~ Entre deux mondes ~
Partie 2
Le temps des doutes
Musique : Shontelle, ''Impossible''.
_ TAAAAAAAAAAAAAAAICHOOOOOOOOO OOOOOOOOOOOOOO !
Ise Nanao se réveilla en sueur, les larmes aux yeux, les mains enserrant son kimono de nuit à moitié détaché.
_ Mais que...
Il lui fallut très peu de temps pour comprendre que quelque chose n'allait pas. Elle était dans sa chambre, dans son lit. Et par-dessus tout...
_ Mais c'est...
Elle ressentait très clairement le reiatsu de son capitaine.
Se levant précipitamment, elle s'habilla en si peu de temps qu'elle doutait pouvoir un jour refaire cet exploit et se précipita là où elle pouvait sentir cette aura si familière. Et même le fait que cela soit dans une auberge ne changea pas son état. Elle entra d'un pas de shunpo et le trouva immédiatement, affalé sur sa chaise, visiblement bien grisé par la soirée qu'il venait de passer.
_ Taïcho...
Elle ne comprenait pas. Il était impossible qu'elle ait rêvé tout ce qui venait de se passer hein ? Elle n'avait pas pu imaginer cela, pas de manière aussi réaliste. Pas la douleur de perdre son capitaine, ni même celle de sentir sa jambe brûler...
Et d'ailleurs… Sa jambe ?
Elle remonta son uniforme de shinigami de sorte à visualiser sa jambe au maximum. Rien. Plus rien. Impossible.
_ Ouh, regardez ça, y a une minette qui a envie de faire la fête ce soir !
Elle releva la tête au moment-même où un homme à moitié ivre passa son bras autour de sa taille.
Avoir relevé son uniforme au milieu d'un bar rempli d'ivrogne… A quel point pouvait-elle être mal pour qu'elle, Ise Nanao, lieutenante de la huitième division, fasse une telle chose ?
_ Allez viens à notre table ma jolie, je te garantis que tu vas passer une bonne soirée.
_ Ne me touchez pas.
Elle le repoussa d'un mouvement violent avant d'enchaîner.
_ Gros porc !
_ Qu'est-ce que tu viens de dire sale petite garce ?
Et alors qu'il s'apprêtait à lever la main sur elle, alors qu'elle aurait pu renvoyer cet individu d'où il venait sans trop de problèmes, une autre main l'en empêcha. Une main que Nanao aurait reconnue sans aucun problème.
Les battements de son cœur s'accélèrent.
_ Que comptais-tu faire à ma Nanao-chan ?
L'homme se retourna vers celui qui avait osé l'interrompre dans son mouvement.
_ Taïcho…
La lieutenante regarda, sans esquisser le moindre mouvement, son capitaine envoyer avec une facilité déconcertante l'ivrogne sur une table à plusieurs mètres de l'endroit où ils se trouvaient. Ma Nanao… Il n'y avait que lui pour dire une telle chose n'est-ce pas ? Elle ne pouvait… Elle ne pouvait pas être en train de faire un rêve dans lequel son capitaine était encore vivant… Cela aurait été vraiment pitoyable de fuir la réalité de cette façon… N'est-ce pas ?
Son estomac se retourna, les battements de son cœur doublèrent en une seconde, elle sentit la brulure significative de larmes en approche. Oui, pitoyable.
_ Allez viens Nanao-chan.
_ Taïcho…
Le capitaine Kyôraku scruta un instant sa lieutenante, d'un regard qui fit frissonner Nanao jusqu'au plus profond d'elle-même.
_ Tu es bizarre ce soir, je n'aime pas te voir comme ça, je te raccompagne chez toi.
_ Non c'est…
_ On y va.
Et alors que son capitaine la prit par la main, elle ne put retenir un énième « Taïcho ! » de protestation, protestation qui fut bien mince et totalement inefficace face à son capitaine.
Peut-être était-ce ça la réalité. Peut-être c'était-elle simplement réveillée d'un cauchemar.
Peut-être.
Pas un mot ne fut prononcé durant le trajet et à son arrivée chez elle, son capitaine ne tenta aucune approche comme elle avait dû souvent en affronter. « Je ne m'attaquerais jamais à ma lieutenante préférée lorsque celle-ci ne se sent pas bien. Repose-toi bien ma Nanao-chan », avait-il dit. D'abord surprise, elle avait finalement compris en regardant son reflet dans la glace. Lamentable. Pas étonnant qu'il se soit inquiété pour elle. Elle n'avait pas du tout l'air d'aller bien. Et à vrai dire, elle n'allait pas bien.
Elle ne retourna pas dans son lit ce soir-là. La peur que le lendemain elle ne trouve une réalité qu'elle ne souhaitait pas voir la tiraillant toute la nuit.
~…~
_ Bonjour lieutenante ! Comment allez-vous ?
Ise Nanao manqua trébucher. Regardant un temps ahuri le shinigami qui s'était ainsi adressé à elle, elle cacha cependant bien vite sa surprise, trouvant cela totalement inconvenant pour une lieutenante. Doublement inconvenant sachant qu'en plus, elle ne savait même pas à qui elle s'adressait, n'ayant jamais croisé ce shinigami dans la division.
_ Bien et vous ?
Qu'aurait-elle pu dire d'autre de toute façon ? Non, à vrai dire je fais des cauchemars tellement réels où j'y vois la mort de notre capitaine que j'en viens à me demander si je n'ai fait que le rêver ou si le rêve n'est pas maintenant. Comme si une telle chose paraissait… Possible dites comme ça…
Une sensation désagréable qu'elle ne parvint pas à reconnaitre l'étreignit au moment même où elle formulait son hypothèse. N'écoutant même pas la réponse du shinigami elle continua sa route d'un pas pressant, ressentant sans vraiment la comprendre l'urgence de s'enfermer dans son bureau, pressée de faire quelque chose qu'elle savait normal.
Ise Nanao ne s'était jamais sentie aussi seule et perturbée de toute sa vie.
~…~
Il y a des moments où l'on ne sait pas si ce que l'on nous dit est un mensonge ou la stricte vérité. Il y a des moments où l'on doute, d'autres où l'on est plein d'assurance. Ise Nanao était à la limite de ces deux états d'esprit, partagée entre l'incertitude et la volonté de croire en ce qu'elle voyait, vivait, éprouvait.
Deux jours étaient passés depuis son premier cauchemar. Et la nuit dernière, c'est la même chose qui avait hanté sa nuit. Depuis, elle s'était promis de dormir au minimum, ne voulant plus avoir à affronter la mort de son capitaine. Car oui, Ise Nanao n'était pas n'importe quelle femme. Mais Ise Nanao restait une femme et les deux nuits qu'elle venait de passer lui avaient amplement suffit.
Parfois, la vice-capitaine ne voyait pas comment son capitaine aurait pu réellement mourir, comment elle pourrait rêver cet instant, le rêver comme ça, de manière si réaliste. Comment elle pourrait être pitoyable au point de s'être créée une bulle loin de la réalité. Loin de la vérité. Et puis parfois, le doute ressurgissait, violent, implacable.
Après tout, de tels cauchemars n'arrivaient pas sans explications. Pas quand on était une lieutenante du Gotei 13.
Alors elle préférait fermer les yeux, non pas pour s'endormir, mais pour ne pas avoir à réfléchir sur sa situation, sur son état, sur ses cauchemars.
Ise Nanao avait peur.
_ Kaede !
La lieutenante avait besoin de se changer les idées. Et aussi stupide que cela puisse paraître, elle allait proposer à la toute nouvelle recrue de sa division de boire un thé avec elle. Etre seule… Elle n'avait jamais eu autant l'impression de l'être. Et de plus, cela faisait, lui semble-t-il, une éternité qu'elle n'avait pas vu sa nouvelle recrue, la dernière fois étant lorsqu'elle l'avait lâchement abandonnée alors qu'elle partait à la recherche de son capitaine.
Son capitaine qui était partie combattre un inconnu sans même avoir pensé à l'emmener.
Morte d'inquiétude, elle n'avait pas pu combattre l'envie de le rejoindre le plus vite possible. Un inconnu qui avait tué son capitaine.
Son cœur qui s'était brisé en mille morceaux.
Un cauchemar.
Son cauchemar.
_ KAEDE !
Ise Nanao ne parvint à maitriser la terreur dans sa voix alors qu'elle se levait brusquement de sa chaise, la faisant se renverser en arrière. Paniquée, il fallait qu'elle voie quelqu'un. Maintenant. Tout sauf être toute seule.
Elle mélangeait tout.
Elle sortit de son bureau en une seconde, prête à hurler sur Kaede pour ne pas être arrivée après son premier appel. Et tant pis pour la tasse de thé. Mais s'il y a quelqu'un qu'elle ne s'attendait pas à voir à dix heures, c'était bien lui.
Son capitaine.
La seule personne qu'à vrai dire, elle ne souhaitait pas voir. Pas maintenant alors que tout était embrouillé. Pas maintenant alors qu'elle avait l'impression qu'elle allait devenir folle. Pas maintenant alors que la souffrance de sa perte l'étreignait avec une violence inouïe. Pourquoi fallait-il qu'un cauchemar ne révèle aussi facilement tout ce qu'elle s'efforçait de masquer depuis des années ?
Sa peur.
Sa crainte.
Son envie.
Son amour.
_ Ise, que se passe-t-il ? Je t'ai entendu hurler alors que j'arrivais, j'ai cru que tu te faisais attaquer !
Lui ? Arriver à 10h ?
_ Taïcho.
Elle le vit s'approcher d'elle lentement, visiblement paniqué. Tout en sachant que jamais la panique qu'il éprouvait ne pourrait égaler la sienne, elle savait également que celle-ci était due à ce qu'il devait lire sur son visage. Car Ise Nanao n'arrivait, en cet instant, à rien dissimuler.
_ Où… Où est Kaede ?
Shunsui Kyôraku fronça les sourcils, se stoppant net dans son avancée. Ils étaient maintenant à deux pas de distance l'un de l'autre.
_ Kaede ?
Un moment, le doute prit Nanao par-dessus tout autre sentiment. Son capitaine se comportait comme s'il ne savait pas qui elle était.
La colère l'emportant, elle répliqua sans s'en rendre compte, cinglante.
_ Oui Kaede, vous savez, la nouvelle recrue que vous avez vous-même choisie pour nous assister !
_ Ah Kaede ! Je suis désolé Nanao-chan, je pensais te l'avoir dit, elle a décidé de renoncer à son rôle de shinigami.
Toute colère disparue au profit d'une surprise totale.
_ Pardon ?
_ Oui, elle est venue il y a deux jours m'annoncer qu'elle quittait le Gotei 13. Lorsque je lui ai demandé une explication, elle m'a dit que ce monde était trop différent de ce qu'elle pensait, qu'elle se croyait plus prête que ce qu'elle n'était réellement.
La date des deux jours fit étrangement frissonner Nanao, frissonnement qu'elle préféra ignorer, essayant de se concentrer sur la conversation, de ne pas s'immerger dans les orbes marron foncés de son capitaine.
_ Comment ça, elle ne se sentait pas prête ? C'était la meilleure élève de l'académie ! Et vous l'avez simplement laissée part…
_ Ise, coupa son capitaine, on ne peut pas forcer quelqu'un qui n'a pas envie de rester à rester.
Vous me forcez souvent à rester avec vous pendant mes pauses… Capitaine…
Plongée dans ses pensées, la terreur ayant un peu refluée au profit de son capitaine occupant une part croissante de celles-ci, elle ne vit pas celui-ci se rapprocher d'un pas. Puis un autre. Elle ne réalisa la manœuvre que lorsqu'elle vit que son champ de vision ne se résumait plus qu'au torse de son supérieur. Stupides pensées !
_ Taïcho…
Elle ouvrit de grands yeux troublés. Pourquoi fallait-il que sa voix soit si… Incertaine…
_ Ise…
Et la sienne si sensuelle !
Elle releva soudainement les yeux. Quelques centimètres les séparaient. Distance infime. Nanao ne pensait plus. A la limite de frissonner par le regard qu'il posait sur elle, elle n'eut cependant pas la force, le courage ni l'envie de détourner son regard, chose incroyable au regard de ses réactions habituelles.
_ Nanao-chan…
Le capitaine de la huitième division agrippa soudainement le menton de sa protégée qui sous l'électrochoc, fit soudainement un pas en arrière. Ses poils se hérissèrent, des frissons la parcourant de la tête au pied. Shunsui Kyôraku fit un pas en avant pour récupérer la distance. Nanao un nouveau en arrière.
_ Taïcho.
Elle avait voulu employer un ton sec, dur, qui aurait assurément donné à son capitaine l'envie de cesser son petit jeu. Peine perdu. Elle ne faisait montre d'aucune volonté.
Un pas en arrière. Un en avant.
_ Nanao-chan.
Son ton à lui n'était absolument pas dur. Son ton à lui était… Passionné ?
Elle baissa le regard.
Un en arrière, un en avant.
Le mur.
Nanao eut à peine le temps de se rendre compte de la situation dans laquelle elle se retrouvait que son capitaine empêchait de son corps toute tentative de fuite.
Celle-ci releva les yeux, décidé à en découdre… Pour croiser le regard sombre et résolue du capitaine Kyôraku. Regard qui la cloua sur place.
Celui-ci s'approcha lentement, très lentement, alors que le cœur de la lieutenante ne devait jamais avoir battu aussi vite.
Il y a quelques minutes, elle voulait trouver une échappatoire.
Elle ne voulait pas se sentir seule.
Elle ne s'était pas sentie aussi vivante depuis des mois.
Elle ne comprit qu'il avait incliné son visage vers son oreille gauche que lorsque deux mots furent soufflés à son oreille.
_ J'ai gagné.
Retrouvant d'un seul coup l'usage de ses bras, elle repoussa de toutes ses forces son capitaine. Toute personne aurait pu noter l'impression de quelque chose se brisant après que Nanao ne se soit décidée à finalement écarter son capitaine, chose qu'elle faisait beaucoup plus rapidement d'habitude. Mais elle ne s'en rendit pas compte. Oh non, pas elle.
Sachant ne pouvoir rien faire et trop concentrée dans son combat contre ses sentiments, elle espérait qu'il comprendrait qu'elle veuille qu'il s'écarte et qu'il le respecterait. Visiblement, il comprit. Mais son sourire victorieux ne quitta pas son visage lorsqu'il prononça les paroles suivantes.
_ Tu dois être tombée malade Nanao-chan, va te reposer, je m'occuperais de la division aujourd'hui.
_ Vous ?
Etait-il vraiment son capitaine ?
Son regard se durcit subitement, devenant implacable. Un regard qu'elle ne lui avait jamais vu jusque maintenant. Ce regard la captiva, la posséda, l'envoûta.
_ Nanao-chan, je ne le redirais pas deux fois d'accord ?
_ D'accord.
C'était sorti. Instinctivement.
N'arrivant pas à réfléchir correctement, Ise Nanao fit demi-tour sur-le-champ et quitta en quelques pas de shunpo les quartiers de la huitième.
Au fur et à mesure des pas qu'elle exécutait, il lui sembla retrouver la totalité de ses fonctions. Comme si elle pouvait enfin penser. Comme si s'éloigner de lui, lui permettait de respirer.
L'impression de sortir du brouillard la tourmenta pendant longtemps.
~…~
Elle décida de se balader dans le Seireitei. Un long moment, elle marcha simplement à la recherche de réponses, réponses qu'elle ne trouva jamais car elle ne savait pas quelles questions se poser. Plus l'épisode d'avec son capitaine s'éloignait et plus l'idée que l'espace d'un instant, elle avait confondu réalité et illusion revenait, plus forte que jamais. Ise Nanao avait un gros problème. Mais elle ne savait pas quelle était celui-ci.
_ Iseeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee eeeeeeeeeeeeeeeeee, ça fait longteeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee eeeeeemps.
Et maintenant, Ise Nanao avait un nouveau problème.
_ Matsumoto, ne t'approche pas de moi, tu pues l'alcool à 20 mètres.
_ Mais eeeeeeeeeuuuuh, moi qui voulais parler à mon amiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie.
La lieutenante de la huitième division leva les yeux au ciel. Comment une femme pareille avait pu réussir à se hisser au rang de lieutenante ?
_ Sérieusement Matsumoto, comment est-il possible d'être bourré à midi ?
_ J'ai pas fait exprèèèèèèèèèèèèès, j'ai bu juste une ou deeeeeeuuuuuux coupeeeeeeelles de saké j'en suis sûûûûûûûre…
Alors même qu'elle parlait, Matsumoto manqua louper une marche sous le regard désespéré de Nanao qui accéléra le pas.
_ Iseeeeeeeeeeeeee, t'es méchante avec moooooooooiiii, pourquoi tu veux pas qu'on discuuuuuuuute ?
La vice-capitaine soupira, dépitée par le comportement de la lieutenante de la dixième division.
_ On discutera quand tu seras en état de tenir une véritable conversation.
C'est ainsi que Ise Nanao, lieutenante de la huitième division, planta royalement Matsumoto Rangiku, lieutenante de la dixième division. Un sourire discret s'afficha cependant sur le visage de Nanao alors qu'elle se rendait chez elle. Au fond d'elle-même et malgré l'état de Rangiku, elle était rassurée de voir qu'il y en avait une qui restait toujours fidèle à elle-même.
Elle était rassurée de voir la réalité.
A suivre…
Comme promis, nouveau chapitre ! Le prochain arrivera la semaine prochaine ! Vive ce couple ! \o/
SoToshiro, Rukia.K13, Itachihaku, Loupiote, himatsubushi, Gaeriel69, lili, merci beaucoup pour vos reviews !
N'hésitez pas à me faire part de votre avis ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre deux autant que le un semble avoir été suivi !
En vous souhaitant une bonne lecture et une bonne année 2013,
C. Kotomi
