Auteur : Cae-La Sephyra
Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Ethel, Endir, Kain et Rendy.
Note : Arigatô, Sabine, Matsuyama !x3
Douzième Chapitre : Un monde sous terre
Edward sentit le flux alchimique parcourir ses membres quand il posa sa main d'acier sur sa jambe droite grièvement blessée. Il poussa un hurlement de douleur tandis que les tissus se reconnectaient, afin de faire cesser l'hémorragie. Bientôt, le sang s'arrêta de couler, et le jeune alchimiste se laissa à nouveau tomber contre le sol glacé de sa cellule, sur le dos, respirant avec avidité l'air, aussi impur fut-il, qui stagnait dans l'inquiétant laboratoire. Son épaule n'était pas assez blessée pour qu'il ait besoin d'user de son alchimie médicale à nouveau, et ça le rassurait ; il avait grand besoin d'économiser ses forces. Il sentait ses cheveux trempés de sang s'étaler autour de lui ; sa tresse était à moitié défaite et son teint avait rarement été aussi pâle.
Mais il était en vie.
Il ferma les yeux. Ces paroles, il les avait déjà entendues quelque part. Un esprit bienveillant lui avait murmuré ces mots... Son frère. Alphonse. Alors que ce dernier, âme attachée à une armure, avait été à moitié détruit par Scar, que lui-même avait frôlé la mort et que son bras droit avait été réduit à néant, sous cette pluie torrentielle et sur ces pavés trempés... "On n'est pas beaux à voir, en effet... mais on est en vie..." Edward sourit. Oui, ils étaient en vie. C'était même encore le cas en ce jour.
Aussi, ce n'était pas en ce jour qu'il se laisserait mourir.
Un hurlement provenant de l'autre côté des murs d'acier le tirèrent soudain de ses pensées réconfortantes. Il se redressa avec douleur, et chercha du regard, en vain, l'auteur de ce cri de souffrance. Cependant, il avait reconnu cette voix... c'était la voix d'une jeune femme... Ethel ? Ca venait de la salle où elle était partie avec Endir, il y avait peine quelques minutes... Edward parvint à se rasseoir contre un mur de sa cellule, et il commença à s'interroger. Il était encore un peu essoufflé, et le froid environnant le faisait frémir. Ses mèches blondes, certaines trempées de son propre sang et de l'humidité environnante, lui tombaient sur les yeux mais n'éteignaient pas son regard intense, qui s'était fixé vers l'extrémité du couloir où les deux avaient disparu. Où menait-il, exactement ? C'est alors que d'autres cris lui parvinrent, plus faibles, plus lointains. Cette fois, il devait s'agir de Kerin. Mais il n'hurlait pas de douleur, pour sa part...
Il hurlait de rage. Il était en train de s'ensevelir dans une haine sans nom. Pour quelle raison ; que ce passait-il ? Edward fronça les sourcils et sentit ses dents se serrer. Traîtres ou non, Kerin et Ethel semblaient passer un sale quart d'heure... Pourquoi, si après tout ils étaient bien dans le camp d'Endir ? Décidément, cette histoire l'embrouillait de plus en plus. S'il avait eu encore un semblant d'énergie, il se serait levé, aurait transmuté ces barreaux qui le privaient de liberté et serait parti droit devant, en courant dans ce couloir sombre et inquiétant. Il serait venu en aide à la première personne en danger ; comme il l'avait toujours fait... peut-être malgré lui. Malgré son orgueil et son caractère.
Les cris d'Ethel avaient cessé, mais pas ceux de Kerin. Des cris qui se maudissaient pour leur impuissance.
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Kerin se débattait avec fureur, enchaîné au mur dans la petite salle voisine de celle où il avait affronté Endir. Cette pierre rouge le narguait, dans le cylindre en face de lui, et immobilisait par la même occasion les démons enfermés dans leurs cellules. Démons qui le considéraient avec un mélange d'incompréhension et de lassitude ; ils avaient bien compris, eux, que Kerin n'arriverait pas si facilement à rejoindre sa bien-aimée, là, dans la salle d'à côté, avec cet immense cercle de transmutation tracé au sol ; cercle qu'Endir avait dû redessiner entièrement à cause de son dernier combat.
Ethel poussa un nouveau cri de douleur, et Kerin hurla encore une fois le nom de son amie, tout en essayant de briser ces bracelets d'acier qui retenaient ses membres contre le mur. Même pas moyen de se transformer, avec cette maudite pierre rouge... Il ne pouvait rien faire, seulement crier, seulement haïr, seulement entendre ces cris qui pourtant lui étaient insupportables. Il l'entendait agoniser, souffrir, crier, se battre... Mais ça ne suffisait pas. On ne pouvait lutter contre cet alchimiste machiavélique, lorsqu'il était armé d'une de ses maudites pierres rouges.
La cinquième pierre avait trouvé un rôle. Endir avait jugé bon de la tester sur Ethel : pour cela il lui avait dessiné une entaille sur le bras droit, puis il avait déposé la pierre à même la blessure, en contact avec le sang de la jeune femme. Il n'avait rien fait de plus, mais ce simple geste avait déclenché bien des souffrances.
Ethel, qui respirait avec difficulté, sentait son corps parcouru de spasmes, sans cesse agressé et en même temps protégé par cette pierre aussi incroyable que funeste, cette source de pouvoirs immense mais porteuse de tant de malheurs. Elle sentait les dalles glacées, sous ses doigts qui griffaient le sol, elle voyait ces traits blancs tracés partout autour d'elle ; elle était au centre de ce cercle alchimique dont elle ne comprenait même pas la signification. Elle le sentait vibrer et parcourir son corps, en écho aux vagues de douleur qui la déchiraient. Et comme pour aggraver sa situation déjà voisine du trépas, elle entendait Kerin, dans la salle voisine, enfermé avec les démons, hurler de rage... Comme elle aurait voulu le rejoindre, dût-elle le faire en rampant, rien que pour le rassurer avec sa voix, au contact de ses mains tremblantes, ces mains meurtries qui n'oeuvraient que pour son bonheur, depuis toujours... Ce bonheur convoité et que, pourtant, elle n'avait jamais trouvé encore...
« Kerin... » murmura-t-elle, le souffle coupé sous la douleur.
Ce fut son premier et dernier mot depuis qu'Endir l'avait amenée dans la pièce. Elle se laissa retomber sur les lignes blanches du cercle, tandis qu'à ses côtés, Endir, dressé de toute sa hauteur, la regardait de haut et sans la moindre compassion. Visiblement, sa captive était encore en vie... Il esquissa un sourire malsain, puis la douleur se lut subitement sur son visage. Il se massa le bras gauche, où sa manche avait été déchiquetée et son bras lacéré. Kerin et Edward avaient réussi à lui faire ça juste avant de subir leur défaite ; ils avaient eu de la chance... Après tout, comme deux gamins comme eux auraient-ils pu le blesser, lui, si ce n'est grâce à beaucoup de chance ?
Lui qui allait donner vie à la légende des âmes écarlates, ce que même les sages de Xerxès n'étaient parvenus à faire ?
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Alphonse s'empara vivement de la montre, et l'ouvrit en dissimulant tant bien que mal son inquiétude. Là, à l'intérieur du couvercle, étaient gravés quelques mots : "Don't forget 3 Oct.11". Aucun doute, cette montre était celle de son frère. Il lui était bien arrivé quelque chose ; quelque chose en lien avec le laboratoire.
« Si seulement on pouvait parler à Kerin et Ethel... regretta Winry, tremblante d'inquiétude. Il faut qu'on aille le chercher ; on ne peut pas rester là sans agir ! »
Alphonse était entièrement d'accord avec son amie, mais comment venir en aide à Edward, alors qu'ils n'étaient même pas sûrs de l'endroit où il se trouvait, ni de la manière où ils allaient se rendre dans cet endroit soupçonné... qui était, sans le moindre doute, le laboratoire d'Endir ?
Rendy, qui s'était tu longuement, poussa alors un soupir et ordonna d'une petite voix en se redressant :
« Kain, rends-moi mon manteau. »
Le dénommé Kain frémit à l'entente de cet ordre qu'il semblait redouter. Puis, la tête basse, il ôta à contrecoeur le manteau ocre à col en fourrure de ses épaules et le tendit à son chef en détournant le regard. Rendy, en réponse, jeta la cape qu'il portait jusqu'alors sur la tête de son subordonné, enfila son manteau en un coup de vent et se tourna vers Alphonse et Winry :
« Bon. On y va ? »
Cette proposition, qui aurait dû les surprendre, les motiva au contraire et sans se poser plus de questions, ils suivirent Rendy et Kain qui s'était enveloppé de la cape en boudant. Ils partirent tous les quatre en direction du laboratoire, en passant par les ruelles sombres entre les bâtiments ocres. Pendant leur course silencieuse, car il leur fallait être d'une prudence extrême, Alphonse questionna Rendy à voix basse :
« Dis, on n'a aucun plan, c'est ça ?
- Non, en effet », répondit Rendy sans cesser de regarder devant lui.
Alphonse esquissa un sourire amusé. Devenaient-ils fous ? Au fond de lui, sa conscience lui criait de s'arrêter car ce qu'ils faisaient étaient stupide, mais c'était la faute de ses jambes ; elles le menaient vers son frère adoré, même sans plan préalable. Oui, pensait-il en souriant ; ce n'était pas sa faute à lui. Ses jambes le menaient vers son frère.
Elles le mèneraient toujours vers lui.
Les quatre alliés se stoppèrent au bout de deux minutes de course, arrivés à proximité du laboratoire. Les habitations étaient particulièrement calmes et inquiétantes dans cette région d'Yvanesca ; comme si la seule présence du repaire d'Endir éteignait la vie alentour. De près, le laboratoire n'avait rien de si inquiétant ; c'était une structure de métal d'à peine un mètre de haut, pour les parties les plus hautes, avec quelques caméras à l'objectif poussiéreux qui, en réalité, ne devaient pas surveiller grand-chose. C'était, somme toute, une immense plate forme d'acier ornée d'appareils divers, qui faisaient surface en formant d'étranges structures. Il devait y avoir au moins deux entrées, mais elles étaient parfaitement cachées et il était trop risqué pour eux de s'attarder à fouiller les environs, puisque même poussiéreuses à cause du vent du désert, les caméras devaient bien servir à un petit quelque chose.
« C'est maintenant que ça se complique », déclara Rendy à voix basse en sortant son pistolet.
Ils étaient restés dissimulés dans une ruelle sombre qui débouchait sur le laboratoire, juste devant eux, à quelques mètres. Alphonse et Winry contemplaient l'édifice avec un émerveillement qui s'apparentait plus à de l'effroi ; c'était la première fois qu'ils se trouvaient aussi proches de ce lieu que Kerin et Ethel maudissaient tant.
Kain était sur le point de demander à son cher comment il comptait entrer, lorsque le vent changea brutalement de direction et fonça vers le sol, frappant le sable brutalement. Les quatre alliés eurent un mouvement de recul, surpris. Ils distinguèrent des formes noires naître devant eux, et comme une fumée en sortir ; fumée qui retomba sur le sol, et prit l'apparence de créatures sombres avec deux yeux rouges luisants. Les apparitions commencèrent à se multiplier, toujours sous cette forme de grands loups noirs aux crocs luisants et au regard dénué de vie.
« Oh... des âmes écarlates ? lança Rendy en brandissant son pistolet, dissimulant mal son inquiétude.
- Âmes écarlates ? » questionna Alphonse en reculant lentement, au vu des créatures qui commençaient à s'intéresser un peu trop à eux.
En effet, les loups noirs, qui semblaient aussi vaporeux que des nuages de sable, tournaient leur regard en direction des quatre proies que le destin en personne semblait leur offrir. Les bêtes devaient être plus d'une vingtaine à présent, et pour compliquer les choses, leur nombre ne cessait de croître.
« Non... tu ne connais pas ce terme ? répondit alors Rendy, une goutte de sueur sur la tempe. C'est une légende que les habitants de Xerxès eux-mêmes ont rapportée au monde... »
Kain suppliait son chef de s'éloigner. C'était la première fois qu'il voyait autant de démons, et ces derniers, pour couronner le tout, semblaient bien plus puissants que d'habitude. Comme si toute l'étendue de leurs pouvoirs était à leur disposition, pour la première fois, les rendant insensibles aux éléments. Et pour tenter d'y apporter justification, sans crier gare, Rendy redressa son arme en direction du démon le plus proche et tira deux coups de feu dans sa direction.
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Le silence était retombé depuis une demi-heure. Kerin n'avait plus assez d'énergie pour appeler son amie, qui de toutes façons devait être évanouie dans la pièce voisine. Mais il ne pouvait attendre patiemment son réveil, il pouvait bien faire quelque chose !
A nouveau, il tenta de se débattre ; de se libérer de ces mâchoires d'acier qui l'immobilisaient contre le mur. Et ce cylindre de pierre rouge ; comme il aurait aimé lui faire passer un sale quart d'heure dans le Passage, si ce réceptacle avait été capable de ressentir quelque souffrance... Kerin serra les mâchoires une fois de plus. Sa fureur était loin de s'être apaisée ; il se sentait ivre de colère, confus et perdu dans un cercle vicieux, qui le faisait sombrer peu à peu dans une folie sans nom. Il le savait bien ; il était trop instable, en tant qu'être vivant, pour survivre bien longtemps. Pour vivre sa vie, que ce soit comme un humain, ou comme un démon. Il était pris au piège entre leurs deux mondes, et aucun choix ne lui était permis. Ce n'était pas à lui de choisir son camp, c'était au destin de choisir pour lui.
Parce qu'une fois de plus, comme depuis toujours, il se sentait impuissant.
« Kerin... Kerin, tu m'entends ?... »
Kerin surgit d'un coup de ses pensées sombres et redressa la tête subitement, manquant de peu de se cogner au mur derrière lui.
« Ethel ?... répondit-il. Ethel, c'est toi ?! »
Une petite voix, qui venait de la salle d'à côté, lui répondit par l'affirmative ; et il ne put s'empêcher de sourire, profondément soulagé. Elle était vivante, elle arrivait à lui parler. Mais il n'en savait pas encore assez, et il se retint de l'assommer de questions.
« Ethel, tu arrives à bouger ? lança-t-il tout haut pour se faire entendre. Est-ce que tout va bien ? Qu'est-ce que cette ordure t'a fait ? Ne me dis pas qu'il a utilisé la quatrième pierre sur...
- Si », répliqua avec faiblesse Ethel, qui lui restait toujours invisible.
Kerin maudit son impuissance à nouveau. Mais il y avait plus important pour l'heure : se sortir de cette situation loin d'être à leur avantage.
« Ethel, écoute-moi... Essaye de bouger même si la pierre s'y oppose. Tu ne dois pas la laisser prendre le dessus ; sinon l'Homonculus dans la pierre pourrait bien se servir de ton corps pour revenir... »
Kerin se mordit la lèvre pour n'avoir pas trouvé des mots moins durs, moins forts. Il n'était pas capable de parler des choses graves sans détachement ; et ça, Edward l'avait compris avant lui.
« Ne t'en fais pas... lança alors la voix d'Ethel, soudain empreinte de tristesse. Tout n'est pas encore perdu... Il nous faut retrouver Edward, Winry, et Alphonse... Endir est parti, n'est-ce pas ? Tu penses que... il est au courant pour nos plans ?
- ... Oui, il l'est depuis le début, répondit Kerin avec gravité. Il sait parfaitement qu'Edward est venu de Central pour nous aider, surtout depuis que je l'ai affronté à ses côtés.
- Tout à l'heure, j'ai essayé de le regarder indifféremment... mais alors, ça n'a servi à rien ?
- J'en ai peur... C'est pour ça qu'il te faut aller le rejoindre... et aussi, il faut te débarrasser de ce maudit émetteur !
- Mais puisqu'Endir est parti... ils peuvent venir nous rejoindre, alors ?... »
Kerin confirma et ferma les yeux, en assurant qu'il s'en occupait. Dans la cellule devant lui, l'une des créatures se leva alors, s'éloigna le plus possible de la pierre rouge, concentra sa puissance, et dans un grognement, elle ouvrit un portail noir avant de disparaître à l'intérieur, sous le regard surpris de ses semblables.
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Voilà, comme d'habitude je suis ouverte à toutes critiques. Merci de me laisser une petite review !
