Chapitre 2: Le château de Lord Percy
Les garçons et Mme Cartman passèrent la matinée à ouvrir les fenêtres pour aérer les pièces poussiéreuses, dont l'odeur de renfermé donnait mal à cœur. Cela prit un certain temps car la maison était grande malgré sa vieillesse. Une fois qu'ils eurent finis, les nouveaux occupants trouvèrent à l'étage pas moins de six chambres à coucher, leur laissant l'embarras du choix. Dès le début Cartman décida que la plus grande, tout au bout du couloir, serait la sienne, et que Kenny devrait loger dans la chambre la plus éloignée de celle-ci.
« Et pourquoi ça? S'était offusqué Kenny.
-Parce que tu es pauvre et que c'est bien connu que les pauvres ça attire les cafards! Et j'ai pas envie de me réveiller avec tes blattes dans mes draps!
-Arrête avec ça! »
Mais Kenny avait finit par céder, arguant que de toute façon ça ne le dérangeait pas d'être le plus éloigné de Cartman, bien au contraire. La chambre jouxtant celle du gros fut prise par Kyle, la suivante par Stan, puis venait celle de Kenny et enfin celle de Liane Cartman. Une fois que tout le monde eut posé sa valise, ils furent tous obligés de s'armer de balais et de chiffons pour décrasser un peu la vieille maison, ce qui ne fut pas une sinécure.
A midi, épuisés et affamés, ils se précipitèrent dans la cuisine, mais ce fut pour découvrir que les placards étaient vides et que le frigo n'avait même pas été rebranché.
« Oui, c'est normal, constata Mme Cartman avec un certain détachement, contrairement à son fils dont l'estomac grognait d'indignation. Nous n'avons qu'à prendre la voiture et aller au village acheter des provisions. »
Ils s'entassèrent tous donc dans le mini van de Mme Cartman. Le trajet leur prit une dizaine de minutes, dont la moitié environ se passa à errer sur les chemins de terre et les petites routes, jusqu'à l'apparition quasi-miraculeuse d'une route goudronnée au détour d'un sentier en terre battue. Ils la suivirent, jusqu'à ce qu'ils arrivent au niveau de quelques bâtisses défraichies. Là, Mme Cartman coupa le moteur.
« On est quand même pas déjà arrivés? S'inquiéta Kyle.
-Si. Voici le village de Beef Town les enfants. C'est joli, non? »
Ils préférèrent ne pas répondre, mais regardèrent autour d'eux avec circonspection. Beef Town était un petit village de province typique des trous perdus du Colorado. Une église, une banque, une vieille supérette, un poste de police et une mairie côtoyaient quelques maisons. Dans l'unique rue, les quelques passants se retournèrent tous pour les dévisager sans la moindre gêne, affichant sur leurs visages renfrognés un mélange de surprise et de méfiance. Ils avaient tous au minimum soixante ans. Quand les garçons et Liane Cartman entrèrent dans la supérette, certains allèrent jusqu'à se masser autour des vitres pour mieux voir les inconnus jeunes et dynamiques qui profanaient leur petit coin d'ancienneté. Les garçons firent semblant de ne pas le remarquer, mais une fois qu'ils furent dissimulés derrière les rayonnages, ils échangèrent entre eux des regards qui se passaient de commentaire.
Une fois rentrés, ils mirent le couvert, aidèrent un peu Mme Cartman à la cuisine, engloutirent leur déjeuner, et laissant la vaisselle à Mme Cartman sur son insistance, ils montèrent à l'étage. Là, ils entrèrent dans la chambre de Stan et s'assirent sur le lit. Pendant une ou deux minutes ils ne dirent rien, puis la voix de Stan brisa le silence.
« Bon, on fait quoi maintenant? »
Ils se tournèrent comme une seule personne vers Cartman, qui les regarda tour à tour avant de s'exclamer:
« Pourquoi vous me regardez comme ça?
-Si on est là c'est à cause de toi, répondit sèchement Kyle. Donc c'est à toi de nous dire quoi faire.
-Putain les mecs, vous croyez que si je savais quoi faire ici, je vous aurais emmené avec moi?
-Démerde-toi alors pour trouver quelque chose! S'écria Kyle. Sinon je te jure que je rappelle mes parents et que je leur demande de venir me chercher! »
Cartman ignorait s'il pensait vraiment ce qu'il disait, mais les deux autres opinèrent du chef pour appuyer ses paroles. Les sentant tous les trois ligués contre lui, il se leva, bouillonnant de colère. Sans ajouter un mot, il quitta la chambre et descendit l'escalier, sans cesser de s'imaginer écorcher vif ce connard de rouquemoutte. Ca le calma un peu.
« Maman, dit-il à Liane Cartman qui essuyait toujours la vaisselle, qu'est-ce qu'on pourrait faire mes amis et moi ici?
-Vous avez un grand terrain mon poussin. Il y a la forêt à côté, vous pouvez aller vous balader. »
Se balader en forêt? Mais elle les prenait pour des vieux croûtons ou quoi?
« Mais mamaaaaaaaan, gémit-il, il y a vraiment rien à faire? Pas de magasins, de cinéma ou quelque chose?
-Et bien….réfléchit-elle en reposant son assiette. Il y a le château de Lord Percy. C'est un authentique château médiéval, qui date du dix-septième siècle, je crois. Ils en ont fait un musée qu'on peut visiter. »
Cartman sourit.
« On peut aller le voir aujourd'hui?
-Oui ,si tu veux mon chéri. Quand j'aurai fini la vaisselle. »
Rayonnant, Eric sortit de la cuisine, remonta l'escalier et entra dans la chambre de Stan.
« Voilà c'est réglé! S'exclama-t-il. On va visiter le château!
-Quel château?
-Un authentique château du Moyen Âge, qui date du dix-septième siècle, pas très loin d'ici. »
Kyle le regarda comme s'il était le roi des cons.
« Un château du Moyen Age, datant du dix-septième siècle, en Amérique? »
Il n'en dit pas plus, mais son ton suffit à remettre Cartman en colère.
« Exactement! Si je le dis c'est que c'est la vérité, alors pas la peine de sortir ta science, enculé de juif!
-Ferme ta gueule gros cul!
-Hé, vous avez fini tous les deux? Protesta Stan sans grande conviction.
-Ta gueule pédé!
-Les enfants! Appela soudain la voix mélodieuse de Liane Cartman. Si vous êtes prêts, nous pouvons partir tout de suite visiter le château! »
Kyle perdit un peu de sa suffisance quand il entendit Mme Cartman confirmer les affirmations de son fils. Eric lui jeta un regard triomphant. Après un moment de silence, Kenny sauta du lit.
« Bon, lâcha-t-il, allons-y pour le château médiéval du dix-septième. »
*
« Lord Percy était un seigneur anglais, qui avait hérité de nombreuses terres de ses ancêtres, déclama le guide d'une voix passionnée. C'est en 1665, pendant la grande peste de Londres, qu'il décida d'émigrer en Amérique avec sa famille pour échapper à la contamination. Une fois arrivé, il s'est acheté un domaine, où il a fait construire ce château.
-Pourquoi il tenait tellement à ce vieux château? Demanda Kyle, qui ne perdait jamais une occasion de montrer à quel point il était intelligent. C'est froid, c'est laid et complètement inutile!
-Lord Percy était très fier de son ancien château, qu'il avait laissé en Angleterre. Quand il est arrivé ici, il a absolument tenu à en avoir en Amérique une réplique parfaite. Il a payé très cher cette excentricité, mais il ne l'a jamais regretté. D'ailleurs plus tard, il a envoyé des gens dans son pays d'origine pour rapporter les tapisseries et les meubles de sa famille… »
Ce monologue était chiant à crever, de même que la visite, aux yeux de Cartman. Il commençait à regretter d'être venu ici. Ca faisait une heure que le guide, trop heureux d'avoir des visiteurs, ce qui ne devait pas arriver souvent, les assommait de leçons d'architecture et d'histoire, couplé de petites anecdotes sur la vie de Lord Percy. Soporifique, mais les autres semblaient intéressés. Kyle ne se gênait pas pour discuter avec le guide, ravi de lui donner la réplique, et Stan et Kenny regardaient partout autour d'eux en ouvrant des yeux ronds. C'était la première fois qu'ils visitaient un château, même si celui-là n'était pas vraiment d'époque. Peu importait, de toute façon à en croire le guide, il était exactement pareil que n'importe quel autre château européen.
Plus que la visite, il avait été surpris par l'âge du guide. Il devait avoir à peine trente ans, ce qui était incroyablement jeune dans ce coin où ne vivaient que des retraités. Il ne lui avait pas demandé ce qu'il foutait là, et de toute façon il ne s'en souciait guère.
Il jeta un coup d'œil à Kyle. Il avait l'air fasciné, et s'était lancé avec le guide sur une longue discussion concernant la construction du château. Le guide semblait aux anges. Apparemment c'était un mordu d'histoire, et il était ravi de discuter avec quelqu'un qui s'y intéressait aussi. Connard de juif, se dit Cartman, toujours obligé de montrer à quel point il est cultivé et brillant, hein? Ca aussi ça l'énervait: Kyle avait d'excellents résultats scolaires. En fait tout l'énervait chez Kyle: ses cheveux roux, son visage, ses vêtements, ses notes, sa famille, sa religion et surtout, surtout, ce petit air supérieur qu'il prenait à chaque fois qu'il parlait avec Eric. Il se croyait trop fort, pas vrai? Le gentil Kyle, premier de sa classe, joliment foutu et super apprécié! Et bien Cartman, lui possédait quelque chose que Kyle n'avait pas: la force, et l'intelligence. Certes il n'avait pas d'aussi bons résultats que Kyle, en fait il était le dernier de sa classe, mais à côté de ça il se savait capable d'imaginer des tas de choses pour obtenir ce qu'il voulait ou pour pourrir la vie de ses ennemis. Qui avait imaginé faire cuire les parents de Scott Tenorman dans un chili? Lui. Qui avait réussi à faire lever l'interdiction des recherches sur les cellules souches? Lui. Qui avait réussi à cloitrer Butters dans une cave pendant une semaine en lui faisant croire qu'un météore avait détruit South Park? Encore lui. Même si pour Butters, il n'avait pas vraiment de mérite: ce gars-là était tellement con qu'on pouvait lui faire gober n'importe quoi.
Combien de fois Cartman s'était-il dit qu'il faudrait qu'il donne une bonne leçon à Kyle? Des tas de fois. Il avait souvent imaginé des plans, qui allaient du tabassage pur et simple jusqu'à l'incendie de sa maison, en passant par le meurtre de son petit frère. Mais il n'était jamais passé de la théorie à la pratique. Pourquoi? Tout simplement parce qu'en fait il s'en foutait pas mal de son frère ou de ses parents. C'était Kyle, et uniquement Kyle, qu'il voulait faire souffrir. Et même si ces idées étaient alléchantes, il n'en était pas vraiment satisfait. Ce qu'il voulait, s'était-il rendu compte, c'était faire du mal à Kyle de ses propres mains. Et si possible, que Kyle le sache. Que le juif crie, qu'il pleure, qu'il le supplie d'arrêter, et que Cartman fasse de lui ce qu'il voulait. A cette pensée, le gros frissonna d'excitation. La plupart des jeunes de son âge avaient des rêves d'avenir. Lui son rêve était de se venger de Kyle.
« Et maintenant, s'exclama le guide, nous allons voir le plus intéressant: la chambre de torture! »
Cartman sursauta, comme pris en flagrant délit de pensées interdites. Mais personne ne s'en rendit compte, ils étaient en train de descendre un escalier de pierre humide et sombre. Un peu gêné, Cartman les suivit. Ils descendirent longtemps, la lumière se raréfia, obligeant le guide à allumer des lampes électriques accrochées à l'arrachée sur les murs. Comme Kyle s'étonnait de cet anachronisme, le guide expliqua qu'ils ne pouvaient pas utiliser les torches parce que c'était plus coûteux qu'un système électrique. Ils descendirent longtemps, au point que Cartman se demanda jusqu'à quel profondeur ils se trouvaient. Puis enfin, un couloir apparut devant eux, et une unique porte de bois, étrangement menaçante, se dressait au fond.
Le guide s'approcha et l'ouvrit: elle n'était pas fermée à clé. Il entra et s'écarta pour laisser passer les autres.
« Elle a été construite en même temps que le reste du château, expliqua-t-il. Même si à l'époque, les séances de torture n'étaient plus pratiquées, Lord Percy tenait à ce qu'on la rajoute. Il ne l'a jamais utilisée, autrefois on s'en servait pour ranger les vieux meubles. Une fois que le château a été reconverti en musée, elle a été réaménagée telle qu'elle était… »
C'était une petite pièce en fait, mais elle était impressionnante. Les murs étaient en pierre nue, sans le moindre ornement. Des étagères s'y appuyaient, et dessus ils pouvaient voir des instruments en fer rouillés, mais néanmoins menaçants. Des piques, des couteaux, d'autres objets étranges qu'ils n'identifièrent pas, et dont-ils ne cherchèrent pas à deviner l'utilité. Au milieu, une table était fixée au sol, quatre lanières de cuir y étaient accrochées, destiné à retenir un malheureux type qu'on devait torturer à mort. Le guide s'en approcha.
« Du temps de l'inquisition, on capturait les hérétiques et les païens et on les emmenait dans des salles comme celles-ci. Là, le bourreau s'acharnait à les faire avouer leurs crimes par tous les moyens. C'était efficace, un peu trop même, puisque généralement même les innocents finissaient par avouer, pour qu'on arrête de leur faire du mal. »
Kyle avait l'air légèrement dégoûté. Cartman, qui pour une fois prêtait une oreille attentive, bondit sur l'occasion.
« Mais Kyle, cette table est faite pour toi! S'écria-t-il. T'es un païen après tout!
-Ta gueule gros lard.
-Un païen? Répéta le guide apparemment intrigué.
-Ouais, il est carrément feuj. Feuj jusqu'à la moelle-même. C'est un hérétique!. Allez monte sur la table, juif!
-Arrête avec tes conneries Cartman! » S'exclama Kyle, rouge d'indignation.
Contre toute attente, le guide sourit.
« Tu veux essayer?
-Pardon?
-La table. Tu veux l'essayer pour voir ce que ça fait?
-Non mais ça va pas ou quoi? Je monterai pas sur ce truc!
-Et bien alors, on a peur juif? Ricana Eric. Tu reconnais ton hérésie? »
Le regard de Kyle passa de Cartman au guide à la table. Il hésita.
« Je suis pas un hérétique, dit-il. Mais…
-Si t'es pas un hérétique, alors grimpe sur la table! Qu'est-ce que t'as à craindre sinon? »
Stan regarda attentivement Cartman, vaguement inquiet sans trop savoir pourquoi. Ce n'était pas la première fois que Cartman faisait des crasses à Kyle, et c'était bien son genre de mettre au défi Kyle d'essayer un engin de torture, mais il semblait au brun que le gros était vraiment exalté. Comme s'il avait réellement envie de voir Kyle se faire torturer sur cette table. Il y avait une lueur étrange dans ses yeux…Perplexe, Stan se tourna vers Kenny pour voir s'il l'avait remarqué, mais le blond était obnubilé par les outils sur les étagères et leur tournait le dos.
Cartman lâcha encore une ou deux remarques méchantes, et Kyle se décida enfin.
« C'est bon, je vais monter sur cette foutue table! »
Il était rouge de colère, comme à chaque fois que Cartman se foutait de lui. Avant que Stan n'intervienne, le roux s'était débarrassé de son manteau et avait grimpé sur la table. Il s'allongea. Jouant le jeu, apparemment amusé, le guide lui attacha les mains et les chevilles avec les lanières. Kyle se retrouva dès lors totalement paralysé.
« Voilà, dit le guide. Beaucoup de juifs ont été capturés par l'inquisition en Europe, et brûlés vifs. Tu imagines ce qu'ils ont du ressentir? »
Kyle semblait soudain mal à l'aise. Il jeta un coup d'œil autour de lui, et voulut se redresser légèrement. Il n'y arriva pas. Gêné, il voulut se déplacer dans une position moins inconfortable, mais pu à peine se tortiller. Il était totalement impuissant. Mme Cartman et le guide éclatèrent de rire, trouvant apparemment la situation cocasse. Stan ne riait pas. Cartman non plus. Surpris qu'il ne sorte pas une remarque, Stan le regarda et vit sur ses traits une expression d'avidité et de satisfaction qui lui fit presque froid dans le dos. Il tiqua, surpris, mais Cartman sembla se rendre compte que Stan l'observait et se recomposa un visage normal. Stan cilla, se demandant s'il avait bien vu.
« Libérez-moi, lâcha soudain Kyle. J'ai mal au dos. »
Le guide s'approcha et entreprit de relâcher les liens. Cartman ne protesta pas. Quand Kyle fut debout, il récupéra son manteau et se plaça près de Stan. Kenny examina soigneusement les liens.
« Dites-moi, dit-il soudain, elles sont neuves ces lanières? »
Le guide se tourna vers lui.
« Oui, pourquoi?
-Vous n'avez pas gardé les machins d'époque?
-Non, ils étaient inutilisables. Ils avaient rouillé, puisqu'ils étaient en fer autrefois. Nous les avons remplacés.
-Juste pour ça? Vous les avez remplacé exprès pour amuser les touristes? »
Le guide sembla soudain embarrassé.
« Et bien oui. Ca peut sembler bizarre, mais il y a des gens que ça amuse de se faire prendre en photo ici. »
Kenny ne répondit pas, mais semblait dubitatif. Le guide se tourna vers Mme Cartman, comme s'il ne voulait plus croiser le regard du blond.
« Bien, je crois que la visite est terminée. Remontons maintenant, je vais vous raccompagner jusqu'à l'entrée. Dites-moi Madame, vous avez prévu quelque chose ce soir? Un dîner, ça vous intéresserait? »
Tandis que les deux adultes discutaient, les quatre garçons remontaient l'escalier en silence. Kyle semblait encore mal à l'aise.
« Pourquoi tu m'as obligé à monter là-dessus Cartman?
-Ca ne t'a pas plu? Tu n'as pas envie de recommencer?
-Non pas du tout! C'était…Ah, j'ai pas envie d'en parler.
-Vous trouvez pas ça bizarre, pour les lanières? S'interrogea soudain Kenny.
-Les lanières? Non pourquoi? Répondit Stan. Elles étaient neuves, et alors?
-Et alors je trouve ça bizarre, répondit avec assurance le blond. Pourquoi se donner la peine de charcuter un meuble d'époque juste pour amuser les rares touristes? En plus, je ne sais pas vous, mais moi je doute qu'il y ait des gens qui trouveraient ça marrant de se faire photographier sur un engin de torture. Et puis il n'y a pas que ça: certains des instruments de torture sont pratiquement neufs. Et vous avez remarqué l'armoire au fond de la pièce? J'ai essayé de l'ouvrir mais elle était fermée à clé. A votre avis ils ont enfermé quoi là-dedans?
-J'en sais rien. Mais où tu veux en venir?
-J'en dis que ça sent le repère sado-maso. Je vous parie ce que vous voulez que c'est pas pour les touristes qu'ils ont installé des lanières neuves sur la table. Et je suis sûr qu'il y a dans l'armoire du matériel vidéo, ou peut-être d'autres instruments qui feraient trop bizarre dans un musée. Genre des vêtements en cuir ou des godemichets… »
Les garçons s'arrêtèrent le regardèrent avec surprise.
«Attends, t'en es sûr?
-Ouais.
-Mais comment tu peux savoir ça? »
Kenny les regarda sans mot dire. La question était stupide. D'une manière générale, Kenny était de loin le mieux informé des quatre sur ce qui touchait de près ou de loin au sexe, sous toutes ses formes. Les garçons reprirent leur marche sans mot dire.
Cartman ne disait rien, mais il était plongé dans ses pensées. Il se sentait étrangement excité. Voir Kyle dans cette posture impuissante lui avait fait un drôle d'effet. Il aurait aimé le voir se débattre plus longtemps avant de se faire libérer. En fait, il aurait adoré être seul avec lui à ce moment-là. Il aurait peut-être pu essayer quelques uns de ces engins rouillés sur lui. Il sourit et se passa la langue sur les lèvres, mais n'osa pas prolonger trop loin ses fantasmes devant les autres. Ce soir, quand il serait dans son lit. En attendant, mieux valait faire comme si tout était normal. Comme si rien de mal ne lui traversait l'esprit.
Tiens donc, et s'il essayait de trouver un moyen pour se rendre seul avec Kyle dans cet endroit pendant le séjour?
