NDT : Alors je ne peux pas vraiment répondre aux reviews, il faut absolument que j'aille bosser, mais j'ai reçu un SOS désespéré alors j'ai quand même sacrifié du temps de révision et voilà le chapitre ! Donc ce sera pour la prochaine fois. Juste pour info, c'est parce que je passe un concours. Bon, et cela dit, à tous celles et ceux qui n'ont pas affronté leur crainte de l'anglais en me maudissant pour cette attente incroyablement longue, bonne lecture !
...
Chapitre 7
« Ella, s'il te plait, pourrais-tu arrêter de sauter dans tous les sens ? » demanda anxieusement Matsuda tout en essuyant de sa manche la sueur qui perlait sur son front.
-A ton avis, ce truc peut supporter quel poids ? »
Je sautillais de nouveau, ravie que l'engin se mette à trembler.
« Je préfèrerais ne pas savoir. »
La toute première fois où je suis restée coincée dans un ascenseur, j'étais avec ma mère. Nous rentrions après avoir fait quelques courses, et j'étais en retard pour aller jouer avec un des enfants de ma classe de maternelle (une fille qui adorait se curer le nez avec de petits objets, notamment mes crayons de couleur chéris). Je me souviens d'avoir vu ma mère maintenir dans ses bras des montagnes de sacs de courses tout en essayant de presser le bon bouton. Moi, en petite fille aidante (et mignonne à croquer, aussi), j'avais décidé de l'aider. J'avais levé mes petits doigts courtauds jusqu'au gros bouton d'urgence rouge. Ce jour-là, nous avions passé une heure complète coincés dans un mouchoir de poche, à jouer aux espions pendant que le service de maintenance s'activait. Après ça, l'ascenseur avait gardé le parfum de la mère pendant des semaines.
C'était un souvenir heureux.
Je plongeais les doigts dans mes cheveux emmêlés, à la recherche de feuilles mortes ou de mégots de cigarette qui se seraient laissés piéger dans le fouillis de mes tresses durant la tempête. Je jetais un coup d'œil à mon reflet sur la vitre. Il y avait de quoi pleurer. Mes yeux étaient injectés de sang et ma lèvre supérieure avait explosé durant l'une de mes aventures. Un long bleu violacé courait le long de ma jambe droite, comme un cobra venimeux, souvenir du filin qui avait arrêté ma chute à To-Oh, sans manquer de me faire mal à chaque fois que je bougeais. Et pour finir, mon oreille avait désormais une couleur assez effrayante –l'infection était pour bientôt…-.
J'étais dans un état catastrophique.
Matsuda avait recommencé à arpenter l'ascenseur tout en essorant ses cheveux encore collés par la pluie et en rajustant nerveusement son costume. Ses chaussures de cuire laissaient des traces boueuses sur le sol. En plus, il fredonnait le même air depuis une demi-heure (ça me rendait tarée). Nous étions tous deux trempés, misérables et morts de fatigue.
Une mauvaise combinaison.
« Je n'aurais pas pu prendre les escaliers » marmonnais-je pour la cinquantième fois. « Idiote, idiote, idiote.
-Toutes mes excuses, Ella, » dit sincèrement Matsuda. Avec un soupir déchirant, il se laissa glisser au sol, à côté de moi, ramena ses genoux à sa poitrine et fixa la double porte en face de lui.
Je haussais les épaules. Ce n'était pas de sa faute.
Une petite lumière rouge clignota sur le coin supérieur de l'interphone, juste en-dessous des boutons. Un flot de sons parasites couvrait les voix derrière l'appareil, réduites à l'état de simples grognements. Je tendis les oreilles pour essayer de donner un sens à l'effrayant fouillis de mots.
« Matsuda, qu'est-ce qu'ils ont dit ? »
Matsuda joua avec ses pouces.
« Tu ne vas pas aimer. »
Je me mordis les lèvres et arquais un sourcil.
« Eclaire-moi. »
-Eh bien, lâcha Matsuda avec reluctance, ils en ont encore au moins pour deux bonnes heures. »
Comme si ça allait se passer comme ça.
Je me remis sur pieds. Mon corps me semblait désormais léger comme une plume. Mes membres fourmillaient étrangement, comme si des centaines de bulles remontaient dans mes veines. Je fis un premier pas et secouais les bras dans l'espoir de me débarrasser de la sensation. Ma précipitation disparut et mes pas se firent lourds tandis que je me plantais devant l'interphone. J'étais à deux doigts d'exploser d'impatience.
Je donnais un coup de poing dans le gigantesque bouton d'urgence et rapprochais doucereusement mon visage de la grille. Je m'humectais les lèvres et hurlais en insistant bien sur mes mots. « Eh ! Qu'est-ce que vous avez foutu pendant une demi-heure, c'était la pause déjeuner ? Bougez vos culs, bande de paresseux, et grouillez-vous ! »
Parfait – intimidant, mais simple -.
De nouveaux sons jaillirent de l'interphone en guise de réponse. Les voix ne semblaient pas soucieuses. Je regardais Matsuda par-dessus mon épaule en attendant sa traduction, tout en soufflant avec irritation sur une mèche de cheveux qui me tombait devant les yeux. Celle-ci refusait stupidement de s'éloigner, aussi la chassais-je du revers de la main.
Matsuda défit et refit ses lacets.
« Tu ne vas vraiment pas aimer.
-Hé ! m'exclamais-je avec un sourire persuasif. Je suis quelqu'un de mature et de sensé. Je peux supporter ça. »
Matsuda leva les yeux au plafond, feignant soudainement la fascination pour l'architecture de verre et d'acier. Il murmura quelque chose en se cachant derrière sa main, comme s'il essuyait une trace de mayonnaise sur son menton.
Je plaçais ma main en haut-parleur devant mon oreille et tendis le cou.
« Je n'ai pas bien entendu. »
Matsuda parla le plus vite possible, comme pour essayer de rendre ses mots moins blessants. « Ils ont dit ''Ce n'est pas une stupide ado américaine qui va faire marcher l'ascenseur plus vite''… ou quelque chose comme ça, je n'ai pas très bien entendu… »
Je frappais le bouton de communication avec assez de force pour briser la mâchoire de quelqu'un. Je fixais froidement la lumière tandis que mon expression s'assombrissait.
« Je suis canadienne » lâchais-je d'un ton sec, en montrant les dents.
De l'autre côté, les rires explosèrent, aussitôt suivis par ce que je devinais être une série de blagues sur les canadiens (j'entendis le mot 'canuck' un nombre incalculable de fois). Je me retournais et glissais au sol, vaincue. N'importe quel autre jour, ces gars n'auraient pas eu le temps de dire 'ouf' que je les aurais déjà tenus par la peau du cou et qu'ils seraient en train de me supplier de les épargner. Malheureusement, je n'avais plus assez de vigueur pour leur enseigner la courtoisie.
Matsuda n'aurait qu'à continuer à s'essorer le front : le service technique était à l'évidence hors ligne. Il desserra sa cravate rouge et secoua son manteau. Plus par ennui que par faim, je fouillais le fond de mes poches, à la recherche d'un menthos. Je laissais courir ma langue sur mes lèvres, sourire aux lèvres, en sentant sa forme sous mes doigts.
Ah-ha !
Ce que je sortis de ma poche s'avéra être non pas un menthos mais une petite alliance. Je la levais à la lumière et la fis pivoter entre mes doigts en regardant le diamant luire doucement. Elle était tombée dans la doublure de ma poche, échappant ainsi à la police, au contraire de l'argent que m'avait donné Jerry dans la matinée.
Cet anneau était la toute première chose que j'avais volée dans ma vie.
Quelques mois après avoir déménagé à New York et découvert les problèmes de boisson de mon oncle, je me promenais dans les rues après l'école pour chasser l'ennui. Je commençais à connaitre la faim mieux que je ne l'avais jamais fait, cette sensation de piqûre dans l'estomac qui ne s'en va jamais vraiment. Incapable de trouver le courage de retourner chez mon oncle pour lui demander un diner, je m'étais introduite dans la cuisine d'un restaurant cinq étoiles (j'ai des goûts de luxe). L'hiver était avancé, et la cuisine, fourmillante pour le service du soir, était chaude et accueillante. A la seconde où j'humais l'air, l'odeur délicieuse fit gémir mon estomac. Il était juste là. Un gâteau glacé au chocolat, avec de petites fraises pour en décorer les angles. Je savais que je le regretterais, mais la faim est une sensation puissante. J'avais la bouche recouverte de glaçage au chocolat et le gâteau était déjà à moitié dévoré. Il s'en fallut de peu pour que je ne finisse pas étranglée par cette fichue alliance (mâchez TOUJOURS votre nourriture).
Immédiatement après la découverte, un genre de sous-chef me balança des louches et autres ustensiles de cuisine (plus ou moins tranchants). Je m'échappais d'un bon sprint et ne réalisais que j'avais encore la bague un demi-kilomètre plus tard.
Quelques jours plus tard, je décidais que rendre la bague et m'excuser serait la meilleure solution (si je devais faire semblant de pleurer, qu'importe). Il était certain que quelqu'un avait prévu de faire une demande en mariage le soir même (avec une méthode vraiment cucul), et je ne voulais pas détruire une vie heureuse. Lorsque j'arrivais, l'air était encore glacial. Il ne restait du restaurant que des poutres métalliques et de la cendre. D'après le marchand de journaux du coin de la rue, l'homme qui avait demandé aux employés de cacher la bague dans le gâteau avait pensé qu'un employé l'avait volée. En guise de revanche, il avait mis le feu aux lieux.
Je décidais que l'homme ne méritait pas de récupérer sa bague.
« Ella, tu n'es pas un peu trop jeune pour être mariée ? »
La bague disparut dans ma paume, et j'aperçus le regard confus et légèrement embarrassé de Matsuda.
« Pas que tu ne puisses pas, marmonna-t-il, tu es une jeune femme ! Je me doute que tu as certains buts qui sont tout à fait compréhensibles et…
-Ce n'est pas la mienne, Matsuda.
-Oh, bien sûr. » Matsuda ajusta son col. « Alors à qui est-ce ?
-Ma tante Bertrude, dis-je en lançant l'alliance et en la regardant retomber dans ma main.
-Elle est… divorcée ?
-Non. Elle est morte dans un horrible accident d'ascenseur. »
Je peux vous assurer que les méninges de Matsuda tournaient à vive allure, mais sans doute pas assez pour trouver une réponse à ça.
Une pause pour l'effet dramatique… « Il y avait un problème avec les câbles. La cage est tombée par terre avec la vitesse d'une fusée. » J'accompagnais mon discours de grands gestes. « Elle devait être au quatrième étage. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit.
-Oh. » Matsuda hocha rapidement la tête, soudain bien plus conscient que nous étions nous aussi dans un ascenseur. « C'est… vraiment… tragique.
-Ce qui était vraiment tragique, c'était ses gâteaux au citron. Absolument horribles. »
Je sortis la langue en faisant semblant de me rappeler du goût des malheureuses friandises. L'expression de Matsuda manqua de me faire exploser de rire (mais je gardais mon calme). Je reposais la bague dans mes poches de pantalon et me remis à chercher de la nourriture.
Je dénichais une barre de granola trempée, d'origine inconnue et dont la date de péremption était tout à fait questionnable. Malgré cela, cela me fit saliver. J'ouvris l'emballage plastifié, ravie par la vue des nombreux copeaux chocolatés tout le long de la barre humide. J'ouvris la bouche, prête à en prendre une bouchée gigantesque, lorsque Matsuda se mit à jouer avec sa cravate. Le mouvement capta mon attention loin du repas qui se présentait. Je me demande à quand remonte le dernier repas de Matsuda.
J'observais le granola d'un air morne et soupirais avant de le couper en deux. Je me penchais à travers l'ascenseur et agitais le morceau devant le visage de Matsuda. « Tiens, prends-le.
-Non merci, je n'ai pas faim » lâcha-t-il avec empressement.
Son estomac trahit sa politesse instinctive par un tonitruant grondement. Sa propre faim exposée au grand jour, il saisit gracieusement mon offre et grignota silencieusement le granola. « Alors, lâcha-t-il entre deux bouchées, où sont tes parents ? »
Mes mâchonnements énergiques ralentirent. J'avalais et sentis le morceau traverser mon pharynx avec difficulté. « Ils sont sortis en boîte » murmurais-je avant de prendre une nouvelle bouchée.
-Ils ne s'inquiéteraient pas pour toi ?
-Probablement. »
J'essayais de ne penser à rien d'autre que la barre de granola. Une autre bouchée. Mâche. Avale. Recommence.
« J'ai un portable, si tu veux les appel… »
Je déguisais mon soupir en un toussotement et regardais par la vitre, au-dessus de l'épaule de Matsuda. « Ils ne captent pas, là où ils sont. » La pluie était de retour, cachant les étoiles de sa noirceur. Avec ma barre de granola finie et pas une once de satisfaction, je roulais en boule l'emballage. « Merci, quand même. »
Matsuda hocha la tête et essuya ses mains sur son pantalon en me demandant quelque chose que je n'entendis pas. Je jetais le papier dans un coin en faisant semblant de jouer au basket et de marquer un panier. « Quoi ? » demandais-je, incapable de l'entendre distinctement.
« Je disais, pourquoi te jettes-tu dans de tels ennuis pour chercher Ryuzaki ? Est-ce que ça a un rapport avec l'affaire Kira ?
-Euh… oui, dis-je lentement en pensant aux répercussions de la question que je savais qu'il s'apprêtait à poser.
-Tu sais qui est Kira ? » s'exclama-t-il, soudainement ravi de faire partie de l'affaire. Ses yeux se mirent à briller comme un écolier qui se réveillerait pour constater qu'il neigeait. « C'est un homme ? Quelqu'un de la police ? Tu sais, j'ai toujours suspecté…
-Hum… en fait… » je fixais mes pieds en jouant avec mes orteils. La douleur de leur plante s'était engourdie.
Il n'y avait aucune raison à mon hésitation. J'étais totalement prête à raconter à Matsuda tous les évènements qui allaient survenir. Il pourrait informer L du comportement de Light, résoudre l'affaire et sauver le monde. Cela ferait un manga très court et très ennuyeux, mais hé, le problème serait résolu.
Mais je me glaçais.
La sensation de froid, les doigts mortels enroulés autour de mon cou et pressés encore si légèrement… Je sentis un souffle rauque caresser mon oreille. La sensation fit grimper on pouls à une vitesse qui aurait rendu fou un colibri. Le parfum soufré se répandit dans la pièce et les doigts caressèrent doucement mes cheveux, laissant des frissons me parcourir le dos. Les pensées les plus terrifiantes me traversèrent l'esprit, comme si un film d'horreur défilait dans ma tête. Une voix aussi douce qu'une brise de minuit chuchota à mon oreille. « Tss. Tss. Ne cafarde pas, l'humaine. »
La sensation de décomposition qui avait traversé mon corps et s'était installée dans le creux de mon estomac s'en allait doucement, mais l'odeur de soufre restait comme un rappel. Je levais mes doigts tremblants jusqu'à mon cou, mes cheveux toujours dressés sur ma tête en souvenir de la rencontre. Je n'étais pas sûre de savoir qui avait parlé, mais j'étais certaine d'une chose, une chose plutôt importante.
J'avais été prévenue.
« Ella ? »
La voix de Matsuda m'éveilla de ma torpeur.
« O-oui ? » Ma voix trembla, changée en un étrange glapissement. J'avalais ma salive et laissais échapper un grognement. « Je veux dire, oui ?
-Kira, tu disais…
-Oh, ça. Eh bien… » Je me levais et m'étirais en roulant des épaules comme un chat qui viendrait juste de se réveiller après un petit somme. Je me penchais en avant pour essayer de toucher mes orteils (je ne peux jamais vraiment les atteindre). « Si tu veux savoir qui est Kira, pourquoi on ne le demande pas à ton chef ? Il est plutôt intelligent (l'euphémisme du siècle). »
Et avec ça, je me retournais pour observer la petite caméra de sécurité noire qui luisait dans l'angle le plus éloigné du plafond, à côté de la lumière rouge clignotante du bouton d'urgence. Je souris et agitais la main devant l'appareil.
Pourquoi ?
C'est simple.
L nous observait de là.
Quel minable.
J'avais vu assez de fois Death Note pour comprendre comment il travaillait. Un ascenseur en panne équipé d'une caméra wifi, et dans l'hôtel où il résidait, qui plus est, c'était une recette en or pour ses petites méthodes sournoises. Il n'avait plus qu'à attendre de me prendre sur le fait. Avec mon discours téméraire lors du coup de téléphone, je devais être en tête de la liste des personnes dont se méfier, alors, bien sûr qu'il n'allait pas m'envoyer un plan pour me rencontrer en personne.
Matsuda se retrouva debout à côté de moi, à regarder la caméra avec les sourcils froncés et une moue confuse. Il arrêta sa tête à mi-distance.
« Qu'est-ce qu'on regarde ?
-Ne sois pas impoli. Dis bonjour à ton patron, Matsuda. C'est lui qui nous a préparé tout ça. »
Je jaugeais Matsuda, incrédule. Stopper l'ascenseur, ça ne faisait pas partie du plan de L ?
Matsuda regarda la caméra, puis l'interphone, puis moi. Il comprit. Ses sourcils s'envolèrent sous sa frange sous le coup de la surprise.
« Tu veux dire que c'est Ryuzaki qui a stoppé l'ascenseur ? »
J'acquiesçais lentement.
« Excuse-moi, Matsuda. Je pensais que tu étais au courant. » Je croisais les bras et jetais à la caméra un regard mécontent. « On dirait que je ne suis pas la seule dont on s'est moqué. »
L'interphone grésilla pour émettre cette fois une voix altérée par des accents numériques. « Toutes mes excuses, Matsuda. J'ai pensé qu'il était nécessaire de prendre quelques précautions. »
Je tapais du pied, plus qu'irritée.
« Tu sais, L, tu aurais pu tout simplement me poser tes questions. J'y aurais répondu.
-Je doute que vous auriez dit la vérité. »
Je feignis de me nettoyer les oreilles, sans montrer le moins du monde à quel point ses ''méthodes'' m'avaient décontenancée. « Je peux monter à bord, capitaine ? Ou alors vous allez nous garder suspendus quatorze étages au-dessus du sol ?
-Treize étages, techniquement. Le treizième est rarement compté pour éviter les problèmes avec les hôtes superstitieux. Ce qui n'altère cependant pas la hauteur du bâtiment.
-Fascinant. »
Ma voix était chargée de sarcasme.
« Je suis désolé mais je ne vous permettrais pas de quitter cet ascenseur tant que je n'aurais pas déterminé si vous représentez ou non une menace, mademoiselle Krispy. »
Désolé, il ne le semblait pas le moins du monde.
« U-une menace ? » me moquais-je en pointant du doigt la caméra d'un air accusateur. « C'est toi qui a enfermé un citoyen innocent dans une boîte de fer suspendue au-dessus du vide !
-Comme je le disais précédemment, je vous libérerais lorsque vous aurez répondu à mes questions avec honnêteté. Il n'y a pas de raison que je vous garde plus longtemps après ça. »
Je refermais légèrement les yeux en essayant de réfréner l'image d'un L en train de prendre une gorgée de thé sirupeux avec un sentiment de contentement permanent. « Je suppose que tu n'es pas près de changer d'avis… » (je vous parie cent dollars qu'il va dire oui)
-C'est exact. »
Je vous l'avais dit. Vous me devez cent dollars.
Un truc que j'ai appris après m'être retrouvée coincée dans un vieux bâtiment trente secondes avant sa démolition (ils faisaient de la place pour un parking) : ayez toujours un plan B.
Je me déplaçais donc sur le côté et attrapais fermement la main courante tout en louchant vers le plafond. « Hop » Je rejetais les jambes afin de m'équilibrer sur le rail sur la pointe des pieds tout en appuyant mes paumes au plafond. Ma colonne vertébrale craqua tandis que je me tendais vers le centre en tordant mon corps d'un angle étrange.
La voix numérique de L jaillit de l'interphone.
« Mademoiselle Krispy, ce n'est pas la solution. »
Je délogeais l'une des plaques de contreplaqué entre les deux néons du plafonnier. Elle glissa facilement de côté, révélant une petite trappe de secours avec une poignée jaune et un pictogramme de danger que j'ignorais. Je tirais la poignée, et un courant d'air frais se glissa dans l'ascenseur.
« Ella, c'est dangereux ! » s'exclama Matsuda.
Je tordis le cou pour l'observer. « C'est juste une fois dans une vie. » J'ouvris la trappe et passais la tête à travers. Je ne vis rien d'autre que l'obscurité.
« Miss Krispy, vous risquez votre vie. Si vous ne vous arrêtez pas, je vais être forcée de prendre des mesures drastiques.
-Tu es juste vexé parce que j'ai déjoué ton plan super-intelligent. »
Mes jambes frappèrent le vide (Matsuda dut se pencher pour éviter de se prendre un coup de pied dans la figure) et je me hissais par l'ouverture. Une fois bien installée, je penchais ma tête par l'ouverture, interrompant une conversation entre Matsuda et L dans un japonais ultra rapide.
« Je te retrouve au 17e étage, Matsuda. » Mes cheveux tombèrent devant mon visage et je souris de toutes mes dents à la caméra. « Sans rancune, L. »
Je ressortis la tête et observais les environs.
Je me tenais sur le toit nu de l'ascenseur et je passais une main dans mes cheveux le temps que ma vision s'ajuste. L'odeur d'huile et de graisse emplissait l'air, me forçant à m'éclaircir la gorge. Six câbles métalliques épais comme mon poing filaient du centre du toit, tendus à l'extrême, pour s'enrouler dans un système de poulies avant de poursuivre leur course à travers le tunnel sans fin qui s'élevait au-dessus de ma tête.
Je plaçais mes mains en haut-parleur devant ma bouche. « ECHO ! » J'écoutais ma voix résonner dans le couloir de l'ascenseur.
Quelques pieds au-dessus de moi, il y avait une double-porte d'ascenseur encastrée dans le mur. Il y avait deux autres cages sans ascenseur à ma gauche et à ma droite, elles aussi remplies de câbles métalliques. Je pouvais entendre le sifflement de l'une d'entre elles alors que l'engin se stoppait quelques étages en-dessous de moi. Les portes s'ouvrirent et un flot de lumière jaune se déversa dans l'air avant qu'elles ne se referment.
L'ascenseur en-dessous tinta et je réalisais un peu tard qu'il fonçait dans ma direction. Je me jetais de côté et j'enroulais mes bras autour du chaos de filins à l'instant où l'ascenseur montait vers moi à une vitesse mortelle. L'appel d'air balaya mon corps et fit valser mes jambes. Mes doigts glissèrent et je me trouvais projetée en bas, la tête la première, contre une poutre métallique qui me séparait de l'autre cage. Je me précipitais pour ne pas tomber du haut des quatorze –treize- étages. Mes oreilles tintèrent, et le bruit de frottement du métal contre le métal cessa tandis que l'ascenseur continuait son ascension. Je lâchais un soupir de soulagement et me relevais.
Peu tentée par l'idée de renouveler cette expérience, je cherchais rapidement des yeux une sortie de secours. Bingo. Il y avait une bouche d'aération, trente centimètres au-dessus de moi. Je m'empressais de vérifier les vis (ça aurait pu être délicat). Je fouillais mes poches pour en extraire la clé à menottes que j'avais acquise récemment. Je savais que ça pouvait devenir utile. Je louchais en bloquant la partie fine de la clé dans la fente du côté droit et je commençais à faire pression de mon levier improvisé.
Alors que je venais de me débarrasser de la dernière vis, j'entendis un ricanement menaçant juste derrière mon oreille blessée. Je me retournais brusquement pour tenter de surprendre sur le fait l'intrus, mais l'espace était vide. Je fis un pas précautionneux en avant et scrutais le moindre recoin sombre où la chose aurait pu se cacher. Mon pouls s'emballa de nouveau, mes mains furent parcourues de tremblements. L'air semblait soudain dense et brûlant. Des 'clic-clac' se répercutaient sur les murs. Un éclat de rire résonna dans l'ombre.
« Tu sais, » lâchais-je d'une voix que je voulais courageuse, « je ne crois pas aux fantômes. »
Les claquements s'arrêtèrent abruptement, laissant place au silence.
J'attendis un moment, mais rien n'arriva. J'hochais la tête. La prochaine fois que la chose apparaîtrait, je serais prête.
Je fis coulisser la trappe d'aération. Mes muscles geignirent sous son poids impressionnant et je la laissais tomber avec un son lourd. Mal à l'aise, je me frottais les épaules et regardais une dernière fois derrière moi avant de me hisser dans le conduit. Mes épaules frottaient les murs. Je débutais ma lente et douloureuse marche à quatre pattes, manquant de taper ma tête contre le plafond à chaque avancée. Je m'efforçais de penser à n'importe quoi qui n'incluse pas l'idée de mourir dans un endroit si étroit : mon marchand de bretzels préféré qui recoiffait sa moustache toutes les trente secondes, la vue sur Times Square du haut de l'Empire State Building le jour de l'an, les plus grands arbres de Central Park au beau milieu de l'hiver, etc. Vous savez, les bons moments.
Je me déplaçais un bon moment à travers le conduit en tournant à droite ou à gauche selon mes fantaisies. Cela devenait compliqué lorsque je devais me créer un passage vers une descente ou une montée. Après cinq minutes sans trouver de trappe de sortie, je me demandais si je n'avais pas intérêt à faire demi-tour. Impossible, je ne vais pas me laisser tomber aux mains de L. Plus déterminée encore, j'accélérais.
Il y avait un courant d'air. Je tournais à l'angle où une lumière diffuse filtrait d'une ouverture au-dessus de ma tête. « Enfin ! » Il était temps. A force de ramper – ou presque- dans un espace aussi réduit, mes membres me faisaient affreusement souffrir. Le passage s'ouvrit et j'eus assez d'espace pour m'assoir. Je regardais à travers les alvéoles de la grille et mon cœur manqua de me lâcher. Je me tenais devant le vide, treize étages au-dessus du sol. La ville s'étendait à mes pieds, bouillonnante de ses activités nocturnes. Je grognais. Je n'avais plus qu'à faire demi-tour et tout recommencer.
C'est à ce moment que je l'entendis.
Le son pétrifiant de serres de métal qui fusaient dans le conduit, derrière moi. Une voix vaporeuse siffla dans l'angle. « Où es-tu, humaine ? » fit l'accent moqueur.
Je cessais de respirer.
J'étais prise au piège.
Fin du chapitre 7.
...
NDT :
J'ai vraiment vérifié cette fois, il y a un face-à-face MATERIEL de L et Sydney dans le prochain chapitre. Chapitre en question qui arrivera dans trois semaines environs (le mieux que je puisse faire, c'est dans dix-neuf jours, et encore, je doute de passer ma prochaine journée de temps libre à une trad...).
