« Des jours, des semaines que ça durait. Est-ce que ce cauchemar n'aurait jamais de fin ? »
La joue, noyée de larmes, posée contre le sol rocailleux de la grotte, Caroline avait cessé de se débattre. La roche lui griffait le visage, les bras et les genoux à chaque assaut auquel la soumettait Sillas mais la jeune femme, inerte, ne bronchait plus. Les mains du monstre, glissées entre ses cuisses, maintenaient strictement son bassin et ses fesses soulevés tandis qu'il la labourait encore et encore. Elle n'entendait plus le claquement des reins de l'autre contre ses fesses ou son souffle rauque et ahanant lorsqu'il se poussait en elle.
Car Caroline avait fermé les yeux et s'était coupé du monde depuis longtemps déjà. Depuis des semaines, elle était étrangère à son propre corps dès lors que la silhouette de Stefan apparaissait dans l'encadrement de lumière de la porte. Sillas ne semblait pas se lasser de disposer de son corps, ou d'abuser de son inertie. Mais, lorsqu'il laissait ses mains parcourir rudement la peau nue de la jeune femme, ou maltraitait ses seins ou la possédait comme elle n'avait jamais imaginé qu'il fut possible à un être humain de l'être, elle étouffait la conscience qu'elle avait du monde extérieur. Comme un mantra, elle se répétait qu'il ne pouvait plus la blesser, que les horreurs auxquelles il la soumettait ne la touchaient plus. Elle n'habitait plus sa propre peau.
Alors son esprit était libre de s'évader. Elle imaginait la vie qu'elle aurait eu aux côtés de Tyler si Sillas ne l'avait tué des semaines plus tôt, celle qu'elle aurait eue si elle avait accepté de suivre Klaus à la Nouvelle Orléans, ou si elle avait choisit de prendre la route avec Stefan pour le soutenir… Toutes ces vies qu'elle aurait put avoir au lieu de se retrouver coincé là, à la disposition de Sillas, bafouée, humiliée, épuisée et brisée…
Elle s'efforçait de se concentrer sur les visages des gens qu'elle avait aimé : Sa mère, si pleine de courage et de droiture. A cette pensée, ses yeux s'inondèrent de larmes. « Qu'aurait-elle pensé si elle avait vu sa fille dans cette situation ? ». Elena, chaleureuse et magnifique. Toujours entourée de courtisans et pourtant si généreuse. Bonnie, énergique et volontaire, dont la magie – qui les avait doucement amusé au début - s'était avérée si indispensable à leurs combats. Matt, doux, aimant, rassurant. Les larmes de Caroline redoublèrent. « Que n'aurait-elle pas donné pour l'étreindre et se nourrir de sa chaleur ?! ». Et il y avait Stefan, attentif, fatigué mais si valeureux. La pensée de ce dernier l'aidait plus que toute les autres. « Après tout, Songeait la jeune femme sans amertume. Il était seul et unique visage qu'elle ne pourrait oublié tant que durerais son calvaire ! ». Car Caroline était consciente - cruellement consciente - de la différence entre les 2 hommes qui partageaient le visage de Stefan. L'un avait fait d'elle celle qu'elle avait été, l'autre la détruisait… Entre les mains de Stefan, elle avait apprit le courage, la force, la fierté… Sillas lui avait volé tout ça… Elle n'était plus rien sous ses mains…
Cette idée la ramena douloureusement à la réalité.
Soudain, elle réalisait que sa pommette la brûlait. Et, bien qu'elle sente la douceur de son propre sang se répandant sous elle apaiser cette brûlure, la douleur était poignante. La même résultante immergeait ses bras et ses genoux. Mais la douleur la plus intense était en elle. Cette dague qu'elle sentait aller et venir entre ses chairs et la déchirer, ce foudroiement qui la saisissait à chaque coup de butoir que les reins de Sillas lui infligeait, ce feu qui la rongeait de l'intérieur et qui la brûlait de plus en plus fort, de plus en plus atrocement, à mesure que l'autre la pénétrait de plus en plus profondément… « Elle ressentait à nouveau tout ça ! » Réalisa-t-elle avec une horreur brutale.
Une ultime fois, Caroline fit appel aux visages de ceux qu'elle aimait… Sa mère, Matt, Elena, Bonnie, Klaus, Stefan… Puis, lorsque Sillas jouit en elle, elle s'effondra… Brisée… « N'y avait-il donc personne pour venir mettre un terme à son agonie ? »
