Rouge

La dernière fois, Alfred est debout dans les lignes, des rangées de blanc et de bleu affrontant des rangées de rouge et de blanc. Les tambours palpitants martèlent avec acharnement, une douleur sourde dans sa tête les vents mordants découpent des lignes de glace sur sa peau. Le champ de bataille brûle de froid aujourd'hui, lourd et silencieux comme un lieu abandonné, ses abords forestiers envahis par les dernières tombées de neige de l'hiver. Alfred se sent perdu dans ces rangs d'étrangers de bleu vêtus qui sont supposés être ses alliés. Après deux longues années, Alfred ne connait pas ces hommes. Beaucoup trop arrivent, et beaucoup trop partent, et beaucoup trop tombent et perdent et meurent. Mais Alfred est lié à des chaînes de rouge, de blanc et de bleu, et sa carabine est une ancre sur son épaule. Le sol est vert et piétiné sous ses pieds le ciel flamboie de pourpre derrière des nuages oppressifs. Alfred connait ce pays, il aime ce pays, mais il n'a jamais ressenti ce sol aussi piétiné et vu un ciel aussi rouge.

Les années sont longues, et Alfred est fatigué de cela. Ils disent que ce sera bientôt terminé, mais ils disent tellement de choses, et Alfred a depuis appris que tous les mots ne sont pas dits dans la vérité. Le monde n'est rien d'autre maintenant que mensonges sur mensonges alors que tout ce qu'il a toujours voulu était simple et réel. Mais la vie n'est pas simple, et ne le sera jamais, pour l'instant Alfred a saigné et s'est battu et ses mains autrefois blanches ont été souillées avec du sang. Les vieilles rangées de bleu et rouge s'avance ce tambour éternel répand leurs haines dans ses veines. Mais Alfred ne veut pas tuer, et il ne veut pas mourir. Il ne veut pas ses chaînes colorées ou cette ancre de métal, il ne veut pas ce sol piétiné et ce ciel rouge. Alfred veut cet après-midi bleue près de la rivière, il veut cette nuit blanche dans cette grange oubliée. Mais maintenant ses jours sont rouges et ses nuits sont noires, et son Lion au manteau rouge n'est pas là pour le trouver. Encore, Alfred croit toujours au destin, parce que quand rien n'a de sens vous devez croire en quelque chose.

C'est familier maintenant : les tambours palpitants, les ordres criés, cet épais ouragan dans cette descente en enfer. C'est trop familier, et le sang d'Alfred brûle avec cela, avec trop de mois à affronter mousquets et cannons et des hommes qui suivent différents ordres que les siens. C'est familier encore c'est toujours un choc quand les lignes se rencontrent et que les couleurs se heurtent, quand l'incertitude hurlante de la bataille descend et que ses rangées de blanc et de bleu deviennent rouges de chaleur et de sang. Ces ordres criés n'ont jamais de sens, Alfred ne veut pas de ces ordres. Il est encore un soldat sans nom de la rangée de front, parce qu'il ne sait toujours pas ce qu'il fait, et il ne comprendra jamais ces rangées de rouge et de blanc.

Un homme tombe à ses côtés un homme tombe derrière lui. Alfred tire et un manteau rouge tombe. Les blanches tombées de neige tournent rapidement au rouge. Alfred s'engouffre dans cette incertitude stupide, mais il ne sait pas où il va il passe dans un amas de rouge, de blanc et de bleu sans savoir à qui ces couleurs appartiennent. Un moment passe, le temps d'une vie passe, et une accablante crosse de fusil envoie Alfred s'étendre sur le sol piétiné. Son arme est arrachée de sa prise. Il essaie de se relever de lui-même sur ses genoux. Des bottes imprégnées de boues passent sous ses yeux la mort est déjà couchée sur le sol vert devenu rouge autour de lui. Alfred est perdu. Son cœur résonne à ses oreilles, plus sourd que ces tambours détestables et ces canons destructeurs. Alfred est trop confus pour se sentir effrayé. Il ne peut pas bouger il ne peut pas se relever.

« Alfred. »

Alfred sursaute au son surréel de son propre nom. Il tourne sa tête. Le grondement de la bataille faiblit les cris enflammés meurent au loin. Tout se ralentit et s'arrête jusqu'à il n'est plus rien, rien à part des yeux verts brillants, regardant vers lui et à travers lui et renversant le monde en quelque chose de simple, de réel et de compréhensible. Arthur rit faiblement, rien de plus qu'un hoquet sans souffle dans le vent glacé. « Alfred. Je ne m'attendais pas rencontrer un type comme toi… dans un endroit pareil. »

Alfred se force à bouger, traîne son corps lourd sur la boue verte-rouge. « Arthur, » il respire, désespéré et y croyant. Il s'étend et attrape la main d'Arthur, il la serre comme un homme se noyant et s'accrochant à la terre. « Arthur », il le dit encore, riant, insouciant de la bataille fracassante qui faisait rage autour d'eux. Voyant son Lion au manteau rouge, Alfred oublie les deux dernières années, et de nouveau il est jeune et fou de nouveau il est perdu et trouvé. « Je ne te l'avais pas dit, Arthur ? C'est le destin. Je t'ai dit que je te reverrais. »

Arthur gît, immobile, dans la boue, sa poitrine se soulève trop rapidement, ses mots sont trop lents et trop laborieux. Sa carabine gît cassée à côté de lui. « Ne sois pas stupide, Alfred. C'est juste une autre… coïncidence extraordinaire. » Arthur prend trop de temps pour respirer et Alfred prend trop de temps pour le remarquer. Ses mains trop pâles serrent des vêtements arrachés et une peau trop sombre. Alfred pâlit devant le rouge sur le blanc et sur le rouge.

« Tu saignes ? »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Arthur parvint produire un nouveau sursaut sans souffle. « Mousquet, Fusil, Baïonnette, peut-être. J'en suis pas sûr. »

Alfred peut juste le fixer, ce moment impossible le déchirant de compréhension depuis sa prise. « Mais tu as des bandages, Arthur. Tu peux arranger ça. Tu peux l'arranger, comme tu as arrangé mon bras dans cette cabane, tu t'en souviens ? »

« Tout le temps. » Les yeux verts d'Arthur s'assombrissent, et sa main devient plus chaude dans la prise d'Alfred. « Mais les bandages n'arrangeront rien. »

Alfred entend, il comprend, mais il refuse. Il avait su qu'il verrait Arthur encore, il a attendu de le voir encore, il a survécu deux années baignées de sang pour le revoir encore, mais… « Pas comme ça… »

Arthur commence une excuse, comme s'il est à blâmer pour le métal dans son ventre. Alfred refuse d'entendre une telle excuse. Il hoquète sous l'air glacé et attrape le sac au côté d'Arthur. Il cherche rapidement quelque chose de familier, quelque chose pour arrêter cette déroutante incertitude, mais il n'y a pas de bandages blancs et pas plus d'oranges et le livre de poésie est rouge de sang. Arthur secoue gentiment la main d'Alfred, remue la tête. Alfred descend son regard, ignore les cris et les ordres et les bottes passant qui frappent de la boue. Ses mains tombent vides et défaites du sac vide.

« Je pense que je suis perdu, Arthur. »

« Tout va bien, Alfred. Moi aussi. » Son Lion au manteau rouge sait toujours quoi dire.

« Je t'ai trouvé, quand même. » Alfred ne savait jamais quoi dire.

« Tu l'as fait. » Arthur sourit. Une simple réponse de vérité dans cette pile de mensonges. « Tu es revenu. Tu es le seul qui revient toujours. »

« Je reviendrai toujours. » Alfred parcourt des raies de boues à travers les cheveux d'or, éloigne des gouttes de rouge des lèvres blanches et pâles. « Je reviendrai toujours pour toi. » Alfred dit des mots qui ne peuvent être vrais, des mots auxquels il espère donner du sens, des mots qui dessine des larmes nuancées de rouge venant d'yeux verts et vitreux.

« Tout va bien, Alfred. » Arthur soupire plus bas que le vent, mais Alfred l'entend à travers le chaos et il s'inquiète du pourquoi est-ce Arthur qui le rassure. « Tout va bien. » Des mots insensés, parce que tout ne va pas bien, mais Alfred s'accroche à eux cependant.

« Je ne veux pas cela, Arthur. Ce n'est pas comme je l'imaginais, et je ne le veux pas. Je… » Alfred s'arrête et étouffe ses mots. « Je ne sais pas quoi faire. »

Le souffle d'Arthur est chaud sur les joues d'Alfred. « Rentre chez toi, Alfred. »

Ces trois mots sont un coup clair de lumière dans cet épais, orageux champ de bataille. « Mais… Je ne peux pas faire ça. Je serais un traître, et je ne suis pas un lâche. » Alfred sait qu'il se bat pour la liberté de son pays, pour le destin de son pays. Mais malgré qu'il connaisse ses raisons, Alfred ne sait pas pourquoi la peau d'Arthur est blanche et ses larmes si rouges pour quelque chose comme la liberté.

« Non. » Arthur sourit alors qu'il le dit. Il sourit comme il saigne, en brisant les chaînes de rouge, de blanc et de bleu. « Tu t'es assez battu. Tu as été assez brave. Maintenant, c'est le moment de rentrer chez toi. Rentre chez toi, Alfred, et laisse les sols de bataille pour les vieux hommes comme moi. Rentre chez toi où le ciel est bleu. »

« Viens avec moi. » Alfred sait que c'est sans espoir. « Viens avec moi, Arthur, et ainsi tu ne seras plus jamais perdu. »

Les lèvres d'Arthur se séparent, ses yeux verts flamboient. Arthur est chaud et froid. Il est le Lion au manteau rouge d'Alfred son ennemi et son amour. Il est noble et fort. Il est toute la simplicité et la vérité dans le monde, s'agrippant à la main d'Alfred et saignant dans la boue. « Mais je ne suis plus perdu. Tu m'as trouvé, souviens-toi ? »

Alfred a toujours cru en la destinée. Mais il ne comprend pas pourquoi la destinée lui a donné ce moment. Il ne comprend pas pourquoi elle le conduit à Arthur, pour le lui prendre. Peut-être y-a-t-il une raison, mais ici dans la saleté et le bruit, Alfred ne comprend pas. Peut-être son destin était de suivre l'ordre d'Arthur de rentrer à la maison, ou peut-être simplement d'être avec lui alors qu'il saigne. Peut-être, c'était pour qu'ils puissent se trouver tous les deux, juste pour quelques instants, que ce soit près d'un lac bleu ou une cabane blanche ou au milieu d'une bataille rouge sang. Et peut-être, il n'y a jamais eu de raison en définitive.

Alfred touche les lèvres blanches d'Arthur, touche ses larmes rouges. Alfred peut voir Arthur revenir chez lui dans sa ferme de Virginie. Il peut le voir caressant les chiens et montant les chevaux et riant alors qu'ils courent tous les deux vers la rivière. Alfred peut voir Arthur avec son brillant pointeur d'or mais sans son manteau de rouge. Il peut le voir courant à travers les forêts vertes et profondes sous un ciel bleu, s'allongeant dans des champs d'or et regardant les nuages gris s'assombrirent au-dessus de sa tête. Au milieu de ce brutal et sanglant champ de bataille, Alfred peut voir son Lion au manteau rouge s'allongeant avec lui sous un autre, bleu, paisible ciel.

« La pluie arrive, Arthur. » Alfred chuchote les mots. « Regarde le ciel avec moi. »

Mais Arthur ne répond pas. Ses yeux devraient être curieux et brillant et vert comme les saules. Mais maintenant, ils n'étincèleront, ou ne s'assombriront, ou ne se rétréciront plus maintenant ils fixent aveugles et les premières gouttes de pluie se mélangent avec ses dernières larmes. Alfred sent sa poitrine se briser et ses rêves s'envoler. Il n'y aura plus de forêt verte et profonde, il n'y aura plus de ciel bleu. Il y aura seulement ce champ de bataille sanglant, et ces nuages rouges sont le seul ciel qu'Alfred aura vu avec Arthur.

Alfred repose sa tête dans la boue, étreint fortement la main d'Arthur, et regarde vers les nuages sombres et ouverts. Ma is il ne le voit pas. L'ouragan hurlant de la bataille commence à s'éloigner. Il ne l'entend pas. Ces ordres continuent d'être hurlés mais ils n'ont toujours aucun sens, et il ne les veut toujours pas. Après deux longues années, Alfred veut juste que ça s'arrête, parce que là, au côté d'Arthur est la seule place où il a toujours voulu être.

Le ciel rouge n'est pas le ciel qu'Alfred veut alors il ferme ses yeux à celui-ci. Il ne peut changer son destin. Il ne peut raccommoder ce destin cruel. Il peut juste attendre de revenir à la maison avec Arthur. Alors Alfred étreint la main d'Arthur, sentant qu'elle devient froide tout doucement, alors que la pluie transforme le sang et la neige et le reste de l'herbe piétinée en boue autour d'eux. Comme les lèvres tournent au bleu, et la peau tournent au blanc, et tout tourne au rouge.

Couleurs indistinctes.

FIN

Laissez un mot pour l'auteur de la fanfiction d'origine.

Je me suis aperçue que je me suis trompée d'adjectifs pour les couleurs de la fin de chaque chapitre et je l'ai corrigé.

Je pense renouveler l'expérience de traduction de l'anglais vers le français. Les autres écrits de George deValier traitent également de guerre et de soldats. Je ne pense pas avoir une opposition à la traduction d'un autre de ses textes. Seulement, je ne sais pas encore lequel choisir pour lui demander la permission. "Blue, White, Red" m'avait beaucoup émue en raison de l'utilisation des trois couleurs et pour sa fin.

Je vais donc aller prospecter et récidiver.