III : Sortie entre amis

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La soirée avait avancé et Amelia était allé manger au self. En temps qu'interne, elle avait des horaires stricts à respecter. Sa mère ne pouvait se permettre de l'amener tous les matins à Scotland Yard, alors elle l'avait laissée à l'internat ; ce qui ne dérangeait pas le moins du monde la jeune fille qui avait toujours été plutôt indépendante et encore plus depuis le départ de son frère. Il ne valait mieux pas qu'elle pense à ça sinon elle allait fondre en larmes dans le réfectoire. Pas génial pour un jour de rentrée.

Comme ni Archie ni Virginia n'étaient internes, elle se retrouvait seule à une table. Là non plus, rien de bien gênant pour elle. Elle n'avait aucun problème à se faire des amis mais n'appréciait pas outre mesure la société. Moins elle avait de gens autours d'elle, mieux elle se portait. Elle mangea donc dans un coin du self, en silence, repensant avec plaisir à sa première journée à l'université et à ses deux nouveaux amis.

Alors qu'elle allait entamer le dessert, une jeune fille s'approcha d'elle, le plateau dans les mains. Elle était plutôt petite, avec une peau métissée et des cheveux lisses et noirs et de grands yeux bruns aux longs cils. Amelia décida qu'elle était jolie. Alors que l'inconnue se penchait vers elle, sûrement pour lui demander si elle pouvait s'asseoir, la blonde ne put s'empêcher de remarquer qu'elle se tenait voûtée, comme si elle ne voulait pas qu'on la remarque. La voix tremblotante qui lui adressa la parole confirma cet état des faits.

- Je peux m'asseoir vers toi ? chevrota la nouvelle venue.

- Bien sûr, je t'en prit.

- Merci ! et elle parut incroyablement soulagée.

Amelia prit tout son temps pour terminer de manger, prolongeant le temps qu'elle passait avec la jeune fille timide, ne voulant pas la laisser seule. Elle s'enquit sur quelques informations de bases que l'arrivante se fit un plaisir de lui donner vu le sourire rayonnant qui ornait désormais son joli visage métissé. Elle s'appelait Ruby Anderson et était dans la même promo qu'elle, bien qu'étudiant le droit pénal. Après quelques phrases de plus, il s'avéra que les deux jeunes filles logeaient dans le même pavillon.

Ruby finit rapidement de manger et toutes deux se dirigèrent vers les grands panneaux d'affichage en liège pour chercher leur numéro de chambre et pouvoir ensuite demander la clé au concierge. Elles apprirent avec surprise et joie qu'elles étaient dans la même chambre. Comme quoi, le hasard fait bien les choses. Les deux nouvelles amies partirent chercher leur clé et montèrent au premier étage de l'immeuble de logements étudiants du campus pour trouver leur studio.

Amelia déverrouilla la porte et elles pénétrèrent dans le petit salon-cuisine, sobrement meublé mais avec goût. Elles traînaient derrière elles leurs bagages récupérés dans la salle d'étude où les parents avaient été chargés de les déposer pendant qu'ils partaient en cours. Amelia poussa la porte à sa droite, dans un étroit couloir attenant au salon-cuisine et découvrit une petite chambre lumineuse aux murs vert pomme et au parquet de bois clair. Derrière elle, Ruby prenait possession de la chambre aux tons ocres qui lui faisait face.

Elles sortirent au même moment de leurs chambres, se fixant avec perplexité avant d'avoir un bref élan de joie et de se sauter dans les bras. Elles se reculèrent presque immédiatement, rougissant légèrement dans un comportement typiquement anglais que la mère d'Amelia, d'origine allemande, ne cessait de lui reprocher. Gênée, la jeune fille blonde se dirigea vers la petit cuisine et trouva avec soulagement une boîte de thé et une bouilloire qui lui permit de préparer du thé et de masquer ainsi sa honte d'avoir eut une réaction si disproportionnée. Mais elle était si heureuse d'avoir enfin un chez elle !

Ruby de son côté rangeait déjà ses affaires dans ses tiroirs, un sourire presque extatique sur le visage, heureuse de s'être fait une nouvelle amie en si peu de temps. Dire qu'elle aurait put tomber sur la fille du professeur Lestrade... L'homme était adorable et un bon ami de ses parents, mais sa fille... une peste. Une vrai peste. Et son fils était encore pire. Heureusement que lui n'était encore qu'au lycée, dieu merci.

Elle posa ses affaires dans la salle de bain et rejoignit Amelia qui finissait de verser le restant d'eau chaude dans deux mugs d'où s'élevait un parfum délicieux. Thé vert et feuilles de menthe. Génial. Elle remerciait silencieusement les gens bénis qui avaient pensé à mettre du thé dans leurs placards, à défaut d'aliments comestibles. Le thé sauvera l'Angleterre. Et actuellement deux jeunes filles dans leur studio.

Après avoir fini leur tasse de thé, elles restèrent quelques minutes devant le poste de télévision qui diffusait un talk-show quelconque puis prirent la décision de partir se coucher d'un commun accord. Elles passèrent toutes deux par la salle de bain puis se souhaitèrent bonne nuit et rejoignirent leur chambre.

Amelia envisageait déjà d'aller faire des courses le lendemain. Il y avait une épicerie sur le campus, elle l'avait vu dans la brochure, comme sur la plupart des campus de grande importance. Comme ça, Ruby et elle n'auraient plus à aller au self. Cela ferait des économies, les repas du réfectoire étant plus chers que ce qu'elles pouvaient se préparer d'elles-même. Elle enfila son pyjama et vint se blottir sous sa couette après avoir fait les draps. Sa première journée avait été un succès. Elle appellerait sa mère le lendemain et lui raconterait tout.

Elle s'endormit avec un sourire aux lèvres et tournoyant dans son esprit, les visages de ses trois nouveaux amis.

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Le lendemain, le son strident du réveil la tira de son sommeil de plomb. Elle n'était absolument pas une lève-tôt et le réveil avait tendance à la mettre de mauvaise humeur. Elle se leva en grognant de son lit, rejetant la couette et fit un détour par la salle de bain avant de se diriger vers la cuisine. Son visage se para d'un sourire en voyant que Ruby avait déjà préparé le petit déjeuner en faisant des pancakes -où avait-elle trouvé la farine ?- et qu'une tasse de thé fumante l'attendait. Cette coloc' était une sainte.

La journée qui suivait n'avait pas de cours, la rentrée des troisièmes années ayant lieu ce jour là. Amelia décida d'appeler Archie et Virginia pour voir si une sortie avec elle et Ruby les intéresseraient. Mais avant, elle allait devoir aller faire quelques courses. Alors qu'elle se levait pour sortir, Ruby lui barra le passage et déclara qu'elle irait à sa place. Haussant un sourcil perplexe, Amelia accepta cependant et la laissa filer alors qu'elle décrochait son téléphone pour appeler Virginia.

La jeune fille excentrique fut convainque en une demi-seconde, dès que les mots « sortie en ville » et « Archie » furent prononcés. Amelia eut un peu plus de mal avec Archie mais le jeune homme accepta finalement, promettant que s'il s'ennuyait trop, il partirait sans lui demander son avis. La blonde se jura que ce jour n'arriverait jamais. Elle retourna à sa chambre et enfila son manteau et son écharpe. Septembre était déjà bien froid.

Amelia se planta à la porte et attendit le retour de Ruby qui ne tarda pas. Elle l'aida à déposer les sacs de course dans la cuisine et haussa les épaules en disant qu'elles rangeraient plus tard. Les deux amies descendirent les escaliers puis quittèrent le campus. Elles prirent le bus jusqu'au cœur de Londres et rejoignirent Archie et Virginia qui les attendaient à l'ange de Wigmore Street et de Baker Street. Archie avait proposé qu'ils aillent prendre un café au Starbucks sur Baker Street.

Amelia présenta rapidement Ruby. Il s'avéra que les deux cousins connaissaient déjà la jeune fille de vue comme leurs parents étaient des connaissances des parents de la métisse. Les quatre amis se dirigèrent vers le Starbucks, riant, se taquinant. Les gens se retournaient sur leur passage. Certains parce qu'ils avaient reconnu Archie, d'autres parce que Virginia était voyante, d'autres encore souriaient en voyant une si joyeuse troupe.

Ils s'assirent bientôt à la terrasse du café, dégustant leurs tasses et discutant distraitement, profitant juste du fait d'être là et d'avoir de nouveaux amis. Pourtant, la pause fut de courte durée. Alors qu'ils allaient se recommander chacun quelque chose, deux ombres vinrent se planter devant eux, leur cachant le peu de soleil qui filtrait par ce temps déjà hivernal. Archie poussa un long soupir las, Virginia jura doucement, Amelia haussa un sourcil et Ruby rougit violemment, ce qui, avec sa couleur de peau, donnait quelque chose d'assez intéressant.

- Je peux savoir ce que vous foutez là ? T'as pas cours, papa ? soupira Archie.

- Certainement. Mais John et moi avons décidé d'aller au cinéma voir la Reine des Neiges.

- C'est faux. Sherlock voulait. Il m'a fait du chantaaage, pleurnicha John.

- Papa, tu devrais apprendre à dire non.

- Je pouvais pas ! Il m'a menacé !

- Ah bon ?

- Si il ne vient pas au cinéma avec moi, plus de sexe pendant deux semaines.

- Sherlooock ! rougit John. Pas en public !

- Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous, murmura Archie.

- Bon, là n'était pas la question. Archie, je veux que tu rentres à la maison garder la chose qui te sers de sœur.

- Sherlock ! Comment tu parles de ta fille !

- Elle m'a craché dessus dans la cour de l'école !

- Tu l'avais cherché, tu l'a traitée de bactérie virale.

- Elle m'avait mordu dans le taxi !

- Tu l'a empêchée de se coiffer.

- Elle m'a réveillée !

- Par pitié, arrêtez ! cria Archie.

Amelia avait contemplé l'échange bouche-bée. Elle n'attendait pas vraiment ça de sa rencontre avec les parents de Archie. En plus, c'était des hommes ! D'un autre côté, dès qu'elle avait vu Sherlock, elle avait immédiatement comprit qu'il était son fils. C'était des sosies avec quelques années de différence. Virginia vit que tout cela risquait de très mal tourner alors elle décida de prendre les choses en main.

- Tonton, Sherlock, je suis contente de vous voir !

- Oh, le puceron est là aussi !

- Sherlock !

- Pour l'amour de dieu, John, détends-toi, elle le prend bien.

- Tout à fait, assura Virginia avant de lancer le reste de son gobelet de café sur Sherlock.

L'homme contempla les gouttelettes dégouliner le long de ses boucles et s'écraser sur son visage. Il cligna des yeux, ahuris, avant que John ne le prenne par le bras et ne lui dise qu'ils rentraient au 221B pour se changer. Sherlock le suivit sans prononcer un mot, complètement abruti de surprise. Archie explosa de rire dès que ses pères furent hors de vue, remerciant Virginia entre deux gloussements pas du tout virils.

Amelia déglutit. Elle était tombé sur des fous. Des fous.


Je m'excuse pour le délire. Mais je sors du ciné où j'ai été avec une copine et en fait... j'étais obligé de caller ça quelque part. Ce film, c'était de la bombe. J'écoute Let it go en boucle depuis quatre heures, voyez ?

Sinon, prochain chapitre Archie !

N'oubliez pas de donner votre avis, j'écris pour vous aussi.

Je vous embrasse,

Amako.