Auteur : Cae-La Sephyra
Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Ethel, Endir, Kain et Rendy.
Note : Pour changer, un grand merci à Sabine et Matsuyama qui m'encouragent sans relâche ! Et que la magie des fics continue à nous tranporter ^^
Dix-septième Chapitre : Promesse
L'avalanche cessa soudain. Ignorant le pouvoir mortel de la pierre rouge, Kerin avait bondi vers Endir et, avec un hurlement de rage, il avait frappé violemment de ses griffes acérées dans sa direction, en plein coeur de la lumière écarlate.
La lueur mourut aussi sec ; et Endir recula vivement en grinçant des dents, furieux. Sa pierre rouge venait de se briser ; Endir avait exploité tous ses pouvoirs et le coup de Kerin l'avait achevée. Le jeune démon ne stoppa pas son offensive ; sa main toujours pourvue de griffes immenses, il frappa en direction de son maître. Ce dernier recula vivement, surpris par la vitesse de son protégé ; il ne trouvait pas le temps de sortir une autre pierre. Brutalement, un coup le propulsa au sol et lui coupa le souffle un court instant. Alors qu'il allait se relever, deux griffes se plantèrent de part et d'autre de sa tête, lui interdisant toute tentative de fuite.
« Qu'y a-t-il ?... souffla Endir, sans quitter Kerin des yeux. Qu'attends-tu pour me tuer, mon petit Kerin ? »
Kerin toisait son maître, dents serrées, essoufflé, confus. C'est vrai, il la tenait enfin ; cette occasion de tuer son maître. De le mettre hors d'état de nuire, définitivement. De mettre un terme à ces souffrances, cette colère, cette tristesse qu'Yvanesca portait comme un poids sur ses épaules meurtries. Une occasion en or, une opportunité de rêve.
Mais pourtant, le moment n'était pas encore venu.
Il le savait et ça le remplissait de rage. Il ne pouvait pas tuer Endir en cet instant ; parce qu'il s'était laissé distraire. Parce qu'Endir avait sorti sa pierre rouge en une fraction de secondes, et que ses griffes tremblantes obéissaient maintenant à la volonté du vieil alchimiste.
Ethel observait la scène de loin, prête à se jeter elle aussi sur son maître pour tenter de venir à bout de lui ; mais cette nouvelle lueur écarlate qui venait de se lever entre les deux combattants ne pouvait signifier qu'une chose : un seul faux pas, et Kerin perdrait la vie. La jeune fille se retint à grand-peine de crier le nom de son ami ; elle devait se faire oublier pour l'instant ; tout faire pour agir au bon moment...
La lueur s'intensifia. Endir frappa, à son tour. Kerin fut violemment projeté contre l'une des parois de la tour, et retomba inerte sur le sol. Il se releva moins de deux secondes plus tard, mais Endir s'était à nouveau approché de lui en brandissant sa pierre, jetant à Ethel un regard qui lui sommait de ne rien tenter si elle tenait à la vie du jeune démon. Endir saisit son protégé par la gorge et le souleva de quelques centimètres au-dessus du sol, en le toisant cruellement. Kerin écumait de rage et se débattait faiblement, mais il ne se contrôlait plus. La pierre rouge le narguait, tout près, lui retournait l'estomac, lui labourait les entrailles, lui donnait la nausée et une terrible envie de se terrer, d'obéir aveuglément à cette puissance comme divine.
Il ferma les yeux.
****
Il savait que ce n'était pas le moment de dormir. Mais ses membres étaient ankylosés, son corps plus lourd qu'il ne l'avait jamais été, et son esprit éteint par tout ce qu'il venait de subir. Il était à présent dans un monde où régnaient paix et silence ; ce monde qu'on ne veut plus quitter une fois qu'on s'y est aventurés.
Il sentit alors qu'il n'était pas seul. Etrange ; car ce n'était pas courant qu'il tombe nez à nez avec quelqu'un d'autre dans cet univers qui n'appartenait pourtant qu'à lui. Cet univers rouge, écarlate, intense ; gorgé de rêves et de mirages. Mais il s'était dressé devant lui, cet inconnu aux longs cheveux noirs en bataille, avec des yeux pareils au sang et un regard particulièrement pénétrant. Cette personne était déjà venue le démanger en plein rêve. La première fois, elle l'appelait à l'aide. Lui donnait des conseils qu'il ne comprenait pas, lui parlait d'une voix inaudible, lui tendait une main qu'il ne pouvait saisir.
Et pourtant, cette présence ne laissait pas Edward indifférent. Cet agacement qui l'avait rattrapé se changea peu à peu en curiosité, en intrigue. A présent, ce visage jeune, ce regard froid, cette présence n'était plus étrangère. C'était une personne qu'il avait appris à connaître, depuis quelques jours seulement. A ses côtés, il s'était engagé.
Il s'en souvenait, à présent.
Son esprit était devenu plus clair. Cet univers avait perdu ses barreaux et son infinité. Ce n'était plus qu'un passage, une étape, nécessaire ou non, mais que son esprit avait choisi d'emprunter pour la seconde fois. L'inconnu détendit alors son visage, un peu sali par les combats et la difficulté de son quotidien, et décocha un petit sourire. Lui, sentait qu'il souriait également à l'inconnu. Cette fois, ils allaient y arriver. Serait-ce par la chance ou le talent ? Ils l'ignoraient et s'en moquaient ; ils avaient fait un pacte, et mettraient tout en jeu pour le respecter. Ils ne voulaient plus reculer, à présent. Il leur fallait donc rouvrir les yeux, voir tout cela d'eux-mêmes, revenir à la vie.
Revenir honorer une promesse.
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« Edward ! Edward, réponds ! Grand-frère !! »
L'alchimiste d'acier rouvrit lentement les yeux. Sa vue, encore brouillée, mit quelques instants pour réussir à distinguer le décor funeste de la tour Ethera.
« Ah, te revoilà enfin ! Vous m'avez fait une de ces peurs, tous les deux... »
Il sentit qu'une main l'aidait à se redresser et à s'asseoir parmi les décombres. Il se laissa faire, encore somnolent, tandis qu'il essayait de se remémorer les derniers événements. Soudain, sa mémoire le frappa comme une funeste révélation, et tout lui revint à l'esprit : cette avalanche de pierres, cette proximité de la mort, ce visage...
Ce baiser.
Edward tourna brusquement la tête et la vit, elle, le bas de son corps encore enfoncé dans les débris, et son buste et sa tête soutenus par Alphonse, qui venait visiblement de les rejoindre. L'immense plate-forme d'acier ayant disparu, Edward conclut rapidement que son frère devait l'avoir transmutée en autre chose, les tirant de leur abri de fortune qui leur avait tout de même sauvé la vie. La jeune fille semblait évanouie ; Edward se retint à grand-peine de crier son nom, de tout faire pour la tirer des décombres, et la voir rouvrir les yeux...
Mais il ne put que la contempler, abasourdi ; ce beau visage endormi et fatigué, sali par les débris qui avaient manqué de leur ôter la vie à tous les deux. Lui aussi devait être dans le même état ; ses vêtements déchirés par endroits et ses membres blessés par les pierres qui s'étaient écroulées sur eux. Alphonse serrait fort Winry contre lui, en regardant son frère. Ce regard entendu, ils le comprirent tous deux. Ce regard entendu, il sommait à Edward d'aller aider Kerin, car c'était la raison de leur venue à Yvanesca, le pourquoi de ces blessures, de ces dangers. Parce qu'il avait signé un pacte, fait une promesse.
Il tendit lentement sa main de chair, tremblante, en direction de son amie. Il lui effleura la joue, la gorge serrée, puis ferma les yeux avant de se retourner en un coup de vent, et de repartir en direction des escaliers ascendants ; en évitant tant bien que mal les débris et les pierres qui avaient rendu le chemin encore plus dangereux. Il repartit en un coup de vent, sous le regard inquiet de son jeune frère.
Winry poussa un faible gémissement, toujours endormie. Une larme venait de perler à l'un de ses yeux.
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Edward sentait que ses jambes lui faisaient mal, tandis qu'il courait sans s'arrêter dans le nouvel escalier ascendant. Sa jambe gauche, notamment, grinçait d'une drôle de manière. Ce n'était pas la première fois qu'il avait cette sensation et ça n'avait jamais été bon signe. Mais il fut rapidement contraint de s'arrêter ; le vide se dressait maintenant devant lui. C'était l'espace immense laissé par l'étage en s'effondrant un niveau en dessous. Le jeune alchimiste ne se laissa pas plus déconcerter et frappa ses mains l'une contre l'autre, avant de les poser sur le mur à sa droite. De la matière surgit en quantité dudit mur afin de lui former un nouveau chemin, qui lui permit de rejoindre l'escalier suivant en continuant à longer la paroi de la tour. Il continua donc son ascension, en levant de temps en temps la tête vers le sommet d'Ethera, qui n'était plus très loin. Il était même très proche, à présent. Le chemin était de plus en plus abîmé au fur et à mesure qu'il progressait en direction du dernier étage, et du combat qui devait toujours avoir lieu entre Kerin, Ethel et Endir.
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Kerin rouvrit les yeux. Il était de nouveau parvenu à établir une brève connexion entre lui et Edward ; et l'alchimiste arrivait pour les aider.
La diversion qu'il attendait lui parvint enfin : Ethel allongea les doigts de sa main gauche en de longues griffes tranchantes qu'elle étendit en un clin d'oeil jusqu'à effleurer Endir ; et Kerin profita de la surprise de ce dernier pour se dégager et reculer vivement face au danger de la pierre rouge. Endir fit quelques pas en arrière en brandissant devant lui ladite pierre, et en surveillant ses deux adversaires du regard. Essoufflé, Kerin se massa la gorge avec douleur. Ses jambes tremblaient encore un peu, et la nausée ne l'avait pas encore quitté. Ethel était prête à relancer une offensive ; mais elle attendait le signal de son ami. C'étaient à deux qu'ils pourraient faire quelque chose ; il leur fallait frapper ensemble.
« Finalement, c'était une mauvaise idée de te rapprocher du statut d'âme écarlate, Ethel, déclara alors Endir de sa voix intense. Tu es beaucoup trop désobéissante, et tu risques de nuire à mes plans, toi aussi.
- Ne vous moquez pas de moi... siffla Ethel, le regard plein de rage. Vous avez fait ça uniquement pour faire souffrir Kerin, et ça je ne vous le pardonnerai pas ! »
A sa surprise, le vieil alchimiste éclata de rire. Kerin fronça les sourcils. Même hilare, son ennemi était toujours sur ses gardes. D'un petit signe de main, le jeune démon fit comprendre à Ethel que cette distraction n'en était pas une ; qu'il ne fallait pas tomber dans son piège.
« Eh bien, on peut dire que je vous ai magistralement manipulés tous les deux, vous ne pensez pas ? Vous voyez, je savais qu'en vous rapprochant l'un de l'autre vous finiriez par cultiver ce genre de faiblesse ! Mon petit Kerin, si tu ne tenais pas à cette fille que j'ai ramassée dans le désert il y a douze ans, il y a longtemps que tu l'aurais utilisée comme appât pour me tuer ! Ta faiblesse est pitoyable, et malgré elle tu espères venir à bout de moi ?!
- Parfaitement, vieil abruti... et c'est justement parce qu'il n'est pas seul, vous voyez. »
Kerin, Ethel et Endir regardèrent brusquement en direction des escaliers qui redescendaient dans les profondeurs de la tour. Edward venait de surgir sur le palier du dernier étage, essoufflé et blessé, mais pourvu d'une détermination qui n'avait toujours pas faibli.
« Fullmetal... souffla Kerin, non pas avec surprise cette fois, mais avec un sourire en coin.
- Salut », répondit Edward en fusillant au passage Endir des yeux.
Ce dernier décocha à son tour un petit sourire. Enfin, le combat devenait un rien intéressant.
« Si tout le monde est là, que la fête commence », déclara Endir en brandissant la pierre rouge au-dessus de sa tête.
Une nouvelle lueur écarlate. Kerin ouvrit ses ailes en grand et s'envola en direction du plafond et du cercle de transmutation qui y était tracé, tandis qu'Edward, seul capable d'approcher la pierre, se ruait sur Endir en profitant d'une diversion d'Ethel.
Des pierres surgirent du mur derrière le vieil alchimiste et fusèrent en direction d'Ethel et Edward qui durent faire fort pour les éviter. Tandis qu'Endir était occupé à essayer de les atteindre malgré leur agilité agaçante, Kerin s'accrocha au plafond en transformant ses mains en serres immenses, et en fouettant l'air avec ses ailes osseuses qui semaient des cascades de plumes noires. Il commença à se concentrer. Peut-être que ce cercle pouvait leur être utile, s'il parvenait à en exploiter les pouvoirs...
Endir ne lui laissa pas plus de temps pour méditer sur la question, et envoya un pic rocheux en direction du jeune démon, qui se lâcha aussitôt et redescendit en piqué sur son maître, tandis qu'Ethel et Edward chargeaient leur ennemi d'un angle différent. Alors qu'ils étaient tous les trois prêts à porter un coup fatal, Endir dressa devant son visage ses deux poignets ornés de ses énormes bracelets carrés, les frappa l'un contre l'autre et montra une pierre rouge dans chacune de ses mains. Il lui en restait encore en réserve. Kerin fut surpris par l'apparition de la seconde pierre et chavira sur le côté pour éviter son pouvoir mortel. Edward fut contraint de stopper également son offensive, lorsqu'en fraction de seconde, un énorme bloc de pierre se forma devant Endir et fut projeté vers lui avec violence. Pour stopper son troisième adversaire, Endir n'eut qu'à brandir sa seconde pierre rouge dans sa direction.
Mais Ethel ne s'arrêta pas.
Contrairement à Kerin, elle n'était pas encore complètement contaminée par la pierre... Et de plus, elle savait qu'ils ne pourraient jamais battre le vieil alchimiste s'ils ne prenaient pas de risques dans leur ultime affrontement. Or, s'ils étaient tous réunis et prêts à tout donner, c'était pour leur liberté, et la quiétude d'Yvanesca.
Poussant un hurlement de rage pour lutter contre la puissance de la pierre écarlate, Ethel brandit sa main et la rabattit sur Endir, ses doigts mutés en griffes acérées.
« ETHEL !! »
Kerin la vit se faire repousser avec une violence peu commune, et se rua sur sa trajectoire pour la rattraper et lui amortir la chute. Elle toussa et serra les dents, visiblement touchée. Un mince filet de sang s'échappa bientôt de ses lèvres, tandis qu'elle tentait de revenir à elle, de rouvrir les yeux... parce qu'ils n'avaient pas encore gagné. Kerin eut pour réflexe de la serrer contre lui, de peur qu'elle ne se relève brutalement pour repartir à l'assaut.
Endir recula vivement et somma d'un regard terrifiant à Edward de ne rien tenter. Il avait réussi à garder ses deux pierres, mais le coup d'Ethel lui avait lacéré l'épaule et le percoral droit, et il sentait des filets de sang couler lentement sur sa peau et tâcher ses vêtements sombres. Il serra les dents sous la douleur ; il ne pensait pas que sa captive prendrait une telle initiative. Mais elle aussi, s'était reçu un coup violent en plein dans l'abdomen, et qui devait l'avoir à moitié paralysée grâce au pouvoir de la pierre rouge. Alors que le silence retombait doucement sur l'arène, Edward jugea bon de prendre ses distances car ses amis n'étaient plus en état de combattre. Il se plaça entre eux et Endir, tandis que quelques bruits extérieurs leur parvenaient, sans pour autant les déconcentrer ou les distraire. Le vacarme d'un combat lointain, qui avait lieu dans les entrailles de la tour. Edward se retint à grand-peine de se ruer au bord de la plate-forme d'acier pour jeter un regard dans le vide, appeler ses amis et les entendre leur répondre, avec un sourire invisible à cause de la distance, que tout allait bien et qu'ils avaient tous les trois intérêt à se dépêcher d'abattre Endir.
Edward fut soudain tiré de ses pensées lorsqu'Endir fit à nouveau luire ses deux pierres rouges, dans chacune de ses mains puissantes. Ses bracelets s'étaient mis à vibrer légèrement, comme si les pierres réveillaient en eux un pouvoir étrange. Edward le remarqua et fronça les sourcils : ces deux bracelets n'étaient pas anodins. A l'instant, Endir les avait frappés l'un contre l'autre avant de former un bloc de pierre... étaient-ce donc des outils d'alchimie ?
« Vous commencez vraiment à m'énerver, vous autres... grogna le vieil alchimiste en fusillant les trois amis du regard. Vous n'avez pas encore compris que votre résistance était vaine ?! Mais quelque chose encore m'échappe, Edward Elric ! Toi, un chien des militaires, pourquoi t'être mêlé de problèmes qui ne te regardent pas ?! »
Edward ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de détourner son regard, en attendant que celui d'Endir se calme, et peut-être, comprenne par lui-même. La raison était simple. Quelque part, dans ce monde qui était aussi le sien, quelqu'un avait besoin de son aide. Toute une ville pouvait être aidée. Des centaines de gens avaient une raison de croire en lui. De le respecter. De le reconnaître et le remercier, parce qu'il aura été utile, qu'il aura sauvé toute une population. Rien au monde ne lui était plus gratifiant, même s'il refusait souvent de le reconnaître. Même si son orgueil et son caractère le poussaient souvent à agir égoïstement, il devait parfois se rendre à l'évidence : il était de coeur à aider les autres.
Il releva la tête. Ce n'était pas la peine de chercher plus loin.
« C'est simple, papy, lança-t-il à Endir, en lui jetant son regard d'or. Je suis venu honorer une promesse. »
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J'espère que ça vous a plu ; n'hésitez pas à me laisser vos impressions !
