Salut à tous et à toutes !

Je suis en retard de… deux semaines, je crois. Bravo pour votre patience si vous êtes encore là, surtout que j'ai encore merdé dans mes promesses malgré le grand nombre de reviews reçues. J'ai une pleine liste d'excuses à vous fournir, mais je pense qu'il serait ingrat de ma part de vous ennuyer avec ce genre de choses, non ? Je promets de me dépêcher pour la suite, cette fois, histoire de me faire pardonner. Dans le genre… entre ce week-end et dimanche prochain ?

Quelqu'un se demandait si on n'en saurait pas plus du passé de Sydney. En voilà les premières bribes.

J'avais oublié que ce chapitre venait si tôt. Je trouve que sa place témoigne du sadisme enfoui de l'auteur envers ses fidèles – et ceux de L, bien sûr. La rencontre de L et Sydney est retardée par un flashback digne d'un Pirate des Caraïbes moderne. D'ailleurs, cette rencontre, j'arrête de promettre qu'elle arrive dans le chapitre suivant. La vérité, c'est que je ne m'en souviens plus, et que je les relis au fur et à mesure que je traduis, donc… je suppose que ce sera la surprise.

Bonne lecture !

Xxx

Juste avant, les réponses aux reviews des guests…

Amy : Tu as mon salut d'outre-Atlantique ! C'est sympa pour toi. Nous autres, gens du reste du monde, je pense qu'on s'y identifie aussi beaucoup, mais ça doit être dans son caractère. Elle fait tout ce qu'on crèverait d'envie de faire mais qu'on n'ose pas, et son culot, eh bien ça marche d'enfer.

Melissa : Oh, une fiesta. Moi aussiiii, je veux sortiiir, je veux faire la fêêêêteuh ! Eh ben non, Lou, t'as pas le droit, regarde un peu à ta gauche la pile de boulot qui t'attend. Tu la vois ? C'est bien. BOSSE ! Sur les secrets des difficultés de Sydney, je ne crache pas le morceau. Sur la tête qui a explosé, c'est bien l'œuvre de Light. Tu te souviens, quand il teste le Death Note au tout début du manga ? Eh bien c'est là. Pas de ma faute si ses expériences sont si sanglantes. Pour les beaux gosses, je vais pleurer dans mon coin et puis tant pis. Et je confirme, L est TRES frustrant.

Mika : Fais gaffe que Sydney ne te tape pas plus fort que tu n'en es capable. Elle a de la ressource, je te promets.

Lulu Murdoc (pas guest mais je devais) : Désolée désolée désolée pour le retard, alors que tu m'as inondée de reviews…

xxX

Chapitre 6

Je heurtais mon front contre le mur de verre pour la vingt-troisième fois, ignorant la bosse qui commençait à pousser entre mes yeux. Maussade, je contemplais la ville en contrebas. Les lumières scintillantes des feux de circulation quatorze étages plus bas n'étaient pas plus réconfortantes qu'excitantes, désormais. Dans l'angle, la lueur clignotante du néon semblait se moquer de moi et de ma liberté perdue d'une manière obscure -et orangée-. J'entendais la musique d'une boite de nuit s'élever de derrière le restaurant, perçant à travers les bruits de moteur de la rue. Les sonnettes des cyclistes résonnaient dans l'air nocturne tandis qu'ils filaient dans la nuit.

Je suppose que vous vous demandez tous pourquoi je ne me suis pas effondrée en larmes, sous le choc, après m'être quasiment pris une balle dans la tête. Le fait est que ce n'était pas la première fois que je frôlais la mort (pas même aujourd'hui d'ailleurs). L'idée même de me faire tirer dessus ne m'était pas étrangère. C'était un point de ma carrière large et colorée qui avait été ajouté le jour où j'avais 'réquisitionné' le yacht d'un adorable petit couple et – laissez-moi vous raconter cette histoire correctement, en commençant par le commencement.

Histoires new-yorkaises, n°1.

Je sautillais le long des docks en chantonnant un petit air insouciant, zigzaguant entre les voileux BCBG attifés de leurs chapeaux blancs très chics et de leurs pulls à rayure. Des odeurs de poissons évidés flottaient depuis les entrepôts, de l'autre côté de la rivière on entendait le bruit des lames qui brisaient sèchement les arrêtes au rythme des moteurs. Aucun doute là-dessus, mes camarades devaient bosser dur depuis tôt ce matin (probablement pour une paye ridicule, ils n'écoutaient jamais lorsqu'on leur sortait le mot 'union'). Kay Lee, Tod-Une-Narine et le capitaine Marcus démarraient chaque journée les coudes plongés dans les entrailles de leurs poissons, bien avant que le soleil ne songe seulement à se lever et que la ville ne s'éveille, bercée par ses odeurs de pollution et de pancakes frits.

Derrière de larges lunettes de soleil griffées que j'avais piquées pour moi-même à une femme un peu trop étourdie, distraite par son chien (qui bondissait de son côté pour poursuivre des pigeons), j'observais, amusée tous ces gens qui avaient donné une journée de congé à leurs domestiques pour aller faire de la voile. Il y avait deux petites filles aux cheveux tressés, immobiles sur la plage avec un sourire aigre, qui persistaient à refuser de bouger, quelle que soit l'énergie que mettait leur mère (qui portait une jolie robe endimanchée, je dois l'admettre) à les supplier, au nom de leur père, qui les avaient laissées en plan pour s'adonner à son ridicule hobby. Les gosses gâtées demandaient compensation sous la forme d'une nouvelle maison de poupées.

Mon intérêt faiblit rapidement lorsqu'elles se mirent à taper du pied et à criailler de toute la force de leurs petits poumons. Je regardais à ma droite. Il y avait un groupe de filles pas plus vieilles que moi qui accordaient des efforts tout particuliers à se déshabiller de la manière la plus sexy qui soit. La grande majorité d'entre elles étaient blondes, comme si l'une des filles avait décidé qu'il leur faudrait soit être blonde soit rester chez soi et que le reste de ses amies avaient décidé de suivre son exemple. Deux gars dont la coupe de cheveux coûtait probablement plus que mon salaire d'un mois entier observaient ouvertement ces canons du fond de leur voiture de sport, remerciant un quelconque dieu pour l'invention du bikini.

Un homme derrière moi, à bord d'un énorme bateau à voiles, jeta des gréements et cria des ordres à ses fainéants d'amis en essayant de leur arracher des mains leurs cannettes de bière. Le port était rempli de nouveaux yachts rutilants, probablement obtenus avec l'argent de ventes de charité, et de bateaux à moteur richement ornés. Cet endroit était rempli de mocassins italiens et de montres Rollex, raison pour laquelle il était considéré comme le paradis des pickpockets. Les plus intelligents des escrocs se fondaient déjà dans la foule, serrant les mains et distribuant les compliments pendant qu'ils volaient leurs aveugles d'amis. Les moin doués des criminels devaient être en train de fumer derrière la maison de changes, sans doute chassés par la Sécurité avant d'avoir eu le temps d'apercevoir le moindre sac Gucci.

Derrière les usines, les broyeuses ronronnaient en relarguant arrêtes et cartilage. Une fumée noire s'élevait par petits nuages d'un cylindre au-dessus du toit, comme crachotée par un vieillard sur son lit de mort. Tous les mardi matin, je me rendais dans leur humble lieu de travail, en m'arrêtant seulement pour prendre un hot dog pour mes camarades. Je n'ai jamais eu une seule fois la moindre paye, peu importe combien de poubelles je vidais pour eux, mais ça ne me posait pas de problème. Je considérais le mardi comme une journée de bénévolat, ma manière de rembourser à la société ce que j'avais volé pendant la semaine. Si jamais on m'avait offert de l'argent, je l'aurais utilisé pour payer une tourner au capitaine Marcus et à ses amis. J'adorais les histoires de mer, de cavalcade et de liberté du capitaine Marcus. Je n'étais jamais lassée de l'entendre narrer ses contes : comment échapper aux requins, l'étrange sérénité qui régnait dans l'œil des cyclones, les vagues qui masquaient jusqu'au soleil. Je m'asseyais sur le comptoir en récurant les poubelles pour écouter avec attention sa voix dure et rauque. C'était une manière idéale de passer la matinée.

Mais aujourd'hui n'était pas un mardi.

Je pris une rapide gorgée de soda et l'avalais d'un trait avant de sauter au-dessus d'une glacière bleue posée entre deux gars chétifs. Sans perdre mon élan, j'agrippais l'échelle de mon bateau récemment acquéri et remis à neuf et sautais sur le pont. Techniquement, c'était un modèle de yacht qui datait de 2003. Un mot était fièrement peint sur le flanc du bateau : 'Cherise'. Le vernis laissait se refléter sur le pont les reflets de l'eau. Des sièges recouverts de cuir y trônaient, et le bois lustré continuait jusqu'au gouvernail.

Mes yeux s'illuminèrent et mon ventre s'électrisa, l'habituel sentiment d'excitation qui me prenait lorsque je tentais quelque chose de particulièrement difficile. J'avais préparé ce coup pendant des semaines avant d'arrêter mon choix sur ce bateau. Les véritables propriétaires étaient en lune de miel (leur seconde) quelque part au fin fond de l'Australie, abandonnant par la même occasion leur yacht. Je détachais une à une les amarres comme j'avais vu les marins faire sur les quais en fredonnant une chanson qui me traînait dans la tête depuis hier.

« Hé, vous ! »

Personne ne devrait répondre lorsqu'on se fait appeler « vous ! », mais par habitude, je levais les yeux, curieuse. Dressé devant Cherise, il y avait un homme de la trentaine, habillé d'une manière ridicule, avec des lunettes de soleil et un visage proprement rasé. Il sortit es mains de ses poches pour me héler. « Je ne vous ai jamais vue dans le coin. » Son ton était poli mais ses yeux étaient chargés de suspicion. « Qu'est-ce qui est arrivé aux Parkinson ? »

Je remontais mes lunettes et les laissais pendre à mon cou pour envoyer un sourire resplendissant à l'inconnu. « Je suis Tracy, la nouvelle locataire des Parkinson. » dis-je, chargeant ma voix d'un accent nasillard. Je me penchais au-dessus de la rampe pour lui serrer la main sans cesser de sourire.

Après un rapide salut, il rétracta rapidement sa main pour l'essuyer sur sa veste comme si j'étais porteuse d'une maladie gravement contagieuse. « Frédéric Chamoir, enchanté. » Il hocha la tête puis fit une pause pour essayer de formuler son accusation le plus innocemment possible (pour savoir si j'étais réellement leur locataire). « Bill ne vous a jamais mentionnée, » dit-il d'un ton suggestif en roulant des yeux.

Je fronçais les sourcils, désappointée. « Vraiment ? » En le regardant tristement, je notais l'alliance à son doigt et l'attaché-case, en essayant de les inclure à mon jeu d'acteur. Je pouvais me tirer de toutes les situations si j'avais les bonnes informations en main. Une fois, j'avais fait semblant d'être la vieille amie d'une femme dans le métro, sans autre raison particulière que de faire passer l'ennui. J'avais bâti toute la conversation à partir de son stylo dans sa poche et de sa bague à l'index. Je la quittais à la station suivante tandis qu'elle se demandait comment elle avait bien pu m'oublier.

L'homme, soudainement inquiet à l'idée d'avoir offensé quelqu'un qui avait gagné les faveurs des Parkinson, changea de ton. « Eh bien, euh, il pourrait avoir mentionné quelque chose… »

Mon sourire était de retour. « Vous croyez ? » lâchais-je, ravie, en claquant dans mes mains avec joie. « J'apprécie l'idée que nous ayons de bonnes relations, eux et moi. Ils sont si charitables, ils m'auraient presque emmenée avec eux. »

« Oui, les Parkinson ont toujours été un couple fabuleux. » Il me fit un au revoir de la main en essayant de se retirer avec grâce. « Profitez bien du fleuve, madame. »

« Vous aussi, monsieur Chamoir. Bill m'a demandé de passer le salut à votre femme. »

Il rit, accélérant. « Bien sûr » cria-t-il au-dessus de son épaule.

« Et ne travaillez pas trop dur au bureau, ok ? » Je recourbais les doigts, satisfaite. Tadam !

Frédéric Chamoir partait discuter business avec le client potentiel qu'il avait laissé à côté de sa corvette à quai. Il ressortirait sûrement dans sa conversation l'histoire d'une rencontre avec la jeune locataire des Parkinson. Je retournais à ma prise en me frottant les mains avec un ricanement machiavélique. Trop facile.

Dans une usine désaffectée, de l'autre côté de la rivière.

« Il n'y en a pas un parmi vous qui ait un cerveau ! » Il y eut un bruit de bois qui explose. Kenny Del Sinco, roi de la drogue et criminel new-yorkais de renom, venait de donner un coup de pied énergique dans sa chaise. La pauvre, déjà vermoulue par le temps et l'humidité, vola à travers la pièce avant d'être arrêtée brusquement par un mur.

Winston Grub n'avait jamais été un homme attirant, avec ses bonnes joues, sa peau graisseuse et son œil tombant. Dans son enfance, les autres gosses de son âge le surnommaient Crapaud et Lumpelsiltskin, et nombre d'autres noms qui lui allaient à merveille. Secrètement, Winston avait toujours adoré les choses élégantes, mais celles-là nécessitaient de l'argent. Beaucoup d'argent. S'il s'était résolu à devenir démarcheur téléphonique comme sa sœur l'avait suggéré, peut-être qu'il ne se serait jamais retrouvé mêlé à toutes ces horreurs. « Je te jure que ce n'était pas de ma faute, Kenny » étouffa-t-il d'une voix tremblante, essayant de toutes ses forces de sauver sa peau.

Les autres membres de l'organisation sous-terraine n'ayant aucune loyauté pour Winston, il reculèrent autant qu'ils purent. Ils n'avaient pas particulièrement envie d'interrompre leur chef lorsque celui-ci se lançait dans l'une de ses engueulades. Pas s'ils ne souhaitaient pas mourir.

Kenny Del Sinco n'avait jamais été vraiment patient. Il voulait le monde au creux de sa main. Il n'avait cessé de se faire arrêter pendant son adolescence, mais à 18 ans, il avait disparu. Il avait de plus grands projets en tête. Son réseau de stupéfiants était l'un des plus gros de la côte Est. Il avait commencé de rien. C'était son bébé. Il refusait de laisser qui que ce soit l'abîmer. Il sortit un revolver de sous sa chemise. « Tu as laissé les flics s'approcher !

Winston Grub se dégonfla : « C'é-c'était un acci… »

-Un accident ? Maintenant, il faut qu'on le relocalise avant qu'il n'ait disparu définitivement. » Le ton de Kenny Del Sinco s'abaissa dangereusement : « Tu me coûtes cher, Winston »

-J-je sais, boss, mais je vais tout arranger. Je l-le j-jure. » Une goutte de sueur dégoulina le long du front de Winston Grub. Il pria silencieusement.

Kenny Del Sinco pointa son arme sur Winston, le visage ombré par la colère. Il voulait donner une bonne leçon à ses employés, et quelle meilleure leçon qu'un bon meurtre ? Il ferma les yeux et compta jusqu'à dix, comme sa mère le lui avait enseigné quand il perdait son calme. « Commencez à embarquer les paquets, on prend les bateaux. » dit-il aux autres. Ils sautèrent sur l'occasion pour déguerpir de la pièce. Kenny rouvrit les yeux et toisa un Winston soulagé. « Estime-toi heureux que je te connaisse depuis l'école maternelle. »

Winston acquiesça rapidement et inhala une gorgée d'air. Tant que rien d'autre n'allait mal, il vivrait assez longtemps pour retourner chez lui et manger un bol de chips en regardant une de ses séries télé préférées.

Puis il entendit les sirènes de police.

A bord du Cherise.

« WOUHOUUU ! » Le yacht bondissait au-dessus des vagues, filant au moins à vingt miles à l'heure (impressionnant pour un gros yacht snobinard, non ?). A chaque fois que le bateau heurtait une vague, des nuages d'embruns jaillissaient sur ses flancs, éclaboussant le pont pour rouler dans la direction opposée. Je donnais un coup de poing dans le vide en direction du poste de radio, tout en chantant par-dessus les paroles, à grand renforts de 'Na-na-naaa' lorsque je ne les connaissais pas.

Juste au moment où la chanson arrivait à son premier interlude, une main se referma sèchement sur mon épaule. « Qu'est-ce que vous foutez ? »

Je criais et tournais vivement la barre, ce qui fit décrire au yacht un demi-tour tout en provoquant la chute de l'inconnu derrière moi, qui s'effondra sur le pont, contre la rambarde. Je resserrais ma prise sur la roue tandis que mes jambes chancelaient sous mon poids, serrais les dents et appuyais au maximum sur l'accélérateur. Le yacht partit à la dérive. Je me laissais tomber un moment en arrière. Ma poitrine s'élevait et s'abaissait au rythme de mon souffle court, vrombissant de confusion. Tout en tentant de reprendre ma respiration, je relevais la tête, curieuse, pour apercevoir un étranger affalé sous le choc. Je me redressais sur mes pieds en ajustant mon jean taché de graisse et mon t-shirt de sport. J'éteins la radio –la chaîne diffusait désormais un rapport de police sans importance qui concernait un baron de la drogue nommé Kenny quelque chose-. Je dédaignais les escaliers pour enjamber la rambarde et je m'arrêtais à côté de la tête de l'homme.

Celui-ci se frictionna l'arrière du crâne et s'assit. Il portait un t-shirt gris orné d'une énorme tache, due sans aucun doute à une pizza, ainsi qu'un pantalon cargo et des chaussettes dépareillées dans ses sandales. Ses cheveux rebiquaient dans toutes les directions, et une barbe brune de quelques jours mêlée de quelques poils argentés ornait son menton. Oh, fantastique, pensais-je. Un squatteur. Je couvrais mes yeux et grognais. « Ecoute, mon gars, désolée pour tout ça. Je ne me doutais pas que quelqu'un avait déjà revendiqué la place. Je nous ramène. »

L'homme se redressa lentement sur ses pieds, plissant des yeux à cause du soleil, et me regarda de haut en bas. « Tu es une amie de Karen ? » L'homme se gratta la tête.

Je sentis mon estomac se retourner. La femme à laquelle il faisait allusion était Karen Parkinson, la femme transie d'amour du magnat Bill Parkinson et la copropriétaire de ce yacht à un demi-million de dollars. Cette fois-ci, je le dévisageais avec attention en plongeant dans ses petits yeux bleus. Les vêtements de clodo ne lui allaient pas très bien. Si je l'imaginais avec un costar-cravate, il ressemblait presque à…

Oh, mon dieu. Je suis morte.

De retour dans l'usine.

« M-mais boss ! Et la planque ? »

Kenny Del Sinco attrapa Winston par le col et le traîna à travers la pièce. « Oublie-la ! Choppe ce que tu peux et barre-toi sur le bateau ! » rugit-il. Les hommes se précipitèrent dans l'usine avec la coordination de poulets décapités. Leurs chaussures martelèrent le sol bétonné tandis qu'ils couraient éventrer des caisses pour se saisir de tout ce qu'ils pouvaient emporter.

A l'arrière de l'usine, à côté du bâtiment principal des docks, on relevait des bâches, révélant six hors-bords obtenus illégalement qui flottaient déjà sur l'eau noire. Ils tanguèrent dangereusement lorsque les hommes s'y jetèrent, serrés comme des sardines. Les sirènes de la police hurlaient. Lorsque les croiseurs de la police s'arrêtèrent, l'usine se retrouva entourée de lumières bleues et rouges qui perçaient à travers les vitres jaunies et fissurées.

Winston fut l'âme malheureuse qui se retrouva coincée sur le même bateau que le boss. Ses mains poisseuses tremblèrent tandis qu'il s'agrippait à la barre, incapable de regarder au-dessus de son épaule son employeur assis au beau milieu du banc avec une arme automatique dans la main et d'hideuses idées en tête. « Conduis » ordonna froidement Kenny en ôtant le cran de sécurité.

Winston ne se permit pas de refuser.

Alors que les deux derniers bateaux jaillissaient de leur planque pour filer sur l'eau, des éclats de bois volèrent –la porte d'entrée de l'ex-cache de la bande venait de céder sous les coups d'une bande de policiers bovins en uniformes gris. Kenny Del Sinco les salua de deux coups de feu, et ils se mirent à couvert.

Tout ce qu'il restait de lui et de sa bande, c'était une trainée de mousse blanche et environ quatre tonnes de cocaïne abandonnée.

L'agent Maurice, un homme qui avait passé trois ans à se faire pousser une moustache parfaite et considérait les Twinky comme un substitut acceptable à son dîner, cria dans son talkie-walkie. « Suspects armés et dangereux ! Contactez les garde-côtes et apportez les bateaux, on continue sur l'eau, les gars ! »

De retour sur Cherise.

Un Bill Parkinson débraillé se frotta les yeux avec lassitude. Après avoir passé un après-midi dans la cabine, le soleil laissait de petits points lumineux sur son champ de vision. Il n'était pas sur son trente-et-un, comme on pouvait aisément le deviner, mais il avait eu une nuit difficile et paraître présentable devant une étrangère était le moindre de ses soucis. Le bruit l'avait réveillé de son petit somme et, alors qu'il s'aventurait sur le pont pour en comprendre l'origine, il avait trouvé aux commandes de son bateau une espèce de gamine aux allures de punk qui jouait à battre des records de vitesse.

« Tu n'étais pas en train d'essayer de me voler mon bateau, j'espère ? » Avant que je ne puisse répondre, il rit pour lui-même et essuya une fausse larme au coin de son œil. « Complètement absurde. Quel âge tu as, quatorze ans ? »

« En fait, j'en ai- »

« Et quand bien même ce serait le cas, » me coupa-t-il, « tu dois être totalement stupide d'essayer ça avec l'homme que je suis. Je pourrais te faire disparaitre d'un simple claquement de doigt. » Le regard froid du businessman paraissait bien moins effrayant lorsqu'il portait un t-shirt John Deer et deux chaussettes de couleurs différentes, mais d'une manière ou d'une autre, cela suffisait tout de même à me glacer d'effroi.

« Euh… » En réalité, je ne comptais pas voler Cherise. Je voulais seulement faire un petit tour avec… honnêtement. Je ne m'attendais juste pas à ce que le propriétaire soit en bas en train de piquer un petit roupillon en bas, donc, en rétrospective, tout était de sa faute.

Ses sourcils se relevèrent, incrédules, tandis qu'il réalisait que ce n'était pas une blague. Ses lèvres se serrèrent et son regard se chargea de colère. « Incroyable ! » Il leva les bras au ciel et se mit à piétiner sur le pont en jurant. « Je viens de me faire kidnapper par u-une adolescente ! »

Je balayais les alentours du regard, en quête d'une échappatoire, en me demandant si ce n'était pas pire qu'un bain dans l'Hudson. Je fronçais le nez, préoccupée par la déplaisante réflexion. Je mettrais sans aucun doute des semaines entières à faire disparaitre l'odeur de mes cheveux, si ce n'étaient des mois. D'autant plus que rien ne pouvait prédire ce que la pollution ferait à ma peau. Je commençais à peser le pour et le contre, laissant mon regard flotter à la recherche d'un conseil.

« Est-ce que tu m'écoutes seulement ? »

Je toisais Parkinson d'un air perplexe. Il aurait dû être en Australie à l'heure actuelle, occupé à chasser le kangourou et à explorer les récifs de coraux. « Vous n'étiez pas censé être à votre seconde lune de miel ? » demandais-je affablement.

Son corps tout entier s'affaissa à ces mots, comme si les tendons qui maintenaient ses muscles cédaient tous en même temps. Ses traits noirs soulignèrent son air bougon sous le froncement de ses sourcils. « Simple changement de plan » murmura-t-il en regardant le ciel avec mélancolie. « Pense à ça, » (il esquissa un geste persuasif), « je ne retiendrai pas de charges contre toi, ok ? On va juste retourner au port… » Il gravit vivement les marches comme il avait déjà dû le faire des millions de fois. « Promets-moi juste de ne pas me tuer quand je tournerais le dos ! » hurla-t-il en se précipitant.

Je n'aurais pas pu dire s'il était sérieux.

Je sautais les marches derrière lui, soudainement curieuse de son changement de comportement. Je prétendis être intéressée par les commandes du tableau de bord. Il y avait des milliers de boutons, de leviers et de voyants qui brillaient grâce aux batteries de panneaux solaires au-dehors. Ils servaient à des trucs inintéressants, comme démarrer l'air conditionné ou lancer cinq combinaisons différentes de jets d'eau dans le sauna. Il y avait aussi un système de navigation et un radar à poissons. Derrière le hublot, on pouvait apercevoir le rivage du quartier Est, avec ses gratte-ciels derrière leurs jardins, la jetée aménagée pour les touristes et les plages locales.

Mes lèvres vibrèrent tandis que je fredonnais un air innocent en marchant d'un pas nonchalant, les mains dans le dos. « Et donc », demandais-je d'un air désintéressé, « pourquoi n'êtes-vous pas en lune de miel ? »

« Ce n'est pas exactement approprié » dit-il en essayant de garder un œil sur sa demi-portion de kidnappeuse tout en vérifiant que tous les systèmes étaient en route. Il n'avait pas pensé une seule seconde ce qu'il avait dit. Une fois au port, il appellerait la police qui arrêterait immédiatement la gamine. Ne faites jamais confiance à un homme d'affaire new-yorkais.

Je fronçais le nez, un sourire désapprobateur scotché au visage. « Vous la trompiez, n'est-ce pas ? »

M. Parkinson frappa soudainement le tableau de bord et siffla à travers ses dents : « Tu poses beaucoup de questions, pour une délinquante. »

« Ah, mais je suis une délinquante civilisée, alors que vous, vous êtes un payeur de taxes malpoli. » Je reculais d'un bond tandis qu'il s'avançait vers moi d'un air menaçant. « Tss… Vous feriez mieux d'apprendre à contrôler vos nerfs, M. Parkinson. Ne vous demandez pas pourquoi elle vous a largué. » Je souris de toutes mes joues tandis que son visage prenait une inquiétante teinte violacée. Je secouais la tête d'un air moqueur en réponse à ses grommellements outragés. « Que dirait votre mère ? »

« Ecoute-moi, petite punk, » gronda-t-il en pointant un doigt vers moi, « t… » Mais quelle que soit l'insulte qu'il se préparait à me lancer (je suis sûre que ça aurait été bien imagé), il se retrouva coupé abruptement par le hurlement strident d'une sirène de police en aval du fleuve.

Six hors-bords émergèrent d'une usine, comme une horde d'insectes sortant de la gueule béante d'un monstre. Derrière eux, il y avait un large bateau de la police qui essayait de pousser les fuyards vers la plage en louvoyant de gauche à droite. M. Parkinson, soudain inquiet pour la sécurité de son yacht à 500 000 dollars, bondit jusqu'au gouvernail. Je courus vers le rebord un bateau et me penchais au-dessus de la rambarde pour essayer d'apercevoir les assaillants qui fonçaient sur nous. Je vis un homme enrobé assis sur le siège du conducteur à l'arrière du groupe. Ses joues étaient colorées d'un délicat vert 'granny smith'. Il y avait derrière lui un homme qui tenait deux revolvers (comme s'il se prenait pour Al Pachino) avec des cheveux graisseux et un grain de beauté au coin de la bouche.

Une profonde sensation d'inquiétude me submergea. Je me retournais pour apercevoir M. Parkinson, glacé face au tableau de bord. « Vous ne pensez pas qu'on devrait s'éloigner de ces criminels armés ? »

Il resta planté là, les yeux écarquillés, comme s'il faisait l'expérience d'un genre de paralysie.

« Ok. Pas la peine de se presser. Prenez votre temps. »

Il me dévisagea, pâle à mourir. « Tu ne vas pas le croire, » statua-t-il, le visage déformé par la terreur, « mais on est en panne d'essence. »

Bien sûr que nous l'étions.

Des nuages blanchâtres s'élevèrent dans l'air tandis que la police et les fuyards échangeaient des coups de feu. On entendait les cris par-dessus les bruits d'explosion tandis que la navette de police virait de bord pour éviter les tirs.

Je commençais à détacher de la rambarde une bouée de sauvetage rouge et blanche tout en essayant de penser à n'importe quelle autre façon d'éviter la collision imminente qui n'implique pas un bain dans l'Hudson. Rien ne me vint à l'esprit.

« J-je ne peux pas mourir ! Je suis un homme très important ! Tout est de ta faute. Qu'est-ce que tu vas faire ? » M. Parkinson paniquait, plaçant ses mains sur ses oreilles et hurlant que s'il survivait, il me trainerait en justice jusqu'à m'arracher tout ce que je possédais.

Je regardais brièvement la flotte qui arrivait sur nous et traversais le pont.

« Abandonner le navire, bien sûr. »

« Tu ne peux pas… »

« Oh, ne vous inquiétez pas, » dis-je avec assurance en lui attrapant fermement le bras. « Vous venez avec moi. »

Nous observâmes la boue verdâtre qui entourait le yacht de ses vagues. Je m'accrochais de nouveau à ses bras, prête à sauter, mais il se recula. « Avant qu'on fasse ça » demanda lentement M. Parkinson, « je peux te demander quelque chose ? »

« On est un peu pressés, là. » dis-je en regardant par-dessus mon épaule les hors-bords qui se rapprochaient de plus en plus. Soudainement, j'eus une idée (mes idées viennent toujours soudainement). Sur un coup de tête, je relâchais le bras de M. Parkinson et traversais le pont au pas de course. Je me penchais en avant et regardais au-dessus des sièges. Je tendis le bras pour le passer au-dessus des coussins et grognais en cherchant le loquet du bout des doigts.

Les coups de feu étaient assourdissants. M. Parkinson dut hurler pour que je l'entende. « Comment as-tu su que je la trompais ? »

« Cherise ! » répliquais-je d'une voix forte. Ah-ha. Je tirais sur le loquet et le siège bascula. C'était un boulot de maitre le revêtement de cuir rayé à lui tout seul devait valoir une bonne centaine de dollars. Dommage que ça doive le massacrer entièrement. Je poussais le siège et le balançais sur mon épaule en grognant sous l'effort. « Prenez ça ! » Je le jetais de toutes mes forces contre un hors-bord à l'approche, faisant basculer dans l'eau noire le brun qui était aux commandes. La perte de contrôle lui fit effectuer un tour sur lui-même. L'eau gicla par-dessus bord et il coula comme une pierre, non sans cogner le flan d'un autre hors-bord en fuite. Je pleurais à cette vue. Ça devait faire mal.

« Qu'est-ce que tu veux dire par 'Cherise' ? » cria M. Parkinson.

Les autres hommes sur leurs bateaux prirent mon geste pour un assaut direct et dégainèrent leurs armes.

Il était temps d'y aller.

Je rejoignis M. Parkinson, le tirais par la manche et le jetais par-dessus bord dans la même enjambée. « Vous n'avez pas appelé votre bateau du nom de votre femme ! » répondis-je. Tout le monde savait qu'on nommait son bateau d'après l'amour de sa vie. Et avec ça, nous heurtâmes l'eau avec un SMACK juste à l'instant où une volée de balles filait sur le pont de Cherise, envoyant dans les airs des morceaux de bois poli et de cuir tanné.

Voilà donc toute l'histoire. M. Parkinson se fit récupérer par la patrouille de police il perdit et son mariage et son bateau. Kenny Del Sinco serait déféré en justice quelques mois plus tard, clamant à qui voudrait l'entendre qu'il se vengerait de la mystérieuse jeune fille qui lui avait jeté un projectile à la tête. Winston ne fut jamais attrapé et la police supposa qu'il était mort après que son bateau ait chaviré à soixante miles à l'heure (bien que des rumeurs prétendent que peu après sa mort, un homme ait pris une franchise de démarcheur téléphonique). Le marché de la drogue ne se dissipa jamais entièrement, mais il resta assez petit et facile à contenir pour la police.

Fin de l'entracte n°1.