~ Entre deux mondes ~

Partie 8

Affronter ses peurs


Musique: Alban Bartoli, "Diamonds" / Honey 2, "Set it on fire".


_ Regarde-moi, Ise.

La jeune femme essaya d'analyser la situation de la manière la plus calme et détendue possible. Impossible. Crispée, les mains fermées en deux poings, ses yeux n'osaient pas fixer autre chose que le sol depuis qu'il s'était avancé au point d'être à deux doigts d'envahir son espace vital, restant cependant à une distance lui permettant de respirer correctement.

_ Regarde-moi.

Espace vital maintenant fortement réduit au vu de son champ de vision nouvellement encombré.

Dix bonnes minutes s'étaient écoulées depuis l'entrée de Shunsui Kyôraku dans l'appartement de la shinigami. Entre esquive et changement de sujet, elle avait réussi à contrôler la situation jusqu'à une minute auparavant. Et elle se savait désormais complètement coincée, ne sachant pas pour autant quoi faire malgré les injonctions de Shunsui Kyôraku. Déjà que le savoir ainsi chez elle, voulant absolument en démordre, la mettait dans un tel état de gêne qu'elle peinait à ne pas en transpirer et à calmer les battements de son cœur, alors devoir affronter son regard...

Comment pouvait-on redevenir aussi faible face à un homme, aussi séduisant pour soi, soit-il ?

Et comme pour mettre à mal encore un peu plus ses sentiments, elle sentit deux doigts saisir délicatement son menton, avant de relever lentement son visage. Et elle avait eu raison d'avoir peur de croiser son regard. Car au-delà de leur chaleur caractéristique, elle pouvait clairement voir émerger deux émotions parmi toutes. Le désir. Et la colère. Sachant l'effet que ses iris avaient sur elle, elle détourna le regard immédiatement.

Car elle n'avait vraiment pas besoin de ça.

Alors, elle se rendit compte que bloquée contre le mur de son propre appartement, Shunsui Kyôraku ne lui laissant pas une chance de s'échapper, elle se sentait infiniment... Femme. Constatation qui eut pour effet direct de la crisper davantage alors qu'elle tentait de maintenir une respiration correcte, qui ne montrerait pas à quel point cette proximité lui faisait de l'effet.

_ Pourquoi ne fais-tu qu'esquiver Ise ? Demanda-t-il, posté face à elle.

_ Je... Je ne sais pas, murmura-t-elle, complètement hypnotisée par la simple voix de l'homme devant elle, sans espérer que cette réponse le satisferait.

_ Moi je pense que si au contraire. Mais tu as simplement peur de l'assumer.

_ Je n'ai pas peur.

_ Alors pourquoi fuis-tu mon regard ?

_ ... Je ne le fuis pas.

_ Dans ce cas, regarde-moi.

_ Pourquoi y tenez-vous tant ?! Commença-t-elle à s'énerver, oubliant progressivement l'angoisse et la gêne du premier abord.

_ Parce que je veux que tu assumes.

_ Assumer quoi ?

_ Je t'ai dit de me regarder.

_ Mais pourquoi n'en faites-vous qu'à votre tête ?! Finit-elle par répliquer, une pointe d'agacement claire lisible, relevant les yeux au même moment.

Le regrettant instantanément.

Elle le savait. Elle savait qu'en accrochant son regard, elle ne pourrait plus s'en détacher, comme d'une ancre accrochée à son bateau. Les yeux de cet homme dégageaient une telle intensité qu'il était impossible d'y échapper. Et à vrai dire, le temps qu'elle mit à se ressaisir, elle n'avait aucune envie de s'en détacher. Jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle avait réagi exactement comme il l'avait prédit rien qu'en notant la lueur traversant son regard.

A cet instant, elle aurait tout donné pour qu'il fasse nuit noire, qu'elle puisse contrôler ses sentiments ou qu'elle ait simplement la force d'échapper à cet homme ; homme qui lui adressait maintenant un sourire en s'approchant plus, l'incitant à se plaquer davantage contre le mur au point de devoir se mettre sur la pointe des pieds, ce qui, elle s'en rendit compte juste après, n'arrangeait pas sa situation.

Du tout.

Leur visage à moins de cinq centimètres l'un de l'autre, leurs regards semblaient soudés au point que même cligner des yeux aurait pu briser ce moment unique. Elle se rendit alors compte des bras plaqués de chaque côté de sa tête, qu'elle n'avait même pas vu jusqu'ici. Oser parler de prisonnière dans ces conditions auraient été bien humoristique. D'autant plus face aux frissons qui traversaient son corps, à la chaleur profonde que dégageait son visage, aux battements rapides de son cœur et à sa respiration, de plus en plus faible, à mesure que le rapprochement se faisait intense.

_ C'est moi qui provoque ça chez toi, n'est-ce pas ?

Sans oser lui répondre, elle lui adressa un regard qui, elle l'espérait, feignait l'étonnement, essayant de reprendre un peu le dessus sur les sentiments que la proximité de l'homme qu'elle aimait, provoquaient.

_ Ne joue pas avec moi Ise, continua-t-il en plaquant son corps contre le sien.

_ ! Ta... Taïcho !

_ J'en ai assez d'attendre.

Elle avait à peine eu le temps de comprendre le sens de ses paroles qu'il s'écartait d'elle, entrant dans son salon sans même attendre une quelconque permission.

- Viens, nous devons parler.

La jeune femme mit plusieurs secondes à comprendre ce qu'il venait de se passer. Elle n'avait pas rêvé la situation précédente n'est-ce pas ? Elle regarda l'homme qui l'attendait maintenant sur le canapé de son propre salon, un bras sur le dossier, le visage fermé, le regard perçant, tourné dans sa direction.

Elle sut alors qu'elle était piégée. Parce qu'il avait fait le pas qu'elle redoutait depuis plusieurs jours maintenant. Parce qu'il était chez elle, sur son canapé et qu'elle savait pertinemment qu'il ne la lâcherait pas tant qu'il n'en aurait pas fini avec elle. Elle réprima les frissons qui manquèrent parcourir son corps. Fuir lui était impossible, d'autant plus qu'elle était dans son propre appartement. Elle baissa la tête, un demi-sourire sur le visage.

Cet homme avait tout prévu.

_ Bien, discutons.

Après tout, elle aussi avait des questions.

~...~

Installés confortablement sur le seul canapé du salon, une tasse de thé fumante dans leurs mains, aucun mot n'avait été prononcé depuis près de cinq minutes. Cinq minutes qui pour elle, équivalaient à l'éternité. Si la jeune femme pensait un jour avoir pu se retrouver dans une situation gênante, celle d'aujourd'hui battait tous les records. Elle pensait qu'il allait rapidement entamer la conversation, la tasse de thé n'étant qu'un prétexte pour le fuir un peu plus longtemps et lui occuper les mains. Mais non. Et son exaspération augmentait à mesure qu'elle se rendait compte de la fixation qu'elle avait sur ces-dites mains, qu'elle se permettait de regarder furtivement dès qu'elle se savait non observée.

Autrement dit, quasiment jamais. Ce qui l'exaspérait encore plus.

Elle ne se rendit même pas compte du mince soupir qu'elle laissa filer d'entre ses lèvres.

_ Ichinose Wakiya te dit-il quelque chose ?

Elle sursauta, se rendant compte qu'elle était totalement ailleurs l'espace d'une minute, priant tous les kamis qu'il ne s'en soit pas aperçu bien qu'elle n'y croie pas elle-même. Ichinose... Ichinose...

_ Non... Non pas que je m'en souvienne. Pourquoi ?

_ Même dans tes souvenirs de l'école des shinigamis ?

A la détermination de fer qu'exprima son regard, elle n'osa même pas imaginer ne pas y réfléchir sérieusement. Recherche infructueuse. Ichinose Wakiya ne lui disait absolument rien.

_ Je ne me souviens d'aucun Ichinose Wakiya...

Et puis comme s'il lui avait fallu une minute pour comprendre, elle prit conscience du fait que pour qu'il lui demande des informations, c'est qu'il y avait quelque chose entre elle et cet homme. Et il n'y avait même pas besoin de se nommer Ise Nanao pour comprendre très rapidement de quelle relation il pouvait bien s'agir.

_ Ne me dites pas que...

_ Ton agresseur se nommait Ichinose Wakiya, oui.

Malgré le fait qu'elle s'était attendue à cette réponse, entendre son capitaine l'annoncer de but en blanc, qui plus est en la coupant, eut le don de refroidir complètement l'ambiance, la faisant revenir à des choses beaucoup plus terre-à-terre que les mains du brun, l'effet dévastateur de son regard ou les sentiments qu'elle pouvait éprouver pour lui. Incroyable comme cette soirée n'était pas du tout orthodoxe. A cet instant, elle aurait donné cher pour simplement être couchée dans son lit, sans avoir à affronter cette conversation. Sans avoir à l'affronter lui.

_ Le capitaine Unohana m'a... Rapporté le fait que vous ayez... Demandé au capitaine Kurotsuchi de lui faire passer un... Interrogatoire.

_ Nanao-chan en sait des choses sur moi !

Le ton jovial employé pour cette simple phrase choqua la vice-capitaine qui ne s'y attendait pas du tout. D'autant plus au vu de la gravité de la conversation qu'il tenait maintenant. Décidément, cet homme était incompréhensible ! A croire qu'il avait décidé de jouer avec ses nerfs jusqu'au bout !

Préférant ignorer la remarque, elle enchaîna :

_ Et qu'en avez-vous appris ?

Elle vit le regard de Shunsui Kyôraku s'assombrir au moment même où elle finissait de poser sa question.

_ Il n'a pas supporté que je t'ai préféré à lui lorsque je suis venu à l'école des shinigamis chercher la future grande combattante que tu promettais d'être.

_ Je ne suis pas une grande combattante.

_ Tu l'es.

Elle ne le contredit pas. Il avait réemployé ce ton qui empêchait toute discussion et elle n'avait vraiment pas envie de tester sa résistance.

_ Tout ceci n'était que de la pure jalousie Ise... S'il ne t'avait pas sous-estimé, tu aurais pu y rester !

Et elle vit à nouveau la colère dans son regard, si beau malgré ça. La peur également et le regret, ces deux émotions cependant largement étouffées par l'énervement. Et elle ne comprenait pas. Car elle était vivante et pas cet Ichinose. Parce que c'était la première fois qu'il réagissait si violemment à une agression sur sa personne, alors que ça n'était pas la première fois qu'il l'avait sauvée d'un ennemi. Loin de là.

Et pourtant, elle fut prise de compassion au-delà du sentiment de malaise qui s'insinuait profondément en elle, lui hurlant qu'il cachait toute l'étendue de ses sentiments et qu'elle se devait de faire quelque chose. Pour qu'enfin, il cesse de la regarder ainsi, confusément, la blessant d'une façon qu'elle n'avait pas encore connue.

La blessant parce qu'il se sentait coupable.

_ Vous...

_ Que veux-tu savoir, Ise ?

Elle se rendit compte qu'elle avait parlé à la question du brun. Et voilà. Elle qui était connue pour ne pas intervenir lorsque cela n'était pas nécessaire, venait de l'ouvrir pour une question qui risquait de faire des étincelles. Hésitante, sa gêne augmenta crescendo en se rendant compte que son capitaine la dévisageait littéralement, d'un regard qui suffit à la déconcentrer quelques instants de part sa profondeur. Elle pria qu'il ne se rende jamais compte du complet effet qu'il lui faisait, sa fierté aurait vraiment du mal à s'en remettre.

Inspirant un grand coup, maintenant le regard de l'homme en face d'elle du mieux qu'elle le pût, sans se douter que Kyôraku percevait son trouble à chaque instant, tant ses yeux parlaient pour elle, elle reprit :

_ Pourquoi... V-vous réagissez comme ça ?

_ Tu trouves que je réagis étrangement ?

Encore une fois, la lieutenante se rendit compte qu'elle mettait vraiment sa stabilité émotionnelle en jeu d'elle-même et sans même le vouloir. Elle était sûre qu'il savait de quoi elle parlait mais préférait jouer la carte de l'ambiguïté. Cet homme la tuerait un jour, elle en était certaine.

Elle vit son capitaine fermer les yeux, ce qui lui permis de respirer vraiment pour la première fois depuis bien trop longtemps. Préférant ne pas laisser la question du brun trop en attente au risque d'aggraver son cas, elle enchaîna directement, non sans inspirer à nouveau longuement avant.

_ Vous êtes... En colère, taïcho...

La jeune femme faillit se frapper au moment où elle sortait cette constatation oh combien stupide. Bien sûr qu'il était en colère, ce n'est pas comme s'il cherchait à le cacher. Décidément ce soir, elle atteignait des sommets de stupidité ! Elle qui voulait l'aider, elle était bien mal partie...

_ Oui.

Et lui qui n'en sortait plus une. Si ça continuait ainsi, elle finirait plus en colère que gênée car elle doutait très fortement de supporter encore longtemps cette situation totalement instable. Ces derniers jours avaient été les plus compliqués de son existence et autant dire que cela commençait à l'épuiser.

_ Nanao-chan s'intéresserait-elle à la raison de cette colère ?

La demoiselle aurait pu noter le retour du "Nanao-chan" si la façon dont avait été posée cette question n'avait pas été aussi froide et... Lointaine. Bordel mais que se passait-il à la fin ?

_ Oui.

Elle le vit se déconnecter de la réalité au voile qui s'installa devant ses yeux. Une minute passa, deux, puis trois, sans que rien ne soit prononcé. Shunsui Kyôraku cherchait ses mots, la meilleure façon d'exprimer très clairement pourquoi il était tellement en colère. Il n'était pas habitué à éprouver ce genre de sentiment. Le fait que la femme en face de lui soit impliquée dedans l'y aidant encore moins. Il voulait trouver la manière la plus certaine de se faire comprendre, de sorte à pouvoir très rapidement changer de sujet. Cette conversation était importante, mais il avait mieux à faire avec elle. Beaucoup mieux.

Nanao quant à elle, ne se doutait absolument pas du cheminement des pensées du brun, persuadée que s'il ne répondait pas, c'est qu'elle avait été trop loin.

_ C... Cette question est déplacée, vous n'êtes pas obli...

_ Je n'ai pas pu te protéger. J'ai échoué en tant que capitaine.

Bombe.

Complètement paralysée par la stupidité de ce qu'elle venait d'entendre, elle eut du mal à simplement comprendre ce qu'impliquait de telles paroles venant de Shunsui Kyôraku, l'un des capitaines les plus puissants du Gotei 13. Jusqu'à combien cet homme était près à se rabaisser. Pour elle.

A cause d'elle.

La lieutenante parvint difficilement à réprimer le picotement significatif de ses yeux alors qu'elle n'osait même plus croiser le regard brun en face d'elle.

_ De plus... Cette situation m'agace profondément, Nanao-chan, enchaîna-t-il, en se plaçant juste en face d'elle sur le canapé, leur genoux se touchant désormais dans un contact suffisant pour mettre à mal sa concentration.

_ Qu... Quelle situation ?

_ J'ai dit que j'avais échoué en tant que capitaine et non en tant qu'homme. Désormais, je te vois comme la femme que je protégerais à en risquer ma vie.

Ise regarda Kyôraku Shunsui droit dans les yeux, cessant de respirer pendant quelques secondes. Comment cet homme pouvait-il sortir de telles choses ? Faire battre son cœur à une allure démentielle tout en la faisant culpabiliser tout autant ?

_ Vous ne pouvez pas dire de paroles aussi importantes pour moi Taïcho !

_ Je ne peux les dire que parce que c'est toi, Ise.

Le regard qu'il darda sur elle l'hypnotisa d'une telle manière qu'elle ne trouva absolument rien à répondre à sa dernière phrase.

_ Vous êtes fou...

_ Ma Nanao-chan s'est donc enfin rendu compte que je suis fou d'elle !

_ Ce n'est pas drôle Taïcho !

_ Kyôraku.

_ Quoi ?

Il se rapprocha d'elle d'une manière telle qu'il lui manqua certainement une ou deux respirations.

_ Kyôraku, Nanao.

Et merde. Merde. Merde. Elle aimait cet homme. Elle aimait la personne qu'il était, au-delà des apparences et ce malgré son tempérament tellement différent du sien.

_ Tu as peur de t'engager.

Et il cherchait vraiment à la faire craquer. Les réactions de son cœur comme de son corps semblait répondait à la dernière phrase du brun. Comme s'ils lui hurlaient que oui, c'était le problème et qu'il n'y avait qu'elle pour ne pas s'en être rendu compte. Elle avait peur de ce qu'elle risquait à perdre à faire évoluer leur relation. Et il l'avait deviné.

_ Non je... Enchaina-t-elle trop rapidement, troublée par ses dernières paroles.

Il perdait patience, elle le sut au moment même où elle prononça le début de sa phrase.

_ Tu ne peux pas nier et tu le sais.

Elle ne répondit pas, totalement absorbée par son regard, ses lèvres et le son de sa voix.

_ Je le sais, continua-t-il.

La respiration d'Ise Nanao s'accéléra au moment même où elle sentait que quelque chose allait changer à ce qu'elle vit passer dans son regard. Toujours ce regard. Son regard.

_ Alors ne m'en veux pas de devenir sérieux, Nanao.

Ise Nanao écarquilla les yeux de surprise, il venait de se pencher sur elle avec une telle rapidité qu'elle n'avait même pas pu anticiper son mouvement, malgré ce qu'elle avait vu passer dans son regard. Encore. Et par-dessus tout, sa main droite dans ses cheveux empêchait toute tentative de fuite. Silencieuse et mal à l'aise comme jamais auparavant par cette nouvelle proximité, elle ne pouvait même pas esquiver son regard, tant ses yeux déstabilisants l'emprisonnait sans qu'elle ne puisse rien y faire. Il y avait dans cet homme quelque chose qui l'attirait, elle, irrémédiablement.

Était-ce cela qu'il essayait de lui faire comprendre ? Qu'elle ne pouvait de toute façon pas lui échapper même si elle faisait tout pour ? Qu'il avait trop d'emprise sur elle ?

_ P... Pourquoi me regardez-vous comme ça ?

_ Parce que j'ai une manière particulière de regarder ?

Et voilà, le retour du jeu. Un jeu qu'il ne pouvait pas nier, même s'il lui avait demandé de le stopper au départ. Car elle n'était pas la seule à feinter, il faisait exactement la même chose maintenant.

Elle savait qu'à la fin de ce jeu, il n'y aurait qu'un seul vainqueur.

_ Ne faites pas l'innocent.

_ Mais je ne suis coupable de rien, Ise.

Et elle doutait d'en être la gagnante.

Son capitaine ne l'avait jamais appelé par son prénom. Non, Shunsui Kyôraku ne l'avait jamais appelé par son prénom. Et l'entente de celui-ci choqua suffisamment la shinigami pour laisser le temps au brun de poser sa main gauche sur sa taille, l'autre juste à la droite de son visage. Oubliant un temps de respirer, elle essaya tant bien que mal de garder contenance.

_ Oubliez ça...

Contenance qu'elle crut totalement perdre au moment où il resserra son étreinte, de sorte à totalement se coller à son corps, leur visage l'un devant l'autre, l'une de ses mains le maintenant en équilibre au-dessus d'elle tandis que l'autre caressait désormais sa taille, faisant frissonner la lieutenante sans qu'elle ne puisse rien contrôler. Nanao ne préféra même pas réfléchir à la teinte que devait avoir pris son visage, alors que son cœur battait tellement fort désormais qu'elle doutait qu'il ne puisse pas le sentir au vu de leur nouvelle proximité.

_ Je n'ai pas envie d'oublier Nanao, qu'y avait-il dans mon regard ?

_ A... Absolument rien.

Elle frissonna lorsque la main du Shinigami, avant sur sa taille, remonta tout son bras pour arriver à son épaule puis son cou. Bordel, cet homme lui faisait un tel effet...

_ Taïcho...

- Que se passe-t-il, Nanao ?

La lieutenante manqua frissonner au ton qu'il employa sur son prénom.

_ Vous...

_ Y aurais-tu vu ce que je vois également dans ton regard ?

Ise Nanao se crispa dans la seconde. Elle en étais sûre. Comment cacher ses sentiments à un homme qui la connaissait depuis toujours et voulait clairement les faire sortir ?

Elle allait craquer, cet homme allait la faire craquer. Et il le savait. Des décennies qu'elle essayait de masquer au mieux le trouble qu'elle ressentait en sa présence et voilà qu'en une soirée, il venait de briser la carapace qu'elle s'était formée. Désirait-elle Shunsui Kyôraku ? Bien sûr que oui... Mais comment pouvait-elle, après tout ce temps... Simplement lui ouvrir son cœur...

_ Assume, Ise. Assume tes sentiments et ton envie d'être avec moi. Assume et laisse-moi faire le reste... Chuchota-t-il à son oreille, envoyant une décharge électrique dans tout le corps de la belle.

Il rendait les choses si faciles, le regard pénétrant qu'il lui adressa l'hypnotisant totalement, tant le sentiment qui s'en dégageait était profond. Violent. Ardent. Amour et désir se mélangeant d'une façon qui la firent haleter, sa main gauche désormais accrochée au shihakusho de l'homme en face d'elle.

_ Pourqu... Pourquoi maintenant ?

Elle se laissa faire lorsqu'il la décala de sorte à ce qu'elle se retrouve à genoux sur ses jambes, ses deux mains posées sur le shihakusho recouvrant son torse dans une tentative qu'elle savait veine de garder une distance de sécurité entre leur deux corps, qui n'existait plus juste avant. Les deux mains de son capitaine au niveau de sa taille, elle se rendit compte que si elle le voulait, elle aurait pu lui demander de partir, refuser ses avances ou simplement cette discussion des dizaines de fois, mais elle n'avait rien fait. Jamais. A vrai dire, elle n'y avait même pas pensé. Lorsqu'il ancra profondément son regard dans le sien, elle comprit qu'il avait raison. Que s'engager lui faisait peur. Mais pas avec lui. Qu'elle en avait même envie, qu'elle s'était totalement voilée la face en pensant pouvoir lui résister.

_ Parce que j'ai failli te perdre. Et que je ne veux plus jamais qu'une telle situation n'arrive. Que je me suis rendu compte d'à quel point j'avais été bête d'attendre que tu mûrisses et puisses avoir d'autres expériences, puisque j'ai déjà du mal à accepter ta nouvelle bonne entente avec les hommes de la division.

Nanao ne put retenir la vague d'amour qui la submergea brusquement, au moment-même où, le visage embrasée, elle détournait le regard des lèvres de l'homme en face d'elle. Jamais elle n'avait tenu de discussion aussi sérieuse avec lui. Et elle était quasiment certaine que personne ne viendrait à la croire si elle racontait ne serait-ce que la moitié de cette soirée. Pas qu'elle est envie d'en parler mais elle savait que toutes les émotions qu'elle ressentait auraient besoin de sortir.

Pour la première fois, elle pouvait réellement l'aimer. Ouvertement. Et elle savait également que l'homme en face d'elle avait besoin d'être rassuré, même si l'idée qu'il n'est toujours pas comprit à quel point il éclipsait à lui seul tous les autres hommes lui donnait envie de rire doucement.

_ Les autres shinigamis ne sont que des camarades pour moi... Kyôraku.

Le sourire qu'elle lui adressa ainsi que l'utilisation de son nom coupèrent le souffle à l'homme en question, qui en oublia totalement ses pensées vicieuses. De la surprise clairement lisible dans le regard magnifique du shinigami, la jeune femme ne put pour autant s'empêcher de se demander si elle avait vraiment eu le cran de dire ce qu'elle venait de dire. Elle ne put cependant pas y réfléchir plus longtemps, Shunsui Kyôraku s'étant penché de sorte à parcourir désormais lentement son cou, coupant ainsi court à toutes les pensées de la jeune femme.

_ Kyôraku, hein ? Murmura-t-il dans son cou, faisant frissonner comme une feuille sous l'effet du vent Nanao, à cause de son souffle.

Perdant contenance, Ise Nanao agrippa plus fortement l'uniforme du brun sans même s'en rendre compte, alors qu'il continuait lentement la traversée du cou de ses lèvres. La jeune femme ne se permit même pas de penser à ce que cela serait lorsqu'il y passerait sa langue. Le visage en feu, la respiration irrégulière et les yeux à demi fermés, ce n'est que par un autre murmure qu'elle réussit à lui répondre :

_ Oui... Je... Elle couina légèrement lorsque les lèvres du brun retraçant le bas de son visage furent rejointes par ses dents, toujours aussi lentement. Je me s-suis dit que...

La suite, elle n'eut pas le temps de la comprendre.

Elle n'aurait même pas pu dire à quel moment les lèvres de son capitaine et désormais compagnon s'étaient retrouvées sur les siennes.

Fin.


-Version corrigée, merci Naya pour avoir soulignée mon erreur ;)-

VIVA LES FINS GUIMAUVES !

Je n'ai aucune excuse pour le temps que j'ai mis à faire paraître ce chapitre, mais j'ai mis tellement de temps à trouver un plan qui me plaisait... En plus, la fin ne me satisfait pas tellement, j'aurais aimé décrire plus explicitement la scène du baiser mais je pense que cela aurait cassé la dynamique de toute la partie.

Mais c'est fini et ça me fait quand même quelque chose. Ce projet, je l'ai en tête depuis un an maintenant. T.T.

Je remercie tous ceux qui ont pris de leur temps pour me lire, me suivre et surtout me reviewer. J'espère que cette dernière partie aura encore plus d'avis que d'habitude, de sorte à vraiment clôturer cette fiction en beauté.

On se donne rendez-vous au(x) bonus !

C. Kotomi