Auteur : Cae-La Sephyra

Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Ethel, Endir, Kain et Rendy.

Note : Voici venir le chapitre 16 donc ; la fin approche à grands pas et je la prévois pour fin mai. Tous mes remerciements à Matsuyama et Sabine, je vous souhaite une excellente lecture !


Seizième Chapitre : Ethera



Le vacarme du conflit s'éteignait au fur et à mesure de leur ascension. Il était toujours difficile, pour Alphonse et Winry, de continuer à gravir les marches de la tour sans jeter de temps à autre un regard derrière eux, pour surveiller leurs alliés, qui étaient restés en bas pour combattre. Seul Edward, qui menait le pas, n'émettait pas même en lui l'éventualité de pouvoir se retourner, ne serait-ce qu'une seconde ou deux. Comme à son habitude, il ne regardait pas derrière lui.

Les marches défilaient. Winry sentait son coeur battre à tout rompre, tant de fatigue que de crainte. Si elle avait tenu à venir, c'était bien pour pouvoir apporter son aide à ses deux amis d'enfance et déjouer les pièges d'Endir ; et elle frémissait déjà à l'idée d'assister à un combat mortel qui les opposerait à cet alchimiste maléfique. Mais elle ne les laisserait pas mourir. Même si elle ne savait pas réellement comment elle pourrait les protéger, et leur venir en aide au moment où seule la force et le courage feraient toute la différence. Le moment fatidique où l'un des deux camps devrait s'incliner devant l'autre. Mais ils gagneraient, il le fallait...

A nouveau, son regard tomba sur Edward, qui courait toujours devant lui. C'était Alphonse qui fermait la marche, juste derrière elle. Quel âge cela lui faisait-il ?...

Dix-sept ans et demie, peut-être... Oui, et son jeune frère, seize... Il s'était écoulé bien du temps depuis leur victoire face aux Homonculus. Et finalement, était-ce une victoire complète ? Puisqu'il leur avait fallu retourner au combat un an plus tard, avaient-ils vraiment gagné la guerre ?

Si ce n'était pas le cas, alors quand gagneraient-ils enfin ? Quand auraient-ils le droit au repos, à une vie calme loin du danger et du malheur ?

Auraient-ils le droit à cette vie-là un jour, où le soleil leur apporterait tout le bonheur du monde sur un plateau d'argent ?

Winry, entre colère et tristesse, sentit quelques larmes perler sur yeux azur. Non, elle ne devait pas pleurer. Ce n'était pas le moment de faiblir.

Un rude combat les attendait.

****

Les trois parvinrent sur une nouvelle plate-forme métallique, qui devait correspondre au moins au cent cinquantième étage. Ils décidèrent de s'arrêter pour souffler ; il leur faudrait arriver face à Endir avec encore quelques forces. Alphonse s'approcha du bord de la plate-forme, et jeta un regard en bas, au fond du gouffre. Il entendait encore des coups de feu de temps à autre ; signe que Rendy et les autres étaient toujours en train de combattre.

C'est alors qu'une explosion venue d'en haut les surprit, et ils regardèrent vers le sommet de l'édifice. Des pierres chutaient du dernier étage, brisées par l'alchimie.

« Attention !! »

Edward saisit Winry par le bras et la tira en arrière, plus près du mur circulaire. Alphonse se retira vivement à leurs côtés ; les pierres se fracassèrent sur l'extrémité de la plate-forme, rebondirent sur la structure d'acier et chutèrent à nouveau dans le gouffre. Ils avaient évité l'attaque de peu.

« Kerin et Ethel doivent déjà être en train de combattre... déclara Alphonse en regardant à nouveau vers le sommet de la tour. Il n'y a plus une seconde à perdre ! »

Une nouvelle pierre tomba alors des hauteurs, ralentit légèrement en arrivant au niveau des trois amis et se déposa lourdement sur la plate-forme où ils avaient fait halte. Elle déploya des ailes humides, ouvrit de petits yeux blancs et une gueule béante qui commença à montrer les crocs en s'avançant vers les intrus.

« Encore une chimère ? » lança Alphonse en se plaçant devant Edward et Winry.

La créature ressemblait à une chauve-souris noire avec un corps de loup, et une tête presque aussi effrayante que celle des démons d'Endir. Ses mâchoires serrées laissaient échapper des filets de bave proportionnels à sa taille au garrot, qui était d'au moins un mètre et demi.

« Al, bouge de là, je m'en occupe... souffla Edward à son frère, qui ne bougeait pas de devant ses deux alliés.

- Non, vous deux vous montez, répliqua Alphonse avec un sourire en coin traduisant son assurance. Je m'en occupe, ça va aller. Endir essaye de nous ralentir, mais on va lui montrer de quoi on est capable ! »

La chimère poussa un rugissement qui les tira de leur conversation, et Edward comprit qu'il n'y avait plus de temps à perdre. Alphonse frappa ses mains l'une contre l'autre, et les déposa sur la plate-forme sous ses pieds ; il y avait là assez d'acier pour se faire tout un attirail.

Les éclairs de la transmutation aveuglèrent la créature qui se mit à reculer nerveusement ; Edward et Winry saisirent l'occasion. Ils repartirent vers les escaliers ascendants, laissant à contrecoeur un ami, un frère, derrière eux. Ils avaient rarement eu à faire un choix aussi difficile ; mais ils devaient l'assumer. Et puis, Alphonse leur reviendrait vivant. Comme il l'avait toujours fait.

****

Kerin regarda les pierres chuter vers le fond de la tour, inquiet pour ses amis qui étaient en train d'y combattre. Puis à nouveau, ses yeux écarlates tombèrent sur Endir, fièrement dressé à l'autre bout de la plate-forme d'acier immense qui faisait office de dernier étage à la tour. Le sommet de leurs craintes. Un grand cercle de transmutation était dessiné sur le sol et un autre, presque identique, avait été tracé juste au-dessus, sur le plafond.

« Kerin, rends-toi à l'évidence, lança alors Endir en brandissant une pierre rouge. Vous deux, vous ne pouvez pas gagner contre moi. »

Ethel, sous ordre de Kerin, était restée en retrait, près des marches qui redescendaient vers les abysses de la tour. Elle regardait successivement Endir et Kerin, redoutant le moment fatidique où le conflit repartirait. Lorsqu'elle et Kerin étaient arrivés dans la tour en fracassant l'une de ses immenses vitres, ils se trouvaient proches du dernier étage d'Ethera, et avaient rapidement rejoint Endir qui se trouvait déjà au sommet, les attendant. Un premier conflit avait débuté aussitôt ; et dans la fureur de l'affrontement, les roches qu'Endir avait synthétisées avec la pierre rouge étaient tombées des hauteurs. Ethel était inquiète en pensant à ses alliés qui tentaient de les rejoindre, en cet instant. Ils se trouvaient vulnérables à ce type d'avalanche, mais heureusement, la bataille entre Endir et Kerin s'était vite stoppée. Même si le plus dur restait à venir.

Les deux adversaires continuaient de se toiser. Endir ne semblait pas enclin à continuer le combat ; après tout il avait déjà été blessé au bras gauche lors de son dernier affrontement contre Edward et Kerin. Mais là, c'était différent. Il avait l'avantage, il lui restait trois pierres rouges à utiliser, et des âmes écarlates qui l'avaient dans leur sang ne pouvaient lutter contre. Il aurait volontiers tenté de posséder Kerin si Ethel ne s'était pas trouvée là elle aussi ; or elle était tout à fait disposée à faire taire son maître définitivement s'il lui venait la mauvaise idée de s'en prendre au jeune démon. Elle aussi, elle avait perdu toute sa loyauté.

Endir ne pouvait pas s'occuper de ses deux adversaires à la fois. Alors, pourquoi attendait-il ?

C'est alors qu'un détestable rictus étira ses lèvres fines.

« C'est le moment, dit-il alors. Je vais me débarrasser des gêneurs qui arrivent. »

Ethel se redressa d'un coup, mais c'était déjà trop tard. Endir avait fait luire la pierre rouge intensément, exploitant son pouvoir immense ; les rayonnements aveuglèrent les deux captifs qui durent détourner le regard. Ignorant le principe de l'équivalence, des roches et des plaques tranchantes d'acier commencèrent à se former au-dessus de l'alchimiste, puis ce dernier les lança avec force dans le gouffre.

****

Edward s'arrêta subitement. Ils se trouvaient à un nouvel étage, tout près du sommet. Et ils entendirent des éclairs de transmutation s'énerver au-dessus d'eux, à une trentaine de mètres plus haut ; avant de réaliser qu'ils se trouvaient en grand danger.

Il hurla à Winry de reculer, et d'énormes pierres se mirent à tomber du gouffre et à s'effondrer sur la plate-forme où ils se trouvaient. Ca n'avait rien à voir avec la première fois ; les projectiles étaient trois fois plus nombreux et grands ; ils fracassaient l'acier, explosaient en rebondissant sur les murs, annonçant une mort certaine à ceux qui se trouvaient sous leur chute mortelle.

Edward frappa ses mains l'une contre l'autre, et les posa sur le mur derrière lui. Une rambarde d'acier surgit de la paroi et se plaça au dessus d'eux, pour les protéger de la chute des pierres. Mais leur abri faiblissait et s'affaissait de plus en plus ; Winry se colla au mur et s'assit, sous ordre d'Edward qui continuait à dresser au-dessus d'eux de quoi stopper la chute des pierres. La plate-forme où ils se trouvaient commença à s'affaisser à son tour, et les projectiles n'arrêtaient pas de tomber. Winry perdit l'équilibre lorsque le sol sous leur pieds flancha et pencha sur le côté. Edward fut déstabilisé à son tour ; il se rattrapa à un câble d'acier qui surgissait de l'une des roches, et il regarda derrière lui, alerté par un cri de son amie.

Le sol avait été percé par un autre rocher, et elle s'était rattrapée au dernier moment au rebord de la plate-forme d'acier. Ses jambes battaient inutilement le vide sous elle, appelant désespérément son ami, d'une voix qui ne parvenait pas à couvrir le vacarme des pierres.

« WINRY !! »

Edward se jeta sur elle, saisit ses deux poignets avec force et tenta de la hisser vers lui, lui suppliant de ne pas lâcher prise. Les pierres chutaient sans cesse alentour ; leur abri s'était effondré depuis longtemps. Alors que le jeune alchimiste allait trouver l'énergie nécessaire pour tirer son amie vers lui, une pierre vint heurter son épaule avec violence ; il poussa un cri de douleur et s'effondra en avant.

Un hurlement ne couvrit pas le vacarme de l'avalanche mortelle.

Les deux tombèrent parmi les débris, jusqu'à l'étage du dessous, déjà parsemé de roches et de débris. Leurs cris de souffrance furent étouffés par le vacarme, tandis que les pierres meurtrissaient leur corps avant de les abandonner dans un univers baigné de chaos. Edward surgit des débris le premier, et ignorant la douleur qui lui lancinait l'épaule, il alla tirer Winry des décombres. La jeune fille était blessée et épuisée, elle se laissa tomber contre lui comme une poupée sans âme, à demi consciente.

« Winry, supplia Edward, Winry reste avec moi !! »

Il regarda alors au-dessus de lui, et vit que l'étage duquel ils avaient chuté ne les protégerait plus pour longtemps. Il n'entendait plus rien. De la poussière s'était levée devant son regard, comme pour l'empêcher d'observer ce qui allait faire sa perte. Il sentit que son coeur tambourinait dans sa poitrine sans s'arrêter. L'avalanche non plus ne cessait pas. Les pierres tombaient encore. Ils allaient vraiment mourir, si ça continuait comme ça. Visiblement, Endir était décidé à en découdre. Et ce qui devait arriver arriva.

L'étage au-dessus d'eux s'effondra, dans un fracas épouvantable.

Edward se pencha au-dessus de Winry, dans un élan inespéré ; quitte à ne la protéger qu'avec son corps, quitte à mourir pour elle.

Un vacarme assourdissant lui annonça que la large plate-forme d'acier venait d'aboutir sa chute. Timidement, il rouvrit les yeux et constata avec stupeur qu'il n'avait rien senti, mis à part un frisson intense qui lui avait dit qu'il était mort. Mais visiblement, ce n'était pas encore vrai. Il lui restait un brin d'espoir. La plate-forme d'acier était tombée de travers juste au-dessus d'eux, leur construisant un sombre abri de fortune encore capable de bloquer quelques pierres. Mais ce nouvel abri n'était toujours pas le plus fiable possible : les pierres continuaient de frapper son acier salvateur, de se fracasser contre lui, et de tomber, de tomber, sans fin.

Edward regarda à nouveau Winry, qui essayait de reprendre ses esprits, de rouvrir les yeux. Mais c'était si difficile... Dans un tel instant, pourquoi ne pas attendre sagement la mort ? Elle viendrait la chercher, tendrait sa main griffue vers elle, et elle n'aurait qu'à lui sourire...

Puis la maudire de toutes ses forces, car elle serait séparée de celui qu'elle aimait.

Edward fermait les yeux, les dents serrées, le visage crispé, attendant avec douleur son dernier moment. Un jour à Briggs, le puits s'était effondré sur lui... et lui s'était trouvé blessé, mortellement blessé, bien plus qu'en ce jour. Il s'en était sorti quand même. Et là, même pris dans cette avalanche de pierres, il restait peut-être un espoir. Oui, il lui restait un espoir. Winry venait de rouvrir les yeux.

Le jeune alchimiste ne put réprimer un sourire radieux, empreint de tristesse, mais aussi de soulagement. Elle parvint à se rasseoir près de lui, tremblante de peur, ne sachant pas que faire dans un tel moment. Que lui dire, devait-elle d'abord le remercier de l'avoir sauvée, dans cette chute qui aurait dû lui être mortelle ? Ou devait-elle le regarder les larmes aux yeux, pour qu'il comprenne ce qu'elle ressentait d'un simple regard ? Que faire à l'aube de sa mort, auprès de celui qu'elle aimait de tout son coeur, et de toute son âme ?

Edward ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus longtemps. Il s'approcha d'elle, et prenant comme prétexte sa protection contre les pierres qui continuaient de tomber tout autour d'eux, il la prit dans ses bras, se pencha un peu au-dessus d'elle, la noyant dans la chaleur rouge de son manteau en piètre état.

Winry, tremblante, décocha lentement un sourire. Elle ne savait pas pourquoi, ni depuis quand ce flux soudain de bonheur était monté en elle.

Bien qu'elle eût une petite idée.

Elle laissa son front se déposer dans le cou de son ami. Ils allaient mourir.

En réponse, elle sentit une main glacée se poser sur son épaule, tandis qu'une autre pleine de chaleur se glissait dans son dos. Ce bras, qui la protégeait depuis toujours, la serra avec force, et elle se retrouva plaquée contre le torse de son ami. Elle ferma les yeux.

La mort ne l'effrayait plus.

Edward ouvrit lentement les yeux, mais la poussière l'aveuglait toujours. Il parvenait seulement à distinguer la longue chevelure de son amie, qui s'était agrippée à lui dans un geste réconfortant. Lui-même, pour la première fois de sa vie, lui rendait son étreinte avec sincérité, avec passion. Avec des sentiments qu'il s'était toujours efforcé de dissimuler.

Peut-être par vanité. Peut-être par orgueil.

Il ignorait la réponse et ne souhaitait pas la connaître. Ce n'était pas le moment de réfléchir, mais celui de ressentir. Ressentir... il s'était pourtant juré, pendant ces longues années de voyage, de rires, de pleurs et de vie, de ne jamais laisser intervenir ses sentiments s'ils devenaient une barrière à ses ambitions, à sa volonté. Ca, c'est ce qu'il s'était promis.

Mais depuis quand respectait-il ses promesses ?

Winry passa lentement ses bras autour du cou de son ami. Celui-ci baissa la tête, laissant ses cheveux se mêler, dans une cascade d'or, avec ceux de sa bien-aimée. Cette jeune femme qui avait fait fondre son coeur de glace, consumant sa tristesse et son désespoir, même dans les pires moments de son existence. Ils sentirent une cascade, aussi, de sentiments réciproques qui s'exprimaient pour la première, et peut-être la dernière fois. Edward blottit le profil de son visage contre celui de Winry, qui sentit une larme couler sur sa joue. Edward, lui, ne pleurait pas.

Peut-être par vanité.

Il trouva la force de sourire, et de sa main de chair, il caressa lentement la joue de son amie, ôtant la larme qui avait glissé sur sa peau claire.

Peut-être par orgueil.

Tout s'écroulait autour d'eux, et leur refuge pouvait s'effondrer à chaque seconde. Mais ils savouraient chacune de ces secondes, cette fois. Edward sentait son coeur battre à tout rompre, et il pouvait même sentir celui de Winry, qu'il serrait étroitement contre lui. Leur coeur battaient à l'unisson. Leur coeur ne faisaient qu'un.

Winry sourit à son tour, heureuse comme jamais, même dans cette atmosphère de mort, au milieu du danger, car elle était enfin seule, seule parmi les abysses du temps, seule dans un univers sans limites, seule... mais avec celui qu'elle aimait. Parce qu'elle ne le quitterait jamais plus. Edward laissa sa main gauche glisser dans la chevelure dorée de son amie, tandis que sa main d'acier l'étreignait toujours plus fort. Winry se mit à trembler. La peur s'était à nouveau emparée d'elle, à moins que ce ne fût le froid ; ou encore ce sentiment nouveau qu'elle tentait d'apprivoiser. Les pierres chutaient régulièrement du plafond de leur refuge, mais Edward serrait toujours Winry contre lui, et la protégeait, comme avant.

Peut-être par amour.

Il en avait assez de chercher d'autres explications.

Pour la première fois depuis de longues minutes, ils se regardèrent alors droit dans les yeux. Sans ciller, sans pleurer, sans rire. Un regard comme ils ne s'en étaient jamais échangé ; un regard qui en dit plus qu'un milliers de mots. Et ils éteignirent ce regard, lorsque pour la première fois de leur vie, leurs lèvres se rencontrèrent.

Puisqu'il n'y avait pas d'autre explication.

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Suite sous peu. N'hésitez pas à commenter ^^