cette pierre, qui avait l'air si insignifiante, si fragile, mais qu'il craignait par-dessus tout...
Des flammes rouges dansèrent dans ses yeux. Ethel hurla son nom, mais il ne l'entendit pas. Endir déposa la pierre sur sa blessure, et il se mit à hurler...
La pierre rouge pénétra le sang du jeune démon qui se sentit détruit de l'intérieur, puis régénéré, sans fin. Son amie avait beau crier son nom, elle avait beau pleurer, le supplier, il était devenu sourd. Elle avait beau chercher son regard, il était devenu aveugle. Il continuait de lutter contre cette force comme divine qui tentait de s'emparer de sa chair et de son sang.
Mais elle ne pouvait pas s'emparer de lui. Elle ne voulait que faire un avec lui.
Ses muscles se contractaient au risque de se déchirer, ses nerfs envoyaient dans tout son corps des messages insensés ; ses yeux fixaient le vide et son visage hurlait de douleur. Et pourtant, il devait tenir. Non, la mort n'aurait pas son âme en ce jour.
Lorsque Kerin se calma enfin, il s'effondra sur le sol et demeura immobile. Ethel se rua à ses côtés, le redressa, et écarta les mèches noires qui tombaient sur son visage.
« Kerin... » murmura-t-elle, les larmes aux yeux.
Il semblait évanoui. La jeune fille le serra contre elle, en fermant les yeux, et ne posant qu'une seule question : "pourquoi" ? Pourquoi avaient-ils, tous les deux, besoin de subir ça ? Qu'avaient-ils fait au monde pour être châtiés de la sorte ? Elle demeura longuement près de lui, comme si même dans son coma, sa présence pouvait le rassurer. Lui demander de revenir vivant... De se relever, une fois de plus... Encore, encore un peu...
Ils n'avaient jamais connu la liberté.
Et c'était pour cette raison qu'il lui faudrait, à un moment ou à un autre, se décider à rouvrir les yeux. C'était la promesse qu'ils s'étaient faite tous les deux : vivre captifs, dix, vingt, quinze ans... vivre captifs, mais mourir libres.
« Bientôt, tu n'auras plus à t'en faire, déclara alors Endir, la tirant de ses pensées. Je toucherai au but sous peu, il ne reste que peu de pierres à utiliser.
- Arrêtez... souffla Ethel avec le peu de voix qui lui restait. Il n'est qu'un semi-démon, il ne tiendra jamais le coup...
- Si, je connais mieux mes créations que toi, rétorqua l'alchimiste d'une voix sèche avant de tourner les talons. Et puis, ajouta-t-il en s'éloignant, les sept ne seront pas toutes pour lui... »
Ethel regarda la silhouette d'Endir disparaître, surprise. "Les sept ne seront pas toutes pour lui" ? Si elle se souvenait bien, la pierre rouge qu'il venait de lui administrer était la troisième, sur un total de sept. Endir en avait encore quatre en réserve... que comptait-il alors faire avec ?
Elle ferma les yeux et serra à nouveau son ami dans ses bras. Elle n'allait pas penser à ça maintenant. Dès que Kerin serait réveillé, elle retournerait voir la lumière du jour.
Parce que ça aussi, elle l'avait promis.
Vous allez dire que je torture mes personnages et vous aurez raison ; c'est à ce demander où se trouve la romance dans tout ça... Bah, elle finira par s'affirmer, vous en faites pas ! x3 Un grand merci aux lecteurs ; une petite review pour ma peine ? =3
