-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-

Disclaimer : CHICHE EST À MOI hahahaaaaaa! Hum, mais la plupart de ses constituantes sont volées à JK Rowling.

Notes : Ouais, j'ai mis du temps, mais seulement 7 mois, à peine, pas 9. Or ce chapitre était beaucoup beaucoup beaucoup plus dur à écrire que tous les autres réunis. Même si j'en ai écrit plus de la moitié en une semaine, mais ceci est une autre histoire.

Bon. Chapitre déprimant, je ne vous le cache pas. J'espère qu'il n'en devient pas ennuyeux par manque d'humour. Auquel cas je suis désolée. Beuheuheuh.

Dédicace : Aux pinces à cheveux en céramique.

Remerciements : À Maffie ma beta-readeuse express dévouée …

Reviewers : Pas le droit de répondre aux reviews, navrée. Je voulais répondre aux quelques questions qu'on a pu me poser mais je n'en ai pas eu le temps ! Alors si vous voulez me poser des questions, faites-le maintenant (ou dans pas trop longtemps), je m'en servirai pour la section "interviews"des bonus DVD.

AVERTISSEMENT : Je n'ai pas voulu vous prendre pour des imbéciles en indiquant chaque changement de point de vue, ni la chronologie des scènes. Mais je sais qu'il arrive que certains aient un peu de mal, donc je préviens : certaines scènes ne sont pas tout à fait dans le bon ordre, et les point de vue (de Sirius ou Severus) changent régulièrement. Normalement, ça devrait se comprendre sans problème.

Pour comprendre pleinement ce chapitre, il vous faudra vous remémorer : la première pièce secrète où Sirius et Severus se retrouvent dans le chapitre 10 (bon, pas indispensable), les cadeaux de Noël du chapitre 12, la scène du "gant perdu" du chapitre 13, et la dernière scène du chapitre 16. Vous devriez comprendre quand même si vous avez oublié, mais s'en souvenir vaguement serait mieux quand même.

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-

17. Le début de la fin

J'aime le premier avril. C'est un peu comme notre fête, à James et moi… C'est un premier avril que nous nous sommes parlé pour la première fois.

«ARGH! Qu'est-ce que c'est! Enlève-le! Enlève-le!

Hahaha! Poisson d'avril»

Il venait de glisser une anguille dans mon tee-shirt.

(Jusque là, je ne savais pas que les Français avaient cette étrange coutume de se mettre des poissons dans le dos le premier avril. James, lui, était incollable sur les bêtises du monde entier depuis son plus jeune âge.)

Les préparatifs du premier avril, c'est devenu une importante tradition pour nous. Nous n'avons jamais été très portés sur les exercices scolaires qui ne laissent aucune place à l'imagination. C'est donc l'occasion de faire un usage original et ludique de nos connaissances en magie! Et puis c'est marrant, quoi.

Nos cibles favorites ont toujours été les Serpentards… Évidemment, cette année, j'étais un peu moins à l'aise que d'habitude.

O

« Padfoot, tu te souviens de ce que je t'avais dit il y a longtemps, sur les Français et leurs "poissons d'avril"?

– J'ai déjà peur, soupire Remus.

– Tu as peur des poissons? s'étonne Peter.

– Rendors-toi, Wormtail, je glousse.

– Je… plaisantais, ha, dit-il d'un ton incertain.

– Eh, les gars? Vous voulez connaître mon idée, ou pas?

– Ouais!

– Évidemment!

– Non.

– Désolé, Moony, la majorité l'emporte. Donc. Qu'est-ce que vous diriez d'une pluie de sardines sur la table des Serpentards?

– Mmh…

– Cool!

– Merci, Peter.

– C'est répugnant…

– Tu as tout compris, Moony.

– Attendez, attendez, j'interviens. Une pluie de sardines, c'est bien… mais est-ce qu'ils ne seraient pas encore plus surpris s'ils voyaient des poissons apparaître tout d'un coup dans leurs bols et leur frétiller au nez?

– Pas mal!

– Ah, Padfoot, je n'en attendais pas moins de toi!

– Vous savez que certaines personnes ont des êtres chers à la table des Serpentards?» avance Remus, tout en jetant un léger coup d'œil dans ma direction.

Mon rire se fane.

« Tu n'auras qu'à prévenir Lenna à l'avance, voilà tout! répond James.

– Ça ne sert à rien que j'essaie de vous arrêter, n'est-ce pas? soupire Remus.

– Cesse donc de poser cette question ridicule, Moony, fait James d'un ton ennuyé. Oh! Et Snape?

– Quoi, Snape?

– Il faudrait quelque chose de spécial pour notre Serpentard préféré!

– Euh…

– Je sais! Si on lui faisait pousser une nageoire dorsale?

– Je ne sais pas si… je bafouille.

– C'est exactement le genre de choses que détesterait Lily», fait remarquer Remus, l'air de rien.

Perdant un peu de sa bonne humeur, James acquiesce les yeux baissés, et j'adresse un petit sourire reconnaissant à Remus.

O

Il est certain que j'ai suffisamment de problèmes sur le dos avec Severus en ce moment sans y ajouter une nageoire. Mais, alors que je sors d'un pas léger de la tour Gryffondor pour me diriger vers la Grande Salle, j'ai la désagréable surprise de découvrir que nous ne sommes pas les seuls à avoir un sens de l'humour douteux dans cette école.

Oh, bon sang. Severus va être insupportable.

- O - O - O -

Je ne suis déjà pas particulièrement adepte des fêtes en général. Encore, celles où on a des cadeaux ont un semblant d'intérêt, mais les autres ne sont que des célébrations stupides et inutiles d'événements tous plus ridicules les uns que les autres. Et de toutes ces fêtes, celle du premier avril est bien la plus stupide et la plus inutile et la plus ridicule de toutes.

Alors, quand on m'annonce que je dois m'attendre à trouver des sardines dans mon café ce jour-là, évidemment, je ne suis pas très bien disposé à quitter mon lit. Sirius met ma patience à rude épreuve, ces temps-ci.

O

Sortant de nulle part, Sirius m'attrape par le bras.

« Non mais qu'est-ce que tu…

– Viens, on va parler.»

Il ouvre la porte la plus proche et m'entraîne derrière.

« T'es pas bien! je gronde en tirant sur mon bras, qu'il retient fermement.

– Ce sont les toilettes de Mimi Geignarde, personne ne va rentrer ici.

– Lâche-moi.»

Je finis de me dégager et m'écarte de lui. J'ai un rire sec.

« Alors Lupin est venu t'avertir aussitôt, mmh? "Oh, Sirius, j'ai laissé échapper notre petit secret par erreur!" Tu m'as tendu une embuscade devant ces toilettes ou j'ai rêvé?

– Peut-être… que je devrais te laisser te calmer d'abord.

– Je suis d'un calme OLYMPIEN.

– Tu veux bien m'écouter?

– Non?

– Severus.

– Arrête de dire mon prénom comme ça.

– Comment?

– Comme si TU étais l'adulte responsable qui essaie de faire preuve d'autorité sur un gamin hystérique. Tu ne contrôles plus rien, Sirius, et certainement pas les conséquences de tes mensonges!

– Je ne t'ai pas… Écoute. Remus a deviné tout seul…

– Et tu étais obligé de lui confirmer?

– Oui!»

Je me pince la peau entre les yeux, mais c'est juste pour refouler d'éventuelles larmes. Avec l'énervement, tout ça, on ne sait jamais. Ça va passer.

« Et tu étais obligé de me le cacher…?

– Je savais que tu le prendrais mal… Regarde-toi, bon sang.

– Bravo! Excellent calcul. Maintenant, je le prends presque bien, vu que je suis déjà beaucoup trop énervé par l'idée que tu me fasses des cachotteries – en particulier quand il s'agit de raconter des choses à Lupin dans mon dos.

– Ça, c'est de la paranoïa…

– Complètement! Tu devrais savoir que les gens dans mon genre ont du mal à accorder leur confiance mais beaucoup moins à la reprendre?

– Eh. On va essayer de ne pas prononcer de paroles inconsidérées sous le coup de la colère, d'accord?

– "On"! Voilà que tu me parles comme à un débile!

– Severus, je t'en prie… Mets-toi à ma place. Qu'est-ce que tu voulais que je fasse?

– M'informer au plus vite que Lupin avait une vue imprenable sur la partie la plus privée de ma vie privée, par exemple?

– Mais il ne sait presque rien, Remus! Et il préférerait ne rien savoir du tout, figure-toi!

– Tu lui as proposé le sort d'Oubliette?»

Bizarrement, l'idée semble le choquer.

« Ce n'est pas si grave, enfin! plaide-t-il. Ça ne change absolument rien

– Si, ça change, je proteste. Lupin me déteste, il saisira la première occasion de me nuire…

– Gwen aussi me déteste! Comme ça on est quittes!

– C'est comme ça que tu voies les choses?

– Je lui fais plus confiance à lui qu'à elle.

– Ce n'est pourtant pas elle qui a "laissé échapper" l'information.

– Mais il savait que Gwen savait! Réfléchis, jamais il ne ferait quelque chose qui pourrait se retourner contre moi!

– Ah oui? Et s'il en avait parlé à sa petite copine, là, la gothique tarée? Tu sais que c'est la meilleure amie de Bethany?

– Quoi encore, Bethany? Je croyais que tu en avais fini, avec celle-là!

– Justement! Je ne suis pas persuadé qu'elle me porte encore dans son cœur à présent.»

Il croise les bras et s'appuie rageusement contre le mur.

« Je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu redoutes tant, à la fin? C'est moi qui ai tout à perdre si ça se sait!

– Bordel, mais dans quel monde tu vis? Tu sais depuis quand ce qu'on fait n'est plus considéré comme un crime?»

Sirius détourne les yeux.

« Ça fait moins de dix ans. Il en faudrait dix fois plus pour que les esprits du plus grand nombre changent réellement…

– Je ne peux pas croire qu'on en soit arrivé là.

– Je pense à mon avenir, c'est tout.

– Oui, tu as l'air d'y penser beaucoup, ces derniers temps.

– J'ai tort?

– Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce que tu es prêt à sacrifier pour ton avenir, voilà tout.

– Je me pose exactement la même question, figure-toi. Pour toi, je mets en jeu des relations très importantes.

– Des relations? Et avec qui?

– Il n'y a pas de raison que tu sois le seul à me cacher des choses, pas vrai?»

Il se prend la tête entre les mains.

« Cette discussion me rend fou.

– Je crois que le terme approprié est "dispute".»

Il s'avance brusquement vers moi, les mains tendues comme pour demander grâce, l'air en effet passablement désaxé. Je me heurte à un lavabo, et il saisit ma tête entre ses mains.

« Arrête, Sirius, ça ne règle rien de…

– Tais-toi et écoute-moi.» Ses yeux sont plantés dans les miens, son souffle un peu saccadé, sa voix basse. « Il faut qu'on fasse des efforts. Sinon, on ne va pas tenir. Cette situation est difficile. Il faut de la patience et de la confiance.

– Et si je ne te fais plus confiance?

– Ne dis pas n'importe quoi. Tu es obligé de croire à ça.

– Non…»

Je suis tenté de me laisser faire, mais j'ai encore assez de rage pour le repousser.

« Ce n'est pas si simple, je lâche d'une voix sourde.

– Si, au contraire, c'est très simple! Deux personnes qui s'aiment, c'est la chose la plus simple au monde!

– Je ne crois pas… Sinon on n'écrirait pas sur le sujet depuis la nuit des temps. Il semble que bien les sentiments ne suffisent pas toujours. Peut-être que dans ce cas, ça ne suffit pas.»

Sirius serre les dents et donne un coup de pied dans le mur.

O

Alors que je traverse les couloirs d'un pas rapide pour aller prendre mon petit déjeuner au poisson, je croise un certain nombre de regroupements d'élèves devant des murs et des colonnes. De temps à autres, j'ai droit à un regard appuyé de l'un d'eux, et au fil du chemin cette attitude m'agace de plus en plus. Qu'est-ce qu'ils ont tous, aujourd'hui?

Gwendolyn m'attend devant la porte de la Grande Salle. Encore. Quand comprendra-t-elle que je ne veux plus la voir?

« Alors, Sev, tu fais ton coming-out?» lance-t-elle à mon approche.

Je freine aussitôt, inquiet. Qu'est-ce qu'il lui prend de dire ça dans un endroit pareil?

« Fais pas cette tête, j'y suis pour rien, c'est pas moi qui ai fait les affiches.»

Je fronce les sourcils. Me détournant de Gwen, je rejoins un attroupement non loin de la porte, une boule d'appréhension dans l'estomac.

« Allons, qu'est-ce que se passe, ici?»

"Faites l'amour, pas la guerre!" clame le haut de l'affiche que j'aperçois. C'est pour le moins alarmant.

En voulant m'approcher, j'attrape par l'épaule quelqu'un qui s'avère être Madley l'Abruti.

« Snape! fait-t-il, l'air embarrassé. Tu sais, c'est le premier avril, aujourd'hui.

– Je le sais, et alors?

– Et alors… Je serais toi, je retournerais me coucher, parce que tu ne vas vraiment pas apprécier ce que tu vas voir si tu t'approches davantage.»

Aussitôt, je l'écarte de mon chemin pour m'avancer. Et je dois reconnaître à Madley que pour une fois, il a raison : j'aurais mieux fait de rester dans mon lit, aujourd'hui.

- O - O - O -

Je ne dirais pas que je me souvienne précisément de tous mes baisers avec Severus. Mais je peux affirmer avec certitude que celui-ci n'a jamais eu lieu.

« Qu'est-ce que c'est que ça? je gronde en arrachant l'affiche. "Faites l'amour, pas la guerre!" C'est quoi, ces conneries?

– Un montage photo, fait James en remontant ses lunettes avec une petite moue dégoûtée. Et pas des meilleurs. Par contre - tu as vu? Si on veut les décrocher du mur, une nouvelle affiche similaire apparaît à la place! Ça, c'est bien joué!

– Et en plus… Ça bouge… gémit Peter.

– "Si Sirius Black et Severus Snape ont fait la paix, le monde a encore une chance", dit Remus.

– C'est quoi, ça? je demande.

– C'est écrit en petit, en-dessous.

– Non, je sais, je veux dire : c'était quoi, ce bruit?

– Oh, rien, Peter vient de s'évanouir.

– Il y a de quoi, fait James. J'hésite entre rire et vomir.

– Pourquoi moi et Snape?

– Tu demandes pourquoi? fait James. Allons, même nous, on trouvait l'idée très drôle, tu ne te rappelles pas?

– Vos bagarres se faisaient tant remarquer, dit Remus, que je crois que votre trêve n'est pas passée inaperçue.»

Je le regarde, et il doit lire de la suspicion dans mes yeux parce que son visage se durcit.

« Je n'y suis pour rien.

– Évidemment que tu n'y es pour rien, Remus, fait James. C'est probablement des Serdaigles ; pour s'en prendre aux deux Maisons les plus puissantes, il doit y avoir de la jalousie là-dessous… Ou éventuellement des Poufsouffles, mais je n'en vois pas d'assez culotté pour monter un coup pareil.»

Peter se redresse d'un air endormi.

« J'ai fait un drôle de rêve…»

Il aperçoit l'affiche et reperd conscience aussitôt.

« Qu'est-ce qu'on va faire, Prongs?

– Dans l'immédiat? fait-il en allant décrocher d'autres affiches. Du pliage.

– Pardon?

– Il faut qu'on puisse entrer dans la Grande Salle la tête haute, non? Allez, aide-moi.»

- O -

« Je refuse de porter cela, persiste Remus.

– Moi j'aime bien! dit Peter.

– Tu le portes déjà, Moony.

– Mais je vais l'enlever! assure-t-il. Je suis Préfet, je dois incarner l'autorité, et comment puis-je incarner l'autorité avec…

– Jolis chapeaux, les gars.»

Il n'y a bien que Lenna qui puisse faire taire aussi facilement un Remus en semi-crise de panique. Avec un sourire en coin, elle lui baisse son chapeau en papier sur les yeux et profite de son aveuglement pour l'embrasser.

James et moi et détournons vivement les yeux. Quand on y pense, c'est la première fois que nous voyons Remus embrasser quelqu'un d'aussi près, et ça a quelque chose de follement embarrassant. D'ailleurs, Remus semble follement embarrassé.

« Ouah, rigole James, ces chapeaux semblent avoir un certain sex appeal, je devrais peut-être essayer avec Lily.

– Lenna, tu ne m'aides pas tellement à établir mon autorité, là… marmonne Remus.

– Pardonne-moi, cher et tendre. Vous avez des chapeaux en rab?»

D'abord un peu surpris, James lui en tend un avec joie.

« Toi aussi, tu trouves ces affiches méprisables?

– Tu rigoles? fait-elle en plaçant le couvre-chef ridicule sur le sommet de son crâne, un peu en biais. "Faites l'amour, pas la guerre", c'est mon cheval de bataille.»

Elle fait un clin d'œil et s'engouffre dans la Grande Salle.

« Elle plaisante! s'écrie Remus. Elle plaisante, d'accord?

– Tu es sûr? demande James.

– Oui… Enfin, je crois.»

Je viens d'apercevoir Severus, près de la porte.

« Ton fiancé a l'air de mauvaise humeur, Padfoot. Tu crois qu'un joli chapeau le dériderait?

– … Je ne crois pas, non.»

- O - O - O -

Je me demande pendant deux secondes ce que Sirius et ses amis ont sur la tête, avant de réaliser qu'il s'agit de cette ignoble affiche pliée en chapeaux. Parce qu'ils trouvent ça drôle? On dirait! Comme tout le monde, d'ailleurs. Si ça se trouve, ce sont même eux qui l'ont fait. Ah, quelle bonne blague, vraiment!

Sous les exclamations des autres élèves, je lance de grandes flammes sur l'affiche, qui disparaît rapidement. Avant réapparaître dans la seconde qui suit.

Contiens-toi. Sois digne.

« ARRRGH!»

Bon, tu auras au moins essayé.

Je tourne les talons pour retourner me coucher. Marre.

Pourquoi! Pourquoi est-ce que le monde se ligue contre moi? Contre nous, devrais-je dire, car malgré tout je ne pense pas que Sirius ait jamais voulu un truc pareil. Simplement, par quelque tournure d'esprit tordue, il parvient à en rire et ça, vraiment, ça me dépasse.

Rien que d'imaginer Wilkes voyant ce montage grotesque, bien sûr, j'ai envie de me terrer dans un trou… Pourtant, ce n'est pas la honte qui prédomine ; c'est la colère.

Quelqu'un a, inconsciemment, souillé une part de ma vie à laquelle je tiens. La seule chose vraiment belle qui m'appartienne… Comment supporter que tout le monde en rie? J'aurais presque préféré que les gens y croient.

Presque.

Ça ne va pas du tout, moi.

- O - O - O -

À l'autre bout de la salle de classe, au premier rang, Severus est très pâle. Les yeux résolument braqués vers le tableau, il ignore le reste des élèves avec un tel talent qu'il semble seul au monde. Bethany Clarke, assise à côté de lui comme à chaque cours de Potions, est la seule à sembler compatir à sa situation.

« Padfoot, si tu le fixes comme ça, tu vas entretenir les ragots.

– Hein? Oh. Oui, évidemment.

– Ça va?

– Oui, oui… Il, euh. Il n'a pas l'air de le prendre très bien, si?»

James hausse les épaules.

« C'est Snape. Il a toujours été persuadé d'avoir une dignité.

– Mmh…»

Wilkes entre dans la salle.

« Excusez mon retard. Nous avons eu un bref entretien entre professeurs et il a été décidé que le professeur Flitwick s'occuperait de désactiver le charme posé sur les affiches que des petits malins ont accrochés dans l'école. L'affaire est maintenant close, je ne veux rien entendre sur le sujet.

– Ça ne vous a pas fait rire, monsieur? demande une Serpentard.

– Assez modérément», répond Wilkes avec un sourire froid.

Severus est, si possible, encore plus pâle.

- O - O - O -

« Alors, c'est notre nouveau lieu de rendez-vous romantique, les toilettes des filles du deuxième étage?

– Severus, est-ce que ça va?»

Non, évidemment. Je me demande même pourquoi je suis venu. Les événements d'hier n'ont pas été oubliés avec la disparition des affiches, par personne.

Mais bon.

« Évidemment que ça va, cesse de me traiter comme une petite chose fragile.

– Bien. Tant mieux. Ça ne fera bientôt plus rire personne, cette histoire. Ne t'en fais pas.

– Tu n'en sais pas plus que moi, tu n'es absolument pas en position de me rassurer.

– Je peux essayer quand même, non?»

Je marmonne un peu en levant les yeux au ciel. Il est bien trop prévenant, ce garçon. Même si je sais que c'est aussi sa façon à lui de tâter le terrain. On n'est plus fâché? On repart comme avant? Comme si c'était le moment.

« Severus… On se voit ce soir, hein?

– Tu rêves. Certainement pas ce soir.

– Bon, demain soir, alors.

– Je…

– Après-demain, c'est mon dernier mot. Ce sera le week-end, il y aura mille occasions.

– …

– Dis oui où je te viole sur place!

– C'est censé me convaincre?» je fais avec un sourire en coin.

C'est presque trop facile de reprendre ce ton blagueur et de faire comme si on ne l'avait jamais quitté. Je crois qu'on en a désespérément envie tous les deux. Ça fait mal d'avoir tant envie de quelque chose sans pouvoir se l'accorder. C'est trop tard pour jouer l'insouciance, je me répète. D'ailleurs, Sirius doit le sentir, parce qu'il ne renchérit pas.

Et puis, comme ça, on s'embrasse, timidement, le premier vrai baiser depuis deux semaines, comme si on me broyait le cœur. Les émotions sont devenues confuses, je me sens mal de me sentir bien. Tout est trop compliqué…

« Pourquoi est-ce qu'ils viennent tous faire ce genre de choses dans mes toilettes?» demande tristement une voix désincarnée.

Je bondis littéralement de côté. Il me faut une seconde pour réaliser. Le fantôme de Mimi Geignarde! C'est elle! Juste là! Un témoin qu'on ne peut pas tuer, il ne nous manquait plus que ça!

- O -

Severus s'enfuit avant que j'aie pu faire quoi que ce soit.

Du calme. Réfléchissons. Je sais de l'unique fois où j'ai rencontré Mimi - aux débuts de la carte du Maraudeur - qu'elle est pour le moins susceptible. Donc, soyons diplomates.

« Tiens, bonjour Mimi… Je suis vraiment désolé, on n'avait pas réalisé que c'était tes toilettes.

– Oh, oui, les gens oublient facilement la présence de Mimi. Mimi en aurait de belles à raconter, si on lui demandait!

– Haha, oui… Mais tu ne racontes rien sans qu'on te le demande, n'est-ce pas?»

Elle me dévisage ostensiblement.

« Mmh… Un si joli garçon, quel dommage, soupire-t-elle en secouant la tête.

– Hein?

– Je n'aurais pas pu en profiter de toute façon, donc finalement, ça m'est égal…

– Euh… d'accord. Écoute… ça ne se reproduira plus, je te le promets, d'accord? Je vais m'en aller et tu ne parleras de ce que tu as vu à personne.

– Oh, tu peux revenir, si tu veux!

– Non, mais je ne crois pas que… qu'il voudra revenir, dis-je avec un rire nerveux.

– Ça tombe bien, je ne veux pas non plus du vilain garçon. Mais toi, tu peux revenir, si tu veux, pour tenir compagnie à Mimi.

– J'y songerai. Merci de l'invitation.»

Elle glousse. Bien. C'est le moment de déguerpir.

« À une prochaine fois, Mimi!»

Mon ton est guilleret, mais je n'aurais jamais cru pouvoir passer une porte aussi rapidement.

- O - O - O -

"James dit que maintenant que les regards sont sur nous, le meilleur moyen pour que les gens lâchent l'affaire définitivement serait de couper les ponts… Qu'on nous voie plus, mais surtout séparément. Qu'on ne se parle plus du tout, qu'on s'évite."

"Je vois. Si James le dit."

"C'est hors de question, évidemment."

"Ah, tiens. Et ça, tu l'as décidé tout seul?"

"Te voir encore moins serait complètement invivable, je refuse."

"Qu'est-ce que tu proposes, alors? Qu'on s'embrasse pour de vrai devant tout le monde, histoire d'en rigoler encore plus?"

"J'avais pensé à une bagarre."

"Comment ça, une bagarre! Entre qui et qui?"

"Toi et moi… Une vraie bagarre, comme avant. Je crois que ce serait le seul moyen pour que les choses rentrent dans l'ordre aux yeux des autres."

"Un duel?"

"Plutôt une bagarre à mains nues… Il est plus dur de retenir sa baguette que son poing."

"C'est facile pour toi, de dire ça. Tu sais très bien que sur le plan physique, tu as l'avantage. Tu m'as cassé le nez plus d'une fois, je te rappelle."

"Ce n'est rien que Pomfrey ne puisse réparer! Tandis qu'un duel magique pourrait si facilement mal tourner…"

"Et tu prévois ça comment? On se croise dans un couloir et on commence à se taper dessus sans raison?"

"Il vaut mieux ne pas provoquer l'occasion…"

"Oh, génial, de l'improvisation. J'adore ce plan."

"Je n'ai rien trouvé de mieux… Tu me manques, Severus."

"J'essaierai de m'en rappeler quand tu m'enverras ton poing dans la figure."

- O - O - O -

« Salut, Sev.

– Bonjour Gw…»

Zut. J'avais oublié que je ne lui adressais plus la parole. Je lui passe devant avec agacement.

« Au revoir.

– Tu vas quand même pas m'ignorer toute ta vie?»

Je m'immobilise au bout de quelques pas, presque malgré moi. Sa voix est tellement, tellement triste. L'expression de son visage est sûrement pire, mais je ne vais pas regarder. Je dois garder à l'esprit que c'est la gamine de onze ans la plus manipulatrice qui soit.

« C'était mon anniversaire, hier», dit-elle d'une voix presque inaudible.

D'accord, la gamine de douze ans la plus manipulatrice qui soit. Pour ce que ça change.

« Bizarre, ta myriade d'amis ne l'a pas fait savoir à toute l'école, je ricane, le dos toujours tourné.

– Ça fait déjà trois semaines que j'ai coupé les ponts avec tous les autres. Je pensais que t'aurais remarqué.»

Il est possible que ça ne m'ait pas totalement échappé. En même temps, j'avais d'autres chats à fouetter.

« Si c'est une punition que tu t'infliges en guise de pénitence, Gwendolyn, dis-toi bien que te voir faire souffrir d'autres gens qui t'aiment est loin de me convaincre de ta rédemption.

– C'est pas pareil. Eux, je les ai jamais aimés, de toute façon.»

Je laisse échapper un rire écœuré et reprends mon chemin. Sa sincérité me fait froid dans le dos.

- O - O - O -

« La chantilly.

La chantilly!

Parfaitement.

La crème chantilly?

Oui!

Merlin. Je ne veux même pas savoir comment tu peux trouver la crème chantilly érotique.

Tu dis ça mais tu en crèves d'envie!

Sérieusement, Sirius, non. En fait, je ne trouve AUCUN aliment érotique, et comment en est-on arrivé à parler de ça, bordel! Est-ce qu'on n'était pas parti sur le devoir d'Histoire de la Magie, au départ?

Si, et puis la conversation a dévié sur les méthodes d'enseignement dans les pays de l'est, puis sur les voyages qu'on avait faits, puis sur notre enfance, après quoi tu as dit que la naïveté des enfants t'agaçait, et on s'est demandé ce qui avait changé avec la perte de notre propre naïveté, ce qui nous a finalement amenés à réaliser que l'un et l'autre on s'était mis à casser les bananes en morceaux pour les manger au lieu de mordre dedans, alors je t'ai demandé quels aliments tu trouvais érotiques, tu m'as retourné la question, et voilà.»

Severus avait cligné des yeux.

« Quoi?

Rien. … Comment peux-tu restituer une discussion d'une heure aussi parfaitement?

Ha, ha, mais je suis parfait, quand le comprendras-tu?

– Sirius?»

J'ouvre les yeux. James, qui vient de grimper sur mon lit, a un air embêté.

« Tu dormais?

– Non, je rêvassais… Je n'arrive pas à dormir.

– Ah. Bien. Moi non plus.»

Il ramène ses jambes pour s'installer plus confortablement.

« Sirius, je suis amoureux de Lily.»

Je passe en position assise en clignant des yeux.

« Attends… Répète?

– Je suis amoureux de Lily.

– Ah… C'est bien ce que je croyais avoir entendu. Prongs, je ne voudrais surtout pas te vexer, mais ce n'est pas exactement une grande nouvelle, ce que tu me dis là.

– Non, non, tu ne comprends pas. Je suis maladivement amoureux de Lily. J'ai besoin de Lily. Depuis qu'on a rompu plus rien ne va, j'ai perdu goût à tout… et ça ne passe pas, quoi que je fasse. Je ne savais même pas que je pouvais aimer comme ça.

– Prongs! Tu aimes Lily depuis des années.

– Mais avant c'était vivable! Maintenant, sans elle, je me sens tout rongé de l'intérieur, petit à petit… Je pensais que ça allait, que ça passait, mais la semaine dernière… Ça faisait une éternité que j'attendais ce premier avril. Je me disais que ça allait me remettre du baume au cœur. Et puis…

– Et puis?

– Et puis, rien! Ça ne m'a rien fait! J'ai même trouvé toute la chose… presque… ridicule.

– Oh. Je vois. Si ça peut te rassurer, c'était pas génial pour moi non plus.

– C'est sûrement de ma faute! Padfoot, je suis désolé d'avoir gâché ton premier avril…»

Je pourrais m'estimer chanceux d'avoir un meilleur ami qui souffre trop pour voir quoi que ce soit de ce que je lui cache maladroitement, mais je ne suis pas très porté sur ce genre de cynisme.

« Non, ce n'est pas ta faute, Prongs! Peut-être qu'on devient juste… trop vieux pour faire les imbéciles.»

James semble profondément choqué.

« Padfoot, non, tu ne m'aides pas, là. Enfin, réfléchis, nous avons toujours fait des trucs idiots pour nous amuser, c'est notre façon d'être – d'être heureux en tout cas… Nous ne savons pas faire autre chose!

– Bien sûr que si, Prongs. Tu sais jouer au Quidditch. Tu sais être amoureux…»

Il ne me contredit pas, mais reste soucieux.

« Et toi, alors?

– Moi…» Je soupire. « Je sais débiter de sacrées niaiseries, dirait-on. Mais tu te rends bien compte, toi aussi, qu'on devient des "grandes personnes"!

– J'ai jamais voulu être adulte, Padfoot, confesse-t-il dans un souffle. Grand, fort et merveilleux, certes, mais adulte

– Je sais, Peter Pan. Je t'ai vu voler dans les airs en faisant le coq. Mais pense un peu à cette pauvre Wendy, mmh?»

Il a un sourire plein de malice.

« Mais je sais que tu es jalouse, Clochette.»

J'ai un rire embarrassé. Je me suis longtemps demandé s'il avait eu conscience de ça…

« Ça fait un bout de temps que j'ai appris à partager, va.»

James s'affale sur le flanc, écrasant au passage mes pieds sous les couvertures.

« On n'a que seize ans! Un âge où on est en droit d'être un ado crétin…

– On a dix-sept ans dans moins de trois mois.

– Oh! Ne m'en parle pas. Je ne me sens pas prêt, un point c'est tout. J'ai l'impression que devenir adulte, c'est devenir malheureux.

– Je sais ce que tu veux dire. Ce n'est peut-être pas tout à fait faux, d'ailleurs. Mais c'est trop tard…

– Pourquoi?

– Tu l'as dit toi-même! Tu es amoureux de Lily.»

Il roule la tête de gauche à droite, regardant le plafond d'un air pensif.

« Si tu étais amoureux aussi, ça serait peut-être plus facile.

– Hein? Pourquoi?

– Parce qu'au moins, on partirait ensemble du pays imaginaire.»

Mon cœur se serre. Je suis le pire meilleur ami du monde. Mais je souris et lui frotte vigoureusement la tête.

« Mon pauvre petit, si tu crois me laisser en arrière, tu te fourres la baguette dans l'œil! Je suis douze fois plus mature que toi!

– Genre!

– Ouais, genre!

– Geeenre!

– Ouais, geeenre!

– Prouve-le!

– Est-ce que c'est moi qui viens dans ton lit pour recevoir de judicieux conseils et de sages théories sur l'existence?

– Non…» Il ferme les yeux. « En fait, tu ne me parles plus de grand-chose.»

Je me demande si on peut MOURIR de culpabilité!

« C'est peut-être vrai que tu es parti devant… J'ai si souvent l'impression que tu es hors de portée, maintenant. Comme si…»

James n'osera pas formuler sa peur, la rendre réelle et tangible. Je suis passé par là, quand Lily et lui se sont mis ensemble, au début. Je sais ce que c'est de ne plus se sentir nécessaire.

Il hausse les épaules.

« Enfin, j'en sais rien.»

Mon cœur bat fort et bizarrement. Si je veux lui dire, c'est maintenant ou jamais. Ce ne seraient que quelques mots à formuler pour le sortir de sa détresse. J'humecte mes lèvres désespérément. Ma bouche est comme engourdie…

« James, je…

– Lily était… commence James en même temps. Oh, pardon. Tu disais?»

Haha. Si seulement ça n'impliquait que moi, si la décision m'appartenait entièrement… Mais en quoi ça aiderait James de savoir? Il a besoin de sentir que je suis son ami, pas que je lui cache des choses.

« Non non, rien. Lily…?

– Elle était seule, tout à l'heure, à la bibliothèque. Elle n'est pas souvent seule, tu sais, ce n'est pas facile de lui parler seul à seul. Je me suis levé pour la rejoindre, et puis je suis resté planté là, comme un imbécile, incapable d'aller lui parler. Padfoot, je n'avais jamais reculé devant rien auparavant!

– Tu ne lui as pas encore dit?»

James a un air perplexe.

« Que tu l'aimais, je veux dire.

– Non, non, pas encore. Ça ne vient pas très facilement dans la conversation. Le fait qu'on ne se parle plus ne doit d'ailleurs pas aider tellement.

– Il faut que tu lui dises, James.

– Oui oui! Enfin, je ne sais pas… Évidemment, je suis prêt à tout faire pour qu'elle m'aime. Mais j'ai bien vu aujourd'hui que je ne peux pas aller simplement la voir et lui dire. Il faudrait… que je trouve un moyen de lui montrer, je suppose…»

Je lui frotte de nouveau la tête.

« Ne baisse pas les bras.

– Ce n'est pas mon genre.»

- O - O - O -

Trop soucieux pour me voir, Potter passe devant moi vers la table de Lily Evans.

« Lily, on pourrait discuter seul à seul?»

Un sourire narquois fleurit sur mes lèvres. Ayant suivi son ami des yeux, Lupin, laissé, en rade, se trouve à m'adresser un regard depuis sa table de la bibliothèque. Je lui renvoie aussitôt mon air le plus mauvais.

J'ai toujours méprisé Lupin. Je n'avais pas pour lui la même haine que pour Sirius Black et James Potter, simplement parce que, comme Pettigrew, il était de moindre importance. Mais je le méprisais d'autant plus. Et puis, tout d'un coup, il devient bien plus important qu'il ne l'était, aussi important que peut le devenir une simple épine lorsqu'elle est enfoncée profondément dans la plante du pied.

Je me demande si on peut développer une allergie à une personne particulière? Le simple fait de croiser Lupin suffit à me rendre malade. Croiser sa route, croiser son regard. Savoir ce qu'il sait sur moi me mène chaque fois au bord de la nausée.

« Écoute, Snape…»

Je lève les yeux pour découvrir avec horreur que Lupin vient de s'asseoir en face de moi.

« Lupin! Est-ce que tu es suicidaire? Parce qu'on pourrait sûrement trouver un arrangement.

– J'ai quelque chose à te dire.

– C'est ta vie!

– Snape, je sais que tu ne m'aimes pas…

– Oh? Je ne vois pas ce qui te fait dire ça… Tu n'as pas reçu mes fleurs?

– Et je ne t'aime pas non plus! s'énerve-t-il. Mais comme tu le sais, nous avons un intérêt en commun.»

Encore, ce malaise intolérable. Je n'ai jamais autant voulu que Lupin disparaisse de ma vie.

« Par conséquent, je pense que nous devrions faire l'effort… sinon de nous entendre, au moins de ne pas nous sauter à la gorge. Non?

– Pourquoi est-ce que je ferais ça?

– Ça devrait te suffire de savoir pour qui, non?

– Toi, ne t'avise pas de me donner des leçons!

– Est-ce qu'il y a une chose que je puisse dire qui ne te mette pas en colère?»

Oh, oui. "Je vais me jeter du haut du toit" serait un bon début. Quel plaisir que d'imaginer Lupin souffrir! Je devrais en parler à Sirius, pour son idée de bagarre. On déguise Lupin en Sirius, et je lui casse la figure. Oui, ça me plairait bien, ça.

Pas sûr que Sirius soit d'accord.

« Snape, comprends bien que je n'ai jamais demandé à me retrouver dans cette situation embarrassante…

– Je dois te plaindre?

– Non… Mais je n'y peux rien! Je l'ai accepté, alors fais de même de ton côté. Pour Sirius.»

Je plisse les yeux.

« Tu me provoques délibérément, ou tu es juste stupide?

– Parce que je dis son nom? Je n'ai jamais aimé l'idée de ce grand secret, sache-le.

– Essaie de ne pas y penser, c'est ce que je fais en ce qui te concerne.»

Lupin secoue la tête et fait mine de se lever. Pas trop tôt. Mais une fois debout, il semble avoir un regret et se rassied.

« Si tu voyais… Si tu voyais la façon dont Sirius ment à James. Dix ans d'amitié sans un mensonge, et puis tu es arrivé…

– Je suis désolé d'avoir brisé ton idéal, Lupin. C'est ça la vie, tu sais. Les adultes mentent.

– Mais pas à toi, c'est ça?

– Je te demande pardon?

– Que Sirius mente à James pour toi, tu trouves ça normal. Mais qu'il te mente à toi, on dirait bien que tu ne peux pas le supporter.»

Je déglutis péniblement.

« Où veux-tu en venir exactement?»

Si un ton pouvait être littéralement tranchant, la tête de Lupin roulerait sur le sol à cet instant.

« Sirius ment à James pour le préserver et il fait la même chose pour toi. Si tu te permets de le juger pour ça, j'espère sincèrement pouvoir en conclure que tu n'as rien à te reprocher de ton côté.

veux-tu en venir exactement? je répète.

– Soyons clairs : je ne fais aucune confiance à Gwendolyn, et ce n'est pas moi qui suis venu la chercher. Mais d'après ta cousine, tu devrais moins t'inquiéter de ce que je sais que de ce que Sirius ne sait pas. Et honnêtement, je n'ai pas très envie de savoir ce qu'elle entend par là.»

- O -

Quand Remus vient me voir avec cet air-là, je sais qu'il n'est pas tout à fait en accord avec lui-même. J'administre à Peter mes derniers conseils pour raviver la flamme entre lui et Sue et le pousse vers la sortie, avant de me retourner vers mon loup-garou préféré.

« Qu'est-ce qu'il y a, Moony? Si c'est pour les chocolats de ma valise, je t'avais dit que tu pouvais en prendre, alors…

– Non… J'ai…» Il tord un peu sa bouche. « J'ai parlé à Snape.

Je grimace.

« Moony…»

- O -

Je suis incapable de prononcer le moindre mot. Lupin n'en mène pas tellement plus large, semblant déjà regretter son morceau de bravoure.

« Bon… je crois qu'on va en rester là.»

Il se remet debout, et je ricane.

« Bravo, Lupin. Tu t'assois à ma table en agitant un drapeau blanc, et tu me déclares la guerre. Joli.

– Je ne t'ai pas…

– Je crois qu'on a tous des secrets, Lupin. Pas toi?»

Il se retourne vers moi. Son expression est indéchiffrable, mais il n'est clairement pas à l'aise.

« Si tu commences à te mêler des miens, je risque de devoir te retourner la politesse.»

Il s'en va sans un mot, mais je sais que je l'ai troublé. Bien fait.

- O -

« Mais qu'est-ce que tu lui as dit précisément?

– Peu importe…

– Remus. Tu sais que ça importe.

– C'est… C'est juste que sa cousine est venue s'excuser auprès de moi hier – au bout d'un mois, je ne savais même pas de quoi elle voulait parler! – et elle a laissé entendre qu'il… te cachait peut-être des choses, lui aussi. Je n'ai pas réfléchi en amenant ça, j'ai juste pensé…

– Qu'à sa réaction, tu pourrais deviner si elle avait dit vrai», je finis.

Remus se met à bégayer, comme souvent lorsqu'il essaie de me mentir.

« N… Non, ce n'est p… pas…

– Il a réagi comment?

– J… Je ne sais pas trop, il…

– Pas la peine de me ménager, Moony.

– Je ne sais vraiment pas. Il s'est raidi, je crois…»

Je baisse les yeux, soucieux. Les soupçons de James concernant la potion d'épouvante ont resurgi instantanément. Ce doute-là ne m'a jamais vraiment quitté… Des fois, je pensais à ce que je serais prêt à pardonner pour le garder. Et si c'était vraiment lui qui avait fait cette potion… cette "blague" particulièrement mauvaise… Je suppose qu'à force de l'envisager, je me suis presque fait à l'idée. Après tout, on se détestait encore à cette époque… Tant de choses ont changé en quelques mois. Bien sûr, s'il pouvait être innocent, je préférerais.

Je regarde Remus.

« Tu crois possible que sa colère ait été dirigée contre Gwen plutôt que toi…?

– … Non, lâche Remus, presque à contrecœur. Avant que je parte, il m'a dit…»

La voix faible et vacillante de Remus trahit une angoisse inhabituelle. Je comprends alors que nous arrivons à ce qu'il cherchait réellement à me dire depuis le début.

- O -

Est-ce que Lupin, ce petit vermisseau, est parti tout raconter à Sirius à l'heure qu'il est?

Plus je tente de revenir à mon travail et moins j'y arrive. Mon ulcère juvénile est en formation, je le sens déjà. Je n'arrive même plus à savoir si je ressens de la colère ou de l'angoisse, je ne suis plus qu'une boule de nerfs. Je voudrais aller retrouver Sirius, et en même temps c'est le dernière chose que j'ai envie de faire. Gwendolyn. Elle va me le payer, cette peste.

Ayant rassemblé mes affaires, je me précipite vers les sous-sols dans le vague espoir de croiser ma cousine et d'avoir ainsi l'occasion d'en finir avec sa misérable petite vie. Mais je ne la trouve nulle part, et je me réfugie dans mon dortoir, encore plus bouleversé qu'avant.

J'aurais besoin d'un trou pour hurler. Malheureusement, mon dortoir n'est pas très riche en trous. J'avise le sac Mary Poppins que Gwendolyn m'a offert à Noël dernier – j'y ai entassé nombre d'ingrédients prohibés et d'ouvrages compromettants, plus en sûreté ici que nulle part ailleurs – et plonge la tête dedans sans même réfléchir. Severus, qu'est-ce que tu es en train de faire! Tais-toi, cerveau. Je me fiche d'avoir l'air stupide, j'ai juste besoin de calme.

Je suis à peu près sûr que ce sac engloutit les sons, mais je ne parviens malgré tout pas à émettre le plus petit cri. Je découvre avec étonnement que l'intérieur du sac n'est pas d'un noir complet comme je l'imaginais. Les objets que j'y ai entassés y flottent comme dans le terrier du lapin blanc, parfaitement visibles malgré l'absence de toute source de lumière. Devant mes yeux passe alors une montre de gousset… Je tends le bras pour m'en saisir et ressors la tête du sac.

"Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt."

Je caresse l'argent ouvragé. J'avais oublié l'avoir rangée là. Je ne m'en suis pas montré très digne, jusqu'ici…

Il va falloir que je me décide à parler à Sirius. Que je lui dise tout au sujet de mes projets d'avenir. Il va sûrement mal le prendre, mais peut-être qu'ensuite il essaiera de comprendre… Soit ça, soit il essaiera de me faire la peau. Mmh.

Serrant la montre dans ma main, je sors des dortoirs d'un pas résolu.

- O -

J'en veux à Severus d'avoir menacé Remus comme il l'a fait, mais je veux lui donner une chance de s'excuser. On peut rêver.

« Moony, tu sais où se trouve la Carte?

– Peter ne l'aurait pas prise pour aller voir Sue?

– Non, la voilà. J'y vais!

– Où ça?

– M'expliquer avec Severus, pardi.

– Mais euh, et si et si James rentre pendant que tu n'es pas là?

– Ah oui, zut, j'étais censé l'attendre ici… Bon, attends.»

Je prends un bout de parchemin et y griffonne quelques mots avant de l'épingler sur la robe de Remus.

« "Meilleur ami de remplacement", déchiffre Remus à l'envers. Eh!»

- O -

Où peut bien se trouver Sirius à cette heure?

« Sev!

– Plus tard, Gwen.»

Je m'immobilise. Huh. Je fais volte-face et saisis la gamine par le bras.

« Ah, te voilà, toi!

– Aïe! Sev, tu…

– Tu es allée parler à Lupin!

– Quoi?

– LUPIN! Ton idole, Lupin, tu es allée lui raconter des trucs sur moi, encore!

– Je…

– Pourquoi fais-tu cela, Gwen? Les enfants normaux jouent à torturer les insectes, pas les gens.»

Ses grands yeux ambrés se troublent.

« Non… Tu ne comprends pas.

– Effectivement, je n'y comprends rien. Si tu veux m'éclairer, tu es la bienvenue!

– Tu me fais mal!

– Viens.»

Pas loin de là, il y a une de ces pièces secrètes dans lesquelles Sirius et moi nous sommes réfugiés, autrefois. Le temps de me rappeler le moyen d'y entrer, et j'y pousse Gwendolyn.

« C'est trop cool!» s'exclame ma cousine.

Je la fais asseoir sur un banc en pierre avec autorité.

« Doucement, râle-t-elle.

– Vas-y, explique-toi.

– Mais quoi! fait-elle comme une enfant – qu'elle est.

– Qu'est-ce qui peut bien justifier ton attitude?»

Elle se renfrogne.

« À quoi bon? Tu veux jamais me croire!

– Essaie de ne pas me mentir et j'essaierai de te croire.

– Tu parles. Tu refuses la vérité. J'ai un regard extérieur, moi! Je vois ce que tu fais, je vois ce que tu devrais faire, et je vois le fossé entre les deux!»

Je lève la main pour lui signaler de se taire, et elle se tasse un peu, comme si j'allais la frapper. J'adoucis légèrement mon ton.

« Tu as douze ans, Gwendolyn. Quand te mettras-tu en tête que tu ne détiens pas le savoir absolu? Quand apprendras-tu à t'arrêter?

– Tu me sous-estimes, comme les autres.

– Et que tu te surestimes, tu en as déjà envisagé la possibilité?»

Elle ne répond rien mais se mord la lèvre, sourcils froncés.

« Tu sais tout plein de choses, tu assimiles tout très vite, d'accord. Mais il y a des choses que le seul le temps permet de comprendre, tu sais?

– Ne me sors pas "l'amour", hein.

– Pourquoi? Tu sais ce que c'est, d'être amoureux?

– Oui.

– Mensonge.

– Pourquoi? s'offusque-t-elle.

– Parce que si tu le savais, tu n'essaierais pas de me séparer de Sirius.»

Et toc!

« Ha, comme si on ne pouvait pas faire de mal par amour…

– Pardon?

– Tout tourne toujours autour de toi! Ton grand amour avec Sirius, c'est tout ce qui compte! T'en as rien à faire de moi depuis que t'es avec lui!

– C'est complètement…

– T'es prêt à tout balancer pour lui. Tu crois que ça ferait du mal à combien de gens, ça?

– D'où sors-tu ces âneries!

– Tu m'as bien frappée pour lui! T'as préféré ça à l'idée que ton cher Sirius t'ait joué un sale tour!

– Tu recommences tes mensonges. Je regrette, mais tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même si nous ne sommes plus amis.»

J'enclenche l'ouverture de la pièce et regagne le couloir.

« J'ai très bien vu ce que ça faisait, d'être amoureux! lance Gwendolyn. Ça rend stupide et égoïste!»

- O -

Grâce à la Carte du Maraudeur, je trouve Severus sans trop de soucis, après avoir vu son point d'éloigner de celui de Gwendolyn. J'ai peine à croire qu'il l'ait emmenée dans l'un de nos anciens lieux de rendez-vous (tout ce que j'espère c'est qu'il n'y a pas caché son cadavre). L'idée n'est toutefois pas mauvaise, je comptais faire de même.

J'ai juste le temps de ranger la carte avant de couper sa route au détour d'un couloir à peu près désert.

« Severus!

– Sirius!

– …

– …»

Entendant un bruit de pas, nous nous retournons vers un élève de première ou deuxième année, qui vient d'arriver dans le couloir par un escalier. Je fronce les sourcils. Severus le foudroie du regard. L'élève presse le pas d'un air inquiet et disparaît en courant dans un autre escalier.

« On pourrait peut-être trouver un meilleur endroit pour parler?» suggère Severus.

J'opine du chef. Nous nous dirigeons silencieusement, prenant soin de marquer une bonne distance entre nous, vers la toute première pièce dans laquelle nous nous soyons donné rendez-vous, celle à la statue de chien. Foutue nostalgie.

J'observe la réaction infime de Severus tandis qu'il reconnaît les lieux, touchant du bout des doigts le canapé au ressort déglingué. Je m'y assois comme si de rien n'était. Il y a une minute de flottement.

« Je crois que c'est à toi de parler, dis-je.

– Ah.

– …

– Lupin est un menteur.

– Non, Severus.

– Si si.

– Non.

– Bon, d'accord, reconnaît-il avec un haussement d'épaules. Fallait essayer.»

Severus prend place sur le canapé, bien au bout, et regarde ses doigts, qui tremblent légèrement. Il serre le poing.

« Sirius, je suis désolé, il y a une chose que je ne t'ai pas dite.»

Je ressens du soulagement devant son air coupable.

« Je sais.

– Oh, oui. C'est ce que Lupin a dû te dire.

– Non, je veux dire, je sais ce que c'est.

– Ah… bon?

– Ce n'est pas tellement ça qui me pose problème, tu sais. Je l'ai toujours soupçonné…

– Toujours?

– Du moins, avant qu'on soit ensemble. Ensuite, je suppose que j'ai refusé d'y penser… et c'est mieux ainsi.

– Vraiment? s'étonne Severus.

– Oui… Les choses ont changé entre-temps.

– Ah.

– Je sais bien qu'aujourd'hui, jamais tu n'irais mettre de cette potion d'épouvante dans mon porridge!»

Severus semble complètement perdu.

« Potion d'épouvante?

– Nous étions ennemis… Ce n'est plus le cas. Ça ne m'empêche pas de trouver la blague de très mauvais goût, hein. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle était dure à digérer…

– Je ne savais pas que la potion aurait un effet si puissant… explique-t-il, dépité. J'ai agi complètement inconsciemment. Je suis vraiment désolé…»

Je souris malgré moi. Je savais que mon Severus n'avait pas un mauvais fond. Je dois faire un effort pour me rappeler que je suis censé être fâché.

« Je te pardonne. Mais comme je te disais, ce n'est pas tellement ça qui m'ennuie qu'un autre point sur lequel je me montrerai intransigeant.

– Lequel?

– Remus. Ah, ne roule pas les yeux! Je veux que tu laisses Remus tranquille.

– Je n'ai rien fait!

– Tu l'as menacé.

– C'est lui qui a commencé!

– Severus.

– S'il n'a rien à cacher, il n'a pas de quoi avoir peur», rétorque-t-il.

Je me décale jusqu'à lui sur le canapé et le regarde de très près dans les yeux.

« Severus, fais ça pour moi, s'il te plaît. Laisse Remus tranquille.

– Je…

– Chhh.»

Je plaque ma main contre sa bouche.

« Dis juste "oui, Sirius, je te promets de laisser Remus tranquille".»

Je retire ma main pour le laisser parler, mais il la retient et en embrasse la paume, spontanément, comme par réflexe. Je reste subjugué par le geste. Je suis gravement en manque d'affection.

Ma main glisse de sa bouche à sa nuque et je l'embrasse presque trop fort. Ça m'a trop manqué de me tenir contre lui de cette façon.

« Ça va bientôt être l'heure du repas, objecte-t-il quand je lui défais sa robe.

– Alors on va faire vite.

– Sirius, il faut que je te dise…»

Il passe une main dans mes cheveux. Je croise à nouveau son regard.

« Oui?»

Il a un air déchiré.

« Je… t'aime.»

Bon. Il ne m'a toujours pas promis de laisser Remus en paix, mais il faut avouer qu'à cet instant précis, sa déclaration sonnait carrément mieux.

- O -

« Snape est presque de bonne humeur, ce soir, chuchote Madley à Bullstrode en se servant du cake.

– C'est vrai, il ne nous a pas encore crié dessus depuis le début du repas…

– Je ne le supporte plus. S'il n'avait pas des amis si haut placé…»

Agacé par leur manque de discrétion grotesque davantage que par leur paroles, je sors l'une des cerises confites de ma part de cake, la dépose sur ma cuillère, et l'envoie dans l'œil de Madley.

« Pourquoi t'as fait ça! braille-t-il.

– Je suis de bonne humeur», dis-je avec un sourire satisfait.

- O -

« Padfoot! Où étais tu passé?»

À l'air déprimé de James, je devine que sa discussion avec Lily n'a pas dû avoir un brillant résultat.

« Je suis désolé, Prongs. Tu lui as dit?

– Ouais.

– Et alors?

– Elle s'est fichue de moi.

– Ah… Ça ne ressemble pas beaucoup à Lily de faire ça. Qu'est-ce qu'elle a dit?»

James grogne quelque chose d'incompréhensible. Remus répond à sa place :

« "On verra quand tu seras grand."»

- O - O - O -

J'ai l'impression de passer mon temps à éviter toute rencontre avec Adam Wilkes. Je ne suis clairement pas en état de prendre la moindre décision.

« Mr Snape, vous resterez après la classe, j'ai à vous parler.»

Eviter Wilkes senior est toutefois nettement moins aisé.

« Votre attitude est pour le moins équivoque, ces derniers temps, Mr Snape. J'espère que vous n'êtes pas en train de virer votre cuti.»

J'ouvre des yeux stupéfaits. Changer d'avis! me crie mon cerveau avec un temps de retard. Il veut juste dire changer d'avis!

Fort heureusement, Wilkes méprend ma surprise pour une preuve de mon innocence.

« Ne vous offusquez pas. Nous avons tous nos soucis, particulièrement à votre âge. Mais que cela ne vous fasse pas perdre de vue le plus important, mmh?»

J'acquiesce respectueusement. Mais c'est quoi le plus important, hein? Avec Sirius, une sorte de paix semble être revenue, ça c'est important. Nos inquiétudes toujours dans un coin de l'esprit, nous n'avons pas pour autant mis le plan de la bagarre à exécution. Il faut dire qu'on ne se voit pas tant que ça, non plus.

Je sors de la salle de classe le cœur chargé. Je jette machinalement des coups d'œil alentour. Le mois d'avril touche à sa fin et depuis notre dernière discussion, Gwendolyn semble avoir retenu sa leçon et n'est plus venue me voir. Mais j'ai quand même un peu de mal à y croire… J'ai sans cesse l'impression qu'elle est dans les parages.

Cette gamine va me rendre définitivement fou.

- O - O - O -

"En mai, fais ce qu'il te plaît." Celui qui a dit ça ne devait pas vivre en Grande-Bretagne, je songe en regardant la pluie tomber par la fenêtre du dortoir.

« Je relance de deux chocogrenouilles, dit James après avoir tiré une carte prétendant être la plus forte du jeu.

– Tu bluffes! dit Peter. Tu ne peux pas avoir autant de chance, tu as déjà gagné deux fois.

– Héhé, c'est le principe des cartes menteuses, Peter, je lui rappelle avec un coup de coude.

– Si tu penses que je bluffe, agis en conséquences, mon cher Wormtail.»

Peter repart dans de longues hésitations.

« Dis-donc, Moony, demande James en rangeant ses cartes, tu continues à voir la cousine de Snape?»

Remus lève la tête de son livre en haussant les épaules.

« Elle vient me parler, de temps en temps. Je crois qu'elle se sent seule.

– Bizarre… Qu'elle vienne te parler, je veux dire. La solitude, ça doit être un trait de famille.

– Elle est amoureuse de Remus, je fais avec un sourire en coin.

– C'est faux! dit Remus, un peu rose.

– Si Lenna l'apprenait… le taquine Peter.

– Ne rigolez pas avec ça!

– Bon, Peter, tu joues, oui ou non?

– Oui oui, euh, je relance de, euh…

– T'as plus rien! Je t'avais bien dit de ne pas manger tes réserves.

– Si si, j'ai euh… une gomme révélatrice!

– Qu'est-ce que c'est que ça?

– Une gomme qui fait reparaître les messages effacés ou dissimulés par un charme.»

Je tique. Ça existe, ce genre d'objets? Voilà qui ne serait pas bon pour la paranoïa de Severus s'il l'apprenait. Machinalement, j'enfouis un peu plus profondément la parchemin de communication à distance dans ma poche.

« Bon, d'accord, ça le fait. À toi, Sirius.»

La carte que je tire pleurniche qu'elle ne vaut rien. Menteuse! C'est un Roi.

« Je relance d'une bombabouse.»

James finit par dévoiler son jeu, mais c'est moi qui gagne. J'empoche la gomme révélatrice avec soulagement, et je donne les chocogrenouilles à Remus qui les accepte avec un sourire de gamin.

« Tu ne veux pas en garder une?

– Non, je suis au régime», je plaisante. Puis, d'un ton plus sérieux : « Méfie-toi de Gwendolyn, quand même, hein?»

Il acquiesce.

« J'essaie de deviner ses intentions, mais ce n'est pas si facile. Je l'ai vue jeter des regards à James, cependant…

– Oh non!

– Quoi?

– Elle te fait des infidélités, tu crois?»

Remus me jette une boîte de chocogrenouille à la tête.

- O - O - O -

Je ne sais pas trop comment Gwen choisit son jour, j'ai abandonné depuis longtemps l'idée de comprendre cette enfant. Toujours est-il qu'en rentrant aux dortoirs, un soir après dîner, un soir tout à fait comme les autres, je m'aperçois qu'elle a laissé quelque chose sur mon lit. Je sais tout de suite que c'est elle, car il s'agit de la boîte à secrets que je lui ai offerte à Noël dernier.

Je jette un regard à mes camarades de chambrée, qui font comme à leur habitude étalage de leur débilité congénitale, et m'enferme derrière les rideaux de mon lit.

La boîte est ouverte sur les douze petits compartiments qu'elle renferme – seule Gwen peut l'ouvrir, ce qui écarte la possibilité que quelqu'un la lui ait volée pour la déposer ici. Et parmi ces douze petits compartiments, l'un d'eux a été laissé béant. Intrigué, je glisse un doigt à l'intérieur afin de découvrir quel objet il renferme, mais je ne tarde pas à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un objet. C'est un souvenir.

Comme happé à l'intérieur du compartiment, je me retrouve derrière les yeux de ma cousine, avec la conscience vague et néanmoins troublante de ses sentiments (me voilà rassuré, elle en a). Je suis caché – enfin, elle est cachée derrière une colonne, d'où on voit Sirius et ses amis disparaître dans une salle. Elle s'approche à pas de loup et ouvre la porte tout en formulant un sort de discrétion qu'elle ne devrait pas connaître. D'ici, on voit Sirius de profil, Lupin et un bout des deux autres. Sirius parle d'un air soucieux.

« Toute cette histoire de pari... Mon gage... Je renonce. Je refuse d'embrasser Snape, je refuse de lui faire croire que je veux sortir avec lui. Je rends les armes. Je déclare forfait. Comme vous voulez... Mais je ne le ferai pas.»

Je sens les pensées de Gwen, interloquée, mais elles ne parviennent pas à me détourner du coup que je viens de recevoir dans la poitrine. Les paroles de ma cousine me reviennent en mémoire pour mieux m'abattre. C'est comme si tous mes organes avaient décidé de se sentir bizarre de façon différente et simultanément. Je me sens drôle, mais une sorte de drôle loin d'être amusante.

Pendant ce temps, Potter rigole.

« Eh bien, on peut dire que tu auras mis le temps! Je crois que sur ce coup-là, ta fierté a dépassé la mienne de loin!

– Quoi, s'étonne Sirius, tu n'as jamais cru que j'en serais capable?

– Sincèrement, Sirius… non. Enfin, au début, je ne dis pas… Tu as peut-être plus ou moins sympathisé avec Snivellus, mais chaque fois que tu y es allé franchement, tu t'es pris un râteau monumental. Alors je conçois que, dans ces conditions, ce soit difficile de le ridiculiser lui plus que toi… Pffouhouhouh… Hum… Je n'en reviens pas que tu aies mis autant de temps pour l'admettre!

– Euh… Moi non plus…» admet Sirius.

Je le trouve petit et vil. Ce n'est pas le Sirius que je connais.

« Moi non plus, dit à son tour Lupin, avec un regard suspect.

– Eh bien moi, j'avais complètement oublié cette histoire de gage! dit Peter. Je suis content que vous me le rappeliez, parce que je te trouvais vraiment louche avec Snape, Sirius!

– C'est le moins qu'on puisse dire!

– J'y aurais presque cru», renchérit Lupin.

Lupin est plus que suspect, mais Sirius n'a pas l'air de comprendre.

« Et tu n'as pas réussi à glaner suffisamment d'informations pour te prononcer sur le sujet de la potion d'épouvante?» demande Potter – mais déjà, sa voix me paraît distante.

Le souvenir prend fin et j'en sors violemment, pour me retrouver sur mon lit, le souffle court. J'ai un instant d'inertie totale. Puis, rapidement mais sans précipitation, j'entre dans la salle de bain pour rendre mon déjeuner dans les toilettes.

« Eh! crie Madley l'Abruti, qui se trouve dans la douche. C'est dégueu!»

La joue contre l'émail de la cuvette, je rassemble mes pensées à grand-peine. C'est éprouvant de visiter le secret de quelqu'un de cette façon. Je ne peux toutefois pas en vouloir à Gwendolyn : elle avait essayé de me prévenir autrement. Elle avait dit vrai. Un pari raté… J'étais le gage de Sirius…

Je me relève et tire la chasse d'eau. (Madley pousse un cri aigu comme l'eau de sa douche devient brûlante.) Je me penche sur le lavabo pour m'asperger le visage.

Quand était-ce? Sirius et moi étions-nous déjà ensemble? Oui, Gwendolyn portait ses gants neufs, ce devait être après les vacances de Noël. Mais pas beaucoup après, parce qu'ensuite elle en a perdu un. Les expressions de Lupin montraient qu'il avait déjà tout deviné… Il est au courant depuis quatre mois! Non, je ne veux même pas penser à ça.

« Eh, Snape, ça va?»

Je jette un regard dangereux à Madley, qui se dandine dans son peignoir. Me retournant vers le miroir au-dessus du lavabo, je vois le sourire narquois de mon reflet.

« T'as une mine de déterré», se moque celui-ci.

Ouais. Sûr que c'est pas grâce à ce reflet que Sirius s'est entiché de moi. C'est en perdant un pari. Heureusement que je n'ai plus rien à vomir.

« Viens, fait Madley, l'heure du dîner va bientôt sonner, il faut te remplir l'estomac.

– Fous-moi la paix, le lèche-cul!»

Je m'empare du parchemin de communication à distance pour signaler à Sirius que je l'attends devant la porte de la grande salle, avant de sortir des dortoirs en trombe.

- O -

Quand j'arrive, Severus est déjà là, adossé au mur près des portes de la Grande Salle – là où une affiche nous donnait la vedette plus d'un mois auparavant.

« Qu'est-ce qui se passe?» je m'approche.

Sans un mot, avec à peine un regard, il m'assène une gifle monumentale. Je vacille. Eberlué, je porte une main à ma joue.

« Tu voulais une bagarre, non?» me fait-il froidement, en caressant ma joue meurtrie du bout des doigts.

Et sans me laisser le temps d'en revenir, il m'envoie un coup de poing dans le ventre. Je me plie en deux, le souffle coupé.

« Vas-y, c'est ton tour, frappe-moi!» lance-t-il.

Je secoue la tête, appuyé contre le mur.

« Tu as perdu la tête, je ne veux pas…

– Tu ne veux pas te défendre? Tant pis pour toi.»

Mais cette fois, j'anticipe son mouvement et lui tords le bras.

« Arrête! Qu'est-ce qui te prend?»

Il se dégage comme une furie.

« Tu as raison, attendons d'avoir un meilleur public.»

C'est l'heure du dîner, des concerts de voix et de pas retentissent de toutes parts.

« Pourquoi fais-tu cela, Severus?

– C'était ton idée, Black!»

Et il se jette sur moi pour me faire tomber. J'encaisse le choc et parviens à garder l'équilibre de justesse, mais je dois le repousser avec brusquerie contre le mur. Il se heurte méchamment la nuque, ce qui ne fait que redoubler sa rage. Déjà, un certain nombre d'élèves s'est attroupé autour de nous, certains indécis, d'autres amusés, et je leur en veux de ne pas intervenir dans cette folie.

Severus profite de ma distraction d'une seconde pour me frapper dans la mâchoire. Je me mords la langue, du sang envahit ma bouche. Sa colère aveugle et brutale commence à me gagner. Je l'attrape par le col et le plaque contre le mur.

« Qu'est-ce que tu me veux, hein?»

Il a un rictus insolent.

« Tu peux me frapper, Black. Tu auras du mal à faire plus de dommages que tu n'en as déjà faits, de toute façon.

– Mais qu'est-ce que j'ai fait, bon sang!»

En guise de réponse, il me crache au visage. Son mépris me met hors de moi. Je l'envoie par terre d'un revers de main. La seconde d'après, je suis sur lui, il tente de me renverser, et nous engageons une lutte sans merci pour avoir le dessus sur l'autre.

« Sirius!» crie une voix familière parmi les autres.

Je relève les yeux pour voir James se précipiter vers nous.

« Qu'est-ce qui se passe ici!»

Impérieuse, Minerva McGonagall fend la foule et nous sépare d'un coup de baguette magique.

« Mr Black! Mr Snape! Je n'arrive pas à croire qu'une telle attitude revienne dans vos mœurs. Non mais regardez dans quel état vous vous êtes mis!»

Severus et moi échangeons un regard par en dessous. Sa lèvre est fendue ; il m'a explosé l'arcade sourcilière.

« On croit rêver! Vous faites honte à vos Maisons. Je retire vingt points à chacune d'elles! Que des préfets vous escortent jusqu'à l'infirmerie – séparément!»

Remus vient aussitôt à mes côtés. M'attrapant chacun un bras, James et lui m'entraînent avec autorité en direction de l'infirmerie.

- O -

« Severus, est-ce que ça va?» s'inquiète Bethany.

Je suis trop hébété pour réagir, même quand elle me prend la main.

« Tu l'as bien amoché, ce traître de Black», me félicite quelqu'un qui ressemble étonnamment à Adam Wilkes.

Il me tapote l'épaule. Je suis préoccupé par les vingt points que j'ai fait perdre à Serpentard, mais personne ne semble s'en affecter.

« Allez, gronde McGonagall, tous les autres vont dîner! Vous aussi, Mr Potter! Et vous également, Miss Clarke.»

Bethany me caresse gentiment le dos de la main, et sa tendresse me touche. Je me penche vers elle, vraiment sans réfléchir.

- O -

« Là, Padfoot, il va falloir que tu m'expliques.

– J'aimerais bien Prongs, mais je saurais pas trop quoi te répondre…

– Allez, tous les autres vont dîner! Vous aussi, Mr Potter!»

Avec un soupir, James lâche mon bras et repart dans l'autre sens. Je me tourne vers lui pour lui faire un signe d'adieu, mais mon geste se fige presque aussitôt.

À quelques pas de là, Severus embrasse Bethany Clarke.

- O -

C'est fait en un instant. Il y a une trace de sang rouge sur les lèvres de Bethany, et un peu de leur douceur sur les miennes. Elle est stupéfaite, mais sa réaction n'est rien comparée à celle de Sirius, derrière elle.

Voilà, c'est ce que je voulais. Le voir souffrir exactement comme ça.

- O -

« Sirius, non!»

James et Remus me retiennent fermement comme j'allais m'élancer vers Severus et Bethany pour les séparer. Severus a un regard pour moi avant de partir de son côté pour l'infirmerie. Pourquoi me fait-il ça?

« C'est bon, Padfoot. Tu n'en as pas eu assez?

– … Si. J'en ai assez.

– Viens, m'intime Remus. Ça ira, James, je m'occupe de lui.»

Je le suis d'un pas mécanique, vidé de toute énergie. Mes yeux me piquent. Remus ne me demande pas si ça va, il passe juste un de mes bras sur ses épaules pour me servir d'appui.

« Tu t'es aussi blessé la main», fait-il remarquer doucement.

Le poing droit s'est ouvert à la base d'un doigt, probablement en heurtant une dent. Merlin.

« Qu'est-ce qui s'est passé, Sirius?»

Je secoue la tête misérablement.

« Je n'en ai pas la moindre idée.»

- O -

Sirius arrive après moi à l'infirmerie. Pomfrey a soin de placer un paravent entre nous.

« Grands idiots, dit-elle d'un air attristé. Quel besoin éprouvez-vous de vous faire du mal comme ça?

– Ce n'est presque rien, dis-je d'une voix atone.

– Ça, c'est à moi d'en décider! Vous vous êtes cogné la tête? Est-ce que vous avez une impression de vertige?»

Morne, je réponds à ses questions. De temps en temps, elle passe de l'autre côté du paravent pour s'occuper de Sirius. Entendre le son de sa voix suffit à me mettre mal à l'aise.

- O -

J'ai la tête pleine de questions. Je bouillonne de rage de n'avoir aucune réponse. J'accepterais un coup de folie passagère, j'accepterais une drogue bizarre, j'accepterais n'importe quoi pourvu qu'il me dise qu'il n'a pas vraiment voulu faire ce qu'il a fait.

« Je m'absente une seconde, dit Pomfrey. Mais je vous ai à l'œil! Si j'en trouve un du même côté de ce paravent que l'autre, croyez-moi, ça va barder!»

Bien. Pas besoin d'être du même côté pour se parler, je suppose.

- O -

Je me tends dès l'instant où Pomfrey quitte la pièce. Sirius va me demander des explications. Je ne suis pas sûr de réussir à lui faire comprendre combien je me suis senti trahi. J'ai perdu mon sang-froid, pour une fois.

Bon, Bethany, c'était peut-être un peu trop.

Pourquoi est-ce qu'il ne dit rien? Je ne peux décemment pas parler le premier!

- O -

Je remonte mes genoux contre ma poitrine et passe les cinq minutes d'absence de Pomfrey dans cette position.

Des fois, il semble qu'on n'ait simplement plus rien à se dire.

- O -

« Allons, laissez aller vos larmes, il n'y a pas de honte. Une nuit de repos et tout sera guéri, vous verrez.»

Oh, fermez-la, l'infirmière.

- O - O - O -

Un poids sur mon lit.

« Padfoot… Est-ce que tu voudrais me… Il y a quelque chose dont tu voudrais me parler?

– Comme quoi?

– Je ne sais pas. N'importe quoi. Tu peux me dire n'importe quoi, Sirius.»

Le souffle régulier des endormis me donne envie de les rejoindre. Je n'ai plus envie de parler de quoi que ce soit, c'est trop tard maintenant.

« Dors, Prongs.

– Oui… C'est ce que je vais faire.»

Il se retire sans un bruit.

- O - O - O -

Quand Bethany vient s'asseoir dans le fauteuil près du mien, dans la salle commune, j'ai le réflexe de me cacher derrière mon livre. Elle approche son fauteuil aussi près que possible, et me dit, presque à l'oreille :

« Bonsoir, Severus.

– Mmh? Oh. B'soir.»

C'est très difficile d'ignorer quelqu'un qui se tient si près de vous, vous savez?

Elle soupire.

« Ça va, pas la peine d'avoir peur de moi. Je ne me suis pas fait d'illusions juste parce que tu m'as… Enfin. J'ai même failli me fâcher… Ça ne se fait pas, tu sais!

– … Pardon.

– Severus, baisse ton livre, tu veux bien?»

Je le baisse de deux centimètres. Elle secoue la tête, regardant par-dessus ses lunettes avec un air de professeur. Je referme de livre et le pose sur mes genoux.

« Je suis un minable, je constate piteusement.

– Mais non. Simplement, évite de m'utiliser, à l'avenir. Même si ce n'était pas désagréable, ajoute-t-elle avec un léger sourire.

– T'utiliser…?

– Tu vois ce que je veux dire. Je suis un peu lente, mais j'ai fini par comprendre, tu sais.»

Moi, je ne comprends plus rien.

« Bethany, qu'est-ce que…?

– Tu ne veux sans doute pas qu'on sache que les filles, c'est pas ton truc.»

J'ai une extinction de voix sous le choc.

« J'ai été vraiment bête! Je t'ai observé tant de fois quand tu ne me regardais pas… Je n'avais jamais pensé à m'intéresser à ce que tu regardais au lieu de moi. Jusqu'à ces affiches…»

Je dois avoir une mine horrifiée.

« Sirius Black…» dit-elle pensivement.

Je voudrais protester, mais je n'émets qu'un gargouillis.

« Oh, c'est bon. Tout le monde fantasme plus ou moins sur Black, chez les filles… C'est normal que tu n'y échappes pas – enfin, je suppose.

– Mais… Mais…

– Ne te fatigue pas. Je ne t'ai jamais vu regarder aucune fille comme tu le regardes, alors même si tu me disais que tu es… "hétéro"… je ne te croirais pas.

– Non… attends… ce n'est pas…

– Tu sais, je ne veux pas t'embarrasser en te disant cela, au contraire! Je n'ai jamais rencontré de… Je ne sais pas quoi en penser. Je ne suis pas capable d'avoir une opinion sur quoi que ce soit, de toute façon…

– Merlin…!

– Ça ne me fait pas grand-chose finalement. À part une légère déception, évidemment. Et un peu de soulagement aussi, quand même.»

Je me suis tant enfoncé dans mon siège que j'y suis presque allongé et que mes coudes sont au même niveau que mes oreilles. Je lève les yeux vers Bethany, qui a un air attendri, comme devant un petit enfant au visage barbouillé de confiture.

« Je sais pas trop ce que tu as voulu prouver en cassant la figure de Black, dit-elle encore, mais tu n'arriveras pas à grand-chose avec lui de cette façon, à mon avis!

– Je ne veux arriver nulle part!» je grince.

Elle rit. Je me détends un peu. Je suis bêtement satisfait qu'elle aille jusqu'à me conseiller au sujet de Sirius. Au moins une qui ne se moque pas…

« Tu es une fille bien.

– Bah! rougit-elle.

– Si jamais j'ai encore envie de t'embrasser, je pourrai?

– Il ne vaudrait mieux pas… Je crois que tu confonds un peu tout.

– Tu crois…

– Oui oui. C'est comme je t'avais dit, il y a quelque temps : tu es un handicapé des sentiments.

– C'est pas très gentil.

– Non… Mais j'ai aussi dit que ça avait son charme.»

Ha, tu parles.

- O - O - O -

"Rendez-vous près des serres."

C'est un peu fort. Après une semaine sans nouvelles, j'aurais attendu un premier contact plus significatif. Il a vraiment de la chance que je sois gentil. Et que même lorsqu'on est en froid, il parvienne à me manquer.

« J'ai pas toute ma soirée, je grommelle.

– Je ne comptais pas te voler trop de ton temps, rassure-toi.

– Tant mieux.»

Severus me fixe d'un regard neutre. J'ai peur que ce qui, pour moi, est une plaie béante, ne soit déjà mort pour lui.

« J'étais très mal, l'autre soir. Désemparé.

– C'est censé expliquer pourquoi tu as voulu me casser la figure – avant d'aller embrasser Clarke? Tu pouvais aussi me demander un câlin, tu sais.

– Je t'en voulais trop pour cela…»

Je montre mon incompréhension. Il soulève un peu de terre du bout du pied, n'ayant visiblement pas très envie de formuler son explication jusqu'au bout.

« J'ai su… cette histoire de gage. De pari que tu as fait.»

Non. Non non non non.

Il n'a pas pu le savoir. Comment aurait-il pu le savoir!

Il le sait.

Je me laisse tomber sur un tas de bois, la tête entre les mains.

« Bon sang…

– Je sais que ça ne justifie pas vraiment la scène qui a suivi…

– Severus…»

Je veux lui attraper la main, mais il s'écarte.

« Je suis tellement désolé, Severus. Je ne pouvais pas te le dire, ça t'aurait…

– Je sais.

– Tout ce qu'il y a à retenir de cette histoire, c'est que je me suis fait prendre à mon propre piège…

Je sais! s'impatiente-t-il. Je sais tout ça. Je suppose qu'avec l'histoire de la potion d'épouvante, je n'ai pas vraiment le droit de te tourmenter…

– On s'est fait de sacrées saloperies, c'est un fait.

– Seulement là, ça a… fait déborder le vase, comme on dit.»

Cette discussion prend un tour déplaisant.

« Je ne comprends même pas comment on a pu aller si loin en se mentant tout le temps. Plus j'y pense et plus tout ceci prend une dimension absurde.

– Ça fait longtemps que je me dis ça, Severus. Je me trouve obligé de mentir tout le temps, et pas seulement à toi. Bien sûr que c'est détestable, mais…

– Je vais mettre un terme à tout ça.

– Un terme?

– On se rend malheureux, Sirius.»

Je me mets en colère.

« Non mais ça veut dire quoi, ce genre de grandes phrases? Bien sûr qu'on se rend malheureux par moments! Et le bonheur à côté, tu y penses?

– Ces temps-ci, il se raréfie… et ça va continuer dans ce sens, inévitablement. On a cru avoir quelque chose d'indestructible, et plus on avance plus on s'aperçoit que ce n'est qu'une construction branlante, un vulgaire château de cartes.

– Je pense qu'en y mettant du sien, on pourrait…

– Se cacher encore une ou deux années?»

Je grogne.

« Je suis prêt à parler à James et Peter, si c'est ce que tu veux.

– Ce n'est pas ce que je veux.

– C'est bien ce qu'il me semblait.

– Je veux que tu les quittes, et Lupin aussi.»

- O -

Sirius me dévisage comme si j'avais perdu la tête. Évidemment.

« Cette situation est injuste depuis le début, j'explique. Moi, je n'ai que toi, et toi…

– Si je comprends bien, je suis censé croire que tu me demandes ça par amour pour moi!

– Le principe de ce sentiment idiot que nous partageons est qu'il est assez exclusif.

– Il s'agit de mes amis. Ça n'interfère absolument pas avec nous!

– Tu es différent avec eux, tu leur offres des parties de toi que je ne connaîtrai jamais…

– C'est ridicule! Aimer ce n'est pas posséder l'autre! Si c'est ce que tu veux, achète-toi un poisson rouge!»

Je pince les lèvres. Il ne me prend pas au sérieux. Il ne comprend rien.

« Si tu veux, on peut présenter les choses autrement. Si tu ne peux quitter tes amis pour moi, il te faudra comprendre que je ne puisse quitter les miens pour toi.

– … Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu ne parles pas de Gwendolyn ou Bethany?

– En effet, je pensais plutôt à… Adam Wilkes, par exemple.»

- O -

Ça doit être une mauvaise blague.

« Depuis quand es-tu ami avec Wilkes!

– Depuis que son père a eu vent de mes talents en potions et s'est intéressé à moi. Ils veulent me faire rentrer dans leur cercle d'amis…

– Tu dois plaisanter!

– Incroyable mais vrai, d'autres que toi me trouvent un intérêt, et sans même perdre un pari pour ça.

– Severus! Les Wilkes soutiennent Voldemort! Tu ne peux pas te joindre à eux!

– Ah bon? Pourquoi pas?

– Mais… je bredouille. Mais parce que ce qu'ils font est mal! Les attentats, les meurtres…

– Ce qui est amusant avec ce genre de conflits, c'est que les rebelles d'un côté deviennent des terroristes de l'autre…

– Je refuses d'imaginer que tu crois réellement ce que tu dis. Tu ne peux pas…

– Tu dis toujours à quel point il t'est difficile d'aller et venir entre tes amis et moi. Je tiens à ce que tu saches que moi aussi, je suis face à un choix, et que ce choix m'étouffe, depuis des mois.»

- O -

Sirius explose.

« Ce n'est pas comparable! Mes amis à moi ne tuent pas des innocents par soif de pouvoir! Tu n'as aucun lien affectif avec ces gens!

– J'en ai avec ma famille, qui se trouve déjà avec ces gens

Sirius se passe les mains sur le visage.

« C'est comme si tu étais quelqu'un d'autre…

– Maintenant je ne te cache plus rien. Et tu ne peux pas en dire autant…»

Il me regarde sans comprendre.

« J'ai vu passer Lupin avec Pomfrey en venant ici, tout à l'heure. Ils ne m'ont pas aperçu, mais moi je les ai vus disparaître près du saule cogneur. Pomfrey est revenue seule… Étrange, non? Qu'est-ce que je trouverais si j'allais jeter un coup d'œil, je me le demande bien…

– N'y songe même pas. Tu te ferais rouer de coups par le saule avant d'avoir le temps de dire ouf.

– Donc si tu avais choisir entre Lupin et moi, tu choisirais Lupin.

– Je ne devrais pas avoir à choisir! D'ailleurs, j'ai une bien meilleure idée! Tu vas devoir choisir entre le secret de Remus et moi. C'est très simple, il te suffira d'un grand bout de bois, une petite tape sur le nœud dans le tronc, et tu auras accès au passage entre les racines. Bien sûr, si tu choisis d'aller voir, je risque fort de devoir te haïr jusqu'à la fin des temps.»

Je déglutis péniblement.

« Tu as les clefs en mains! Qu'est-ce que tu choisis?»

Je suis pris de court. Je bredouille et bafouille, sans réussir à dire quoi que ce soit.

« Eh bien, tu hésites vraiment, constate-t-il, l'air choqué. Moi qui pensais que ce choix-là serait facile…»

Sirius passe devant moi et prend la direction du château.

« Attends…

– Non, merci, j'en ai assez vu.»

Je veux lui attraper le bras mais le manque d'un cheveu.

- O -

Mon pas se change en course.

Qu'il y aille, puisque c'est ainsi! Je m'en lave les mains! Je serai très reconnaissant envers Remus s'il le dévore! C'est la pire raclure d'enfoiré de sale pro-Voldemort que je…

Je suis si bouleversé que je heurte Peter de plein fouet comme j'arrive aux abords du château.

« Padfoot, te voilà! s'écrie James. La nuit est tombée, on te cherchait! Tu as oublié que c'est la pleine lune, ce soir?

– Non, je… J'avais quelque chose à faire.

– Quelque chose avec Snape? fait Peter.

– H… Hein?»

- O -

Je le regarde s'éloigner, passablement énervé. Bon, très bien! Qu'il fasse la gueule! Je peux très bien jeter un œil à cet arbre sans qu'il n'en sache rien, après tout.

J'attrape une branche dans le tas de bois.

- O -

« On ne t'espionnait pas, Sirius, assure James, mais comme on ne te trouvait pas, on a regardé sur la Carte et…

– Tiens, d'ailleurs, Snape se dirige vers le Saule Cogneur, fait remarquer Peter, pointant la Carte du doigt.

– Zut! On va devoir attendre qu'il reparte, ronchonne James. Qu'est-ce qu'il va faire là?

– Il va trouver Remus, je réponds.

– Ha-ha, super drôle. Manquerait plus que ça.

– Je ne rigole pas. Je lui ai dit comment rentrer. Qu'il se fasse bouffer tout cru, ça nous fera la paix.»

James m'attrape par l'épaule.

« Sirius. Tu n'es pas sérieux, là?»

- O -

Le Saule s'immobilise d'un coup lorsque j'appuie sur le nœud de son tronc. Sirius ne m'a donc pas dupé… Il réellement donné accès au secret de Lupin.

Je découvre sans peine le passage entre les racines et m'y glisse avec précautions. Alors que je m'attendais à atterrir dans une pièce quelconque, me voilà dans un boyau sombre qui semble courir sur une distance considérable.

« Lumos

- O -

En voyant James partir à toute allure, je commence à réaliser ce qui est en train de se passer. Je me raccroche à Peter, les jambes en coton.

« Ça va, Sirius?

– Bon sang…

– Ça va aller, James va l'arrêter à temps», m'assure Peter.

Je suis loin d'être aussi confiant.

- O -

« Snape!»

Je me retourne vivement. Ce maudit Potter semble être entré dans le passage. Je presse le pas.

« Snape, tu m'entends? me parvient sa voix, lointaine. Arrête-toi tant qu'il est encore temps!»

Je ricane. Mais oui, Potter. Je commence à courir, de peur qu'il me rattrape avant que je n'arrive au bout.

« N'ouvre pas la porte! Reviens!»

Quelle p…? Comme je suis le tournant du tunnel, un panneau de bois qui pourrait éventuellement être considéré comme une porte surgit dans la lumière de ma baguette. Je souris en posant ma main pour le repousser, ménageant ainsi une ouverture étroite.

« Non, c'est dangereux! N'ouvre pas!»

La voix de Potter est toute proche maintenant. Je me glisse à l'intérieur.

La lumière de ma baguette illumine l'intérieur d'une pièce saccagée. D'abord, je ne vois rien. Puis un bruit me parvient sur la droite.

« Qu'est-ce que c'est que…?

– SNAPE, BOUGRE D'ABRUTI, VIENS VITE!»

Je sens une main agripper le dos de ma robe, au moment où se font entendre un raclement, un grondement sourd, et un claquement de mâchoires.

- O - O - O -

« Sirius, tu m'étouffes.

– Pardon!»

Je libère la pauvre tête de Remus. C'est tout ce que je peux étreindre sans risquer de lui faire mal. Tout ça parce qu'il a dû passer la nuit sans nous, par ma faute.

« Je vais vous demander de laisser votre ami se reposer, Mr Black, me signale Pomfrey.

– D'accord, d'accord. Moony, hurle si tu as besoin de moi.

– Promis.»

- O - O - O -

Quand Sirius sort du bureau avec Potter, il est blême. Ce n'est pourtant pas lui qui vient de se retrouver nez à nez avec un loup-garou.

« Venons-en à vous maintenant, Mr Snape, dit Dumbledore. Je suis navré que vous ayez été embarqué dans une telle histoire… »

Je sais déjà ce qu'il va me dire. Je dois garder le secret. Et toutes mes protestations n'y changeront rien.

Quelque part, je m'en fiche. J'ai toujours su que Lupin était un être méprisable.

Par contre, je croyais que Sirius valait un peu mieux.

- O - O - O -

« Est-ce que toi et Snape…?»

James semble trop révolté par sa question pour la terminer. Il me regarde dans les yeux d'un air défiant.

« James…

– Je veux la vérité, Sirius. Tu me la dois.

– Je… C'est fini, il n'y a plus rien à en dire.

– Alors c'est vrai? Toi et lui… La cousine de Snape est venue me le dire et j'ai failli ne pas le croire, mais ensuite je vous ai retrouvés à vous taper dessus et ça n'avait rien de normal. Je me suis posé des questions, mais…»

Il se courbe et je vois comme il est blessé. J'ai vraiment tout raté.

« Prongs, je ne pouvais pas t'en parler, tu n'aurais jamais compris…

– Si seulement tu m'avais donné une chance de comprendre! s'emporte-t-il. Je ne dis pas que j'aurais réussi, c'est vrai. Mais tu es mon meilleur ami…

– Je te demande pardon.

– Je ne veux pas de tes excuses! Depuis quand, hein? Depuis quand ça dure?

– Un peu moins de six mois…

Six mois? Tu… Avec une fille, ça n'a jamais duré plus de… Sirius, tu es gay?

– Je ne sais pas…

– Tu ne sais pas!

– Au moins en partie, manifestement.»

James se détourne, un poing sur le front.

« Je n'arrive pas à le croire. Ignorer quelque chose d'aussi important…

– J'ai failli te le dire…

– Je n'ai rien vu! Rien du tout! Je ne pensais qu'à moi et ma vie sentimentale foireuse… Je ne sais pas lequel de nous deux est le plus à blâmer.

– C'est fini, James.»

Il prend un air peiné, mais cette fois c'est par compassion.

« Et… Tu… Tu le vis comment?»

Surpris, je hausse les épaules.

« Oh, je… Tu sais…»

James me passe un bras autour du cou et appuie sa tête contre la mienne.

« Je sais.»

- O - O - O -

« Gwen, rends-moi ça. Ce n'est pas un livre pour les enfants!

- Moi aussi ça m'intéresse, les hippies !

- Oui mais non.

- Eh, tu savais qu'on avait un chacra près de l'anus?

- Oui. Donne.

- Qui est-ce qui t'a offert ce livre?»

Je lui adresse un regard lourd de sens.

« Ah. Je me disais, aussi. Le fétichisme, c'est pas très bon, tu sais.

- Je vais le jeter! Plus tard.

- Oh-oh! Regarde qui voilà…

- O -

« Padfoot, regarde si Lily me regarde quand on passe!» me souffle James.

Je jette un regard du côté de Lily. Derrière elle, j'aperçois Severus assis sous un arbre avec sa cousine. Nos regards se croisent, puis se détournent.

« Alors ?

– Elle ne te regarde pas.

– Ah bon…

– Elle te dévore des yeux!

– Ha! Je le savais! Elle a aimé mes fleurs!»

- O -

Sirius rit avec ses amis. Comme d'habitude. Rien à foutre.

Je me détourne.

« Gwen, si tu ne me rends pas ce livre, je te fais pousser des oreilles d'âne.

– Chiche!»

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-

Fin.

Rendez-vous prochainement pour les bonus DVD.

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-