~ Entre deux mondes ~

Partie 3

La douleur des sentiments


Musique: City Hunter, "Suddenly".


Elle court, toujours, encore plus, à la recherche de ce qui lui manque. Ce vide qu'elle ressent dans sa poitrine. Elle cherche. Tout est noir, rien n'est sûr. Et cette voix.

« Nanao-chan »

Celle-là, cette voix qui semble résonner dans sa tête. Cette voix emprunte de détresse. Elle la connait. Oui, cette voix n'est autre que la voix de son capitaine.

La voix d'un mort.

Ise Nanao ouvrit subitement les yeux, les larmes commençant à ravager sous visage, la respiration saccadée, son corps entier tremblant. Quatre jours étaient passés depuis son dernier… Cauchemar. La vie n'avait jamais quitté son cours, comme si rien ne s'était passé. Comme si tout venait d'elle. Son capitaine continuait de sortir faire la fête tous les soirs et de n'arriver à la division qu'en début d'après-midi et elle continuait de superviser à elle seule toute l'administration de la division. Et alors qu'elle commençait à se faire à l'idée qu'elle avait peut-être effectivement tout rêvée, elle se remettait à divaguer.

La lieutenante s'essuya rapidement les yeux, ne voulant pas paraître misérable devant son capitaine. Dire qu'en plus elle se trouvait au bureau de la division. Depuis quand se permettait-elle de s'endormir ici ?!

Elle voulait se mettre en colère, s'en vouloir à elle-même d'être si misérable. Mais qu'y pouvait-elle ? La nuit suivant son deuxième réveil à la suite de son deuxième cauchemar, elle n'avait pas pu faire autrement que s'endormir. Et à son grand malheur, cette troisième nuit avait été hanté de la même façon que les deux premières, à tel point que chamboulée comme elle l'était, elle n'avait pas pu se rendre à la division avant la fin de la matinée, chose qu'évidemment son capitaine ne saurait jamais puisque lui passait ses matinées dans son lit.

Depuis, elle dormait le moins possible. Et si jusque maintenant, cela avait été, il semblait que son corps atteignait ses limites…

_ Tu as encore fait tous les rapports, tu es géniale ma Nanao-chan !

La lieutenante sursauta, n'ayant pas entendu son capitaine arriver.

_ Taïcho.

_ Tu as une petite mine, ça ne va toujours pas mieux Nanao-chan ?

La demoiselle mit quelque temps à réagir. Temps qui suffit largement à son capitaine pour que celui-ci ne se soit approché d'elle.

_ Je dirais même que tu as pleuré. Que se passe-t-il ma Nanao-chan ? Une peine de cœur ?

Ise Nanao se recula brusquement, faisant ainsi partir la main qui retenait son menton et la forçait à regarder son capitaine dans les yeux.

_ Mais c'est…

Les joues brûlantes, elle mit toute la colère qu'elle put dans son regard avant de faire face au capitaine Kyôraku qui semblait beaucoup plus… Amusé par la situation.

_ Au lieu de dire des choses aussi stupides, vous feriez mieux de vous mettre à travailler !

Celui à qui était adressée la brimade sourit d'autant plus avant de subitement prendre la lieutenante dans ses bras.

_ Je vois… Ma Nanao-chan a fait un cauchemar en travaillant ! Voilà où tu en arrives à travailler autant, tu devrais dormir plus !

Au mot cauchemar, le cœur de Nanao s'accéléra. Comment pouvait-il inconsciemment pointer le doigt sur ce qui hantait ses nuits depuis quelques jours ? Ise n'avait pas osé parler de ses cauchemars à son capitaine, de peur d'être prise pour une folle. Préférant se renseigner par elle-même, elle avait appris dès le lendemain qu'aucun ennemi potentiellement puissant, à l'exclusion d'un groupe de hollows, n'avait attaqué la Soul Society depuis un bon moment. Encore moins au quarante-et-unième district. Et il était évident que jamais le capitaine de la huitième division ne se serait incliné devant un groupe de hollows.

Le regard voilé, la souffrance d'avoir cru perdre son capitaine encore ancrée en elle, des vagues de sueurs froides alternant avec d'autres de sueurs chaudes, la réapparition soudaine de ce cauchemar l'avait chamboulée beaucoup plus qu'elle ne voulait le laisser paraître. Et elle ne comprenait pas pourquoi. Pourquoi même maintenant elle ressentait la douleur d'avoir perdu son capitaine. Son corps le ressentait encore. Quant à parler de son cœur...

Pourquoi souffrait-elle autant alors qu'elle ressentait très clairement le reiatsu de celui-ci ? D'ailleurs, c'était bien lui qui la serrait dans ses bras non ? Alors pourquoi...

Attendez... Elle, dans les bras de son capitaine ? La lieutenante ouvrit soudainement des yeux qu'elle avait fermés sans pouvoir se souvenir à quel moment, s'écartant violemment de son capitaine en le menaçant d'un kidô dévastateur s'il n'y mettait pas du sien immédiatement. Celui-ci recula, non sans faire une moue qui faillit presque faire bondir son cœur de joie, tant elle la lui connaissait. Non, il n'était pas mort. Il ne pouvait pas être mort. Il était là.

Il y avait cependant un point à éclaircir avec lui. Encore.

_ Je ne suis pas VOTRE Nanao-chan alors ne vous permettez pas ce genre de choses avec moi !

Sur ce, la lieutenante quitta furibonde les quartiers de la huitième division qu'elle affectionnait tant sous les appels de son capitaine qui la suppliait de revenir. Son reproche n'avait été qu'un moyen de lui permettre de s'échapper, de respirer. Oui, elle avait besoin de respirer. Comme si en la présence de son supérieur, elle perdait toute capacité de réflexion.

Et Ise Nanao avait à l'heure actuelle besoin de réfléchir. Car elle ne pouvait nier le doute qui la tenaillait depuis quelques jours. Car si elle aurait aimé que ses cauchemars ne soient que des cauchemars, rien n'était jamais dû au hasard, encore moins lorsque l'on était lieutenante. Elle qui comprenait tout d'habitude se retrouvait prise entre deux feux, mélangée entre la terreur de ne faire que rêver cet instant et l'espoir d'avoir au contraire, rêvé l'autre.

C'est dans cet état d'esprit qu'elle quitta en un pas de shunpo sa division, étant déjà bien loin lorsqu'une voix si familière et pourtant tellement différente résonna dans le bureau de la huitième division.

_ Vous n'échapperez pas à la mort la prochaine fois, Ise Nanao.

Les jours passèrent ainsi, sans que jamais le doute tapi au fond de Nanao ne disparaisse. Comme si quelque chose ou quelqu'un ne l'empêchait de vivre totalement l'instant. Et il faut dire que certains détails, étranges, n'avaient pas échappé à la lieutenante, renforçant cette impression de malaise. En effet, elle n'avait pas oublié le soudain choix de Kaede de renoncer à son rôle de shinigami, soit disant, au dire de son capitaine, parce qu'elle le trouvait trop éprouvant pour elle. Connaissant le caractère de Kaede, la lieutenante était persuadée que jamais au grand jamais celle-ci n'aurait renoncé à son poste au sein de la huitième division et encore moins pour un motif comme celui qu'elle semblait avoir avancé. Et même… Qu'elle soit partie sans que Nanao n'en ait été informé était… Impossible. Pas alors qu'elle s'occupait de la gestion totale de la division en l'absence d'un capitaine compétent.

Et d'ailleurs, en y réfléchissant, elle avait également remarqué ces derniers jours la façon dont les membres de sa division se comportaient. Façon bien différente de d'habitude. Depuis quand sa division n'était-elle pas méfiante envers elle, réputée pour appliquer scrupuleusement le protocole et ne tolérer aucun écart de conduite ? Depuis quand semblaient-ils heureux de pouvoir la saluer lorsqu'elle arrivait à la division le matin alors que jamais personne dans la huitième n'avait éprouvé un quelconque sentiment de bonheur à sa vue, exception faite de son capitaine ?

D'ailleurs celui-ci se voulait beaucoup plus proche que d'habitude, essayant de la prendre dans ses bras aussi souvent que possible. Si Nanao espérant que le capitaine montrerait un jour encore plus son attachement à elle, elle était certaine que ce genre de marque d'affection, aussi souvent qu'elle en avait le droit, ne lui correspondait pas.

Au soir du neuvième jour, Ise Nanao en était persuadée : il y avait un problème.

~…~

Autre part.

_ Elle s'enfonce. Cela fait trop longtemps qu'elle est dans cet état. Nous avons pu la sauver une fois mais si ça continue comme ça…

Une main se mit à caresser une chevelure brune. Chevelure qu'il n'avait jamais vraiment pris le temps de caresser jusque maintenant. Cette même main s'attarda sur le visage qu'encadrait cette chevelure. S'il avait su… Pourquoi fallait-il qu'il ne le lui ait pas dit plus tôt … Tout était de sa faute. Entièrement.

_ Je sais.

Si jamais elle en mourrait…

_ Je t'en prie, tiens le coup… Tiens le coup pour moi…

Si jamais elle en mourrait…

Il ne le supporterait pas.

~…~

Le dixième jour, Ise Nanao exécuta sa journée de la façon la plus naturelle possible, comme si rien ne sommeillait en profondeur. Remplissant la paperasse, s'énervant contre son capitaine alors qu'il tentait une approche bien loin de sa classe habituelle, répondant à chaque membre de la division la saluant sur son passage ou lui demandant comment se passait sa journée.

A n'en rien cacher, Ise Nanao n'aurait pas pu dire que cela lui déplaisait. Jamais aucun shinigami de la division ne s'était vraiment préoccupé d'elle. Et si elle savait que tout ça ne pouvait pas être réel, cela apaisait un peu sa tension de voir qu'au moins, si tout semblait faux autour d'elle, cette fausseté lui faisait du bien. Cette fausseté l'apaisait. Car elle savait que si jamais tous ses doutes étaient fondés, alors tout cela disparaitrait. Mais elle ne pouvait pas fuir. Pas alors qu'il lui avait déjà fallu dix jours pour comprendre qu'il était inutile de se donner des excuses, quelque chose clochait. Elle ne pouvait pas se montrer faible.

Elle se rappela soudainement l'un des derniers conseils que lui avait délivré son professeur de kidô à l'école des shinigamis, juste avant qu'elle ne parte pour la huitième division.

« A partir de maintenant, tu es une véritable shinigami. Ta mission est de protéger ce monde. Tu as décidé toi-même de t'engager dans une voie sombre, obscure. Tu y souffriras, tu y découvriras une forme de bonheur que seule toi pourras comprendre et tu apprendras ce qu'est la véritable peur. Ne laisse jamais cette peur t'envahir car tu apprendras très vite qu'il n'y a pas de plus grand ennemi qu'elle. Combat-là et tu montreras ainsi que tu mérites de faire partie du Gotei 13. Ne perd jamais de vue qui tu es et pourquoi tu as choisi cette voie-là. Ne renonce jamais. »

Elle avait toujours pensé que la peur dont il parlait était la peur que chacun éprouvait avant de combattre. La peur de perdre. La peur de mourir. Aujourd'hui seulement Ise Nanao comprenait à quel point ce dernier conseil voulait dire bien plus que ça. La vraie peur n'était pas celle que l'on éprouvait pour soi-même mais celle que l'on éprouvait pour les autres. La vraie peur, elle l'éprouvait maintenant.

Ise Nanao l'assumait enfin.

Elle avait peur.

Car elle savait qu'au bout du chemin, elle pourrait tout perdre.

Elle pourrait le perdre.

Alors qu'elle arrivait chez elle au soir de ce dixième jour, les larmes affluèrent tel un torrent qu'elle ne pouvait contrôler. Cette nuit-là, Ise Nanao pleura comme elle n'avait jamais pleuré, les larmes ne tarissant qu'au petit matin, la laissant épuisée et mal comme jamais elle ne l'avait été.

Cette nuit-là, Ise Nanao comprit à quel point elle aimait son capitaine, la seule personne qui n'ait jamais prêté attention à elle.

A la femme.

A suivre...


Bon bah… Salut hein !

Non je rigole, je dois quand même m'excuser de la petite taille de cette nouvelle partie mais je ne pouvais pas faire autrement. J'espère que maintenant tout le monde a compris ce qui relève de l'illusion ;).

Merci beaucoup à tous ceux qui suivent ma fiction et encore plus à ceux qui la suivent et disent ce qu'ils en pensent. Himatsubushi, je suis obligée de te noter ici, au vu de la magnifique review que tu m'as laissée pour la dernière partie. Loupiote, Rukia.K13, je ne vous oublie pas, bien évidemment !

En vous souhaitant une bonne lecture,

C. Kotomi