Auteur : Cae-La Sephyra
Source : Fullmetal Alchemist ; aucun perso ne m'appartient exceptés Kerin, Ethel, Endir, Kain et Rendy.
Note : Attention, petit spoil sur le volume 20 sur ce chapitre ! Mais rien de bien méchant. Quoiqu'il en soit, je remercie infiniment Sabine et Matsuyama pour leurs reviews et j'espère que cet avant-dernier chapitre leur plaira ! Enfin, on peu considérer que c'est le dernier, mais il est suivi d'un long épilogue, que je posterai en milieu de semaine prochaine.
Bonne lecture !
Vingtième Chapitre : La chute
Edward rouvrit les yeux après les avoir clos un instant. Rien n'avait changé autour de lui, le blanc était toujours là, la Porte n'avait pas encore perdu patience. La Vérité, quant à elle, restait assise en face de lui, toujours aussi calme.
« Et toi, tu te souviens de moi ? questionna alors la silhouette. Remarque, je suppose que c'est difficile d'oublier quelque chose de tel...
- Tu sais pourquoi je suis venu, répliqua Edward. J'ai besoin que tu me rendes ce que tu m'as pris.
- Voyez-vous ça ! s'exclama la créature, avec, sembla-t-il, un certain amusement. Je dois cependant avouer que tu es venu ici d'une drôle de manière. Je ne pensais pas que l'Esprim était capable de telles prouesses... Même si ça reste de l'insolence pure. Tu sais, pendant que ce semi-démon dehors est en train de me retenir ici, il est extrêmement vulnérable. Tu n'as pas peur qu'il lui arrive malheur ? Remarque, tu t'en fiches certainement ; seuls tes membres t'importent, c'est ça ? »
Le poing d'Edward se serra. Mais il se calma rapidement. Ce n'était pas bon ; il ne devait pas répondre aux provocations de la Vérité. Or elle le testait justement, il devait faire preuve de concentration et de sérieux... Garder son objectif en tête, jusqu'à ce qu'il l'atteigne...
« Hum ? C'est vrai en plus ? reprit la créature avec légèreté. Tu me diras, un alchimiste est souvent quelqu'un d'égoïste. Avoue-le, tu ne penses qu'à toi. Mais tu es petit, tu sais. Un grain de sable à l'échelle de l'univers, que je dirige... »
Dans d'autres circonstances, Edward aurait particulièrement mal réagi à l'injure. Dans d'autres circonstances.
« Dans ta petitesse, tu t'estimes pourtant supérieur aux autres... comment oses-tu ? »
Il ne s'était jamais estimé supérieur, pourtant. Il était un être humain, lui aussi. Ni supérieur, ni inférieur. Un humain.
« Encore une fois, renonces ! Sauf si tu veux que je t'arrache ton autre bras pour te punir d'être venu jusqu'ici sans y avoir été invité ? »
Alchimiste ou non, un humain. Comme les autres, finalement.
« ... Alors, tu es toujours aussi résigné ? Tu es étrange, à t'obstiner autant... Tu sais pourtant que je peux te faire subir n'importe quel sort ? Tu sais que tu pourrais ne jamais revoir la lueur du jour, et malgré cela, tu restes debout devant moi ? Abandonnes, c'est plus sage. »
Jamais.
« C'est à toi de voir... »
Jamais.
« ... si tu tournes le dos maintenant, j'oublierai ce qui vient de se passer. »
Jamais. Pas après avoir tant oeuvré pour retrouvé ses membres. Il se fichait de perdre son titre, son talent, de ne plus être le Fullmetal Alchemist ; il avait renoncé à tout pour atteindre son objectif. Et même s'il mourait maintenant, il serait quand même satisfait, quelque part. Son frère était redevenu comme avant, lui. Il allait pouvoir être heureux.
« C'est dangereux ce que vous avez fait au final, m'appeler maintenant... reprit la créature. Tu sais que mon pouvoir ne se limite pas à une zone restreinte ? J'ai le contrôle de toute la tour où ce semi-démon m'a fait venir. Je pourrais aussi décider de m'en prendre à tes amis...
- Ca alors... répondit Edward, sans altérer l'expression de son visage. Depuis quand la Vérité ment-elle ? »
La silhouette se tut subitement.
« L'Esprim avec lequel Kerin vous a appelée vous emprisonne et vous empêche toute emprise sur le monde extérieur. La Porte ne pourra accepter de faire entrer personne d'autre que moi, car il en va de la volonté de Kerin. »
Un silence. Puis la silhouette se leva, très lentement, pour se tenir debout en face d'Edward. Un sourire, petit, puis immense et cruel, se dessina sur son visage invisible.
« Je pensais que j'allais te convaincre cette fois, mais tu es moins idiot que je le pensais... Bien si tu es certain de toi, il va te falloir me convaincre de te rendre ce que tu es venu chercher. Sans quoi tu ne les auras jamais. »
Ca, Edward en avait conscience. Il ferma les yeux et se détendit. C'était maintenant ou jamais.
****
Les sifflements de l'Esprim se mélangeaient à des cris étranges, presque pareils à des chants, qui résonnaient avec force dans tout l'étage. Lorsque Rendy parvint enfin au sommet d'Ethera, il s'immobilisa de stupeur. Loin du centre de l'arène, Mustang et Ethel s'agrippaient l'un à l'autre pour mieux résister à l'Esprim dégagé par Kerin. Tout au fond de l'étage, derrière les vagues de puissance, un corps était étendu sur le sol. Endir ?
Le chasseur de primes tourna la tête, et aperçut Alphonse, en bas, qui progressait dans les escaliers. Il serra les dents avec agacement : il lui avait pourtant demandé de rester sagement en place... Tant pis, il allait assister à quelque chose qui ne lui plairait pas.
Car Kerin commençait à perdre contenance. Ses yeux blancs s'étaient ouverts en grand, il restait crispé le visage tourné vers le ciel, la moindre plume noire voletant dans l'air se faisait consumer par des flammes invisibles, que reflétaient ces vagues rouges d'Esprim. L'afflux de pouvoir était trop grand, trop intense. Kerin ne contrôlait plus rien, il n'arrivait plus à maintenir la Porte en place ; la structure voletait toujours dans l'air mais se faisait de plus brumeuse, comme si le jeune démon était sur le point de lâcher prise et de la laisser partir. Mais ce n'était pas le plus grave. Si son Esprim continuait d'être diffusé ainsi, l'étage allait être complètement envahi ou même, la tour ne tiendrait jamais le choc. Ce démon avait fait sa tentative, mais sa volonté n'avait pas été suffisante.
Il avait échoué. C'était l'heure pour lui d'en faire les frais.
Rendy redressa son bras gauche et pointa l'un de ses pistolets en direction de Kerin, dont il n'apercevait maintenant presque plus que la silhouette.
« Finalement, l'heure de ma revanche est bel et bien venue, petit démon... »
Il n'entendit pas son propre murmure.
Ni même le coup de feu qu'il tira la seconde suivante.
****
Edward sentit que son esprit commençait à s'embrouiller. La silhouette avait disparu, il était maintenant seul.
« Tu m'entends, petit imbécile ? »
La voix était toujours là. Edward ne tourna pas la tête, il garda les yeux rivés droit devant lui. Ce n'était pas le moment de perdre contenance ; car la Vérité était toujours là, toute proche, et continuait de le narguer.
« Alors, tu es venu pour récupérer tes membres, si je me souviens bien ? Ton culot m'impressionne ! Je te rappelle que tu as payé de tes membres pour obtenir quelque chose, si tu ne me rends pas ce que tu as obtenu, comment veux-tu que moi je te rende ce que tu m'as donné ? »
Edward ne répondit pas. Ce n'était pas un échange équivalent. Une abomination telle qu'il en avait créée n'avait pas de prix. La vie n'avait pas de prix.
Ce fut sa réponse.
Il avait juste souhaité revoir le sourire de sa mère. S'il était interdit aux alchimistes d'Etat de transmuter des êtres humains, c'était pour éviter que quelqu'un ne fonde sa propre armée d'humanoïdes nés pour tuer... Lui ne souhaitait pas la guerre, mais retrouver la chaleur d'un foyer...
Ce fut ce qu'il ajouta.
Car c'était là toute la vérité. Il avait fait une erreur et l'admettait. Il la regrettait si fort qu'il lui arrivait de s'en vouloir à mort, mais...
Mais l'erreur n'était-elle pas humaine ?
Et lui, n'était-il pas humain ? Comme les autres, au fond, aussi petit et insignifiant à lui seul que les autres peuplant le même monde ?
« C'est pour ça que je suis venu récupérer mes membres... avoua Edward. Parce que j'ai rempli mes obligations. J'ai souffert, pleuré, hurlé... J'ai cru voir la Mort... et au final, j'ai vu la Vie. »
Il sentit que sa jambe gauche commençait à frémir. Depuis quand avait-elle des sensations ? Sans s'en préoccuper, il continua :
« A vrai dire, je suis aussi venu te promettre quelque chose. Si tu me rends mes membres, je renoncerai définitivement à l'alchimie. »
Il ferma les yeux. Il ne réalisait pas encore complètement ce que renoncer à cette science signifierait pour lui à l'avenir, mais cela n'avait pas d'importance.
« Ce sera la punition que je souhaite subir jusqu'à ma mort, pour peu que je puisse récupérer ce que tu me dois... J'y suis complètement résigné. »
Un silence. Debout derrière Edward, la Vérité lui glissa à l'oreille :
« Tu es prêt à renoncer à l'alchimie même ? Rien que pour expier tes fautes ? C'est presque tentant... »
Une douleur lui laboura la jambe gauche et il ne parvint à retenir un cri de douleur. Que venait-il de se passer ? Quelle était cette sensation ? Il n'osa l'imaginer, mais savait que tout n'était pas terminé. Pourtant, le lieu commença à s'assombrir brutalement, et il sentit avec horreur qu'un mince bras noir le saisissait par derrière.
« Dommage, on dirait que nous n'avons plus le temps de discuter... Tu t'en tires à bon compte, gamin, mais peut-être que nous nous reverrons sous peu. D'ici là, réfléchis bien à ce que tu m'as promis... »
Il poussa un cri et tendit son bras gauche vers la Vérité, tandis que la Porte l'attirait vers elle. La silhouette brumeuse se tenait devant lui de nouveau, et elle le regarda se faire engloutir dans les ténèbres. Il n'eut pas le temps de la discerner en détails tant sa vue se brouillait, mais il la vit se faire engloutir elle aussi par l'obscurité, avant de se sentir aspiré et plongé la tête en arrière dans un monde sans loi. Ses membres se firent recouvrir par ces mains noires, tout son corps disparut dans les abysses de la Porte et il abandonna sa lutte vaine, lorsque sa conscience le quitta subitement.
****
Il sentit un coup de vent, puis il s'effondra subitement sur un sol glacé. Epuisé, il demeura un instant immobile, et fronça rapidement les sourcils. Il essaya alors de faire remuer ses membres. Les quatre répondirent, mais sa jambe gauche le fit en tremblotant. Le corps douloureux et courbatu, il se redressa avec douleur et jeta un regard à sa jambe. Il ouvrit grand les yeux, tellement abasourdi qu'il ne reconnut même pas autour de lui l'étage ultime de la tour Ethera. Il n'en avait plus rien à faire. Il remua timidement son pied de chair, blanc et faible, mais bien présent.
Il entendit des pas ; un nouvel arrivant s'arrêta sur le palier d'Ethera. Edward eut un frisson d'horreur et il regarda à nouveau devant lui : c'était bien ce qu'il craignait. Kerin était effondré sur le sol, inconscient voire mort d'épuisement, ses ailes s'étaient détachées du sol et demeuraient étendues de part et d'autre de son corps dont les vêtements étaient en lambeaux. Une tache de sang était en train de s'étendre sous lui et d'atteindre ses longs cheveux étalés autour de son visage éteint.
Alphonse, qui venait d'arriver avec Winry dans les bras sur le seuil du dernier étage, vit la scène avec horreur. Rendy avait encore son bras tendu vers Kerin, et son pistolet fumait encore. En une fraction de seconde, Alphonse déposa Winry sur le sol et se rua sur le chasseur de primes ; il le saisit par le col et le plaqua violemment contre l'une des parois de l'étage. Surpris, Rendy lâcha brutalement son arme qui réalisa un véritable vol plané, tomba sur le sol glacé avec un cliquetis sonore puis glissa contre la surface lisse avant de s'immobiliser.
« Qu'est-ce que tu as fait ?! hurla Alphonse avec colère. Dis-moi ce qui t'a pris ! On avait passé un accord, tu devais te battre avec nous !! Pourquoi...
- J'ai fait ça pour tous nous sauver !! cracha Rendy en réponse au jeune alchimiste. Le démon était en train de perdre les pédales, si je l'avais pas stoppé d'une manière ou d'une autre, on aurait tous fini bouffés par son Esprim !! »
Alphonse relâcha légèrement son étreinte et tourna la tête vers l'arène, les dents serrées. Il vit alors son frère s'y relever en tremblant, tandis que les vagues rouges se dissipaient peu à peu. Mustang releva la tête ; et agrippée à lui, Ethel rouvrit enfin les yeux.
Constatant qu'elle se réveillait, le Président la serra contre lui pour lui éviter de regarder en direction de l'arène, et de se ruer vers le jeune démon. Ce fut Edward qui s'approcha de Kerin, lentement, en déposant son pied gauche avec douceur sur le sol, comme s'il risquait de le perdre à nouveau au moindre choc. Il s'agenouilla devant le jeune démon, tremblant, et dégagea ses longs cheveux noirs de son visage. Il avait les yeux clos et le teint pâle, et semblait n'avoir jamais été aussi faible. Edward tourna la tête vers Mustang, puis vers Alphonse, et d'un tout petit signe de tête, il leur fit comprendre que la Mort ne s'était pas encore emparée de lui.
« Kerin !! »
Mustang se décida à lâcher Ethel, qui courut aussi vite qu'elle le put vers son ami. Arrivée auprès de lui, elle souleva son buste et le serra contre elle, en cherchant ses blessures les plus graves ; il fallait qu'elle arrête l'hémorragie, ou il allait vraiment y passer...
Alphonse quant à lui se précipita vers Edward, Winry dans ses bras, aux côtés du Président, tandis que Rendy se laissait tomber contre le mur, épuisé et désespéré.
Edward jeta un coup d'oeil à son frère qui lui prit le bras pour l'aider à marcher. Par réflexe, Edward levait la jambe gauche ; il venait à peine de la retrouver et elle lui faisait une sensation étrange. Alphonse avait envie de féliciter son frère, plein de joie à voir qu'il avait réussi à récupérer une partie de ce que la Vérité lui devait. Il fut pourtant attristé de constater que son auto-mail à son bras droit était toujours là ; il s'en serait fallu de peu mais encore une fois, le destin avait joué contre eux.
Winry commença enfin à reprendre connaissance ; ce fut alors Edward qui eut pour mission de la porter, encouragé par Alphonse. Le jeune alchimiste d'Etat la prit dans ses bras, se sentant responsable de ses blessures. Mais la jeune fille ne cessait de lui sourire avec bonheur. Elle laissa sa tête se déposer sur sa poitrine, et respira son odeur avec délice . Elle se sentit de retour dans un monde où elle se sentait chez elle, en sécurité... et ce malgré toutes ses blessures.
C'est alors que Kerin commença à bouger. Ethel, qui n'y croyait plus, se redressa d'un coup et passa sa main glacée sur son visage encore endormi.
« Kerin... » lui souffla-t-elle, entre le rire et les larmes.
Son coeur lui faisait extrêmement mal, sans qu'elle sache pourquoi. Un autre effet de la pierre rouge ? Si c'était le cas, elle ne tarderait plus à voir venir ses derniers instants, elle aussi...
Le jeune démon se réveilla enfin, et tous se mirent à l'entourer, sauf Rendy qui était resté assis contre le mur, et qui se mordit la lèvre. Au final, serait-il le seul à avoir fait les frais de ce voyage ?!
Kerin se redressa enfin, aidé par Ethel, haletant et gravement blessé. Il avait utilisé presque tout son Esprim et se sentait complètement vidé de ses forces. Il constata qu'Edward avait retrouvé sa jambe gauche ; cette nouvelle le fit sourire. Même s'il n'avait pas pu récupérer son bras, ils avaient rempli une partie de leur objectif. Le silence retomba enfin sur la sinistre Ethera, au sommet de son édifice où les combattants d'Yvanesca avaient peut-être enfin remporté une victoire.
Quelques minutes s'écoulèrent le temps de savourer cette courte victoire. Car tout n'était pas encore terminé.
« Je ferai venir l'armée ici, et nous détruirons cette tour, annonça Mustang en s'approchant du vide pour tenter de voir le fond de l'édifice. Bien que nous n'en connaissions encore tous les mystères...
- Nous ignorons nous aussi ce qui peut bien se trouver tout en bas, déclara Ethel en s'éloignant enfin de Kerin pour se rapprocher du vide à son tour. Mais ce sont certainement des choses qui doivent être détruites... Même si Endir est mort, Ethera n'en reste pas moins dangereuse.
- Qui est mort ?... Tu me mésestimes, Ethel... »
Horrifiés à l'entente de cette voix grave et intense, qu'ils pensaient avoir fait taire à jamais, les alliés regardèrent en direction de la paroi du fond ; où Endir, agonisant et animé d'un ultime désir de vengeance, avait trouvé la force de ramasser le pistolet lâché par Rendy. Ce dernier n'eut pas le temps de sortir celui qui lui restait, que le vieil alchimiste redressa son arme vers Ethel et tira deux coups de feu dans sa direction.
Des hurlements retentirent en écho, Kerin se rua sur Ethel avec une vitesse diabolique et la rattrapa tandis qu'elle tombait dans le vide, touchée à l'épaule par l'une des balles. Personne d'autre n'eut le temps de réagir ; seul Mustang se tourna vers Endir avec rage et une déflagration embrasa son vieux corps épuisé à la seconde suivante. Celui qui avait semé la terreur à Yvanesca poussa un ultime hurlement de douleur, avant que la Mort ne s'empare définitivement de lui, et qu'il ne retombe carbonisé sur le sol métallique.
Edward fut le premier à se précipiter vers le bord de l'étage et de se pencher dans le vide, en hurlant le nom de ses deux amis qui entamaient leur première et dernière chute dans la tour d'Ethera.
Bien vite, ils disparurent tous deux dans les ténèbres, et il ne resta de leur passage qu'une volée de plumes noires qui retombèrent en même temps que le silence.
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Agrippés l'un à l'autre, Kerin et Ethel sentaient le vide se creuser sous leurs corps fatigués, la vie les quittant et les éloignant peu à peu de la lumière. Ils ne sentaient plus rien d'autre que leur contact, leur infinie proximité, comme s'ils ne faisaient plus qu'un. Ils tournoyaient dans le vide, accompagnés des plumes noires que semaient deux ailes inactives, impuissants face à leur destin qui avait décidé que ce jour serait leur dernier. Kerin n'avait plus assez de forces pour tenter de s'envoler, et plus il tombait, plus le peu de vie qui lui restait semblait l'abandonner.
« On va mourir... on va mourir, après tout ce qu'on a fait pour tenter d'être libres ?... » questionna Ethel d'une voix tremblante en resserrant son étreinte.
Comme si elle avait peur de se séparer de lui. Que ce soit dans la vie ou dans la mort, ils s'étaient toujours promis de rester ensemble.
Dents serrées, Kerin releva brusquement la tête pour regarder vers l'issue de leur chute. Les ténèbres l'engloutissaient encore, mais il sentait un pouvoir étrange qui se rapprochait peu à peu. Un pouvoir qui le détruisait et le faisait souffrir.
« De la pierre rouge ?! » s'exclama soudain Ethel en regardant à son tour vers les plus bas étages de la tour.
Kerin resserra à son tour son étreinte. Si c'étaient bien des réserves de pierre rouge qui les attendaient en bas, ils pouvaient abandonner tout espoir de s'en tirer. Ces pierres, qui créaient les ignobles chimères, savaient aussi bien ordonner la vie que la mort.
Le jeune démon ferma les yeux. Il ne restait plus qu'une seule solution.
Soudainement, il brandit son bras gauche devant lui, tandis que le droit tenait toujours Ethel. Surprise, la jeune fille constata que Kerin était en train de rassembler tout l'Esprim qui lui restait.
« Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-elle, surprise, alors qu'elle avait accepté de voir venir la Mort.
- Aide moi... demanda Kerin en guise de réponse. Nous allons ouvrir le Passage... une dernière fois. »
Surprise, Ethel ouvrit grand les yeux. Elle regarda à nouveau en bas, sentant que le pouvoir diabolique des pierres se rapprochait.
Le Passage... un monde qu'ils allaient ouvrir une dernière fois, puis sceller à jamais ?
Les ténèbres sans fin... un univers sans loi ?
Univers qui n'appartiendrait qu'à eux deux ?
Ainsi qu'à une liberté éternelle ?
Ethel ferma les yeux, et à son tour, tendit son bras libre droit devant elle.
Une dernière vague d'Esprim commença à les recouvrir ; une lueur rouge apparut tout en bas de la tour et commença à s'intensifier au fur et à mesure qu'ils tombaient vers elle. Le vent sifflait sur leurs oreilles, et les cris stridents de leur étrange pouvoir eurent tôt fait de les assourdir. Ils eurent bientôt l'impression d'être dans un autre monde. Noir, vide, où ils tombaient sans fin. Leur corps n'était plus qu'un pantin inanimé tandis qu'ils concentraient une dernière fois leur puissance, attirant le pouvoir des pierres rouges en quantité monstrueuse qui s'amassaient tout en bas de la tour. Les funestes artifices répondirent à cet appel ; ils commencèrent à libérer leur pouvoir à leur tour, en dégageant une puissante lumière écarlate qui se diffusa dans toute la tour. La lumière se rassembla au fond de ses abysses, se mit à tournoyer et à engendrer une passage vers les autres mondes, seulement connus des démons et de ceux qui avaient eu le malheur de tomber sous la griffe d'Endir.
Leur bras tendus droit devant eux, Kerin et Ethel sentirent le pouvoir des pierres entrer en résonance avec leur Esprim. Ils se firent englober par la lumière et leurs vagues noires puis disparurent en un instant dans le Passage, qui se ferma juste derrière eux en avalant les lueurs écarlates, la moindre parcelle d'énergie, les plumes noires déchiquetées, les crissements sonores, les afflux de puissance... et deux vies.
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Fin très prochainement.
