Hey x)

Voilà le nouveau chapitre. Désolée d'avoir un peu tardé, j'étais occupée sur un forum RPG. Je m'excuse un peu pour l'ambiance glauque de ce chapitre, mais je tenais absolument à me rapprocher de l'ambiance de Hex, la Malédiction, (pour ceux qui connaissent), pour planter le décor de ma fic x) Mais rassurez vous, ça devrait être plus optimiste dans les prochains chapitres. A l'origine, ce chapitre n'était que la moitié du chapitre prévu, mais j'ai décidé de le poster pour éviter de trop vous faire attendre ' Comme d'habitude, les reviews sont trés appréciées et vivement encouragées x)

Réponse Aux Reviews

RUBIKA666: Merci pour avoir pris le temps de me lire. Tu trouves que ma fin est sadique? Hum, il faut savoir que j'ai un peu trop tendance à couper mes chapitres au moment crucial. J'espère que tu aimeras cette suite.

Tueuse-en-serie-joke: T'sais, j'aime beaucoup ton pseudo x) En ce qui concerne ta review, je suis d'accord avec toi, les suites d'Hésitation on en voit beaucoup trop. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai voulu écrire un nouveau début, une nouvelle version de l'histoire. J'espère que cette suite te plaira à toi aussi.

Justhappy: Ca me touche vraiment que tu aies crée un compte exprès pour pouvoir me reviewer. Merci du fond du coeur x) Ca me fait aussi trés plaisir que tu aimes mon histoire, et ton commentaire m'a fait chaud au coeur. Tu as raison pour les reviews anonyme, d'ailleurs, j'ai changé le petit paramètre, ce qui signifie que désormais, tout le monde peut mettre une review pour "For Never". J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes.

Alyersa: Merci beaucoup pour ton commentaire, qui m'a fait plaisir, comme les autres x) J'espère aussi que la suite sera à ton goût x)

So, let's go, la suite. Je m'excuse du temps que je mets pour publier un chapitre. Mais je fais ce que je peux, juré.

Chapitre 2: Légende Urbaine.

Cette nouvelle vision m'arracha un moment à la réalité, aussi pénible soit-elle. C'était dérisoire de ressentir une telle chose dans un moment pareil, mais il fallait que je sache, que je m'approche. Il s'agissait d'un élève, mais pas n'importe lequel. En fait, je ne sus pas par qui ou quoi j'étais attirée en premier. Par le garçon ou sa belle voiture. Je vais donc parler en premier de la bagnole, car je sais que je m'attarderai davantage sur le garçon. La voiture était rutilante, presque flambant-neuve. Elle était d'un gris argenté, et très classe. J'imaginais avec une pointe d'envie ce petit bolide lancé à pleine vitesse sur une autoroute. Ca changerait de la petite Audi de ma mère, qui crachotait par moment. Mais quelque chose d'encore plus beau retint mon attention. Je crus être dans un rêve. Indubitablement, il allait se transformer un cauchemar, mais j'étudiais le garçon pour être sûre d'en garder une trace à mon réveil.

Il avait un teint d'albâtre, plus pâle que les gens ordinaires. Des cernes violets et discrets soulignaient son regard, qui avait une subtile nuance d'or fondu. Je n'avais jamais vu de tels yeux. Son regard était doux, et dégageait une réelle chaleur. Puis, je m'aperçus que j'étais en train de le fixer comme une idiote, ainsi, je regardai le ciel, une fraction de seconde, puis je le regardai à nouveau, obnubilée par le tracé parfait de son visage. Ses mâchoires carrées, ses pomettes hautes et saillantes, son visage mince, son nez droit et subtil, son front haut et fier, tout s'accordait en une harmonie qui me laissait béate d'admiration. Ses lèvres légèrement rouges s'étiraient en une moue légèrement boudeuse, que je trouvai exquise. C'était tout simplement le garçon le plus magnifique qu'il m'eut été donné de voir. Non ,magnifique était un mot inapproprié. Il était tout simplement divin, si beau que j'en eus le souffle coupé.

Quelque chose de bizarre se passa du côté de mon coeur. Il se mit à battre plus fort, et ses battements, tels que je les entendais, devenaient plus sourds. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, mais je m'en retrouvai troublée. Mon coeur loupa deux ou trois battements quand il leva le regard vers moi. Ses prunelles d'un magnifique ambré scrutaient mon visage, et sur son beau visage se devinaient sans problème un état perplexe et mille et une questions, qu'il brûlait d'envie de me poser. Enfin, ça, c'était dans mon fantasme, et je doute fort qu'une telle chose puisse arriver un jour. Après tout, il me regardait parce qu'il ne m'avait jamais vue dans le coin.

Il détourna ensuite le regard, et se remit à lancer et à attraper une vieille balle de tennis, comme avant qu'il m'aperçoive. Figée, je m'aperçus de la grâce de ses mouvements. Il était aussi beau qu'il était grâcieux. C'en était écoeurant. Tout à coup, mon moral se retrouva plus bas qu'il ne l'était déjà, tellement je me sentis insignifiante en ce moment. L'Apparition ne me regardait plus, et j'eus du mal à m'empêcher de pleurer. Pourquoi j'étais si malheureuse, tout à coup? Je n'en savais rien, mais quoiqu'il en soit, je ne pouvais me permettre d'espérer quoique ce soit venant de sa part. C'était absurde de penser cela. Il disparut dans sa voiture, très rapidement. Puis je me retrouvai soudainement seule dans ce parking.

Je détournai le regard de l'endroit où se tenait l'Adonis quelques instants auparavant. Puis, je m'intéressai de nouveau à ma nouvelle prison, à mon nouveau calvaire. Quoique si IL était là, mon supplice serait plus doux, enfin, je suppose. Il paraît que des fois, la compagnie de quelqu'un qui nous plaisait suffisait à apaiser nos tourments...Seigneur! Qu'étais-je en train de penser là? Je parlais exactement comme l'une de ces filles superficielles qui ne cessaient de jacasser sur l'élu de leur coeur et qui m'exaspéraient au plus haut point. J'étais d'autant plus ridicule que je savais pertinemment que je n'aurai aucune chance d'entreprendre quoique ce soit de plus qu'amical avec lui, ainsi, je me résolus donc à l'oublier. Si ça se trouve, il avait déjà une petite-amie, bien plus belle que moi. Las. J'entrepris d'escalader les marches menant à l'esplanade, puis une nouvelle volée de marches m'amena droit vers une porte vitrée. Je la poussai, avant de me rendre compte qu'il fallait la tirer. Le stress, sans aucun doute. Il n'y avait personne à l'accueil. Je me retrouvai là, les bras ballants, l'air ahuri. Je ne savais pas où je devais me rendre. Je restais plantée là, comme une idiote, me demandant dans quel sens je devais aller. J'ignorais dans quelle classe j'étais, ou quel cours j'avais en ce moment. Je me misà marcher, à errer serait un terme plus exact, quand soudain je bousculai quelqu'un. Fichue malchance. Dès le premier jour, jétais déjà en train de bousculer les gens.

Je levai le regard vers la personne que j'avais bousculée. C'était un type, habillé chic, dans un costume trois pièces nickel. Il était noir de peau, et beaucoup, beaucoup, plus grand que moi. Je déglutis. Cet homme devait être quelqu'un d'important dans la vie du lycée. C'était bien ma veine.

« -Vous n'allez pas en cours, mademoiselle... »

Silence. L'homme sembla chercher comment je pouvais m'appeler. Je croisai les bras sur ma poitrine, boudeuse.

« -Isabella Swan. Me présentai-je, finalement, ayant pitié du pauvre homme qui se torturait les méninges.

-C'est vous qui deviez arriver aujourd'hui? Me demanda-t-il, son regard s'illuminant soudainement.

-Euh...Oui. Répondis-je, sonnée par un tel revirement de situation. Et j'ignore ou j'ai cours.

-Suivez moi. Finit-il par m'ordonner, l'air sérieux. »

Que fis-je alors? Je le suivis, pardi, je n'avais pas d'autre choix possible. Je jetai un coup d'oeil furtif en arrière, dans l'espoir qu'IL soit là, mais rien ne vint, et je me résolus à suivre l'homme dont je ne connaissais pas le nom. J'eus peur de paraître impolie de demander quelle était sa fonction, ou même son nom, ainsi, je demeurai dans le mystère. Je me dis aussi que j'avais du mal à associer visages et noms, si bien que demander son nom serait obsolète, quand on me parlerait de lui, je ne serai sans doute pas capable d'associer son visage à son nom.

« -Je suis Monsieur Stevenson. Proviseur. Finit-il par lâcher. »

Oups.J'aurais mieux fait de ne rien chercher à savoir du tout. Savoir que je venais de rentrer dans le proviseur me mit le feu aux joues. C'était un de mes principaux travers, je devenais écarlate dès qu'il s'agissait d'embarras. Pour la colère, c'était différent, je me mettais à pleurer comme une madeleine. Au gré de nos déambulations dans le lycée, j'avais peur de ne pas pouvoir mémoriser le chemin de la sortie, et de me perdre. Je me dis ensuite que je n'avais qu'à suivre le flot d'élèves à la dernière sonnerie. De même pour la cafétéria. Je redoutais par ailleurs le moment du midi. Allai-je trouver une âme charitable qui puisse me renseigner sur le chemin du restaurant scolaire? J'en doutais, sérieusement. Mais je n'allais pas me faire du mourron inutilement, je verrai le moment venu. Nous nous retrouvâmes devant une porte blanche, à la peinture légèrement écaillée. Dessus, il y avait une petite plaque qui indiquait 4C. Nous nous trouvions donc dans le bâtiment C, salle numéro 4. Ou bâtiment 4, salle C. Bref, un truc du genre qui m'embrouilla quelque peu. Mr Stevenson toqua à la porte. Une voix de femme lui répondit. Il poussa la porte, et me laissa entrer avant.

Je fus aveuglée par la lumière de la salle. Le couloir était plutôt sombre, et me retrouver en pleine lumière, au sens propre comme au sens figuré, me déroutait quelque peu. Les élèves se levèrent de concert en voyant le proviseur. Il dit quelques mots à la prof avant de partir. Je n'attendis pas sa permission pour me fondre dans le fond de la classe, sur une table isolée. Mais ce fut peine perdue, je ne pouvais pas passer inaperçue, tous les regards de la classe convergeaient chez moi. L'horreur. Je me dissimulai derrière un voile de cheveux bruns, puis je sortis mes affaires, en veillant de faire le moins de bruit possible pour ne pas me faire remarquer davantage. Je m'installai en silence, et je laissai mon regard rivé vers le tableau.

Ainsi, j'avais mis les pieds dans un cours de philo, un cours que détestaient la plupart des élèves de terminale. Parce que c'était un brin pas concret, parce que les théories émises étaient trop fumeuses. Je n'étais pas d'accord. La philo était un cours intéressant, et les auteurs avaient une thèse qui méritait d'être discutée. Bon, d'accord, le plus chiant, c'était d'émettre des théories pour faire des pages de dissertation, de trouver une problématique, vu que je n'étais pas très bonne pour rédiger et organiser un plan. Mais je m'en tirais toujours avec des notes très honorables. Bref, une chose est-il, c'est qu'aujourd'hui, il était question de l'état amoureux, dans Malaise dans la Culture, de Freud. Il était question d'un mythe, où il existait sur terre des êtres bissexués. Ils étaient à la fois homme et femme, ils avaient deux visages, mais ils étaient soudés par le dos. Une chose est-il, c'est qu'ils ne faisaient qu'un. Mais ces créatures étaient bien trop orgueilleuses, et pour les punir, les dieux avaient décidé de les séparer, et de disperser les moitiés sur toute la surface terrestre. C'est ainsi que depuis ce jour, chacun cherche sa moitié, inépuisable. Un mythe, une légende, mais une belle histoire quand même.

La récré arriva bien vite à mon goût. Non pas parce que Freud m'intéressait particulièrement -Personnellement, je préférais Kant- mais parce que la récréation était un moment que je redoutais particulièrement. A la sonnerie donc, je commençai à ranger mes affaires, dissimulée derrière un long voile de cheveux bruns. Je fermai la fermeture éclair de ma trousse, avec laquelle je réussis à me pincer la peau. La faute à la poisse, légendaire chez moi. Je mis mon sac en bandouilière sur mon épaule, puis je sortis de la classe, tout en saluant la prof et en prenant garde de ne pas me prendre la porte. J'eus la brève tentation de suivre les autres élèves pour savoir où je devais aller, mais je n'avais aucune attache, je ne faisais partie d'aucun groupe. C'était donc exclu que j'aille m'incruster quelque part alors que je n'y étais même pas demandée. Je me dissimulai à nouveau sous mes cheveux, puis je partis en quête d'un banc libre. Par bonheur, j'en trouvai un pas très loin du couloir d'où je venais. Je posai mon sac à côté, puis je m'assis en tailleur. Ma jupe noire découvrait mes chevilles ainsi que mes genoux, mais cela ne me préoccupait pour le moins du monde. Je jetai un coup d'oeil à mes chevilles. Je les détestais parce qu'elles étaient maigres, et aussi car la peau livide mettait en évidence les veines bleues, à l'instar de mes poignets. Je soupirai. Une fille de Phoenix se devait d'être bronzée, or, j'étais blanche comme un cachet d'aspirine.

Un éclat de rire -gloussement serait un terme plus approprié- retentit non loin de moi, me faisant lever la tête. Si je n'avais pas spécialement envie de connaître le pourquoi de ce rire idiot, il avait, néanmoins, eu le mérite de m'extirper de mon moment de déprime. Du couloir où je me trouvais quelque moment auparavant arrivèrent un couple, enfin, un garçon et une fille, -bien que je n'avais aucune idée du lien qui pouvait les unir, cela allait de soi-, qui convergeaient droit vers moi. Je regardai furtivement ailleurs, pour m'assurer que c'était bien ma propre tranquilité qui allait être ruinée. Je jetai un coup d'oeil aux deux intrus. La fille était brune, avec des yeux marrons. C'était dommage qu'elle soit tellement banale, sinon, elle était plutôt jolie. Le garçon, quant-à-lui, était blond, avec des mèches désordonnées. Son visage poupin, sur le coup, était légèrement rouge, couleur due aux efforts qu'il devait faire pour ne pas éclater de rire-et la fille qui l'accompagnait devait sûrement y être pour quelque chose-. Quoiqu'il en soit, je continuai de les observer, alors que chacun d'entre eux s'assirent de part et d'autre de moi. Le garçon s'adressa à moi, mais j'étais tellement perdue dans mes pensées que je n'entendis pas ce qu'il avait à dire. Le gloussement de la fille me ramena à la réalité. Je levai les yeux sur elle.

« -Tu dois être la nouvelle, Isabella Swan? Me demanda-t-elle, comme si elle me prenait pour une débile. »

Je lui lançai un regard acerbe. Je n'avais pas envie d'être dérangée, et voilà que deux individus se permettaient de troubler ma tranquilité pour me poser une question à laquelle j'aurai le droit toute la journée, voire toute la semaine qui suit. J'avais eu un léger mouvement de recul lorsqu'ils s'étaient approchés de moi. Je n'étais pas plus que ça habituée à fréquenter autrui.

« -Bella. Rectifiai-je, sèchement. Et oui, c'est moi ».

L'autre gloussa. Je vis son copain en train de rouler des yeux d'un air blasé. J'eus la vague tentation de déserter, mais elle reprit la parole.

« -Je suis Jessica Stanley. Et lui c'est Mike Newton. »

J'opinai en silence, sachant pertinemment que je ne retiendrai pas leurs noms. Je jetai un coup d'oeil suspicieux à Mike, qui était en train de me détailler depuis tout à l'heure, fasciné, puis à Jessica, qui était en train de faire la gueule, certainement à cause du trop plein d'intérêt que son copain me portait. Je haussai les épaules, genre « hé, ho, j'ai pas envie d'intéragir dans vos histoires, alors si vous pouviez débarrasser le plancher, ça m'arrangerait! ». Mais je sus bientôt que me comporter comme une harpie ne m'aiderait pas à me faire des amis. Ainsi, je ravalai la réplique cinglante que je m'apprêtais à lancer, puis je murmurai d'un ton étrangement calme, et ce malgré qu'ils me tapaient sur le système.

« -Vous êtes dans quelle classe? »

Ma question pouvait paraître inopportune, mais je voulais m'assurer d'une intuition. Parce que figurez-vous, il me semblait les avoir déjà croisés quelque part, bien que je ne me rappelle pas où. Je jetai un énième regard suspicieux aux deux loustics, puis je croisai les bras sur ma poitrine, déjà blasée. Un regard furtif aux deux autres me fit remarquer qu'ils se regardaient d'un air perplexe, comme si j'étais à côté de la plaque. Mais n'étais-je pas à côté de la plaque moi même? Des fois, j'ai vraiment l'impression de vivre sur une autre planète.

« -On était dans ta classe, Bella. Soupira Jessica. Tu ne nous as pas vus? »

Non, en effet, je ne les avais pas vus. A vrai dire, je n'ai prêté aucune attention à mes camarades, trop pleine de rancoeur et trop absorbée par le cours pour me permettre de regarder les mouches voler. Après tout, j'avais d'excellentes notes à Phoenix, et je n'avais pas l'intention de faire en sorte que la tradition change, même si entre temps j'avais emménagé dans un pâtelain qui me répugnait.

« -Non, admis-je, à contre-coeur. On a quoi comme cours après? »

Je jetai un regard interrogateur à mes deux camarades de classe. J'avais décidé de paraître moins grincheuse en faisant l'effort de lancer la conversation, mais je sus immédiatement que ce n'étaient pas le genre de personnes avec lesquelles j'avais l'intention de me lier. La fille paraissait superficielle et amatrice de ragots -comme la plupart, en fait- et le garçon était trop...Je n'en savais rien, mais il ne me plaisait pas non plus. Je fais sans doute la difficile, mais je détestais Forks. Je ne serais plus crédible si je me mettais à copiner avec le premier venu.

« -Espagnol, me répondit Jessica, avec enthousiasme »

Qu'elle manifeste un tel enthousiasme pour un cours d'espagnol me parut soudainement suspect. Mon cerveau enregistra une drôle d'information, bien que je ne sache pas quoi exactement. Il fallait dire que l'espagnol était un cours que j'aimais moyennement. La palme de la matière la plus détestable enseignée revenant bien sûr aux mathématiques, matière que j'ai toujours détestée.

« -Ouais, renchérit Mike, avec un sourire faible, mais tu vas voir...la prof elle est bizarre. »

Il avait dit cela sur le ton de la confidence, bien qu'il avait hésité un moment. J'arquai un sourcil, comme pour demander pourquoi la prof paraissait si surnaturelle, quand Jessica persifla.

« -Tu dis ça parce qu'elle est bi. »

Mike hocha la tête en signe de dénégation. Il jeta un regard faussement outré à Jessica, comme si ce qu'elle avait insinué était absurde, injurieux envers sa personne. Je roulai des yeux. Si ce n'était que ça, je ne voyais pas pourquoi ils en faisaient tout un plat.

« -Nan! Se défendit Mike, avec véhémence, elle se traîne avec des trucs vaudous, tu verrais ça, un truc de dingue. Elle est vachement flippante! Une fois, elle nous a menacés de faire usage d'une poupée vaudoue si nous ne nous tenions pas à carreaux. »

Je soupirai en voyant Mike se débrouiller dans ses explications. Pauvre de lui. C'était un désastre. J'en aurai ri tellement c'était absurde. Mais l'air soudainement grave des deux élèves me fit douter de la réalité des faits. Mouais. Moyen. Je soupçonnai encore une fois un coup monté. Je soupirai de soulagement en entendant la sonnerie, me libérant ainsi de ces quinze minutes de torture. Je ne les supportais pas. J'entendis Mike et Jessica s'éloigner. Les gloussements de cette dernière me parvinrent alors qu'elle était loin devant moi. Je me dis que ça devrait être interdit de rire trop fort, surtout d'une manière aussi stupide.

Néanmoins, je m'assis à une table libre, en Espagnol. Je vis la prof arriver dans la salle. J'interceptai le regard de Mike qui me disait « tu vois? ». Il n'avait pas menti, mais je continuais à croire que l'histoire de la poupée vaudoue était une histoire toute faite juste pour m'impressionner, un genre de légende urbaine qui circulerait dans le lycée depuis...Pas mal de temps, en fait. En tout cas, le silence absolu régnait dans la salle, entrecoupé de temps en temps par le baragouin hispannique de la prof. Le cours se déroula sans incident, et elle ne parut pas me remarquer. Tant mieux, si je pouvais me rendre invisible...La cloche sonna, à midi. Je m'aperçus avec un grand soulagement que Mike et Jessica ne m'avaient pas attendue, préférant sans doute ne pas résister à l'appel de leur estomac plutôt que d'amener une petite nouvelle désagréable au restaurant scolaire. Je finis par le trouver, sans mal. Je me dis que je finirais bien par connaître le lycée par coeur, tellement c'était petit. Un point positif.

Je fis la queue, comme tout le monde, pas pressée de goûter à la nourriture insipide du restaurant scolaire. J'étais cachée derrière mes cheveux, essayant d'ignorer, -l'amertume commençant à poindre- les bavardages des uns et des autres. Je vis un groupe me dévisager, et péorer sur mon dos. Je décidai tout bonnement de les ignorer, n'étant pas disposée à davantage me miner le moral pour une histoire de commérages. Ainsi, je finis par passer ma carte dans la machine, puis à pousser le tourniquet. L'odeur de la friture me parvint, avec force, me dégoûtant d'emblée. Je détestais les frites. Je pris un plateau, mes couverts, une boisson et un dessert, sans rien d'autre. Je n'avais pas faim, mon estomac était trop noué par l'anxiété pour qu'il puisse digérer quoi que ce soit.

Je partis en quête d'une table isolée, à l'écart de la rumeur de la foule, qui, à la longue, allait me donner mal à la tête. Par bonheur, j'en trouvai une, de deux places. Avant qu'un quelconque rapace ait l'idée de venir squatter ici, je m'y précipitai, manquant de faire tomber mon plateau -déja pas grandement garni- dans ma hâte. Je posai mon manteau sur le dossier de la chaise, et je m'assis, mangeant sans grande conviction le yaourt à 0 qu'ils servaient, dans le cadre de l'opération anti-obésité. Il fallait dire que dans les cantines...Bref, vous allez sûrement dire que je passe mon temps à râler et à médire, mais quand même...Je discernai un mouvement autour de moi. Je soupirai longuement, croyant avoir affaire à une bande de journalistes du dimanche voulant à tout prix voir à quoi ressemblait Isabelle Swan. Au lieu de ça, je ne vis qu'un manteau de cuir beige, en plus d'un pull anthracite. Je levai la tête, la veste me disait quelque chose. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant le garçon que j'ai vu ce matin, en train de lancer une balle de tennis.

Sans rien me demander, il s'installa à ma table, et sans toucher à son repas, il se mit à me dévisager, essayant sans doute de comprendre mon comportement. Je décidai, au bout d'une demi-heure passée à l'ignorer de lever le regard vers lui. Il n'avait toujours pas bougé, et son plateau n'avait pas non plus évolué. Je vis simplement une lueur intriguée dans son regard d'or fondu, qui fit chavirer mon coeur en le faisant battre beaucoup plus fort que de raison. Je rougis légèrement, puis une mèche de cheveux tomba devant mon visage, me masquant à moitié -Dieu merci-. Il avait une moue perplexe, irrésistible, et un vague air frustré. Frustré pourquoi? De ne pas lui décocher un mot? De le regarder comme ça, interdite, sans rien dire? Sans doute. Mais mon silence ne parut pas le rebuter.

La cafétéria commençait à se vider, petit à petit. Lui était toujours là, en train de m'étudier, toujours arborant cette même expression frustrée que j'avais vue déjà tout à l'heure. Il croisa à présent ses mains sous son menton, me fixant toujours. Cette façon qu'il avait de me dévisageait me titillait, me mettait très mal à l'aise. J'avais l'impression d'être un cobaye en train d'être examiné par des scientifiques, avides de connaître le résultat de leur expérience. Mais ce que je ne compris pas, c'est ce regard avide, désireux de connaître ce que j'étais, et pire encore, il semblait se délecter de ma vision alors que je savais pertinemment que je n'étais pas attirante. J'en eus bientôt assez, de ce silence, qui à la longue devenait oppressant. Sans regrets, je m'éloignai de mon observateur, et, curieusement, j'eus l'impression que plus je m'en éloignais, plus j'étais à l'aise. Pourquoi cet individu me troublait autant? Pourquoi passait-il autant de temps à me dévisager, sans rien dire? J'eus un petit rire, consciente que j'étais totalement en train de virer parano. Mais quand je sortis de la cafétéria, je me rendis compte qu'il continuait à me suivre du regard. Peut être que ma paranoïa avait raison d'être, finalement.