Caroline restait recroquevillée, dans la même cavité de la paroi rocheuse que dessinait un renfoncement à l'intérieur de la grotte et qui lui servait de cocon depuis des semaines. Roulée en boude, repliée sur elle-même, tremblante, inerte, elle attendait que Sillas vienne à nouveau la torturer comme il ne manquait pas de le faire. Inlassablement.
« Pourquoi ? Pourquoi Elle ? » Ne cessait de demander une petite voix obsédante aux tréfonds de son crâne. Il y a quelques années encore, personne ne s'intéressait à elle. Personne ne la voulait Elle ! Tous n'avaient d'yeux que pour Elena. Mais, depuis quelques temps, depuis qu'elle avait été transformée en vampire, il semblait que le sexe opposé la découvrait d'une manière dont elle n'avait jamais osé rêver. Elle avait connu enfin sa première vraie histoire d'amour. Tyler et elle s'était aimé pendant des années. « D'un amour contrarié, certes, mais d'un amour sincère ! ».
Et puis, il y avait eu Klaus. A la pensée de l'hybride, le cœur de Caroline se serra. Elle savait qu'il l'avait aimé plus qu'aucun autre homme ne l'avait jamais fait. Pas même Tyler. Et, si le lycanthrope n'avait pas déjà possédé son cœur, elle aurait pu aimer Klaus en retour. Elle avait d'ailleurs apprit à l'apprécier et à compatir à sa souffrance. Mais… Elle n'avait pas eu le temps d'apprendre à lui faire confiance. Et, il était partit, coupant court à la multitude de question qui avait torturé Caroline à ses heures perdues.
Et enfin, il y avait eu Stefan. Elle aurait donné sa vie pour Stefan. Elle devait sa vie à Stefan. Il n'y avait rien qu'elle n'eu fait pour lui. Mais lui aussi était parti. Le cœur brisé, il avait préféré laisser la main d'Elena à son frère plutôt que de perdre celui-ci. Il était son meilleur ami. Le seul qui l'ai accepté entièrement, sans la juger, qui aie réellement eu besoin d'elle. Mais, ce que le vampire n'avait pas prit en compte avant de quitter Mystic Falls, c'était qu'il allait l'abandonner elle aussi. A la solitude. A Sillas.
Une douleur, devenue familière avec les semaines, lui étreignit la poitrine. Tyler était mort, Klaus était partit refaire sa vie à la Nouvelle Orléans, Stefan avait fuit sa peine… A nouveau, elle se retrouvait seule. Et cette fois, la solitude se révélait bien plus douloureuse que tout ce qu'elle avait connu : Elle était à la merci de Sillas. Elle resserra la pression de ses bras autour de ses genoux et se mordit la lèvre pour ne pas à nouveau fondre en larmes.
Et, comme s'il avait entendu ses souffrances et avait voulu en être témoin, Sillas apparut dans l'embrasure de la porte. L'éclairage artificiel, dans son dos, dessina la silhouette de Stefan dans le carré de lumière. Pendant une fraction de seconde, Caroline oublia qu'il était l'autre et se prit à espérer que c'était bel et bien son ami qui venait d'apparaître, qui venait la sauver… Et puis, la réalité la rappela à elle et, le cœur broyé, elle se rappela que ce n'était pas Stefan qui pénétrait d'un pas dans la grotte, qu'il s'agissait d'un double, d'un monstre, qu'il s'agissait de Sillas.
- Laisse moi tranquille ! Souffla-t-elle, à bout de force.
- Caroline ?
La jeune femme détournait résolument les yeux, incapable de poser les yeux sur le visage de Stefan tout en sachant qu'un autre, son tortionnaire, se tenait face à elle. « Mais… Réalisa-t-elle soudain, la voix de Sillas avait un ton inhabituellement hésitant ». Elle réprima l'espoir qui l'oppressait brusquement. Et puis, lui revinrent en mémoire toutes les fois où Sillas s'était joué d'elle, de son esprit, et elle repoussa loin de son cœur ses pathétiques espoirs.
- Va-t-en ! Souffla-t-elle en se recroquevillant de plus belle.
- Caroline. Répéta la voix de Stefan où perçaient une douceur et une inquiétude qu'elle n'avait plus entendues depuis une éternité.
Elle rouvrit brusquement les yeux. L'espoir lui gonfla le cœur malgré elle et la jeune prisonnière leva un regard défiant vers le nouveau venu.
Il était beau. Aussi beau que Stefan l'avait toujours été. Mais beau comme Sillas l'était également. Ils partageaient une seule et même apparence, celle d'un jeune homme, aux traits délicatement croqués, à la haute stature, aux épaules carrées, aux hanches étroites et aux longues jambes. Ils avaient en commun un même regard d'un vert d'eau, souligné de longs cils noirs, surplombé d'un large front que délimitait une épaisse crinière d'un brun chatoyant. « Pourtant… Se surprit à noter Caroline, prise d'un espoir fou. Pourtant, ce Stefan là, celui qui était sous ses yeux en cet instant, avait quelque chose de différent, quelque chose dans la manière dont il la regardait… »
- Stefan ? Souffla-t-elle, pantoise.
Un sourire doux étira les lèvres joliment ourlées de son compagnon tandis qu'il s'accoupissait à sa hauteur.
- Viens, murmura-t-il. Je vais te sortir de là….
Il lui tendit les bras et, pendant un instant, il vit Caroline douter, lutter, le dévisager…
- Non ! Nia-t-elle en secouant la tête, les yeux pleins de larmes. Tu n'es pas lui ! Tu ne peux pas être lui !
- Caroline, Insista Sillas dans un murmure, c'est moi ! C'est Stefan !
A nouveau, il vit la jeune femme secouer la tête tandis qu'elle s'efforçait de contenir ses larmes. « Non, non, non ! » Répétait-elle dans un souffle, comme si elle s'évertuait à se convaincre qu'il n'était pas réel.
- Caroline ! Répéta-t-il, la voix nouée par l'inquiétude.
La jeune femme leva soudain son visage vers lui. Pendant un long moment, elle garda son regard plongé dans le sien, à la recherche de Dieu sait quoi. Et puis, comme un petit animal qui abandonne peu à peu ses peurs, il la vit se décrisper et s'avancer à sa rencontre en tremblant. Lentement. Apeurée. Incrédule.
- C'est vraiment toi ? Murmura-t-elle sans vraiment parvenir à contenir le chancellement de sa voix.
Stefan lui offrit un nouveau sourire et Caroline sentit son cœur bondir douloureusement aux tréfonds d'elle-même. Elle posa ses doigts tremblotants sur la main que Stefan lui tendait.
- Stefan ! Répéta-t-elle avant que sa voix ne se brise soudain dans un sanglot.
Le vampire l'attira doucement à lui et la serra contre lui. Pendant une seconde, il sentit Caroline se crisper entre ses bras, puis elle fondit en larmes. Secouée de sanglots, elle gémissait entre ses bras, tremblante. Stefan accentua son étreinte. Pendant une éternité, il la berça contre sa poitrine comme il aurait bercé un enfant blessé.
Ce n'est que là qu'il prit conscience de l'état dans lequel se trouvait son amie. Ses vêtements étaient arrachés et tâchés d'un sang brun, des marques encore suintantes couvraient son corps à de multiples endroits, son visage était amaigri, sale de terre et de poussière, et ses grands yeux clairs étaient à présent soulignés de larges cernes sombres. Ses cheveux étaient dans un état lamentable et avait prit l'apparence d'un nid de paille broussailleux.
« Oh mon Dieu ! » Jura-t-il intérieurement.
Contre lui, Caroline s'abandonnait peu à peu. Ses larmes se mêlait à la terre qui maculait ses joues et y laissait de larges marques brunes. Ses mains, écorchées jusqu'au sang, se cramponnaient désespérément à la chemise de son compagnon. Ses épaules, d'abord affaissées, étaient à présent secouées par de violents sanglots tandis que gémissements et plaintes rauques s'échappaient alternativement de sa gorge. Stefan resserra son étreinte autour du corps de la jeune femme. Il la serra aussi fort que ses faibles forces - à peine retrouvées - le lui permettaient. Il aurait voulut pouvoir écraser la peine de Caroline de la même manière qu'il pressait ses épaules. « Qu'est-ce que Sillas a bien pu lui faire endurer depuis toutes ces semaines ? » Ragea-t-il soudain, furieux de savoir qu'il aurait du agir plus rapidement, ou que leurs amis auraient pu s'inquiéter du sort de la jeune femme au lieu de présumer qu'elle était partit pour des vacances romantiques avec Tyler. Mais furieux surtout de ne pas avoir fait souffrir Sillas plus longtemps.
- Sillas ne pourra plus jamais te faire de mal. Tenta-t-il de la consoler d'une voix tendre.
Caroline mit de longs instants à calmer ses sanglots.
Puis finalement, c'est un visage détruit, inquiet et interrogatif qu'elle leva vers son ami.
- Il est mort ! Expliqua-t-il en essuyant d'un doigt une dernière larme qui coulait sur la joue de sa compagne.
- Mort ? Répéta la jeune femme hébétée, incapable de croire à un tel miracle.
- Coupé en petits morceaux. Précisa Stefan dans une ébauche de sourire.
Caroline le fixa comme s'il était dément.
- C'est impossible ! Murmura-t-elle après une éternité, un poids au creux de la poitrine, mais se blottissant d'avantage contre le torse rassurant de son ami, comme si ce dernier avait pu faire rempart entre elle et le monstre qui l'avait violentée pendant des semaines.
Le sourire de Stefan s'attendrit.
- Coupé en petits morceaux et enterré aux 4 coins de la planète ! Insista-t-il en enlaçant plus fermement la jeune femme.
Cette dernière mit une minute à prendre conscience de ce que les paroles de Stefan signifiaient. Et puis, brutalement, les larmes la soulevèrent à nouveau. Violentes. Etouffantes.
Et Stefan la prit entre ses bras tandis qu'elle s'accrochait à lui comme un naufragé à une bouée de sauvetage. Et le vampire enfouit son visage au creux du coup de la jeune femme. « Il ne laisserait plus personne blesser Caroline, plus jamais ! » Se jura-t-il, la gorge nouée par la tristesse et la culpabilité. Il avait manqué à sa parole. Il avait promit à Caroline qu'il ne laisserait rien lui arrivé et il tenait entre ses bras la preuve qu'il avait manqué à sa parole.
Il se remit sur ses pieds, une Caroline, indifférente au monde qui l'entourait et à tout ce qui n'était pas sa souffrance, blottit entre ses bras.
- Je te jure qu'à partir de ce jour, je ferais tout ce qui est nécessaire pour me rattraper. Lui jura-t-il dans un murmure.
Mais, perdu au milieu de sa douleur, Caroline ne l'entendait pas.
Lorsque Stefan sortit de la grotte, son précieux fardeau doucement callé contre lui, Damon, Elena et Matt se précipitèrent à leurs rencontres.
- Caroline ?! S'exclama Elena, horrifiée de l'état dans lequel elle retrouvait son amie.
La jolie brunette voulue étreindre son amie, mais Stefan se détourna violemment, dérobant une Caroline léthargique aux bras d'Elena.
- Où étiez-vous quand elle avait besoin de vous ?! S'écria-t-il furieux.
Elena se figea.
- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu veux dire ?! Bafouilla la jeune femme, étourdie.
- J'étais en train de pourrir au fond d'un lac, Caroline était en train de se faire torturer jours après jours depuis des semaines… Cracha le vampire. Et toi Elena ? Tu étais où ?
- Stefan ! Intervint sèchement Damon.
Mais son frère ne pouvait détourner son regard du visage décomposé d'Elena.
- Quand tu as eu besoin de nous, chacun de tes amis a été là pour toi. A chaque fois ! Mais quand Caroline aurait eu besoin de ton aide, tu étais où ?
Interdite, les grands yeux bruns de la jeune vampire s'emplirent de larmes tandis qu'elle fixait son ancien amour avec stupeur.
- Stefan ça suffit ! S'écria Damon en attirant Elena à lui.
Mais le jeune homme se détourna froidement tandis qu'il sentait les poings de Caroline serrer plus désespérément encore les pans de sa chemise et ses larmes silencieuses redoubler contre son épaule. Il accentua doucement la pression de son étreinte sur la jeune femme et tourna les talons, impatient de placer Caroline dans la pénombre bienveillante de son manoir où il pourrait la réconforter à loisir et la protéger du monde extérieur.
- Stefan ? L'implora Elena tandis qu'il s'éloignait.
- Elena ! L'interrompit doucement Matt. Stefan a raison. On aurait du s'inquiéter pour Caroline et Tyler depuis des semaines déjà. Ca ne ressemblait pas à Caroline de ne pas donner de nouvelles… Mais… Mais, on voulait tous profiter de notre été. Et on a préféré croire que tout allait bien pour eux… C'était plus facile, plus confortable…
- Ne te flagelle pas boy scout ! S'agaça Damon. On n'était pas ses baby-sitters ! Comment on était censé deviner ce qui se passait ?
Matt tourna un regard énervé vers le vampire.
- Ton frère s'est échappé du lac depuis moins de 48h, et il a tout de suite deviné que quelque chose n'allait pas Lui !
- Matt a raison. Souffla Elena en essuyant une larme.
Damon se détourna, boudeur. Mais, même lui, aussi indifférent qu'il puisse tenter de paraître, savait que ses compagnons étaient dans vrai.
