Tout devenait de plus en plus étrange du point de vue de Gin. Cela faisait des heures qu'il n'avait pas vu Grimmjow et pire, il ne sentait même plus son énergie spirituelle. Au début, il avait crû que cela était en rapport avec cette mission qu'il s'était proposé d'effectuer avec quelques autres membres de l'Espada, mais ceux-ci étaient tous revenus et bien qu'il ait ressenti l'énergie du turquoise quelques instants, celle-ci avait disparu.
Se pouvait-il que le bleuté ait succombé à ses blessures ? Restant septique, l'argenté chercha à se renseigner sur l'Arrancar, mais personne ne semblait au courant. Non, ce n'était pas ça : personne ne semblait vouloir répondre à ses questions, certains devenant nerveux en sa présence. C'était comme s'il avait attrapé une maladie extrêmement contagieuse et que tous cherchaient à abréger toutes les conversations avec lui. Tout cela ne sentait pas bon du tout. Cela se confirma lorsque Ulquiorra vint jusqu'à lui alors que Gin abordait justement quelques Fracciones.
- Ichimaru-san, Aizen-sama vous fait convoquer d'urgence aux geôles, annonça le Cuarta de sa voix monotone.
- Que se passe-t-il ? questionna le Superviseur. Inoue-chan ne t'a pas suivi de son plein gré ?
- Au contraire, mais ce n'est pas elle le problème. C'est Grimmjow.
Gin soupira, se demandant ce qu'il s'était passé, convaincu que l'Arrancar avait de nouveau fait des siennes. La pression augmenta à chaque pas qui le menait jusqu'au prisonnier. Cela devait être bien plus grave qu'il ne se l'imaginait. Il ne put s'empêcher de craindre pour le bleuté.
Grimmjow était enchainé contre le mur, son unique bras valide maintenu contre la parois, sa tête pendant mollement en avant, couverte d'une grande quantité de sang, trop importante pour que Gin ne s'inquiète pas pour lui. Ainsi donc, il avait raison. Cet imbécile en avait beaucoup trop fait et Aizen semblait plus mécontent que jamais. Il le comprit en découvrant son visage contrarié qui le regarda à peine lorsqu'il entra.
- Qu'a-t-il encore fait ? demanda Gin, essayant de dédramatiser la situation.
- Il nous a trahi, trancha le brun. Il a dévoilé des informations capitales à nos ennemis.
- Quelles informations ?
- Tu ne le sais vraiment pas ?
Le ton toujours aussi tranchant d'Aizen intrigua fortement l'argenté qui en perdit son sourire. La situation semblait s'aggraver de minutes en minutes et il s'en fallut de peu que Gin ne prenne la décision de tenter une évasion. S'il voulait que le bleuté s'en sorte, il fallait qu'il se décide rapidement. Instinctivement, ses mains entrèrent dans ses manches, frôlant la garde de son Zanpakuto.
- Voilà pourquoi j'veux pas d'toi ! grogna l'ex-Sexta, en piteux état. Combien d'fois j'vais devoir te le dire ?
La main du brun se saisit d'une poignée de cheveux bleu électrique, les tirant pour lui relever le visage et s'en approcher. Il arborait un air extrêmement menaçant. Ce n'était cependant pas dans les habitudes de Grimmjow de se laisser impressionner. C'est pour cela qu'il continua sur sa lancée.
- J'ai essayé de m'débarrasser de l'autre, parce que j'voulais pas partager Gin !
- De quoi parlez-vous ? souffla le nommé, touché à vif.
- Alors, tu n'es réellement au courant de rien ? insista fortement Tousen.
- De quoi devrais-je être au courant ? répliqua-t-il avec agacement.
Le brun relâcha enfin Grimmjow, puis se tourna vers lui. Son regard se fit hautain. Plus que jamais, il tenta de le sonder et examina son visage avec un soin minutieux, faisant comprendre à l'argenté qu'il était entrain de subir une évaluation. A la moindre erreur, il perdrait la vie. Finalement, le Seigneur du Hueco Mundo soupira de lassitude.
- Kuchiki Byakuya était parmi les prisonniers, avoua-t-il enfin.
Gin devait se contrôler ! Trop de personnes dépendaient de lui. Grimmjow et Byakuya... mais depuis quand le noble était-il ici ? Ravalant difficilement sa salive, il tenta de rester aussi stoïque que possible. N'arrivant pourtant pas à dissimuler son mécontentement, il lança un regard glacial à son supérieur ainsi qu'à Tousen, se doutant que celui-ci ne le voyait pas, mais ressentait parfaitement son hostilité.
- Pourquoi m'avoir caché cela ? gronda-t-il en serrant les dents.
- J'avais chargé Grimmjow de te prévenir, mais il ne l'a pas fait, se justifia Aizen. Depuis, il a tenté de se débarrasser de lui, semble-t-il...
Gin interrogea du regard le bleuté qui était dans l'incapacité de répondre, sa tête étant retombée vers l'avant. Sans doute s'était-il évanoui à cause de la souffrance éprouvée. Aizen allait-il décider de soigner ou de tuer l'Arrancar ? Dieu seul le savait. Il faudrait cependant agir très vite, car le brun semblait peu enclin à pardonner cet impair-là, preuve qu'il s'était attendu à le voir un jour céder pour de bon. Manque de pot, ce n'était vraiment pas le genre de l'ex-Sexta.
- Où est Kuchiki ? interrogea Gin.
- Pourquoi me poser cette question ? répliqua Aizen.
- Tu viens de me dire que Byakuya était là. Je veux le récupérer ! Il est à moi !
- Gin, tout n'a pas été éclairci dans cette affaire ! protesta Tousen avec irritation.
- Grimmjow devait m'informer de la présence de Byakuya, tu comptais donc me le rendre, n'est-ce pas Aizen ? coupa froidement le superviseur.
- Je m'attendais à ce que tu me le réclames, en effet, mais il est sans doute plus en sécurité avec moi qu'avec toi. Qu'est-ce qui me prouve que tu n'étais pas au courant et que ce n'est pas toi qui a envoyé Grimmjow sur Terre pour prévenir nos ennemis de la présence du noble ici ?
- Si j'avais su que le noble se trouvait ici, jamais je n'aurais pris le risque de le laisser plus longtemps avec toi, Sosuke. Rends-le moi ! A moins que tu ne veuilles briser notre accord ? C'était ma seule condition : qu'il soit à moi et que personne ne lui fasse le moindre mal !
Les énergies spirituelles augmentèrent peu à peu d'intensité. La main de l'argenté s'agrippa au manche de son Zanpakuto, prêt à dégainer au moindre geste. Toute créature qui serait entrée à ce moment-là dans cette pièce, aurait été écrasée par la tension qui y régnait alors.
- Que comptes-tu faire pour Grimmjow ? questionna Aizen.
- Il m'a trahi autant qu'il t'a trahi ! répliqua-t-il. Tu es seul, cependant, à pouvoir décider de son sort.
- Alors, si je décide de le faire exécuter dans la seconde, tu ne lèveras pas le petit doigt pour le protéger ? Alors qu'il t'a procuré beaucoup de plaisir et de distractions ?
- Aizen, tu sais pourtant que je n'aime pas me répéter. Rends-moi le noble !
Il ne fallut pas très longtemps au Seigneur du Hueco Mundo pour se décider. Il reporta son regard sur le traître. Gin avait pris la décision de mettre Byakuya en sécurité et de revenir chercher le plus rapidement possible Grimmjow. Il était, cependant, déjà trop tard.
Aizen dégaina son sabre et l'enfonça dans le torse du turquoise. Du sang coula abondamment sur le sol et le corps de l'Arrancar commença à s'évaporer. Gin resta mystifié par le spectacle qui s'offrit à lui, ayant du mal à y croire. Jamais il n'aurait pu imaginer que le brun puisse exécuter dans la seconde l'ex-Sexta, se disant qu'il voudrait d'abord profiter de son corps avant de l'achever. Il s'était trompé et maintenant, il était trop tard pour sauver le bleuté !
Rester calme… ne pas oublier que Byakuya était à Las Noches... il aurait un jour sa vengeance et pria pour que Grimmjow lui pardonne son inactivité. Lui s'en voudrait toute sa vie de ne pas avoir tout de suite répliqué, mais c'était suicidaire de tenter quoi que ce soit. Il n'y avait pas qu'Aizen dans cette pièce.
- Kuchiki est dans mes appartements, fit ce dernier. Va donc le chercher...
Cela faisait un moment que tout le monde avait délaissé Byakuya. Celui-ci ne s'en plaignait pas, au contraire, et tentait même d'en profiter pour entrer en résonance avec son Zanpakuto. Sauf que ce dernier n'était pas là, pas dans ce monde tout du moins. Il se demanda s'il avait fait le bon choix en écoutant cet Arrancar. Après tout, il ne savait pas qui il était, et peut-être était-il juste un ennemi qui voulait se faire passer pour un allié. Pourtant, il lui avait paru si sincère, chose étonnante car les rapports le décrivaient comme un être sociopathe.
La porte claqua brutalement contre le sol, faisant sursauter le noble qui était toujours en méditation. Comme il s'y était attendu, Aizen avait gardé cette apparence de Gin. S'il croyait qu'il allait craquer pour si peu, il se trompait ! L'ignorant, le ténébreux continua de s'interroger sur le bleuté, se remémorant sans cesse les paroles de ce dernier. Un jour, il apprendrait peut-être ce qu'était la vérité. Qu'est-ce qu'il avait voulu dire ? Un mystère de plus à mettre sur le compte de cet Arrancar. Décidément, il avait beaucoup de mal à comprendre ces êtres qu'Aizen avait créés.
Une main imposante l'agrippa pour le forcer à se relever. Sans le moindre ménagement, elle l'entraina vers la porte, surprenant grandement Byakuya qui n'avait pas l'habitude d'être traité ainsi. Lâchant un grognement de frustration, il tenta de se défaire de l'emprise qui ne se desserra pas, se faisant même plus pressante encore, tandis que dehors, un Arrancar aux cheveux noir et une Arrancar blonde les attendaient, bras croisés.
- Qu'est-ce que vous faites là ? lâcha l'image de Gin avec mécontentement.
Était-ce réellement une illusion créée par Aizen ? Et si en réalité, c'était vraiment l'argenté ? L'idée le fit frémir. Ses jambes se dérobèrent sous lui alors qu'il prenait conscience que peut-être, le brun avait décidé de le livrer à son amant ? Non, il n'en avait pas encore fini avec lui, il le lui avait bien fait comprendre. Il avait cherché à le torturer moralement et là, il voudrait simplement le rendre à Gin sans même accomplir sa petite envie ?
- Aizen-sama nous a demandé de veiller à ce que vous faites, fit la femme en croisant ses bras sous sa poitrine.
- On dirait qu'il n'a plus confiance en vous, nota l'homme, l'air totalement détaché et le regard perdu dans le vide.
- Oui, il faut le croire.
C'était lui… c'était réellement lui ! Il n'y avait pas de doute possible ! Il tenta une nouvelle fois de se soustraire, mais Gin semblait bien décidé à le garder en sa possession. Il finit même par l'entrainer vers un autre lieu. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas… c'était impossible. Le ténébreux ne voulait pas le rencontrer ! Il ne voulait plus devoir affronter son regard.
Le noble fut forcé d'entrer dans une nouvelle pièce. C'était aussi des appartements, mais qui correspondaient bien à la personnalité de son ancien amant. Celui-ci claqua la porte derrière lui, ne laissant pas les deux Arrancars y pénétrer. Byakuya fut envahi par un profond sentiment de crainte, n'ayant aucune envie de se retrouver seul avec Gin. Il réussit Dieu seul sait comment, à ne rien dévoiler de ce qui se déroulait à l'intérieur de lui. Il n'était pas assez naïf pour croire que rien ne transparaissait, mais priait pour qu'on ne remarque rien.
Le Superviseur ne lui prêta pas la moindre attention. Il posa ses mains contre le mur, le visage baissé vers le sol et respirait à un rythme plutôt saccadé. C'était comme s'il était envahi par la colère et qu'il tentait de la contenir. Sauf qu'elle se faisait de plus en plus grande. Byakuya n'avait pas besoin de ressentir son énergie pour s'en rendre compte. Que s'était-il donc passé pendant ces quelques heures où on l'avait laissé seul dans les appartements d'Aizen ? Était-ce donc si grave que ça ? Non, sûrement pas pour lui vu qu'ils étaient tous ses ennemis !
- Depuis quand es-tu là ? demanda-t-il sur un ton menaçant.
- Quelques jours, fit le ténébreux.
- Est-ce qu'ils t'ont fait quoi que ce soit ? Est-ce qu'ils t'ont torturé ou bien...
- Tu connais les méthodes de ton maître, non ?
Le ton avait été assez clair. Le noble remit de l'ordre dans son kimono et décida de rester calme, de tenter de se détacher de ce qui se passait. Il avait énormément de mal à se contenir car après la peur des premiers instants, il éprouvait lui aussi de la colère contre cet homme qui l'avait trahi et qui avait tenté de tuer sa petite sœur. Il se souvenait parfaitement du sentiment qu'il avait éprouvé en sentant le Zanpakuto de son amant s'enfoncer dans son torse.
- Il n'est pas mon maître.
- Tu es sous ses ordres, non ? Tu lui obéis.
- Ça suffit ! hurla l'argenté en se tournant vers lui. Je ne suis pas sous ses ordres ! Mais bon sang Byakuya, qu'est-ce que tu fous là ?
Pourquoi était-il en colère contre lui ? Il n'en avait pas le droit ! C'était plutôt le ténébreux qui avait des raisons de s'énerver contre son... comment le qualifier maintenant ? Celui qui avait brisé son cœur ? Celui qui l'avait fait tomber au plus bas ? Oui, c'était tout à fait ça !
- Ce que je fais là ? répliqua-t-il, outré. J'ai été capturé pendant une invasion au Seireitei !
- Comment ont-ils pu mettre la main sur toi ? Tu es puissant ! Tu n'aurais pas dû te laisser capturer de la sorte !
Alors là, c'était le comble ! Comment pouvait-il se permettre de dire une telle chose ? C'était lui le responsable de cette déchéance dont il était la victime ! Il était tout à fait normal qu'il... non, attendez. Il ne s'était tout de même pas imaginé que sa trahison ne lui ferait rien ? Le prenait-il pour un être sans sentiment ?
- Je n'ai pas été à la hauteur de tes espérances, n'est-ce pas ? lâcha-t-il avec un sourire ironique.
Le regard de l'argenté se posa sur lui. Il disparut pour réapparaître juste à quelques centimètres de lui, l'agrippant par les pans de son kimono. Son expression semblait torturée.
- Bordel, Byakuya ! gronda-t-il. Ils l'ont tué ! Ils ont tué Grimmjow !
Qui l'avait donc tué ? Les membres des Armées de la Soul Society ? Non, ce n'était pas ça. Ainsi donc, l'action de l'Arrancar l'avait condamné à mort ? Non, Aizen ne se serait pas débarrassé de lui comme cela ! Il en avait encore besoin. Non, il se voilait la face. Bien sûr que le Seigneur de Las Noches avait pu se débarrasser de cet homme sans le moindre scrupule.
- Qu'est-ce que..., marmonna le noble.
- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais il est mort maintenant. Je m'étais pourtant promis de le sauver.
- Oui, de sauver ton nouvel amant ! répliqua Byakuya sur un ton acide.
Le regard du traître se leva vers lui, se faisant mauvais. Une fois encore, le ténébreux eut beaucoup de mal à comprendre sa réaction : ce n'était vraiment pas à lui d'être en colère ! Le seul qui avait ce droit, c'était lui-même et personne d'autre ! Tous deux s'affrontèrent du regard, aucun des deux ne voulant céder le moindre bout de terrain à l'autre. Finalement, le noble décida d'attaquer son ancien amant.
- Ne t'inquiète pas, je te comprends. Il était très beau ! cracha-t-il avec un sourire crispé.
- C'est Aizen qui te l'a dit, n'est-ce pas ? répliqua l'argenté avec agacement.
- Non, il a fait mieux : il me l'a montré !
Gin marqua une pose, son regard parcourant rapidement la pièce. Il comprit parfaitement ce qu'il voulait dire et cela ne lui plut pas du tout.
- Ne t'inquiète pas, tu n'as pas été le seul à t'être amusé de ton côté ! fit le ténébreux sur un ton tranchant.
Le regard du traître se fit plus dur. Il savait parfaitement ce que sous-entendait Byakuya. Ses mains se mirent à trembler étrangement et la colère des deux Shinigamis augmentèrent d'avantage encore. La situation devenait de plus en plus critique, surtout pour lui qui ne pouvait pas se défendre.
- Avec qui ? questionna sèchement Gin.
- Tu veux vraiment tous les noms ?
- Tous les noms ? M'aurais-tu trahi, plus que je ne pourrais l'admettre ?
- Moi ? Te trahir ?
Offusqué, le noble eut beaucoup de mal à trouver les mots exacts et surtout à parler, n'arrivant même pas à faire sortir le moindre son de sa bouche. Cet imbécile…
- C'est toi qui m'a trahi ! hurla-t-il de rage. C'est toi qui est parti ! C'est toi qui m'a abandonné à la Soul Society ! Pourquoi ? Pourquoi !
Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient séparés, il avait enfin l'occasion de lui dire tout ce qui peser sur son cœur et ne s'en priverait pour rien au monde ! Cela le blessait de tout garder pour lui. Agrippant son amant au bras, il laissa toute sa rage éclater :
- Tu croyais sérieusement que je pourrais supporter ta trahison ? Je ne suis pas aussi fort que tu le crois ! Tu m'as rendu faible ! Tu as fait en sorte que je tombe amoureux de toi ! Tu m'as rendu totalement dépendant de toi ! Et tu croyais qu'en te voyant partir avec Aizen, je le supporterais ? Tu m'as brisé ! Pourquoi...
Malgré la différence de puissance entre eux, ses ongles s'enfoncèrent dans la peau de Gin, mais celui-ci ne réagit pas plus que ça, continuant de l'observer.
- Pourquoi m'avoir laissé derrière ? Pourquoi ne m'as-tu pas emmené avec toi ?
