Bonjour tout le monde ! Pour ce petit chapitre, j'ai décidé de vous mettre un point de vue différent, car c'était le meilleur moyen pour savoir la vie d'Ailis. Il y a des passages que j'aime bien, d'autres un peu moins. Mais je suis assez satisfaite de moi, une première... Mis à part que je suis certaine du fait de ne pas avoir cerné le caractère d'Aro... (non, je ne simule pas cette auto-critique, j'adore trouver des défauts dans tout ce que je fais...). Sinon, l'emploi du «Elle»répétitif, est fait expré, n'allaient pas croire que je n'ai aucun synonyme... Non, mais je me suis seulement dit que d'après le contexte, c'était la bonne chose à faire...

Et Alex' qu'est-ce-que tu fais là ? Va réviser ton latin ! Si tu commence à trainasser comme-ça sur mes pseudo-textes, t'as pas fini... Et essaye pas de me faire rougir, ça marchera pas ! T'sais que je t'adore quand même hein ? Qu'est-ce-que je ferais pour pas mourir en Latin moi ? Je peux pas délibérément passer toute l'heure à parler toute seule (et faut pas dire que ça m'arrive parfois... non, non, non).

Si vous voulez écouter de la musique, je vous conseille en premier : April 14 th- Alex Twin

puis, Comptine d'un autre été – Yann van Tiersen

My Immortal - Evanescence

Et, enfin Animal I have become – Three days grace

Point de vue d' Aro.

Lorsque ma main toucha son épaule, je sentis le courant électrique habituel traverser mon corps. Puis, tout à coup, l'enchainement de souvenirs et de pensées se déroula comme un film auquel on assiste en tant que spectateur, impuissant et incapable de changer quoi que ce soit.

Le premier souvenir qu'elle eu fut flou et entrecoupé d'arrêts noirs. Elle était presque adulte, dans les dix-huit ans peut-être. L'air saturé de soleil faisait briller doucement sa peau pâle, la chaleur des rayons réchauffait ses joues rougies par la course qu'elle faisait. Sa longue robe rendait ses déplacements plus difficiles, ses mains en agrippaient les pans afin de la soulever. Quelques fois elle se retourna pour voir si sa petite sœur arrivait tout de même à la suivre. Elle gagna haut la main, les pensées fières et victorieuses de son esprit emplissaient son crâne. Le souffle court, elle s'assit sous un arbre en fleur, attendant que sa sœur arrive. Ce qu'elle fit cinq minutes après. Elle marchait, boudeuse et énervée. Trop fière pour la féliciter, sa cadette l'ignora, ce qui la fit rire. Puis, elles se rendirent toutes les deux vers l'habitation de leurs parents. Les pas trop lents de sa sœur l'agaçait, elle était pressée !

- Cinnie, dépêche-toi, s'il-te-plaît. Il me tarde de les avertir !

- Je sais que tu en as grandement envie, mais tu devrais songer au fait que c'est toi qui va trop vite et non moi qui suis lente. On pourrait croire que tu es pourchassée par une bête sauvage ! Ils seront bientôt au courant, ne te fais pas de soucis pour si peu.

Sa sœur avait raison, elle devait ralentir mais elle n'y arrivait pas. Elle avait une grande nouvelle à leur annoncer. Ce soir là, l'homme qui la courtisait allait venir diner chez elle et demander à son père si elle pouvait l'épouser. Il dirait oui, c'était évident. Il était issu de bonne famille, ses parents étaient de bons amis des siens. Des gens agréables, cultivés et à l'élocution aussi aisée que leurs moyens. Il était beau, intelligent, et ses yeux dégageaient une intensité incendiaire qui faisait fondre son cœur à chaque fois qu'elle le voyait. Elle l'aimait.

Puis, l'image changea, sa mère était occupée à organiser le mariage qui aurait lieu dans deux mois, sa robe avait encore besoin d'être modifiée, la dentelle n'était pas finie, il fallait raccourcir une des manches et y piquer les perles. Les plats que l'on servirait étaient encore à l'état d'idée. Elle paniquait, et si tout n'était pas prêt avant le grand jour ? Et si, son fiancé, indigné de la voir incapable d'organiser une cérémonie comme celle-ci annulait tout ?

Elle savait que ses questions étaient puériles, qu'elle n'avait pas à douter de l'amour d'Edan, et elle savait également que son mariage serait parfait. Mais elle avait peur, et son angoisse la rongeait de plus en plus chaque jour. Pas peur du mariage, non, mais de comment sa vie allait se dérouler après ça. Elle n'avait aucune idée de ce que lui réservait le futur, elle avait toujours vécu chez ses parents, avec sa sœur et son chat. C'était ce qu'elle aimait le plus, ce à quoi elle était habituée. Le changement l'effrayait, il incluait l'inconnu. Elle n'y était pas préparée. Elle aurait apprécié avoir du temps, sa vie s'accélérait trop vite ces temps-ci. A tel point que cela la tétanisait parfois.

Mais elle aimait Edan plus que tout, elle voulait vivre avec lui pour le reste de ses jours. Peu lui importait ses propres sentiments, elle l'aimait trop pour ça. Elle virevolta dans son vêtement aérien. C'était le plus bel habit qu'elle eut vu de toute sa vie. Se regardant dans le miroir, elle grava dans sa mémoire l'image d'un sourire si joyeux que son visage en semblait illuminé. Elle n'était peut-être pas la plus jolie des jeunes filles mais ce jour là elle se trouva belle. Elle se calma cependant lorsqu'elle reçut une petite remontrance maternelle sur son côté frivole, ce qu'elle devrait éviter après le mariage. Sa mère était en train de finir de coudre la dentelle du col de sa robe quand le souvenir devint flou.

La succession d'image suivantes furent tout à la fois courtes et pleines de couleurs. Le blanc pâle, le rouge incandescent, le noir terrifiant, le blond cendré de cheveux dansants au flot des vents amenés par la fenêtre grande ouverte sur la nuit fraîche et humide. Emplie de bruits aussi. Des cris à vous glacer le sang (NdA: désolée, ça fait une sorte de jeux de mot puérile, mais j'aime ça ! ) , le battant vitré qui claquait sur le mur, la succion que l'on exerçait au niveau de sa clavicule. Et pleines d'odeur. Le sang, la terre humide, l'herbe coupée, une fragrance exquise qui l'hypnotisait. Puis, également, des sentiments. La peur, la douleur, l'horreur, l'incompréhension, ont traversés son esprit. Le tout mélangé en une seule scène brève mais terriblement intense. Sa transformation était plus claire dans son esprit que pour la plupart des vampires.

Son réveil en tant qu'être mythique fut d'une clarté que seul l'esprit d'un vampire peut posséder. Le moindre détail, la moindre poussière voletant dans l'air. Le sol sous son dos et les imperfections du bois qu'il contenait. La pression de l'air sur sa peau, le souffle mélodieux du mécanisme de l'horloge de la maison de ses parents. Les oiseaux qui gazouillaient joyeusement dans le jardin. La rivière qui bourdonnait à deux kilomètres de là. L'odeur du sang séché sur ses vêtements, cinq autres à quelques mètres au dessus d'elle. Suivant son instinct, elle monta l'escalier de chêne, parcouru le palier familier qui menait au petit salon utilisé par ses parents lorsqu'ils avaient de la visite. L'odeur aigre lui brulait la gorge, le feu grandissait en elle, la rendant presque folle. Incontrôlable. Elle se sentait puissante, mais à la fois fragilisée par la peine de l'incendie. Le sang l'attirait, bien qu'il fut sec, et qu'il commençait à perdre de sa saveur. Elle le désirait plus que tout. Sa force la déstabilisa lorsqu'elle ouvrit la porte, elle l'arracha du mur alors qu'elle avait à peine tiré sur la poignée.

Mais son réel choc apparu lorsqu'elle vit les cadavres. Cinq. Son père. Sa mère. Sa sœur. La mère de son fiancé. Puis son fiancé. Elle s'effondra au sol à côté de lui et l'enlaça, comme si son poids était devenu trop dur à gérer, comme si l'attraction terrestre prenait enfin tout ses droits sur son corps. Elle avait envie d'hurler,de pleurer, de disparaître, de ne plus voir, de ne plus sentir leurs odeurs.

Mais aucun de ses souhaits ne semblait vouloir se réaliser. Trop tétanisée pour ouvrir la bouche, incapable de verser une larme ou de cesser d'exister, et ses sens semblaient ne pas vouloir la quitter. Elle cessa de respirer, pendant longtemps, les yeux fermés. Le temps s'écoula pendant de longues heures, le monde semblait ne pas vouloir sa mort. Elle aurait du s'asphyxier, puis mourir lentement. Mais rien, à part le soleil qui s'était levé et qui lui donnait l'impression d'être trop chaud sur sa peau.

Elle se leva doucement, encore un peu anesthésiée par le traumatisme, ouvrit les yeux. Cette fois-ci, le choc ne la tétanisa pas, il la rendit au contraire pleine d'énergie. En voyant sa peau briller de milles feux, comme les bijoux de sa mère le faisaient, elle se mit à courir. Sans plus s'arrêter, elle ne pouvait pas. Fuir loin de sa douleur, pour essayer de la stopper. Elle passa devant des maisons pleines de gens, sans y prêter le moindre regard. Elle ignora le feu ardent, qui lui semblait si faible face à l'atrocité qui siégeait dans son cœur. Le vent commençait à se lever, les nuages s'amoncelaient rapidement dans le ciel devenu terne. Elle parcouru des centaines de kilomètres, sans s'en rendre compte, sans en ressentir la moindre fatigue. Cela aurait pu l'alerter, mais ses pensées étaient toutes focalisées sur son aimé perdu, sa fraternité éteinte, et sa famille volatilisée.

Elle s'arrêta au beau milieu des landes emplies de bruyères. La pluie commença à tomber, forte et implacable comme de coutume. Elle s'allongea dans la végétation, inerte, immobile. Telle une statue brisée de l'intérieur, pour laquelle on aurait eu seulement le temps de réparer ce qui était visible aux spectateurs. Elle sentait que le monde continuait son chemin, mais elle n'avait pas la force de le suivre.

Elle avait passé deux semaines dans cette position, on aurait pu la croire morte. C'est ce qu'elle pensait qu'elle était. Amorphe et vide, abandonnée et perdue. C'était aussi ce qu'elle espérait être, pouvoir cesser d'exister était une si belle idée, un rêve au quel s'accrocher. Attendre la fin, paisiblement installée sur la flore. Elle souffrait trop, plus qu'elle pensait pouvoir subir. Elle patientait, doucement, cherchant sa sentence divine. Âpre et silencieuse. Rongée et meurtrie. Elle guettait son jugement final. Celui qui éteindrait sa peine, lui ferait quitter ce monde qui l'avait détruite. Ce monde qui lui avait tout enlevé. Mais à qui elle avait malencontreusement survécu. Elle était prête à savoir la vérité, elle allait peut-être avoir la confirmation des doutes qui ne voulaient pas la quitter. Elle n'avait rien à perdre, rien à trouver, et la vie devant elle. Le corps léger, le cœur lourd et l'esprit déserté, elle se leva et marcha lentement jusqu'au bord de l'eau du lac à une centaine de mètres d'elle. Elle se regarda dans l'eau pour y voir ce qu'elle craignait déjà. Elle n'était plus la même. Cela ne lui fit pas le choc qu'elle s'apprêtait à recevoir. Une petite voix dans sa tête lui indiqua qu'elle avait surement dépassé son quota de tétanie pour un bon moment. Elle fixait l'eau sans cligner des yeux, elle y vit sa peau d'un blanc sinistre, ses yeux d'un noir presque terrifiant, son visage lisse et si beau qu'elle crut qu'il n'était pas le sien. Puis en le scrutant longuement elle pu y voir ses traits, bien qu'ils furent modifiés d'une façon qui les sublimaient. C'était elle mais en plus belle, elle en plus cruelle. Le feu de sa gorge ne semblait pas diminuer d'intensité, et elle se sentait de plus en plus lasse.

La scène qui suivit fut celle de sa première chasse. Bien qu'il n'y eu rien de prémédité dans l'acte, elle se baladait toujours, tranquillement, dans l'herbe haute. Lorsqu'elle fut assaillie par l'odeur la plus exquise qu'elle eu sentit jusqu'à lors. L'emprise que cette senteur avait sur elle était impressionnante, elle ne se contrôlait plus. Sans s'en rendre compte, elle courut vers l'humain au sang si tentant d'une vitesse qui lui était encore inconnue. Il n'était plus très loin d'elle, elle allait pouvoir arrêter la brulure à sec de son cou, elle avait l'impression que du papier de verre s'y frottait contre les parois. Elle était totalement hors de contrôle, et ses pensées n'étaient dirigées que vers l'idée du meurtre qu'elle allait accomplir. Bien que ce n'était pas le fait de tuer en soi qui l'intéressait dans le geste, mais bien la conséquence qu'il allait avoir. Dès qu'elle fut assez près pour le voir, elle franchit la cinquantaine de mètres qui la séparait de sa proie en un seul bond. Ne s'y prenant pas par quatre chemins, elle le vida de son sang en quelques minutes. Elle regrettait déjà. Elle se sentait mieux, le feu dans sa gorge avait diminué, bien qu'il fut encore présent, mais elle avait plus de fore qu'elle n'en avait jamais eu. Elle était bien alors qu'elle avait tué un homme de sang froid. (j'ai pas pu m'en empêcher... encore... j'suis désolée, auto-blague )

Le « film » de sa vie se continua sans anicroches particulières, mis à part la découverte de son don. Elle était brillante, avait un esprit affuté et critique, peu de patience, et ne se morfondait plus autant à chaque partie de chasse, aimait toujours autant la nature, observait chaque nuit le coucher puis le lever du soleil les jours où la pluie ne s'abattait pas sur son toit, lisait énormément, et regardait l'avancée technologique prendre de l'ampleur sous ses yeux. Elle gardait le souvenir d'Edan au fond d'elle, mais y pensait de moins en moins au fil des décennies. Elle était blessée, mais la plaie avait commencé à cicatriser sur les bords. Elle trouva une maison vers la fin du dix-septième siècle. Un petit cottage à l'abri des grandes villes qu'elle visitait de temps en temps en tant que « touriste ». Elle vivait une vie monotone et sans embûches, jusqu'à il y a quelques mois. Le fait qu'elle n'apprécie pas Jane me surprit, elles avaient beaucoup de poins communs. Surtout en ce qui concerne la pré-transformation.

La projection de son esprit se termina avec ses réflexions sur l'aspect que j'avais, elle n'avait pas vraiment tord.

Je rouvris les yeux. Il s'était à peine écoulé plus d'une seconde.

- Alors, qu'est-ce-qui vous amène ici ?

Tadaaa ! Oui, il n'est pas très long, mais je n'ai pas voulu vous étouffer sous des tonnes de lignes narratives. Parce que, c'est ce que j'aime le plus. Écrire les sentiments, même si je n'en ai jamais ressenti de tels. J'aime être quelqu'un d'autre.