Je ne pourrai pas me connecter demain et alors que je pensais juste commencer ce chapitre bah je me suis rendu compte que je l'avais fini... Je me suis un peu laissé emporter, je pense pour votre plus grand plaisir. Pour l'enterrement, j'avais dit que je n'avais pas voulu le faire trop triste, je n'avais pas fait un Edward trop perdu car il avait Bella et que je voulais le faire contraster avec un autre chapitre. C'est ce chapitre dont je parlais. Je ne suis pas certaine de l'effet et de la réussite, je ne sais pas pourquoi. J'ai choisi de faire intervenir Jacob pour qu'Alice n'ait pas de vision à propos de la conversation. Voilà, j'espère que ça vous plaira. A samedi au plus tôt !


Céline : Dur le coup de l'oral ! Moi mon dernier partiel, un oral est demain. Ensuite, sauf si rattrapage, vacannnnces ! Sinon, merci pour ta review. J'hésitais le moment où son don se manifesterait j'ai finalement décidé de le faire à un moment quelconque, un peu comme si de rien n'était lol.

Time Tell Will : Je fais des familles de fan maintenant ! La claaaaaasse ! Tu vois j'ai posté le chapitre au moment où tu as laissé ta review, m'obligeant à l'éditer lol. Donc tu n'as pas eu trop à attendre !


Chapitre 17. Châtiment éternel

***

Je n'aurais jamais pensé que mon sevrage soit aussi difficile, et long. J'osais espérer au début que deux mois seraient suffisants. Oui, suffisants pour maitriser ma force. Je ne savais même plus comment m'excuser auprès des Cullen. Seul mon piano avait réussi à survivre.

Mon piano… Il était devenu mon meilleur ami. Je me sentais bien parmi les Cullen même si je ne m'étais jamais senti aussi seul, surtout entouré de couples. Mais seul mon piano à queue m'avait permis de survivre. Il avait été le lien entre Bella et moi. Il était notre secret. Moi seul savais comment elle avait appris à jouer et elle seule avait entendu certains de mes morceaux. Dès qu'elle me manquait trop je jouais sa berceuse. Je lui écrivais aussi d'autres morceaux, pleins d'espoir, pour les lui faire écouter un jour. Lui montrer que je ne l'avais pas oubliée.

J'avais conscience que peut-être le jour de mon retour elle m'aurait remplacé. Si j'avais été mort, réellement mort, je n'aurais jamais voulu qu'elle reste seule toute sa vie. Mais je continuais d'espérer. Au moins la revoir. Et puis si elle m'avait remplacé, peut-être pourrais-je la protéger de loin toute sa vie. Faire en sorte qu'elle soit heureuse.

Je devais avouer que cette pensée parfois me donnait la nausée. Imaginer Bella dans les bras d'un autre m'entrainait parfois dans des moments de colère qui se soldaient par des sanglots. Dans ces moments là Jasper et Emmett étaient toujours là pour m'aider à me défouler. Je ne méritais pas leur amitié. Une réelle relation de frères et sœurs s'étaient installée. Au début je m'étais aperçu que Jasper devenait un peu jaloux de la relation que je commençais à avoir avec Alice. Elle avait ses visions, je lisais dans les pensées, ce qui nous avait créé une certaine complicité. Je lui avais fait alors comprendre que mon cœur était définitivement pris même si j'avais peu de chance de retrouver mon âme-sœur. Il n'avait pas eu de mal à me croire grâce à son empathie. Depuis il n'y avait plus de malaise.

C'est avec Rosalie que cela avait été un peu plus tendu. Je ne l'avais pas compris tout de suite mais elle semblait ne pas apprécier que je ne sois pas attiré par elle. Pour moi, malgré sa beauté irréelle, elle n'atteindrait jamais celle de Bella.

Bella. Plus les jours passaient plus elle me manquait. J'essayais de l'imaginer avec Charlie, dans la maison. Je la voyais faire les tâches quotidiennes, se remémorant nos souvenirs. Peut-être même pleurait-elle dans ma chambre, là où nous avions fait l'amour après le bal. Je l'imaginais aussi essayer de continuer de vivre. Comme moi j'essayais.

Les jours où je déprimais – ce qui arrivait souvent – et où je me complaisais dans la douleur j'imaginais Welch ou Black inviter Bella à sortir. J'avais toutefois du mal à éprouver de l'apathie à l'encontre de ce dernier car si j'ai bien reconnu le regard c'est lui qui m'a sauvé. Je me suis d'ailleurs souvent demandé pourquoi. Il ne m'aimait pas. Peut-être pour Bella. Je l'ignorais.

Les mois passèrent. Au bout de cinq mois Alice m'apporta des vêtements portés par des humains pour que je me fasse à l'odeur. Automatiquement une violente brûlure me prit la gorge et le venin coula dans ma bouche. Cette expérience fut une très grande déception pour moi. Si rien qu'une odeur sur un vêtement me provoquait ça, je n'osais pas imaginer mes réactions face à des humains devant moi. Pourtant depuis cinq longs mois je travaillais sur moi.

Carlisle réfléchit à ça. Je l'entendais dans ses pensées et j'essayais de suivre son raisonnement. Pour lui si je n'arrivais pas à faire face à ma soif c'est parce que j'avais trop de colère en moi. Trop de peine peut-être aussi. Du coup mon esprit se renfermait derrière ses instincts. Et ces instincts me poussaient à chasser le sang humain.

Je tombai alors dans un cercle vicieux infernal. Car cette déduction – probablement véridique – me mit encore plus en colère. Et à chaque fois que je voyais que j'avançais à peine je replongeais dans ma colère, ce qui faisait reculer mes progrès.

Une année après je fus autorisé à me balader un peu en compagnie de toute la famille, toujours en Alaska. Ça a failli se solder par un massacre mais Alice eut la vision suffisamment tôt. J'en fus inconsolable pendant des jours. Le temps passait et l'espoir de revoir ma seule raison de vivre s'amenuisait. Ou au moins, l'espoir de pouvoir me remontrer à elle. Car plus le temps passait plus je la perdais. Si je n'arrivais pas à me contrôler vite, quand je serais en mesure de l'approcher elle serait déjà mariée et mère.

Alors j'appris à faire le vide en moi, à me calmer. Il fallait en fait commencer par ça avant de chercher à vraiment côtoyer les humains. Carlisle m'avait proposé aussi de parler de ce qui me rongeait. J'avais beaucoup hésité, mais je n'avais finalement rien dit. Je m'étais étonné d'ailleurs qu'Alice n'ait pas eu vent de mes hésitations dans ses visions. Je voulais garder Bella pour moi. Je savais que si j'en parlais à un, toute la famille serait au courant. Je voulais garder pour moi cette partie de ma vie, je ne voulais pas la mélanger à ma nouvelle, celle où j'étais un vampire.

Une autre année passa. Je commençai à pouvoir sortir davantage et l'espoir revint. Du même coup tout s'accéléra. Mais j'étais aussi devenu patient. Tant qu'il y avait un risque réel pour que je m'en prenne à Bella je refusais d'aller la voir. Ce n'est qu'au cours de ma troisième année vampirique que je me décidai à retourner à Forks.

Cette décision avait été prise alors que nous étions à Seattle. Nous n'y habitions pas, mais Jasper avait été voir un homme pour me faire faire des papiers d'identité afin que je puisse commencer un cursus scolaire à la rentrée suivante. Je l'avais accompagné, ne sachant pas si je ferais un détour par Forks.

Ce jour là il faisait moche. Jasper m'avait dit qu'il avait besoin de chasser, je n'étais personnellement pas dans le même cas car je m'étais repu préventivement. Je me baladai, apprenant à faire abstraction des pensées de tous les humains qui étaient dans les environs. C'était encore difficile pour moi, il était rare que je me promène dans une aussi grande ville. Puis je pris ma décision.

Je montai dans ma Volvo et fonçai en direction de mon humanité. Je ne savais pas si je me montrerais à elle, mais je voulais au moins de ses nouvelles. Le jour tombait peu à peu à mon plus grand soulagement. Il était hors de question que je me montre en plein jour dans une si petite bourgade. Au moins mon don sur les pensées m'aidera à ne pas me faire voir.

Quelques heures après j'arrivai enfin. C'est avec une avalanche d'émotions que je redécouvris la ville de mon enfance. Tout était si différent ! Enfin je veux dire tout n'avait pas changé en trois ans, mais je voyais vraiment le tout différemment. J'arrêtai ma voiture à l'embranchement du chemin qui menait chez moi. Je savais que les Cullen avaient racheté ma maison quand elle avait été mise aux enchères, au cas où un jour je veuille revenir. Je me dirigeai chez Bella ensuite à pieds. J'avais envie de m'enfuir et j'avais envie d'y aller. J'avais en fait peur de ce que j'allais y découvrir. Elle était certainement à la fac maintenant et j'avais peu d'espoir de la voir, mais au moins peut-être pourrais-je savoir où elle logeait maintenant.

J'arrivai devant la maison. J'y vis sa Saxo. Mon cœur se gonfla d'espoir. Je sautai alors à la fenêtre et soulevai la fenêtre. Le coulissement provoqua un grincement que je sus contenir à force de patience. L'odeur de la chambre me déstabilisa d'abord. Bon dieu ! Elle sentait encore meilleur que dans mon souvenir ! Je coupai alors immédiatement ma respiration et entrai. La chambre était parfaitement rangée mais je vis tout de suite qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Déjà la poussière. Comme si personne n'y était rentré depuis déjà un long moment. Et puis, aucun réel changement. Je m'approchai et vis une photographie de nous deux. La première que je revoyais depuis trois ans. J'eus envie de la prendre, mais je me retins. Elle appartenait à Bella et soit elle soit Charlie s'en apercevrait.

J'entendais les ronflements de Charlie mais percevais difficilement ses pensées. Par contre, d'autres pensées me parvinrent. Suivis d'une odeur nauséabonde. Je sortis immédiatement de la chambre en refermant la fenêtre. En descendant je vis Black.

Il n'avait pas changé d'un pouce. Même taille, mêmes traits. Par contre, son odeur soulevait mon cœur mort. Nous nous toisâmes plusieurs minutes avant qu'il prenne la parole.

- Que fais-tu ici Masen ?

Il savait donc que j'étais vivant. J'entendis en même temps ses pensées.

J'espère qu'ils ne sont pas tous revenus. Et il n'a pas intérêt à faire du mal à des humains.

- Je suis en quête de mon passé, et je suis seul si ça peut te rassurer. Je ne compte pas rester.

En quête de son passé. Bella, bien sur. Il n'a pas l'air au courant sinon il ne serait pas ainsi.

Face à ces pensées je sentis une boule dans ma gorge. Au courant de quoi ? Bella aurait donc refait sa vie ? Autant lui demander directement, ça ne servait à rien de spéculer.

- Dis Jacob. Sais-tu comment va Bella ? Elle a été ma seule raison de vivre ces dernières années.

Merde. Il ne sait vraiment pas ? Comment lui dire ? Je crois que je mieux à faire est qu'il comprenne lui-même. Je vais lui montrer l'arbre.

Je fronçai les sourcils. Qu'est-ce qu'un arbre a à voir avec Bella ? Il me fit signe de le suivre et me montra un jeune arbre avec une pancarte gravée. Dessus on pouvait y lire « En souvenir de ma fille Bella, ma seule raison de vivre et d'Edward, avec qui elle aurait mérité de passer sa vie ». En souvenir ? Non, ne me dites pas ce que ça signifie !

J'étais tombé à genoux. Je voulais hurler. Je voulais tout casser. Je ne faisais même plus attention à Jacob derrière moi. Pourtant il fut celui qui évita encore la catastrophe.

- Masen, viens avec moi, ne restons pas ici on pourrait se faire voir. Je répondrai à quelques questions si tu veux à condition que tu partes ensuite.

Il était visiblement mal à l'aise. Je me laissai trainer, incapable de réfléchir. Je ne savais même plus ce que je faisais là. Vide, j'étais vide. Ma seule raison de vivre était morte.

Non, je ne pouvais pas l'accepter, il devait y avoir une erreur quelque part ! Bella ne pouvait pas être morte. Je l'aurais su ! Et puis elle est indispensable au fonctionnement de ce monde.

Alors que j'étais plongé dans mes pensées zombifiées Black prit la parole.

- Elle est partie voilà environ six mois faire un voyage en Italie et n'en est jamais revenue. Elle a complètement disparue. Les autorités locales pensent à un enlèvement mais ne savent pas vraiment.

- Il y a donc un espoir pour qu'elle soit vivante ?

Je n'avais même pas le courage d'entendre ses pensées. Je ne le voulais pas, je voulais juste entendre ses réponses.

- A mon avis non. Tu sais, c'était moi qui t'avais laissé aux Cullen. Je suis un loup-garou. Si je l'ai fait c'était dans l'espoir de la sauver. Pour moi si un mourait l'autre mourait aussi. Elle t'a cru mort et ne s'en est jamais remise. Elle parlait à peine et s'était entièrement renfermée. Je crois… je crois qu'elle souhaitait mourir. Selon moi elle a provoqué sa propre perte en Italie. Son père a eu l'impression après coup qu'elle lui avait dit adieu la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Comme si elle savait qu'elle ne reviendrait pas. Elle a probablement abandonné et a voulu le faire loin des siens. Je suis désolé, je n'ai pas su la protéger.

Il était parti dans ses sanglots emplis de culpabilité. Mais c'était de ma faute, de mon unique faute. Si j'avais su me contrôler avant j'aurais pu la sauver, lui dire que j'étais vivant, l'empêcher de faire une bêtise. Et à l'heure qu'il était nous aurions été réunis.

- Je… je dois partir. Je ne peux pas rester, je…

Et je ne terminai pas ma phrase. Si je restais je risquerais de passer toute ma haine sur lui. Il fallait que je m'éloigne de tout. Alors je courus. Aussi vite que je pouvais et en quelques minutes je fus à la clairière. Loin de toutes les habitations. Loin de tout. Là où tout avait commencé.

Je hurlai. Tout ce que je pouvais. Terminée. Ma vie était terminée. Sans elle, pourquoi vivre ? Quand j'ai perdu maman, elle était là. Elle m'a montré que finalement je n'étais pas seul. J'avais trouvé mon ange-gardien, mon âme-sœur. Mais aujourd'hui elle n'est plus là. Je n'ai pas su la protéger, je n'ai pas su éviter l'impensable, l'inadmissible. Pourquoi continuer de vivre ? J'étais reconnaissant des Cullen d'avoir voulu me sauver, mais à quoi ça a servi si la seule personne qui me maintenait envie, mon seul but a aujourd'hui disparu par ma faute ?

Je restai trois heures ainsi. Prostré, souhaitant la mort. Puis j'entendis les pensées de Jasper. Il me ramena sans un mot car il souffrait autant que moi à cause de son empathie. Une fois de retour en Alaska je passai trois jours sans rien dire, seul dans ma chambre.

Je me rappelai alors de tous nos moments passés avec Bella. Nos souvenirs humains deviennent flous quand on devient vampire mais je m'étais tellement attaché au moindre moment passé avec elle que je me souvenais parfaitement. Je la vis arriver pour la première fois à la cafétéria. Me proposer de me ramener en me disant qu'elle ne me mordrait pas. Je me demandai même en remémorant ce souvenir si elle ne connaissait pas l'existence des vampires ou même des Cullen. Après tout, j'avais réussi à savoir que j'avais deux frères suffisamment forts pour éclater une table, ce qui est le cas. Tant de questions qui resteront sans réponse !

Je me rappelai aussi de notre premier baiser. Notre première fois chez moi après le morceau de piano. Si passionné. L'amour ressortait de chacun de nos gestes. Le bal. Où elle était si belle dans sa robe bleue. Le temps s'était arrêté quand nous avions dansé. Et puis mon anniversaire. La fête parfaite qu'elle m'avait organisée. Les fous-rires. Le morceau de piano qu'elle avait écrit pour moi. Lady Marmelade. Son rire quand elle avait mouché Kellan.

Tant de souvenirs qui ne faisaient que me rappeler mon vide. Non, il m'était impossible de continuer sans elle. Comme le pourrais-je ? Quand on a rencontré sa moitié il est inimaginable de pouvoir continuer alors qu'elle a disparu. Comment un être coupé en deux peut-il subsister ? Il lui manque trop de choses pour pouvoir survivre.

Mais comment meurt un vampire ? En se laissant mourir de soif ? Non, même si c'était possible je le refusai. Trop dangereux je pourrais chasser malgré moi le premier humain par instinct de survie. En me jetant du haut d'un pont ? D'après ce que j'ai compris ça n'a pas servi beaucoup à Carlisle. Non le mieux est de leur demander de m'aider. Il faut que j'arrive à les convaincre. Je ne peux pas continuer sans elle.

Je descendis alors pour la première fois en trois jours. Ils étaient là, tous réunis dans le salon, l'air grave. Alice avait eu une prémonition de ma requête et ils espéraient tous que je renonce à la formuler. Mais ma décision était prise. Je ne continuerai pas sans elle. Je n'en étais pas capable. Je venais de perdre ma dernière part d'humanité.

- Vous savez ce que je veux vous demander.

Ils se regardèrent d'un air entendu et effrayé. Esmée voulait à tous prix me convaincre de renoncer. Elle me considérait comme un fils. Emmett, Rosalie, Alice et Jasper comme un frère. Ils m'avaient vraiment adopté et se refusaient à imaginer leur futur sans moi. Quant à Carlisle il réfléchissait aux bons mots à employer pour me faire « revenir à la raison ».

- Edward, si tu commençais à nous raconter ce qu'il s'est passé ? Tu as disparu des visions d'Alice pendant un bon moment.

Probablement à cause de Black. Ils ignoraient donc surement pour Bella. Au moins j'emporterai ce secret avec moi.

- J'ai voulu retrouver la seule chose qui me rattachait à la vie et le loup-garou qui m'a sauvé et reconnu m'a dit qu'elle avait elle aussi disparu. Ecoutez, je vous aime, mais tout ce que j'ai fait jusqu'à aujourd'hui n'avait qu'un seul but. Je ne veux pas en parler. Je veux juste en finir. Je ne peux plus.

Je m'étais effondré. Je sanglotai tout ce que je pouvais. Mon cœur était certes mort il y a trois ans, mais c'était il y a trois jours qu'on me l'avait arraché. Bella était morte. Morte. Voulant dire que jamais plus je ne la reverrai. Et étant devenu vampire je ne pourrai même pas la rejoindre au paradis des anges.

Une fois de plus Alice vint essayer de me réconforter mais ça ne servait à rien. Pourquoi est-ce qu'ils ne me libéraient pas de toutes mes souffrances maintenant ? Je savais qu'ils voulaient que je continue de vivre car ils m'aimaient, mais je n'en étais plus capable.

Un monde sans Bella c'est comme un ciel sans étoile. Le jour sans soleil. Un piano sans musique. Le vent sans souffle. Une photographie sans lumière. Un livre sans mot. C'est impossible et impensable. Je pouvais survivre à tout. Les malédictions, la haine, l'appel du sang humain ou toute autre ignominie. Mais je ne pouvais pas survivre à sa perte. Imagineriez-vous Roméo sans Juliette ?

Personne ne savait quoi faire. Je voulais mourir, c'était tout ce qui importait. C'était ma dernière volonté. Partir et ne plus faire face à ces souffrances. Ils devaient la respecter. Ils devaient accepter que je ne veuille plus vivre. Même si ça leur faisait du mal. Même si cet acte faisait de moi le plus égoïste de la Terre car j'allais les faire souffrir. Le plus lâche car je refusais de me battre. Le plus minable car je n'essayais même pas de me relever.

- Edward, écoutes-moi mon fils, commença Carlisle au bout d'un moment. Si effectivement tu l'aimais à ce point, je te comprends. Je ne vois pas un futur sans Esmée et je pense qu'il en va de même pour chacun d'entre-nous à propos de sa moitié. Mais j'aimerais que tu voies les choses différemment. Aurait-elle voulu que tu abandonnes ?

- C'est elle qui a abandonné à cause de moi. Je l'ai tué parce que je ne suis pas revenu à temps.

Oui, non seulement elle n'était plus de ce monde mais en plus c'était par ma faute. Nous avions refait sans le vouloir Roméo et Juliette. Sauf qu'elle ne reviendra pas et qu'en un sens c'était moi qui avais pris le faux-poison.

- Edward. Elle peut encore vivre tant qu'elle sera dans ta mémoire. Tant qu'elle sera en toi elle sera toujours vivante. Laisses-toi le temps de voir si tu peux malgré tout vivre ou pas, vivre pour elle. Tu es trop accablé pour réfléchir réellement à tout ça, et nous ne pouvons accéder à ta requête. Pas maintenant. Tu ne sais plus où tu en es, tu es enfermé dans ta douleur. Pour l'instant, vis pour elle. Parce que tu es encore vivant, et tant que tu le seras elle survivra. Par toi. Par tes souvenirs. Donnez-vous cette possibilité.

Je ne voulais pas entendre les paroles de Carlisle. Car elles signifiaient continuer à vivre. Pour moi c'était trahir la mémoire de Bella. Pourquoi est-ce que je vivrais alors qu'elle est morte par ma faute ? Je serais complètement hypocrite. Vivre pour elle alors qu'elle est morte pour moi.

Je compris néanmoins qu'ils ne m'aideraient pas. Alors je couru dans ma chambre et m'y enfermai puis tirai les rideaux. Je ne voulais voir personne, et je ne voulais que personne ne me voie. Je voulais être seul avec ma douleur. Je la méritais. J'étais devenu un monstre qui avait été assez bête pour croire que je pourrais essayer de me contrôler pour pouvoir ensuite la voir. Alors que ce contrôle n'avait fait que la tuer à long terme. Si je n'avais pas eu suffisamment de conscience pour ne pas vouloir la décevoir de là où elle était j'aurais été anéantir tout mon entrainement pour montrer que ça ne servait à rien.

Une grande colère s'empara de moi. Une colère telle que je ne l'avais jamais eue. Elle grandissait, ne demandant qu'à éclater. Alors j'ouvris en urgence ma fenêtre pour m'enfuir en forêt. Là, loin de toute civilisation, je m'en pris aux arbres. Certes ils étaient innocents mais c'était ça ou je tuais quelqu'un. J'avais entendu Carlisle demander aux autres de rester à la maison pour éviter que ma colère ne retombe sur eux. Il avait compris que je devais être seul.

Mon premier coup de poing partit et déracina immédiatement un arbre en le fendant en deux. Il s'écrasa sur deux autres arbres. Puis j'arrachai dans un mouvement de rage suprême toutes les branches que je brisai ensuite pour les envoyer loin. Ma fureur dura ainsi je pense environ une heure. Une heure où je ne pouvais plus me contrôler. Une heure où je détruisis tout ce qui était sur mon passage en hurlant.

Pourquoi elle ? Pourquoi pas moi ? Je ne méritais pas de vivre. J'étais lâche et faible. J'avais besoin d'elle pour vivre. Elle, elle était belle et forte. Généreuse. La personne la plus extraordinaire qu'il m'avait été donné de rencontrer. La seule qui avait réussi à me comprendre, à me voir. La seule qui avait réussi à me redonner confiance en moi et qui avait montré que je pouvais avoir une place en ce bas-monde.

Elle était le soleil, la lune, la musique, le souffle, la lumière, les mots. Elle était la vie. L'incarnation même de l'Amour. Elle n'était pas parfaite, elle avait ses humeurs et ses défauts. Mais c'est ce qui faisait qu'elle était humaine. Et surtout, même à travers ces défauts – certes minimes – elle continuait d'être la personne la plus extraordinaire de l'univers.

Je ne m'étais même pas aperçu que je m'étais arrêté de tout massacrer. J'étais retombé à genoux pour sangloter. Il avait commencé à neiger mais je m'en fichais. Je craignais ni le froid ni l'eau. Et même si c'était le cas, au moins ça m'aurait apporté la délivrance suprême.

Puis je me rappelai des paroles de Carlisle. Son souvenir et notre amour pourraient vivre à travers moi. Elle méritait que je me batte pour qu'elle vive encore. Moi je ne méritais pas qu'elle souffre par ma faute, et elle avait compris qu'il était inutile d'endurer cette douleur pour continuer de me faire subsister. Et surtout, ce serait trop facile pour moi de partir à mon tour pour être délivré. Je méritais cette souffrance. Par ma faute elle était morte, et je voudrais être délivré de ma culpabilité ? Non, je méritais d'être châtié pour l'éternité. Je méritais la souffrance bien plus intolérable que celle du venin de la transformation. Et ainsi effectivement elle vivrait. Je chérirai son souvenir à jamais. Et je ferai tout pour n'avoir pas de répit. Peut-être je ferai en sorte de vivre à nouveau, pour être supportable auprès de ma nouvelle famille mais jamais je n'oublierai ce que je lui ai fait. Le plus gros crime que je pouvais commettre. La preuve de ma monstruosité. Je l'ai tuée.