Auteur : Cae-La Sephyra

Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Ethel, Endir et Rendy

Note : Attention, spoil du volume 19 sur ce chapitre ! Sinon, je remercie encore énormément Matsuyama et Sabine pour leur soutient omniprésent. Je tiens aussi à signaler que je poste ce chapitre aujourd'hui pour fêter la sortie du très attendu Fullmetal Alchemist volume 20 ! ^^


Onzième Chapitre : Les larmes interdites



C'était le jeune homme de l'autre jour, le chasseur de primes. Winry le reconnut de loin, sans mal, tandis qu'accompagnée d'Alphonse, elle le rejoignait en passant par les toits. Ce regard vert d'eau un peu vague, ces cernes sous ses paupières et ces cheveux d'une clarté à peine croyable...

L'homme les entendit arriver à ses côtés, perché sur le toit d'une des maisons ocres. Il portait une cape de la même couleur que les murs des bâtisses, et qui voletait dans le souffle du vent, dissimulant par la même occasion la moindre de ses formes.

« Ne faites pas trop de bruit si vous tenez à rester là, dit-il alors d'une voix traînante.

- Est-ce que... il se passe quelque chose ? » questionna Alphonse en regardant à son tour en direction du laboratoire.

De là où ils se trouvaient, ledit laboratoire n'était qu'une grande surface sombre qui rasait la celle de la terre, et se recouvrait de sable, par endroits, selon la volonté du vent. Quelques petites structures mécanisées s'élevaient légèrement au-dessus de l'édifice souterrain ; sans doute un dispositif de surveillance. Mais de là où ils étaient, tout n'était distinguable qu'en silhouette, et les formes obscures qu'ils apercevaient pouvaient être n'importe quelle machine effrayante.

« Pour l'instant, pas vraiment », répondit Rendy avec cette même voix traînante.

Il laissa échapper un bâillement et posa sa tête sur ses genoux, sans cesser de veiller sur le laboratoire. Comme il n'ajoutait aucune explication, Alphonse le questionna :

« Et tu n'aurais pas vu Edward, par hasard ?

- Edward... ton petit frère ?

- Euh... grand, corrigea Alphonse. Mais mon frère, oui.

- Il est plus petit que toi, non ?

- Evitons de parler de ça... suggéra alors Winry au cas où le "petit frère" en question était dans les parages.

- Donc, tu l'as vu ? » reprit Alphonse.

Rendy parut réfléchir un instant, avant de déclarer :

« Non, désolé. Par contre, mon associé était dehors hier soir, et il a vu un truc pas net près du laboratoire.

- Vraiment ? C'était quoi ? questionna Alphonse, devinant que ça le concernait, puisque ça devait concerner Endir.

- Il paraît que c'était assez étrange et qu'il n'a pas tout compris, mais il a quand même essayé de me raconter un peu. Bah tiens, raconte-leur toi-même, Kain. »

Il y eut un silence. Puis Alphonse et Winry se retournèrent, surpris par un craquement derrière eux. Un nouvel arrivant se hissa sur le toit de la bâtisse, un pistolet

à chaque hanche, un manteau ocre au col en fourrure sur les épaules. Il semblait avoir environ le même âge que son chef ; moins d'une trentaine d'années. Il avait de petits yeux tombants, couleur rouge sombre ; des cheveux indigo aux pointes noires coupés courts, et un tatouage indigo sous l'oeil gauche. Un Ishbal. Il regarda brièvement Alphonse et Winry avant de reporter son attention sur Rendy.

« Vous m'avez demandé ? questionna-t-il.

- Oui, répondit Rendy sans détacher son regard du laboratoire. Tu veux bien leur raconter ce que tu as vu hier soir ? »

Kain regarda les deux inconnus avec surprise, et aussi, semblait-il, une pointe de jalousie. Mais il exécuta rapidement les ordres de son dirigeant.

« C'était mon soir de garde... enfin comme tous les soirs en fait, commença-t-il. ( Rendy lui jette un regard lourd de reproches ) J'étais assez loin du laboratoire, genre deux cent mètres plus loin qu'aujourd'hui, et j'ai vu une sorte de rideau noir qui se levait devant le laboratoire, expliqua-t-il en pointant du doigt la direction du repaire d'Endir. Je me suis dépêché d'arriver sur les lieux mais tout ce que j'ai pu apercevoir, c'était une silhouette qui disparaissait dans les ténèbres, et comme des sortes de loups noirs qui ont disparu si vite que je me suis demandé si je n'avais pas rêvé... Mais j'ai trouvé ça dans le sable tout près du labo, après coup, donc je me suis dit qu'il s'était bien passé un truc. »

Pour prouver ses dires, Kain sortit un objet en argent dans un cliquetis sonore, et le montra à Alphonse et Winry. Ces deux derniers écarquillèrent les yeux, et leur inquiétude redoubla en pensant à Edward.

C'était sa montre d'alchimiste d'Etat...

****

Le néant. Il avait déjà vu ça quelque part.

Tout voilait son regard, et l'empêchait de reprendre ses esprits. Sous son corps inerte, étendu de tout son long, le sol était glacé. Mais il ne pouvait esquisser ne serait-ce qu'un geste ; bientôt, son état de conscience, aussi vague fut-il, raviva sa souffrance, et il serra les dents en poussant un gémissement de douleur. Son épaule gauche le faisait atrocement souffrir, et il sentait que quelque chose ne tournait pas rond avec l'auto-mail de sa jambe. Mais s'il arrivait à la remuer tout doucement, il ne pouvait pas encore se redresser pour chercher ses blessures. Il n'avait pas envie de les voir, de toutes façons. Pour l'instant, il voulait juste les oublier. Tout oublier, dormir juste un peu...

Il rouvrit ses paupières après les avoir closes un instant ; ses pupilles dorées, légèrement dilatées par la fatigue et la fièvre, cherchèrent malgré tout à comprendre dans quel endroit où il se trouvait. Ce froid et ce silence... sans doute le laboratoire d'Endir. Et vaguement, il distingua des barreaux devant lui. Une prison. Il était enfermé. Donc, il n'était pas mort. Pas encore. Mais il avait perdu lors de leur combat ; et Endir l'avait quand même laissé en vie ?

L'affrontement... oui, les souvenirs lui revenaient peu à peu. Lui et Kerin s'étaient fait battre par un alchimiste armé d'une pierre rouge incomplète... A présent, lui était enfermé quelque part dans le repaire souterrain d'Endir, et quant à Kerin, il pouvait être n'importe où... En train d'agoniser, ou peut-être de se faire châtier... Edward se surprit à s'imaginer le pire, mais en quelques minutes de discute avec Endir, il avait compris que ce dernier ne témoignait pas une once de pitié envers ceux qui s'opposaient à lui.

Edward tenta subitement de se relever, pendant que son esprit était ailleurs. Mais la diversion fut un échec, la douleur revint en trombe dans tout son corps et il s'effondra à nouveau sur les dalles glacées de sa cellule. Il poussa un long soupir, se sentant terriblement impuissant. Pourtant, n'avait-il pas déjà vécu cette situation ? Après avoir affronté l'alchimiste écarlate à Briggs, que le puits s'était effondré sur lui et qu'il s'était retrouvé mortellement blessé ? Qu'avait-il fait à ce moment-là pour s'en sortir ? Il tenta de s'en rappeler, et ses yeux eurent la mauvaise idée de s'obliquer vers le reste de son corps, toujours immobile. Là, des vertiges commencèrent à le prendre lorsqu'il distingua des flots de sang glisser sur les dalles. Il tenta de se relever. Avec tout le sang qu'il perdait, il ne tarderait pas à succomber, il devait faire quelque chose. Sa vue s'embrouilla, il eut l'impression qu'elle tournoyait autour de lui.

« Pas maintenant... souffla-t-il, luttant pour rester conscient. C'est pas le moment... de dormir... »

Il serra les dents et fit un dernier essai pour se redresser, en se hissant sur ses bras meurtris, mais la douleur à son épaule gauche se raviva en un instant et il s'effondra de nouveau en retenant un cri de souffrance. Haletant, courbatu, il abandonna un instant sa lutte vaine.

C'est alors qu'il entendit des pas. Faiblement, puis de plus en plus fort. On venait dans sa direction. On passait dans le couloir où s'alignaient les cellules silencieuses, les unes après les autres. Edward retint sa respiration déjà difficile, en se redressant légèrement pour mieux voir devant lui. Deux personnes passèrent alors devant sa cellule, d'un pas énergique.

D'abord Endir, qui ne daigna pas jeter un regard sur son prisonnier... et il était suivi d'Ethel. Celle-ci, en revanche, remarqua Edward et sans tourner la tête, ses yeux verts obliquèrent vers lui.

Pour lui lancer un regard froid comme la glace.

Les deux disparurent bien vite dans les ténèbres, et le bruit de leurs pas s'évanouit progressivement. Edward, qui était resté immobile sous la stupeur, relâcha ses muscles et se laissa encore tomber contre le sol. Ce regard... Dénué de sentiment, il n'exprimait pas la moindre émotion, mis à part peut-être un profond mépris... Qu'est-ce que ça pouvait bien signifier ? Pourquoi Ethel n'avait-elle pas eu l'air surpris ? Ou au moins, inquiet ? Elle qui était censée être de son côté et détester Endir ? Une idée lui traversa l'esprit et lui fit le même effet qu'une lame transperçant sa chair. Il avait été trahi. Kerin et Ethel n'étaient que deux imposteurs, ils étaient tous des imposteurs...

La fièvre d'Edward montait peu à peu et lui ôtait le peu de raison qu'il avait su conserver, dans sa douleur. Il devait se calmer, maintenant. Il ferma les yeux et il sentit ses doigts se détendre, son esprit apaisé. La folie s'évanouit peu à peu et laissa place au silence. A des souvenirs. A présent, il avait l'impression de retourner huit ans en arrière, lorsqu'il avait perdu son bras et sa jambe, que son propre sang l'entourait de tous côtés et que seul l'amour pour son frère lui avait permis de survivre. Exténué, il poussa un nouveau soupir. Il sentait sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration, parfois saccadée et rauque, mais il vivait encore. A moitié. Une fois de plus, il avait l'impression de la voir se dresser devant lui et de lui tendre la main, cette loi de la vie qu'on a commune de personnaliser, et de nommer "Mort".

C'est alors qu'il s'en souvint.

Il se souvint de ce qui lui avait sauvé la vie, à Briggs. Ce n'étaient pas seulement ces deux chimères, qu'il avait sauvé dans un élan de courage, et qui lui avaient simplement rendu la pareille en l'aidant à ne pas mourir de sa blessure mortelle. C'était encore avant ça, lorsqu'il lui avait fallu retrouver l'envie de vivre... Des visages étaient apparus dans sa tête...

Un visage. Il rouvrit les yeux.

Et frappa ses mains l'une contre l'autre.

****

On toqua à la grande porte de son bureau. Roy Mustang sursauta et écarta d'un geste vif les bricoles sur son bureau, qu'il avait sorties de son tiroir pour passer le temps ; il saisit un dossier, le posa devant lui, s'arma d'un crayon et fit mine d'être terriblement occupé lorsqu'il autorisa son visiteur à entrer.

Une jeune femme entra dans le bureau et referma la porte derrière elle, en s'excusant poliment du dérangement. Mustang, constatant que ce n'était que son assistante personnelle, se détendit et ne prit même pas soin de dissimuler un soupir de soulagement.

Elle était de taille moyenne, vêtue d'un uniforme de l'armée. Ses yeux noisette et son regard un peu sévère traduisaient son amour du travail impeccable et organisé. Ses cheveux blonds qu'elle avait pris soin d'attacher lui arrivaient normalement à la taille ; elle ne les avait plus coupés depuis que Mustang était devenu président et avait perdu son oeil gauche, suite au terrible combat contre les Homonculus.

« Ce n'est que vous, Colonel Hawkeye ? fit alors Mustang en s'affaissant dans son fauteuil tournant.

- Président, avez-vous terminé de traiter le dossier concernant l'affaire Louiset ? demanda ledit colonel en guise réponse.

- Le... Louiset ? Ah, euh... ce nom me dit quelque chose, en effet... Alors comment dire ça...

- Dois-je comprendre que la réponse est "non" ? » l'interrompit Hawkeye, d'un ton tout à fait calme bien que son regard assombri traduisait l'humeur inverse.

Mustang se massa la nuque et fouilla dans la pile de papiers devant lui, avant d'en tirer le dossier convoité par son assistante - et auquel il n'avait, bien entendu, même pas jeté un oeil.

« Je m'y mets tout de suite », s'empressa d'affirmer Mustang, qui venait d'abhorrer un visage plus sérieux.

Ce qui surprit Hawkeye. Elle restait debout à deux mètres de son bureau, droite et silencieuse, comme à son habitude. Mais devant elle, le Président semblait avoir perdu d'un coup toute son humeur quelque peu immature qu'il avait conservée même après avoir perdu un oeil. Ce côté enfantin qui n'était pas sans rappeler Edward Elric... Elle ne l'avait pas vu ce dernier depuis longtemps d'ailleurs, et en réalité, elle était aussi venue demander de ses nouvelles ; Mustang était certainement plus informé qu'elle sur le jeune alchimiste qui passait son temps à voyager.

« Président, est-ce que tout va bien ? » questionna alors Hawkeye.

Mustang leva les yeux vers elle. Cette fois, le regard de la jeune femme traduisait aussi de l'inquiétude. De l'inquiétude à son égard... Comme il aimait la voir, cette femme, la sentir près de lui, et ressentir son regard profond planté dans le sien... Par le passé, il avait fréquenté nombre de jeunes femmes à qui il tenait compagnie, et il ne s'était jamais lassé de séduire les jolies demoiselles qu'il croisait chaque jour. Il avait longuement continué de se comporter en séducteur, peut-être pour se voiler la face, peut-être pour refuser de reconnaître qu'en fait, son coeur ne battait que pour une seule et unique personne. Une seule et unique femme. Ce n'était que récemment qu'il avait accepté de voir la réalité en face. Mais il se ressaisit bien vite : tant que tous deux restaient dans ce quartier général, ils étaient deux militaires et ne devaient jamais laisser intervenir leurs sentiments. Et notamment, jamais rire, jamais pleurer.

« Je vais bien, ne vous en faites pas pour moi, répondit Mustang en continuant de traiter le dossier. En revanche, je m'excuse de ne pas m'être occupé de ceci plus tôt... »

Hawkeye décocha un sourire que Mustang ne vit pas, trop concentré dans ce qu'il faisait. En réalité, c'était dans ces moments-là que la vie de militaire devenait plus intéressante : si suite à leur dernier grand combat, Mustang était devenu un adulte droit et sérieux, elle savait qu'elle aurait laissé l'ennui faire partie de son quotidien. Souvent, elle devait lui rappeler ses devoirs et le soumettre à ses obligations, bien que moins gradée que lui... C'étaient ces moments-là qui faisaient de sa vie de tous les jours un vrai bonheur. Bonheur qu'elle était tenue, cependant, de ne jamais montrer à personne...

Mustang s'empara alors d'un café qui traînait sur l'aile gauche de son bureau, et en but une gorgée tout en se félicitant de ne pas l'avoir mis par terre accidentellement tout à l'heure. Ca ne lui était encore jamais arrivé d'être ainsi pris sur le fait ; et encore il avait à peu près réussi à masquer sa distraction... à peu près.

« Président, avez-vous eu des nouvelles d'Edward, dernièrement ? questionna alors Hawkeye.

- Hum... oui, répondit celui-ci sans lever l'oeil vers elle, et en s'aventurant à nouveau courageusement dans son dossier. Il est à Yvanesca.

- Yvanesca ? La cité du désert ?

- Tout à fait. Il m'a envoyé une missive codée il y a quelques temps. Il n'a pas changé... il a gardé sa prudence. Mais cette fois-ci, j'ai peur qu'il ne lui arrive quelque chose de sérieux, c'est pourquoi j'ai prévu d'intervenir. Il se trame des événements funestes dans cette ville maudite, si vous voulez mon avis, Colonel Hawkeye.

- Je vois... Mais en vérité, Président, il y a autre chose dont je devais vous parler. Ca n'a pas vraiment rapport avec les agissements de l'armée, et... je comprendrais tout à fait que vous me reprochiez d'avoir eu ne serait-ce que l'idée de dériver de notre sujet initial. Cependant, il me semble que pour vous, ça a de l'importance, et que je devais vous le faire savoir au plus vite. »

Mustang marqua une nouvelle pause ; s'affaissant dans son fauteuil et lâchant son stylo pour saisir son café. Il poussa un soupir : décidément, il n'aimait pas parler dossiers et missions ; il était même content que son assistante lui parle d'autre chose, pour une fois.

« Eh bien, qu'y a-t-il ? questionna alors le Président, en buvant une gorgée de son café.

- Je suis enceinte. »

Mustang se redressa d'un coup et rendit bruyamment au plancher la boisson qu'il venait d'ingurgiter. Suffoquant, il se frappa le torse à deux reprises pour essayer de se remettre à respirer normalement. Puis enfin, sa main tremblante déposa la tasse de café vide sur son bureau, et il se redressa, lançant un regard mi-surpris, mi-inquiet à son assistante. Il la regarda droit dans les yeux, de son unique oeil, comme il ne s'autorisait pas à le faire souvent. Ces yeux noisette, un peu rudes parfois, mais magnifiques... Ces mêmes yeux, il jura d'y voir grimper des larmes...

Mustang sourit. Ses larmes à lui aussi l'aveuglèrent bientôt.

Il était militaire. Il n'avait pas le droit de pleurer.

Mais il s'en fichait, en vérité.

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