~ Entre deux mondes ~

Partie 4

A la recherche de la vérité


Musique: Evanescence, "My Immortal".


Le onzième jour, la lieutenante de la huitième division décida de se rendre au quarante-et-unième district. Pour s'être renseignée dès le premier jour, elle savait qu'il ne s'y était rien passé mais elle en avait besoin. Certains auraient pu dire que c'était stupide. D'autres que c'était une perte de temps. Mais Nanao ne voyait pas comment avancer dans le brouillard qu'elle était sans y passer. Elle se demanda même, alors qu'elle partait pour la huitième division, pourquoi elle ne s'y était pas rendue plus tôt. Laissant un mot sur le bureau de son capitaine le prévenant qu'elle serait absente pour la journée, s'en excusant, elle partit vers le milieu de la matinée, décidée à retracer le parcours qu'elle ne cessait de revivre durant ses nuits agitées.

En arrivant au cinquième district, Nanao se rendit compte d'à quel point cette situation la perturbait. C'était la première fois de toute sa carrière de lieutenante qu'elle osait imposer à son capitaine le fait qu'elle ne vienne pas à la division de la journée. Jamais, au grand jamais, elle n'aurait seulement osé penser faire une telle chose avant. Et même si elle ne savait pas encore ce qu'englobait ce ''avant'', elle était bien décidée à le savoir. Elle n'était pas n'importe qui. Elle arriverait à bout de cette situation.

Elle avança aussi vite qu'elle le pouvait, ne s'étant jamais sentie aussi libre et prisonnière en même temps. Car si cet épisode réussissait à transformer enfin la femme rigide qu'elle se rendait maintenant compte avoir été, Ise Nanao se rendait également compte qu'elle ne savait plus rien de ce qui l'entourait. Qu'elle ne savait plus si chaque pas qu'elle faisait était réel ou fictif, si chaque parole prononcée était inventée ou véritablement prononcée. Etait-elle enfermée quelque part ? Avait-elle été envoûtée ? Ou alors était-elle la seule, pour une raison qui lui était totalement inconnue, à ne pas avoir été changée ?

Elle ne savait rien et c'était bien ça qui l'insupportait. Car suivant la vérité qu'elle apprendrait, la réalité serait totalement différente.

Son cœur se sera à nouveau alors qu'elle arrivait au quarantième district. Quand retrouverait-elle sa vie d'avant ? Quand saurait-elle enfin qu'elle est à sa place ? Que tout est à sa place ?

C'est le cœur lourd que la lieutenante de la huitième division arriva au quarante-et-unième district. Et comme elle le savait déjà, elle n'y trouva rien. Ou plutôt, elle y trouva tout à la place où cela aurait dû être. Sans aucune destruction, le cœur du district grouillait même d'une vie qu'elle n'avait que très rarement pu observer au Sereitei. Décidant de faire un tour dans les quartiers marchands, elle s'attarda sur les structures, les façades et les âmes qui arpentaient ces lieux. Elle ne les connaissait pas, ne les avaient même jamais vu mais elle avait pu revoir tant de fois ce district et ses habitants se faire détruire par une puissance inconnue qu'elle n'arrivait pas à rester insensible.

Elle regarda les enfants courant dans les rues, les marchands essayant de vendre leurs produits, les couples se baladant main dans la main. Les couples… Elle détourna son regard, cette vision lui arrachant un pincement au cœur.

_ Madame, vous allez bien ?

Ise Nanao sursauta au son de cette voix grave. Complètement perdue dans ses pensées, elle en avait totalement oublié ce qui l'entourait. L'homme qui venait de l'apostropher était de petite taille, les cheveux grisonnant et semblait tout à fait inoffensif.

Elle hésita avant de répondre.

_ Euh… Oui… Oui, je vais bien merci. Je suis juste un peu ailleurs.

Un instant étonnée par le fait que cet homme ose lui parler, elle se rappela soudainement qu'en partant, elle n'avait pas enfilé son uniforme de shinigami mais une tenue simple de sorte à ne pas être regardée et reconnue dans les rues.

Ici, elle était venue en femme et non en lieutenante.

_ Vous ne voulez pas boire quelque chose ? Je tiens un stand de boissons au bout de la rue, c'est à deux pas d'ici.

Chamboulée comme elle l'était, la jeune femme faillit pleurer tant l'intérêt soudain qu'on lui portait la touchait. S'en abstenant, elle retourna cependant un sourire mal assuré à l'homme.

_ Je n'en ai pas le temps, je suis désolée.

Voyant l'homme visiblement déçu, elle ne put retenir un sourire contrit.

S'excusant de l'avoir dérangé, il commençait à partir lorsque Nanao se rendit compte de l'erreur qu'elle ferait de le laisser simplement s'en aller.

_ Attendez !

L'homme qui avait déjà commencé à repartir d'où il était venu se retourna d'un seul coup, étonnant la lieutenante par sa vivacité.

_ Hm… Est-ce que je pourrais vous poser une question ?

Encore une fois, l'homme sembla déçu, chose à laquelle cette fois-ci la lieutenante ne fit pas attention. L'espace de quelques secondes, celui-ci avait pu lui faire oublier la raison de sa venue. Maintenant qu'elle s'en souvenait elle comptait profiter du fait qu'elle était au quarante-et-unième district pour se renseigner.

Il acquiesça.

Elle hésita un temps sur la formulation à employer.

_ Il n'y a rien eu d'anormal par ici ces derniers temps ?

L'homme d'abord surpris, fronça les sourcils.

_ Comment ça quelque chose d' ''anormal'' ?

_ Et bien… Quelque chose que vous n'auriez pas l'habitude de voir ou de vivre dans ce district ?

Ainsi posée, la lieutenante se trouvait maintenant bien stupide. Mais comment pouvait-elle demander à un passant si son district n'avait pas été détruit dix jours auparavant alors qu'ici, rien n'avait changé ? Elle serait passée pour folle !

Les poils de ses bras se hérissèrent. Peut-être l'était-elle un peu en ce moment… Folle.

_ Maintenant que vous le dites, je trouve que ces derniers jours, les enfants sont beaucoup moins disciplinés ! Ils essaient de plus en plus de nous piquer la moindre pièce que nous possédons !

Nanao faillit soupirer face à cette réponse alors que l'homme lui, continuait de bougonner sur le fait qu'on lui avait déjà pris vingt yens à cause de son inattention. Se rendant compte qu'essayer d'obtenir des renseignements intéressants ici, comme elle le pensait, était peine perdue, elle remercia l'homme avant de s'éclipser, refusant une nouvelle fois de venir boire un verre à son stand.

Il était presque quinze heures lorsqu'elle atteignit le Gotei 13. Si pendant le trajet de retour, Nanao avait continué d'analyser chaque parcelle de terrain sans y trouver un seul indice, interrogeant du même coup deux personnes supplémentaires sans jamais avoir obtenu de réponse concluante, elle avait néanmoins pris une décision en arrivant au Gotei 13. Si les simples âmes n'avaient rien remarqué d'anormal alors il ne lui restait plus qu'à interroger les shinigamis.

Et elle savait qui elle allait interroger.

La seule personne qui lui semblait être restée fidèle à elle-même.

Matsumoto.

Sachant pertinemment qu'en ce milieu d'après-midi, Matsumoto serait à coup sûr en train de désespérer sur son bureau de lieutenante face à la pile de dossier qui l'attendait encore, elle prit tout de même la peine de vérifier ses dires en situant son reiatsu, obtenant par là même la confirmation à ses pensées.

En se rendant aux quartiers de la dixième division, Ise Nanao se sentit parfaitement stupide à l'idée de ne pas avoir pensé plus tôt à simplement lui poser la question. Car elle avait parfaitement conscience que la réponse de la lieutenante de la dixième division à ses questions aurait une conséquence certaine sur ses convictions. C'était simple. Soit elle avait un problème. Soit eux en avaient un.

Et malgré l'espoir d'une réponse qui permettrait de résoudre tous ses problèmes, Ise Nanao savait déjà au fond d'elle celle qu'elle obtiendrait.

Et aussi certaine qu'elle était de la future réponse, elle continuait d'avoir besoin de s'en assurer. Elle continuait d'avoir besoin de confirmation.

On avait beau voir et dire tout ce que l'on voulait, Ise Nanao restait encore totalement dans le brouillard.

En arrivant devant le bureau du capitaine et de la lieutenante de la dixième division, Nanao fut prise d'un mouvement de recul. Depuis quand se permettait-elle de débarquer comme cela en plein milieu d'une journée de travail sans véritable motif sachant qu'elle-même séchait cette journée ?

L'appréhension la reprit subitement alors qu'elle se rendait compte d'à quel point tout ceci ne ressemblait pas à la femme qu'elle était.

_ Excusez-moi, lieutenante Ise Nanao de la huitième division, est-ce que je peux entrer ?

Finalement, cela ne ressemblait pas à la femme qu'elle avait été. Et de toute façon, tant qu'elle n'avait pas le fin mot de cette histoire, elle pouvait se permettre tout ce qu'elle voulait non ?

Soulagée d'avoir trouvé une solution à tout ça, elle se décida à entrer après avoir entendu l'assentiment de Hitsugaya Toshiro et la…

_ Iseeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee eeeeeeeeeeeeeeeee ! Je te manquais à ce point-là ?

Bref, vous avez compris.

Entrant d'un pas incertain, la lieutenante de la huitième division dut faire face au regard du capitaine de la dixième alors qu'il avait demandé à sa lieutenante de se taire et de se rasseoir.

_ Lieutenante, que puis-je faire pour vous ?

Mal à l'aise, Ise Nanao eut honte d'elle et de son idée de simplement débarquer dans le bureau de la dixième division. Si tout n'était pas clair autour d'elle, un capitaine restait un capitaine et Hitsugaya Toshiro n'échappait pas à la règle, son regard sur elle le lui faisant comprendre comme jamais.

Baissant un temps les yeux, se maudissant d'agir aussi impulsivement depuis le matin, elle les releva cependant rapidement. Capitaine ou pas, elle avait besoin de savoir.

_ Si vous me le permettez Hitsugaya Taïcho, j'aimerais pouvoir discuter quelques minutes avec la vice-capitaine Matsumoto.

Intriguée, la lieutenante de la dixième division bondit immédiatement de sa chaise.

_ Taïcho, vous allez accepter hein ? Promis en revenant, je ferais mes dossiers correctement !

Déjà passablement énervé probablement à cause du comportement habituel de sa lieutenante, l'exaspération prit une place encore plus importante sur le visage du capitaine après la prise de parole de sa lieutenante.

_ Tu ne fais jamais tes dossiers correctement Matsumoto.

_ Maaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiis, Taïchoooooooooooooooo…

Comprenant que si elle n'intervenait pas, jamais le capitaine de la dixième division ne laisserait partir sa lieutenante, Nanao décida de prendre les choses en main.

_ Hitsugaya Taïcho, je sais que ma demande est un peu déplacée mais j'insiste. S'il vous plaît.

Jamais Nanao n'avait été ainsi avec personne. Elle comprit donc la surprise qu'elle put lire dans le regard du capitaine.

_ Et je suppose que cela n'a rien à voir avec votre division, n'est-ce pas ?

_ C'est exact.

Vu la situation dans laquelle elle se trouvait, Ise Nanao aurait trouvé bien stupide de mentir. Encore plus à un capitaine.

Ne baissant pas le regard face au bleu glacial d'Histsugaya Toshirô, elle ne s'était pour autant rarement sentie aussi peu à sa place.

Il fallait qu'il dise oui, elle ne pourrait décemment pas attendre jusque ce soir pour avoir sa réponse. Pas dans l'état dans lequel elle était. Pas alors que c'était sur cette réponse que tout reposait.

_ Vous avez cinq minutes, pas une de plus, est-ce que c'est compris ?

Un poids énorme sembla s'enlever de ses épaules.

_ Oui, merci Hitsugaya Taïcho.

_ Vous êtes le meilleur Taïcho !

_ N'oublie pas les dossiers qui t'attendent dès ton retour Matsumoto.

_ Oui Taïcho…

Sortant du bureau avec une Matsumoto surexcitée et à l'idée de pouvoir couper avec sa tâche laborieuse de vice-capitaine et à l'idée de ce que Nanao pourrait lui dire, la lieutenante de la huitième faillit se sentir gênée par tant d'engouement, elle qui souhaitait seulement lui poser une question.

Encore une fois, elle trouva qu'elle dépassait les bornes.

Encore une fois, la complexité de sa situation mit fin à ses remords.

_ Alors ? Alors ? Alors ? Que dois-tu me dire de si urgent Ise ? C'est la première fois que tu viens comme ça dans le bureau alors j'imagine que ça doit être vraiment important !

La vice-capitaine soupira.

_ Ecoute Matsumoto…

_ Appelle-moi Rangiku voyons, depuis le temps que je te le dis…

_ Rangiku…

_ Oh mon dieu, ne me dis pas que vous l'avez enfin fait avec Kyôraku ?!

Ise Nanao ouvrit des yeux offusqués.

_ Que… Mais non ! C'est pas possible Matsumoto, on ne peut pas avoir une discussion sérieuse avec toi ?!

_ Mais tu ne portes même pas ton uniforme ! J'ai cru que trop pressée de venir me raconter ta folle nuit avec lui, tu étais partie aussi vite que possible !

La vice-capitaine de la dixième division soupira, visiblement déçue de ne pas avoir un potin croustillant à se mettre sous la dent, faisant lever les yeux au ciel à Nanao qui avait pris une teinte rosée sous les suspicions gênante de Rangiku Matsumoto.

_ Très bien, très bien. Mais je veux être la première à le savoir si tu devais sortir avec Kyôraku c'est clair ?

_ Promis. Je peux te la poser, maintenant, ma question ?

Après tout, au vu de la situation, ça ne l'engageait à pas grand-chose de faire cette promesse.

_ Quoi ? Tu es venue jusqu'à la dixième uniquement pour me poser une question ?

_ Matsumoto !

_ Rangiku !

Nanao se prit la tête entre les mains. A cette vitesse, elle n'y arriverait jamais. Quelle idée avait-elle eu de vouloir venir ici ?

Heureusement, la vice-capitaine de la dixième division sembla comprendre que l'heure n'était plus à l'humour. Se calmant d'un seul coup, elle retourna au regard désespéré de Nanao un regard soudainement beaucoup plus mature. Enfin, elle montrait Matsumoto Rangiku, la femme qui par sa seule puissance s'était hissée au rang de vice-capitaine de la dixième division.

_ Allez vas-y pose.

Vice-capitaine qui devait encore faire des efforts sur le langage.

_ Je ne veux pas que tu me demandes pourquoi je te pose cette question ni que tu veuilles en savoir plus. Tu y réponds et c'est tout, c'est possible ?

Matsumoto soupira. Ise faillit sourire, pour une fois que c'était elle qui arrivait à exaspérer la vice-capitaine. Celle-ci semblant simplement attendre que Nanao reprenne la parole, elle inspira un bon coup avant d'enfin oser s'engager.

_ Est-ce que tu as noté quelque chose d'étrange ces derniers temps ? Quelque chose… Qui sortirait de l'ordinaire ?

Comme lorsqu'elle avait posé la question au marchand du quarante-et-unième district, Matsumoto Rangiku fronça les sourcils.

_ Tu veux dire comme le fait que tu débarques d'un seul coup dans le bureau de la capitainerie de la dixième en pleine journée pour simplement me poser une question ?

Heureusement et au grand soulagement de Nanao, Matsumoto ne semblait pas vouloir discuter du pourquoi de cette question.

La lieutenante faillit sourire.

_ Un truc de ce genre-là.

Matsumoto prit le temps de réfléchir avant de répondre, Ise Nanao attendant patiemment la réponse. Ainsi serait-elle sûre que la réponse de la lieutenante de la dixième division serait indiscutable.

_ Je suppose que tu ne serais pas venue jusqu'ici si cette question n'était vraiment pas importante pour toi… Non, je suis désolée, je n'ai rien remarqué d'étrange par ici. En fait, le seul élément qui sorte de l'ordinaire comme tu dis… C'est toi.

La vice-capitaine de la huitième division ne fut pas surprise de la réponse de Matsumoto. Elle s'y attendait, ayant parfaitement conscience du fait que du coup, c'était elle que l'on trouvait changée.

Et étant donné qu'elle-même se voulait et se trouvait différente, elle n'imaginait même pas à quel point elle pouvait paraître changée pour ceux qui avaient pris le temps de connaître l'ancienne Ise Nanao.

Et la difficulté était que personne ne voyait ce qu'elle voyait elle. Ces détails, même minimes, qui la persuadaient que tout n'était pas bien, que tout n'allait pas bien.

_ Bien, merci Rangiku, je suis désolée de t'avoir dérangée.

_ Pff… Comme si tu me dérangeais… Au moins j'ai pu échapper à la paperasse quelques minutes ! D'ailleurs, tu ne devrais pas être dans ton bureau de la huitième à cette heure-ci toi ?

Face au regard suspicieux de Matsumoto et sachant que si elle répondait n'importe quoi susceptible d'aiguiser la curiosité de la vice-capitaine de la dixième, elle était foutue, elle prit le parti du mensonge.

_ Je faisais juste une pause alors j'en ai profité pour passer par ici.

Rangiku Matsumoto souria.

_ Tu as vraiment changé Ise.

Elle lui souria en retour.

_ Je sais.

~…~

En rentrant chez elle ce soir-là, Nanao se sentait étrangement bien. Elle n'aurait pas dû, elle le savait. Après tout, Matsumoto venait de lui confirmer sa plus grande crainte, le fait que seule elle semblait être l'ombre d'un tableau qui ne lui semblait plus si parfait que ça. Et pourtant, cette discussion avec la vice-capitaine, aussi courte qu'elle avait été, lui avait apportée un semblant de bonne humeur.

Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait capable de s'ouvrir, ne serait-ce qu'un peu.

Car si Matsumoto avait toujours essayé de se rapprocher d'elle, elle n'avait fait que la repousser, toujours, comme si elle craignait par là même de s'éloigner de la ligne droite qu'elle s'était tracée. Comme si une femme telle que Matsumoto, qui suivait son propre chemin, obéissant à ses propres règles tout en restant une très bonne lieutenante, sans jamais ne perdre de vue ses objectifs, risquait de la changer en une personne qu'elle ne souhaitait pas être.

Aujourd'hui, elle comprenait enfin que sa peur de se rapprocher de Matsumoto ne tenait qu'au fait de sa jalousie. Car Matsumoto était simplement le genre de femme dont elle aurait aimé se rapprocher si sa conscience le lui avait permis, si elle n'était pas né avec cette timidité maladive et cette volonté de vouloir toujours tout bien faire. Et si elle savait désormais que jamais elle ne serait prête à renoncer à ces facettes de sa personnalité, celles qui avaient faites d'elle la femme qu'elle était, celles qui avaient faites d'elle la femme qu'il appréciait, elle savait que s'ouvrir un peu ne lui ferait pas de mal. Au contraire.

Au début de soirée de ce onzième jour, Ise Nanao avait compris que Rangiku Matsumoto était vraiment beaucoup moins superficielle que ce qu'elle laissait paraître.

A bien y regarder, elles n'étaient finalement pas si différentes l'une de l'autre. Chacune des deux dégageant une impression qui n'était plus si vrai lorsque l'on prenait le temps de les connaitre.

Et Matsumoto Rangiku, lieutenante de la dixième division, méritait d'être connue pour elle.

Ise Nanao le comprenait enfin.

_ Nanao.

Nanao. La lieutenante sentit sa respiration se couper l'espace d'une seconde. Nanao. Les battements de son cœur accélérèrent à peine la fin de son prénom prononcé. Nanao. Jamais jusqu'à aujourd'hui, il ne s'était permis de simplement l'appeler par son prénom. Nanao. Son regard croisa des yeux qu'elle ne connaissait que trop bien. Des orbes marron qui la regardaient d'une façon qu'elle ne connaissait pas jusque maintenant. Car si Ise Nanao avait pu voir des dizaines d'émotions passer dans les yeux de son capitaine, jamais au grand jamais elle n'y avait vu cette colère. Une colère qui lui était clairement adressée. A elle.

Oh non.

_ Taïcho… Je suis dés…

_ Tu peux m'expliquer ça ?

Il ne lui fallut qu'une seconde pour comprendre de quoi il parlait. Dans ses mains il n'y avait qu'une seule chose : le mot qu'elle lui avait laissé le matin-même.

_ Taïcho c'est… J'avais quelque chose d'important à faire et je ne pouvais pas attendre votre arrivée à la division. Je suis désolée.

Qu'aurait-elle pu dire ? Il lisait en elle comme dans un livre, la connaissant par cœur puisque l'ayant accueilli dans sa division alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille. Jamais elle n'aurait pu lui mentir. Essayé de s'expliquer ? Qu'y avait-il à expliquer qu'il aurait pu comprendre ?

Elle vit qu'il ne décolérait pas. Elle le vit au regard qu'il posait sur elle. Elle le vit à sa crispation. Elle le connaissait trop bien. Son cœur lui fit mal comme jamais. Elle n'avait jamais vu son capitaine en colère, n'avait même jamais rien fait pour s'attirer ses foudres. Et aujourd'hui… Etait-ce la contrepartie au fait de ne plus agir comme la sage et rigide Nanao ?

Ce rêve… Ce cauchemar… Cette… Illusion… Qu'elle qu'ait été ce qu'elle vivait, pourquoi devait-il être aussi réel dans des moments pareils ? Pourquoi justement lorsqu'elle était avec lui ?

Son regard désespéré face à la situation n'eut aucun effet sur lui. Devant la porte de son appartement, il faisait les cent pas, contenant comme il le pouvait une colère qui n'était pas si éloignée de la fureur. Elle ne savait pas pourquoi ni comment, mais ce morceau de papier semblait avoir brisé quelque chose. Il n'était plus le même.

Et le voir comme ça lui donnait l'impression qu'elle l'avait trahi.

Son cœur se serra encore plus. C'était exactement ça. Son regard reflétait l'impression de trahison qu'il éprouvait à son égard.

Pour un morceau de papier.

Pour un simple morceau de papier.

_ Quelque chose d'important ? De tellement important que tu n'as même pas pensé à venir me prévenir chez moi ? Tellement important qu'en revenant en milieu d'après-midi, la première chose que tu as faite a été de te rendre à la dixième division plutôt que de revenir au bureau, ne serait-ce que pour m'informer de ton retour ? Imagines-tu à quel point j'ai pu m'inquiéter aujourd'hui ?

Jamais Ise Nanao n'avait dû se sentir aussi mal. Jamais elle n'aurait pu se sentir aussi mal. Aller chez lui pour le prévenir ? L'aurait-il seulement laissée partir en connaissance de cause ? Et elle ? S'il le lui avait interdit, aurait-elle pu le contredire ? Et son mot… Elle y avait marqué en noir sur blanc qu'elle s'absentait pour la journée, qu'il n'avait pas à s'inquiéter, qu'elle serait de retour au bureau dès le lendemain. Pouvait-il seulement lui reprocher de ne pas être passée le voir en rentrant ?

Bien sûr qu'il le pouvait, c'était son capitaine.

Il était Shunsui Kyôraku.

Et il s'était inquiété.

Celui-ci avait d'ailleurs arrêté de faire les cent pas, la regardant à nouveau droit dans les yeux. En temps normal elle n'aurait pas pu soutenir ce regard qu'il lui lançait. Mais rien n'était normal en ce moment, absolument rien. Alors elle le soutint, elle essaya de lui exprimer à travers lui tous ses sentiments. Sa détresse, sa tristesse, son désir qui n'était pas celui de le blesser, de l'inquiéter. Oui, tout ce qu'elle pouvait exprimer, sauf des regrets. Car Ise Nanao ne pouvait pas regretter ce qu'elle avait fait ce jour, pas alors que désormais, elle était certaine du fait que c'était elle qui avait un problème. Pas alors qu'en allant à la rencontre de son capitaine, elle savait que jamais elle n'aurait réussie à se résoudre à renoncer à son rôle de lieutenante parfaite, même pour une unique petite journée.

Et il le vit. Elle en était sûre. Au regard qu'il lui lança elle le vit. Le regard d'un homme blessé et non celui d'un capitaine.

Et alors elle se rendit compte. Oui, elle se rendit compte d'à quel point ce qu'elle avait fait aujourd'hui ressemblait à son cauchemar mais dans la situation inverse.

Car dans son cauchemar son capitaine était parti dans l'unique but de la protéger, elle, de l'ennemi. Il ne l'avait pas abandonné, cela n'avait pas été un problème de confiance, il avait seulement peur qu'en venant lui annoncer qu'il partait seul, elle ne lui demande de partir avec lui. Maintenant elle comprenait. Elle comprenait à quel point sa réaction avait été stupide, idiote, inconsidérée, tellement peu attentive à la volonté véritable de l'homme qui se tenait en face d'elle.

Elle s'affaissa sous le poids de la réalité. Son cauchemar était-il seulement là pour lui faire comprendre ça ? Pour lui faire comprendre à quel point son capitaine tenait à elle ? Et à quel point elle avait préféré s'enfermer, ayant peur de voir la réalité en face, ayant peur de voir ses propres sentiments ?

Ou alors était-ce cette réalité le véritable cauchemar ? Maintenant qu'elle avait appris à quel point elle aimait son capitaine, allait-elle retourner là-bas, sans lui qui avait été tué ?

_ Je suis désolée…

Elle s'excusa, encore et toujours pour des actes qu'elles ne savaient plus vraiment avoir commis ou non. Elle pleura de sa situation, de sa condition, de son incompétence à dénouer le vrai du faux.

Elle ne vit pas son capitaine partir. Elle pleura et pleura encore de sa faiblesse. De sa stupidité. De ses sentiments.

Ise Nanao avait découvert ce qu'était la peur.

Elle découvrait maintenant ce qu'était la souffrance.

Elle ne sut pas exactement combien de temps elle était restée là, au sol, pleurant, incapable d'affronter la dure réalité qu'elle vivait.

Lorsqu'elle releva enfin des yeux rougis par les larmes qu'ils avaient versées, il n'était plus là.

Il l'avait laissé là, seule pour la première fois de sa vie.

Et pour la première fois de sa vie elle prit conscience du fait que c'était à elle de faire un pas en avant. Elle lui devait tellement. Comme pour Matsumoto, elle se rendait enfin compte qu'elle n'avait jamais pris le temps de véritablement creuser cette façade qu'il avait pour découvrir l'homme que cachait ce Haori de capitaine, ce chapeau de paille vissé sur sa tête et ce kimono rose aux motifs fleuris qu'il ne quittait jamais.

La vice-capitaine sécha ses larmes, la résolution empreinte comme jamais dans son regard. Elle ne pouvait décemment pas le laisser partir comme ça. C'était son capitaine. Le seul homme avec qui elle ne se soit jamais sentie mal. Celui qui l'avait sauvé de nombreuses fois.

Celui qu'elle aimait.

Elle localisa son reiatsu et sans réfléchir, se mit à courir derrière lui. Comment pouvait-elle le laisser lui en vouloir ? Comment avait-elle pu le laisser partir ainsi ?

Elle aurait à nouveau pleuré si elle n'avait pas déjà versé toutes les larmes que son corps possédait.

Elle sentait qu'elle se rapprochait de son capitaine, continuant d'avancer aussi vite que son shunpo le lui permettait. Elle ne voulait plus voir cette colère dans ses yeux. Elle ne voulait plus jamais le décevoir. Elle voulait le prendre dans ses bras. Oui, elle avait besoin de ça, de le sentir, de pouvoir se raccrocher à quelque chose même si ce quelque chose risquait de disparaître lorsqu'elle aurait compris quel était le problème.

_ Je pensais qu'elle serait sage et obéissante toute sa vie mais il faut croire que même elle en est incapable.

La lieutenante se stoppa brusquement, manquant se prendre un mur. Cette voix…

_ Je pensais pourtant avoir fait un bon choix en la choisissant. Obsédée par le fait de bien faire et d'obéir, douée en kidô, sans famille… Je suis désolée de vous avoir déçue, capitaine.

La lieutenante prit une inspiration en se rendant compte qu'elle commençait à voir des étoiles. Elle avait oublié de respirer.

Cette voix-là… Cette voix, elle la connaissait très bien aussi. A vrai dire, comme pour son capitaine, elle l'aurait reconnue entre toutes.

Lisa.

_ Je ne t'en veux pas Lisa-chan, elle était utile jusque maintenant. Il faut croire que personne ne peut t'égaler.

La vice-capitaine ouvrit des yeux ahuris, se tenant au mur pour ne pas s'écrouler.

_ Vous ne m'avez pas demandé de redevenir votre lieutenante lorsque vous avez appris que j'étais encore vivante.

_ Je ne voulais pas blesser Nanao, elle était si obéissante jusque maintenant. Mais je me rends compte que j'ai eu raison de mettre une réserve et de ne pas lui accorder ma confiance. Si elle ne m'avait pas servi à faire les rapports, elle aurait vraiment été inutile.

_ Je pensais que vous l'aimiez bien Taïcho.

_ C'est parce qu'elle ressemble étrangement à ma Lisa-chan voyons. Elle t'a vraiment prise comme modèle, s'en est même perturbant parfois.

Ise Nanao agrippa son kimono au niveau de son cœur. Il savait qu'elle le suivait puisqu'elle n'avait pas caché son reiatsu. Il savait qu'elle était là et il avait pourtant prononcé ses paroles. Et Lisa… Nanao se rappelait encore très bien de leur séance de lecture alors qu'elle n'était encore qu'une enfant et Lisa Yadômaru la vice-capitaine de la huitième division. Depuis quand était-elle de retour ? Et depuis quand se retrouvaient-ils ainsi ?

Etait-ce seulement à cause de sa potentielle ressemblance avec Lisa qu'il l'avait choisi ? Uniquement pour ça ? Lui faisant croire qu'elle pouvait être plus sans jamais le penser ? Se comportait-il de la même manière avec Lisa, à la différence près que ses actions étaient voulues ?

Ou alors était-ce elle l'aveugle ? Après tout, elle ne cessait de dire que sa division se comportait étrangement, que son capitaine se comportait étrangement. Mais peut-être sa division avait-elle toujours essayé d'engager le dialogue avec elle et n'y avait-elle jamais prêté attention. Peut-être Kaede avait-elle décidé de partir parce que Nanao avait osé hausser le ton face à elle qui n'avait absolument rien fait pour mériter un tel traitement. Peut-être que son capitaine n'avait jamais rien éprouvé de spécial pour elle comme elle espérait depuis si longtemps que ce soit le cas. Toutes ses marques d'affection… Uniquement dans le but de se déculpabiliser ? Dans le but d'essayer de ne pas penser à son ancienne lieutenante ?

Ise Nanao partie à une vitesse que personne ne lui avait jamais vue, oubliant de dissimuler des capacités que son capitaine voulait soit disant ne pas dévoiler.

Elle était là, sa réalité. Shunsui Kyôraku ne l'aimait pas, Shunsui Kyôraku ne faisait que l'utiliser.

Les larmes revinrent, implacables, alors qu'elle s'effondrait à l'entrée de son appartement.

Elle était là, sa réalité.

~…~

Au même moment à un tout autre endroit, un cœur déjà anormalement faible s'arrêta de battre.

Pour la première fois, il sentit quelque chose de chaud et d'humide parcourir sa joue droite de haut en bas.

Pour la seconde fois, il était en train de la perdre.

A suivre…


Voilà donc ma quatrième et grande partie. J'ai adoré l'écrire comme j'adore écrire cette fiction. J'espère vraiment qu'encore une fois, vous avez ressenti les sentiments de Nanao et notre personnage "inconnu" (parce que bon, c'est pas comme si vous vous en doutiez pas :D).

Merci à ceux qui commentent, m'encourageant d'autant plus à écrire aussi bien que possible, quitte à mettre un peu plus de temps niveau parution. Loupiote, je ne savais pas qu'une fiction du genre avait déjà été rédigée sur ce couple, j'espère que les deux histoires ne se ressemblent pas trop quand même ^^". Himatsubushi, j'aime toujours autant tes reviews !

La partie 5 n'étant pas encore achevée, je m'excuse pour le futur délai -plus long- de parution !

En vous souhaitant une bonne lecture,

C. Kotomi

Ps : Suis-je la seule à passer des heures à réfléchir sur un titre approprié pour un chapitre ? x)