/!\ Cette partie ne signe pas la fin de la fiction comme prévu initialement. En raison de mes rajouts incessants, il y aura une dernière partie qui formera l'épilogue d'Entre deux mondes.

Pour cette avant-dernière partie, il m'a cependant semblé important de commencer par répondre aux reviewers qui n'ont pas de compte sur fanfiction et donc à qui je ne peux pas envoyer de message [quelle idée de pas avoir de compte hein !].

Rukia.K13 : Ce n'est pas Kaede qui a lancé le sort sur Nanao. Elle s'en veut simplement de l'avoir laissé partir de la division ! En tout cas, merci pour toutes tes reviews !

Loupiote : Merci beaucoup de me suivre depuis le début ! Et merci également pour ton petit cours de japonais ;). J'ai tout mis dans un coin de ma tête au cas où j'aurais à m'en resservir pour une prochaine fiction [ce qui sera évidemment le cas] !

En vous souhaitant à tous une bonne lecture !


~Entre deux mondes~

Partie 7

Vivre


Musique: Hiiro No Kakera, "Opening" / Sarah Riani & Kamelancien, "Sans toi".


Deuxième jour.

_ 26 jours... Mais vous en êtes... Sûre ?

La lieutenante se rendit compte de la stupidité de sa question au moment même où elle la posait. Bien évidemment qu'elle en était sûre. Mais 26 jours... Elle était pourtant certaine de n'avoir passé que 12 jours... Là-bas.

_ Il semblerait, vu votre rapport, que le kidô dans lequel vous avez été emprisonnée altérait l'écoulement du temps. Le plus logique serait de dire que le temps passait deux fois moins vite pour vous et que vous avez mis deux jours pour vous réveiller, mais je ne préfère pas avancer d'estimations sur un sujet que je ne maîtrise pas.

_ Alors j'ai vraiment été emprisonnée dans un kidô...

La lieutenante fixa le mur en face d'elle, toujours autant choquée par cette constatation. Deux jours qu'elle était réveillée, un jour qu'on l'avait informée de ce qui lui était arrivé et aujourd'hui encore, il lui semblait que c'était impossible.

Elle avait sa réponse. Elle aurait pu avancer, se dire qu'elle avait de la chance de s'en être sortie, qu'il fallait désormais qu'elle profite de la vie... Mais non, elle regardait obstinément le mur en face, absente.

Tout cela semblait tellement... Incroyable...

_ C'est dingue... Un simple kidô ?

Ise Nanao tourna à nouveau son regard vers la capitaine de la quatrième division. Elle avait l'impression de ne pas vraiment être au centre du problème. Comme si finalement, elle avait vécu toute cette histoire d'un point de vue extérieur, sans vraiment contrôler ses émotions ni ses actions. Comme si elle n'avait jamais risqué sa vie dans le seul but de... De quoi en fait ? Revenir dans sa vie d'avant ? Alors pourquoi, maintenant qu'elle y était, ne pouvait-elle s'empêcher de douter, d'avoir peur, de se méfier ?

Aux regards que lui lançaient les shinigamis de la quatrième division, elle voyait bien qu'ils avaient compris à quel point elle avait du mal à s'ouvrir à nouveau, à quel point il lui était facile de se rétracter. Et si la lieutenante se sentait à l'aise en leur présence, c'est parce que tous le comprenait. Tous comprenaient à quel point il lui était difficile de faire la part des choses seulement deux jours après son réveil. A quel point elle avait besoin de temps pour se remettre complètement. Arrêter de douter, de se méfier, de soupçonner.

Alors elle les écoutait lui parler simplement, demandait des informations, répondait aux questions, véritablement intéressée. Mais lorsqu'elle se retrouvait seule le soir dans sa chambre, le doute revenait, s'insinuant en elle comme un poison qu'elle ne pouvait vaincre.

Et elle se sentait mal.

Mal de ne pas arriver à leur accorder la confiance qu'elle avait en eux tous quelques jours auparavant.

Mal de ne pas arriver à leur parler comme elle l'aurait voulu.

Mal de causer autant de soucis.

12 jours... Comment douze jours avaient-ils pu influer sur elle à ce point-là ?

_ Ce n'était pas un simple kidô, lieutenante. Nous avons emprunté le nom de « Hakufuku* dérivé » pour le qualifier. Et au vu de ses dires, il n'y avait quasiment aucune chance que vous puissiez en ressortir vivante. Il ne s'attendait d'ailleurs pas à ce que vous en ressortiez vivante.

La lieutenante accusa le coup. Elle se rappelait très bien les paroles de l'homme. La façon dont il l'avait sous-estimée.

Et puis soudain, elle se rendit compte de l'ampleur de la portée des paroles qui venaient d'être prononcée.

_ Attendez... « il » ?

_ Oui. L'ennemi est soudainement réapparu il y a deux jours. Le capitaine Kyôraku l'a gardé vivant pour qu'il puisse être soumis à un interrogatoire...

_ Un interrogatoire ?

_ Le capitaine Kurotsuchi s'en est occupé sur la demande de votre supérieur.

Ise Nanao eut des frissons d'horreur, compatissant soudainement pour l'homme qui lui en avait tant fait baver.

_ Et je pense que vous savez pourquoi vous y avez survécu...

Et voilà.

Elle le savait. Elle savait qu'immanquablement, on en reviendrait au fait qu'elle ait réussi à s'en sortir. Elle savait qu'il y aurait un moment où ce sujet arriverait. La lieutenante maintint le regard que lui lança Unohana Retsu, souhaitant très clairement faire comprendre qu'elle ne répondrait pas au sous-entendu. Elle avait fait ce choix il y a très longtemps déjà. Que ses capacités l'aient aidée pour cette fois était quelque chose que la lieutenante n'oublierait pas, mais certainement pas au point d'envisager de recommencer à véritablement se battre.

La plus haute gradée de la quatrième division sembla le comprendre lorsqu'elle ferma puis rouvrit immédiatement ses yeux.

_ Bien... C'est votre choix.

La lieutenante hocha la tête en retour.

_ Je vais vous laisser maintenant. J'étais venue pour vous dire que j'autorisais les visites dès cette après-midi. Cela vous pose-t-il un problème ?

_ Parce qu'elle n'était pas autorisée avant ?

_ Pas depuis votre réveil...

La lieutenante ne manqua pas de sentir la petite pointe d'agacement pointant derrière les paroles de la capitaine de la quatrième division alors qu'elles devaient penser toutes les deux à la même chose. Pour la première fois, elle se sentait proche d'Unohana Retsu, dont l'impulsivité de son capitaine semblait tout autant l'énerver.

La lieutenante faillit sourire.

Il était Shunsui Kyôraku. Et elle aurait parié qu'il ne lui aurait pas plu s'il n'avait pas été lui, un homme impétueux, n'obéissant qu'à lui-même.

Elle ne se rendit pas compte du mince sourire qui éclaira son visage alors qu'elle pensait à l'unique personne ayant pu jamais atteindre son cœur.

Décidément, il n'écoutait que lui-même.

Elle ne vit même pas la capitaine de la quatrième division sortir de la chambre.

~...~

_ Ise Nanao, j'ai bien cru que tu allais oser m'abandonner moi et toutes les jolies robes que je vais t'essayer dès ta sortie d'ici !

La lieutenante afficha un demi-sourire avant de se relever à moitié, son dos appuyé contre le mur de la chambre. Elle aurait dû parier pour une visite prochaine de sa camarade et amie, elle aurait gagné à tous les coups.

_ Merci de ta compassion Matsumoto. D'autant plus que je paris que tu ne viens me voir si rapidement que pour échapper à ton travail.

_ Maaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiis, c'est méchant ça Ise ! Alors que j'ai eu peur pour toi !

La lieutenante préféra esquiver, encore trop gênée de l'attention qu'elle avait pu susciter durant son « coma ». Matsumoto Rangiku n'était pas la première à avoir montré combien elle avait suscité l'inquiétude. Encore une fois, sans pouvoir se souvenir des conversations qui s'étaient tenues durant son sommeil, elle était certaine que beaucoup lui avait rendu visite pour prendre des nouvelles. Et plus elle y réfléchissait, plus elle était étonnée. Avait-elle vraiment inquiétée autant de monde ?

Les deux jeunes femmes discutèrent ainsi pendant près d'une heure, sans que jamais l'épisode des derniers jours ne soit évoqué, Matsumoto s'essayant parfois à quelques sous-entendus pour en apprendre un peu plus sur la relation qu'elle entretenait avec son capitaine, ce que bien évidemment Nanao esquivait habillement. Si elle avait bien appris une chose, c'était qu'il ne fallait jamais parler de choses vraiment personnelles à Matsumoto. JAMAIS. Au risque de se retrouver au centre des discussions de tout le Gotei le lendemain.

_ Bon je vais te laisser. Mais n'oublie pas, tu n'échapperas pas à l'essayage de robes. T'avais qu'à pas finir dans cette chambre d'hôpital !

La vice-capitaine de la huitième division regarda Matsumoto sortir de la chambre, sans même attendre de réponse, un demi-sourire sur les lèvres. Ise quant à elle, leva les yeux au plafond.

Mais elle n'était pour rien dans ce qui lui était arrivé, bon sang !

Pourquoi le sort s'acharnait-il contre elle ?

~...~

Quatrième jour.

_ Lieutenante, puis-je entrer ?

_ Mais bien sûr, rentre Kaede !

Ise Nanao regarda une jeune femme qui décidément, sans le vouloir s'était aussi retrouvée quelque part au centre de toute cette histoire.

_ Je voulais m'excuser de mon attitude le jour où l'ennemi a attaqué. Elle était indigne de mon rang et j'en ai parfaitement conscience.

La lieutenante s'inclina, montrant l'importance qu'elle donnait véritablement à ses paroles.

_ Ne vous inclinez pas lieutenante ! C'est de ma faute, j'aurais dû vous empêcher de partir mais je n'ai rien fait...

_ Ce n'est pas de votre faute et vous le savez tout autant que moi...

La lieutenante afficha un demi-sourire. Elle n'avait pas fait venir sa subordonnée pour se battre à savoir qui avait tort ou raison. Elle s'était excusée et là était le plus important. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Un blanc s'installa, ni lourd, ni vraiment long. Du moins pour la lieutenante qui attendait simplement que sa subordonnée prenne la parole, celle-ci semblant vouloir dire quelque chose sans toutefois oser s'engager.

_ Vous savez lieutenante... Toute la division s'est inquiétée pour vous...

Ise Nanao regarda un temps ahurie Kaede qui elle, ne cillait pas. Et voilà, ça recommençait. Elle qui espérait quelque chose de plus... Intéressant. Pourquoi fallait-il toujours qu'on lui redise la même chose ? Depuis quand la division s'inquiétait-elle de son état ?

_ Nanao-chan, la division a toujours tenu à toi, ils ont juste été trop stupides pour s'en rendre compte avant.

La lieutenante tourna immédiatement le visage vers la droite au son de la voix résonnant soudainement dans la pièce.

_ TAICHO !

Pour le coup, une synchronisation plus parfaite que celle qui venait d'avoir lieu entre elle et Kaede aurait été impossible.

L'homme en question abaissa son chapeau au niveau de ses yeux, alors que Nanao se rendait compte qu'à nouveau, elle ne l'avait pas entendu ni arriver ni entrer. Si elle se moquait de son kidô, il faudrait vraiment qu'elle apprenne à faire quelque chose pour ce problème de détection. Il était hors de question qu'il puisse continuer de la surprendre ainsi à chaque fois qu'il en avait envie.

_ Le capitaine Kyôraku a raison, nous attendons tous votre retour...

La lieutenante sursauta imperceptiblement au son de la voix de sa subordonnée qui, elle devait l'admettre avec du mal, avait totalement quittée ses pensées depuis que son capitaine s'était approché de son lit, la fixant droit dans les yeux, la flamme caractéristique du personnage, flamboyant comme elle la connaissait.

Et une fois qu'elle eut pris à nouveau conscience du fait qu'il y avait autre chose que son capitaine autour d'elle, Ise Nanao fut étonnée du sang froid avec lequel Kaede affrontait l'idée d'être dans la même pièce que son capitaine et sa vice-capitaine, chose qu'elle savait très gênante voire même impossible à envisager pour beaucoup de shinigamis.

Elle se rappelait encore l'étonnement des shinigamis lorsqu'il la voyait elle, encore enfant, se promener avec ses deux supérieurs comme si de rien était. La lieutenante sourît... Elle avait été si insouciante...

_ C'est injuste, je vais devoir te partager maintenant...

Ise Nanao ouvrit des yeux offusqués, se rendant compte qu'elle avait à nouveau dérivé en plein milieu d'une conversation, espérant que cela était passé totalement inaperçu.

_ Vous ne partagerez rien du tout Taïcho !

_ Donc je peux te garder pour moi tout seul ?

La réplique avait fusé aussitôt. Ise Nanao rougit violemment, ayant subitement et violemment l'envie de mettre un terme à la vie de son capitaine pour oser tenir ce genre de propos face à Kaede, d'autant plus en la regardant comme s'il avait totalement oublié la présence de la nouvelle recrue.

S'il continuait ainsi, Nanao devrait sérieusement envisager d'utiliser des menaces pour s'assurer le silence de sa subordonnée. Elle ne se doutait pas que celle-ci, à cet instant même, ne savait plus où se mettre, gênée d'assister à une scène dans laquelle elle savait ne pas avoir sa place.

Mais non, Nanao envisageait déjà les plans les plus efficaces. Car si elle savait reconnaitre ses torts, jamais elle ne se risquerait à perdre le respect de sa division pour des chahutages de... De... !

_ J'ai dit que vous ne partageriez rien du tout !

Pour des chahutages !

_ Je crois que je vais vous laisser...

Ise s'attarda sur sa subordonnée, rouge de gêne et ne souhaitant visiblement qu'une chose : quitter la pièce le plus vite possible. Finalement peut-être que Kaede saurait garder sa langue...

_ Aï Kaede, tu peux rentrer chez toi, je te donne ta soirée.

La lieutenante manqua vouloir envoyer un kidô dévastateur contre son capitaine pour la réponse au combien transparente qu'il venait d'adresser. Elle espérait que celle-ci ne sache pas décrypter le langage de Shunsui Kyôraku car si tel était le cas, elle n'oserait jamais plus venir lorsqu'il serait tous deux dans la même pièce. Car ici, celui-ci sous-entendait clairement qu'il voulait qu'elle quitte la pièce le plus rapidement possible.

Ise Nanao se rendit compte qu'alors que sa subordonnée partait, elle n'avait rien fait, ni même rien dit pour l'en empêcher, se contentant de regarder son Taïcho avec ce regard colérique qui caractérisait si bien ce qu'elle pensait de l'attitude de son capitaine à l'instant.

_ Ne me regarde pas comme ça Nanao-chan, je n'y peux rien si dès que je viens te voir, il y a du monde avec toi. Je suis bien obligé de trouver des solutions...

La lieutenante détourna soudainement les yeux.

_ Vous n'êtes pas venu hier.

_ Aurais-je manqué à ma kawaï Nanao-chan ?

Jamais elle ne regretta autant avoir ouvert la bouche de sa vie.

_ Pas du tout.

_ Ah oui ?

Et jamais elle ne s'était sentie aussi stupide de sa vie.

_ J'avais des dossiers à faire.

Ise Nanao frissonna au ton de son capitaine, celui-ci pourtant n'ayant rien de particulièrement... Suave. Elle en était sûre, d'où ce sentiment d'agacement absolu qui la prenait. Elle ne se rendit compte qu'elle avait baissé les yeux que lorsqu'elle vit qu'elle avait une pleine vision sur les jambes de son capitaine, se rendant compte par là-même qu'il s'était rapproché.

Vraiment rapproché.

Elle releva la tête, s'écartant légèrement du côté droit de son lit pour le côté gauche.

_ Nanao-chan serait-elle gênée par ma proximité ?

_ Taisez-vous.

Elle ne voulait pas l'assumer. Elle n'y arrivait pas. Comment aurait-elle pu de toute façon ? Il lui faisait perdre tout moyen, lui donnant l'impression d'être une fourmi face à un éléphant. Sa seule vue lui faisait perdre tout moyen, comment pouvait-elle dès lors jouer sur ce tableau avec lui ? La différence d'assurance était écrasante.

Elle ne vit pas celui-ci sourire alors qu'il s'agenouillait face à sa lieutenante.

_ Mais ce soir, je n'ai pas de dossiers à faire, je reste avec toi.

La lieutenante mit quelques minutes à comprendre de quoi son capitaine parlait, avant que cela ne s'insinue doucement en elle. Elle se mordit la lèvre, ne voulant surtout pas montrer à quel point ses paroles lui avaient fait plaisir.

Il voulait rester avec elle ?

Elle n'avait aucune envie de l'en dissuader.

~...~

Sixième jour.

Il me manque.

Voilà la constatation stupide, puérile, immature, indigne de son rang, au combien pitoyable qu'Ise Nanao venait de faire au soir du sixième jour, après une seconde journée passée sans une seule visite de Shunsui Kyôraku.

Il me manque.

Voilà la simple phrase qu'elle se battait à ne pas admettre depuis plus d'une heure. Voilà la simple phrase qu'elle tentait de repousser au plus profond de son esprit, sautant sur la moindre occupation pour ne pas avoir à y penser. Mais regarder le ciel et les arbres bouger légèrement avec le vent n'était pas d'une grande occupation.

Et face à ça, son cœur était clairement le plus fort.

Alors cette phrase passait en boucle dans sa tête. Et plus elle voulait l'empêcher de se répéter, plus celle-ci semblait revenir avec davantage de force.

Il me manque.

Et alors elle se rendit compte que les doutes qu'elle avait nourri depuis sept jours n'étaient pas fondés. Ou plutôt, elle n'avait pas compris qu'ils n'étaient pas destinés à ce monde. Elle l'avait senti, son corps avait senti. Il lui avait montré que oui, elle était revenue là où elle avait toujours été et là où elle aurait toujours dû être.

...

Finalement ce n'était pas de lui qu'elle avait douté jusqu'ici.

...

C'était d'elle.

~...~

Septième jour.

_ Nanao-chan, je t'amène de quoi t'occuper !

La lieutenante tourna la tête vers la personne qui venait de s'introduire dans sa chambre, sans sursauter ni même paraitre étonnée. Shunsui Kyôraku avait le don d'arriver au moment où elle s'y attendait le moins. Elle avait fini par s'y résoudre.

C'est lorsqu'elle avisa la pile de dossier que celui-ci ramena avec lui qu'une veine apparue au niveau de sa tempe droite.

_ Si vous croyez que je vais simplement accepter de faire votre travail alors que je suis dans un lit d'hôpital, vous pouvez toujours rêver !

_ Mais Nanao-chaaaan, je suis vraiment débordé !

_ C'est juste parce que vous ne savez pas comment remplir des dossiers rapidement. Encore quelques semaines et vous y parviendrez Taïcho, répondit-elle cyniquement.

Shunsui Kyôraku analysa une seconde le visage de sa lieutenante, avant qu'un sourire moqueur n'apparaisse sur son visage.

_ Et depuis quand te permets-tu de répondre ainsi à ton supérieur ?

La lieutenante tiqua.

_ Je...

Il avait raison. Depuis quand se permettait-elle de lui répondre ainsi ?

_ Tu ?

Ise sursauta. Son capitaine s'était agenouillé à moitié sur son futon, son chapeau posé au sol.

_ Je... Ne m'excuserais pas ! C'est de votre faute aussi, à arriver avec des dossiers en pensant que je vais m'en occuper !

_ Tu l'aurais fait avant.

La lieutenante le regarda. Mon dieu... Pourquoi cet homme devait-il être aussi beau ?

_ Co-comme si tout allait redevenir comme avant ! N'y comptez pas Taïcho, vous assumerez seul votre paperasse en retard !

Le capitaine eut un sourire énigmatique.

_ Mais rien ne sera jamais plus comme avant Nanao.

La lieutenante frissonna au regard qu'il posa sur elle, alors qu'elle se demandait s'ils parlaient de la même chose, non sans avoir conscience qu'il avait de ce fait complètement détourné son attention.

Et merde.

~...~

_ Vous pourrez sortir demain lieutenante...

_ Demain ? Mais...

Ise Nanao regarda Hanataro, surprise sans vraiment comprendre pourquoi. Après tout, elle allait très bien, elle n'avait aucune raison de rester plus longtemps dans les bâtiments de la quatrième.

_ Ce sont les recommandations d'Unohana Taïcho. Votre état est stable, il n'y a aucune raison que nous vous fassions rester ici plus longtemps.

La lieutenante regarda un long moment le plafond, entendant d'une oreille le shinigami de la quatrième s'éloigner et refermer le shoji de sa chambre silencieusement alors que des émotions qu'elle pensait avoir réussi à maitriser revinrent s'insinuer en elle ou plutôt, refirent surface, comme si elle n'avait attendu qu'une brèche pour ressurgir avec plus de force.

Le soir de ce jour-là, Nanao fut assaillie par des doutes encore plus puissants que les précédents jours. Elle allait sortir.

Et si elle se rendait compte que ce n'était encore une fois pas son vrai monde en sortant ?

La lieutenante avait continuellement l'impression de faire un pas en avant pour en faire ensuite un en arrière, n'arrivant pas à avancer.

Demain...

En s'il n'y avait que ça...

En sa présence, elle n'arrivait à rien faire. Il était lui, et elle, idiote amoureuse, ne pouvait s'empêcher de ne penser qu'à sa proximité, à l'intonation de sa voix et au regard qu'il portait sur elle. Ce regard où elle pouvait également déceler une pointe de colère froide, brute, enfouie, qu'elle savait ne pas lui être destinée mais qui lui faisait tout de même mal. Ce regard brun pour autant magnifique.

Ces joues rosirent alors qu'elle se rendait compte que ces douze jours de « coma » avaient nettement perverti son esprit, repensant à nouveau à ses bras musclés, à son torse partiellement découvert par son shihakusho entrouvert, à ses mains, si grandes comparées aux siennes...

Il ne manquait plus que ça.

~...~

Douzième jour.

_ Nanao-chan, il faut qu'on parle.

La lieutenante eut un soubresaut, il fallait qu'elle trouve un moyen d'éconduire l'homme qui se tenait en face d'elle. Prise de panique en se rendant compte qu'absolument aucune idée ne lui venait, l'homme en face d'elle lui bloquant tous les types de réflexions possibles, elle vit sans réagir celui-ci entrer simplement dans son appartement, poussant la porte alors qu'elle n'esquissait pas le moindre mouvement pour l'en empêcher.

L'opposition qu'elle manifesta au fait qu'il ferme la porte, mince et futile, fut réduite à néant par un bras s'interposant entre elle et la porte, coupant net tous ses espoirs d'esquiver une confrontation qu'elle redoutait bien qu'anticipait depuis plusieurs jours maintenant. Cherchant le moyen d'éviter son bras, elle ne fit que raffermir la pointe de froideur qu'elle pouvait percevoir dans les yeux de son capitaine, celui-ci se mettant très clairement en face d'elle sans empiéter sur son espace vital, n'empêchant tout de même pas la fragrance caractéristique de sa personne arriver aux narines de la lieutenante.

Respirant déjà difficilement, la lieutenante crut qu'elle aurait définitivement oublié comment on s'y prenait lorsqu'il prononça ces paroles :

_ Et cette fois je ne te laisserais pas t'enfuir.

La lieutenante tenta vainement d'ignorer les battements de son coeur s'accélérant, plongée dans les orbes bruns de la personne en face d'elle.

Quatre jours qu'elle avait quitté la division de soins. Il lui semblait que cela remontait à il y a beaucoup plus longtemps tant ces dernières journées avaient été riches en émotions... Surtout en côtoyant un homme tel que Shunsui Kyôraku.

Le premier jour avait été plutôt normal, si l'on excepte le fait que la plupart des shinigamis de sa division était venu la saluer et lui demander des nouvelles, à tel point qu'elle en avait eu mal à la gorge à la fin de la journée. Son capitaine n'avait rien dit, ni même esquisser le moindre geste envers elle ; chose qui à son grand désarroi l'avait presque déçu... Une fois qu'elle n'avait plus été en sa présence. Le deuxième jour, elle avait revu cette froideur caractéristique dans ses yeux. Ou peut-être y était-elle depuis longtemps et n'y avait-elle jamais fait attention ? Quoi qu'il en soit, elle n'avait pas compris pourquoi celui-ci réagissait ainsi, d'autant plus que la huitième ne s'était jamais portée aussi bien depuis plusieurs décennies. Le soir même, elle avait osé lui demander ce qu'il avait, s'inquiétant de cet état d'esprit qu'elle ne lui connaissait pas.

_ Je crains que tu ne sois pas prête à attendre ce que j'ai à te dire.

Voilà ce qu'il lui avait répondu. Et dans son regard, au-delà de sa froideur caractéristique s'était dégagé un sentiment tellement puissant que son corps en avait tremblé, la perturbant à un tel point qu'elle avait prétexté la fin de ses dossiers pour fuir le bureau. Ce même regard l'avait empêché de dormir une bonne partie de la nuit, étant sujet à une multitude de sentiments qui n'avait cessé de la maintenir éveillée. Et depuis, sa vie ne se résumait plus qu'à cet homme qui occupait toutes ses pensées, à tel point qu'elle fuyait la moindre de leur confrontation et s'enfermait dans ses dossiers lorsqu'elle se trouvait à la capitainerie. Car si cet homme l'empêchait déjà de vivre en son absence, par sa présence elle se retrouvait incapable de réfléchir voire même de penser. Et rien que cette prise de conscience de l'influence qu'exerçait Shunsui Kyôraku sur son esprit suffisait à lui donner envie de le fuir toujours plus, par peur de ce qu'il pourrait arriver si jamais elle lui faisait encore plus de place... Dans sa vie.

Le dixième jour, elle était donc arrivée étrangement angoissée autant qu'excitée, s'en voulant de manifester un tel état pour une lieutenante qui se voulait droite et toujours responsable. Pour une lieutenante qui était censé espérer un peu d'espace entre elle et son supérieur.

Le regard qu'il avait porté sur elle à peine rentrée dans le bureau l'avait tellement chamboulée qu'il lui avait fallut plusieurs secondes avant de comprendre qu'elle n'avait pas fait un pas depuis qu'elle était entrée dans la pièce. Rougissante, elle avait marmonné un vague "bonjour Taïcho" avant de baisser les yeux et de se diriger vers son bureau, ne lui accordant plus un regard de la journée, sentant pour autant le sien par moment. Elle ne s'était rendue compte du fait que son capitaine était arrivé avant elle pour la première fois de sa vie qu'une fois rentrée chez elle le soir, après avoir pris le temps de calmer les battements frénétiques de son coeur.

Le onzième jour avait été encore plus fort émotionnellement. Son capitaine arrivant en retard, elle avait commencé à le réprimander comme il se doit, mais avait lu à nouveau dans son regard cette colère froide qui l'avait aussitôt fait se rassoir.

_ J'ai des choses à te dire Nanao-chan.

Nanao avait alors sentit son visage rosir, fuyant tout d'un coup le regard et la vue de son capitaine.

_ Commencez par faire votre travail, on parlera après, lui avait-elle répondu.

_ Ah oui ? Tu ne vas pas plutôt continuer à me fuir ?

Un soubresaut marqua la fin de la phrase du capitaine, la lieutenante ouvrant de grands yeux, un sentiment de malaise intense la prenant au dépourvu. Elle ne pouvait pas relever la tête, sachant que son capitaine, juste devant elle, gagnerait si jamais elle le faisait. Et elle avait peur. De ce regard qu'elle ressentait. De cette colère également. De tous ces bouleversements sur lesquels elle n'avait aucune emprise, elle qui était pourtant habituée à tout contrôler.

Mais par-dessus tout elle avait peur de ses sentiments, qu'elle ne parvenait pas à assumer.

_ Je vois. Alors on discute ce soir, Nanao.

La lieutenant frémit à la manière dont il prononça son prénom. D'abord étonnée qu'il lui laisse encore un moment de répit, elle se rendit vite compte de l'inconvénient de la situation dans laquelle elle se trouvait. Toute la journée, elle fut incapable de mener un travail cohérent, cherchant par tous les moyens à trouver une échappatoire à la discussion du soir. C'était stupide mais au fond, l'ombre de certaines paroles restaient ancrée en elle. La présence de cet homme lui était difficilement supportable pour le moment au vu des sentiments contradictoires qu'elle nourrissait à son égard. Sentiments qu'elle ne se sentait pas prête à assumer.

Ce qu'elle ne savait pas c'est que Shunsui Kyôraku estimait qu'il avait été bien assez patient comme cela. Trop patient même, ayant risqué de perdre la femme qu'il aimait sans n'avoir jamais confronté ses sentiments. Et s'il savait que brusquer la jeune femme n'était pas forcément la meilleure des solutions, son instinct comme son coeur lui hurlaient de passer à l'action.

Au soir du onzième jour, celui-ci savait que le dénouement de cette histoire était proche. Et malgré la confiance qui semblait naturellement émaner de sa personne, il lui était impossible de ne pas douter. Ise Nanao avait les clés de leur destin entre ses mains. Et rien que ça rendait l'attente encore plus insoutenable, le dénouement encore plus important. Alors il la pousserait dans ses retranchements.

Et il la pousserait jusqu'à ce qu'elle cède.

Le douzième jour, Nanao arriva dans le même état de mi-excitation mi-angoisse que les précédents jours, la fatigue cumulée de son manque de sommeil des derniers jours en plus. A son arrivée, c'est avec soulagement qu'elle avait noté son absence, s'installant tranquillement à son bureau pour commencer son travail. Celui-ci était arrivé en retard, chose habituelle soit dit en passant, mais qui l'avait pour autant étonnée au vu des actes des récents jours. La laissait-il enfin respirer ? La lieutenante avait eu tort de s'inquiéter, celui-ci semblait avoir compris qu'elle avait besoin de temps histoire de mettre à plat ses sentiments.

Ils avaient ainsi passé une journée habituelle, sous les chamailleries dont elle avait l'habitude et la lieutenante s'était peu à peu détendue, achevant son travail plus tôt de part la présence efficace de son capitaine et se permettant donc de le saluer avec un sourire avant de partir rapidement de la division. Elle savait que ce comportement de bon capitaine finirait par se calmer et comptait en conséquence en profiter jusqu'au bout. D'autant plus que celui-ci semblait avoir renoncé à toute tentative d'approche à son encontre... Pour le moment.

Elle était donc rentrée chez elle rapidement, appréciant la douche salvatrice ainsi que le thé bienfaiteur dans la tranquillité du début de soirée. C'est sans arrière-pensées qu'elle était allée ouvrir la porte à celui qui venait de toquer, souriante malgré le fait qu'elle aurait préféré rester seule pour se reposer.
Souriante jusqu'à ce qu'elle voie qui s'y tenait.

_ Taïcho.

Peut-être n'avait-il pas renoncé finalement.

A suivre...


*Hakufuku (白伏, Torpeur Blanche) : Utilisé par Gin sur Rangiku, la cible s'évanouit, inconsciente. Son reiatsu disparait. C'est ce kidô qui aurait servi de base à celui de l'agresseur de Nanao.


Je tiendrais d'abord à rappeler que comme ma prochaine partie est l'épilogue, j'ai techniquement effectivement terminé cette fiction x). Dans la pratique... Euh... J'en suis très loin... Mais c'est pas de ma faute si je rajoute des morceaux d'histoire tout le temps T.T. Cette partie fait déjà 11 pages. J'ai donc préféré la couper de la toute fin, ne souhaitant pas la bâcler. Je m'excuse pour autant de ce changement de programme.

En tout cas, tout se précise ! J'aime beaucoup cette partie pour ma part :3.

Et parce qu'une review fait toujours plaisir, j'espère vous retrouver avant la publication de l'épilogue d'Entre deux mondes !

C Kotomi