Epilogue: 1 an et demi plus tard

Le mois de décembre s'annonçait froid cet hiver. Un vent glacé soufflait sur la petite ville de South Park, obligeant les habitants à se couvrir comme des esquimaux pour ne pas geler sur place. Heureusement qu'ils en avaient l'habitude. Les rues de la ville étaient pratiquement vides, les gens ne s'attardaient pas dehors. En cet instant, il n'y avait que deux silhouettes qui arpentaient les rues.

Les deux garçons sortaient tout juste des cours. L'un était un jeune brun à la beauté peu commune, vêtu très simplement d'une veste marron et d'un bonnet bleu à bord rouge. Son ami était un roux, coiffé d'un ushanka vert, et dont le manteau orange vif dissimulait les terribles cicatrices qui ornaient son corps. Même si on les voyait moins maintenant, il restait quand même l'objet d'une vive curiosité quand il se déshabillait dans les vestiaires, avant les cours de sport. Il les sentait bien, ces regards furtifs, de la part des autres garçons. Mais aucun ne lui demandait de détails sur comment il les avait obtenues, ce qui était un soulagement.

Fort heureusement, contrairement à ce qu'il avait craint 18 mois auparavant, très peu de gens savaient qu'il avait été violé par Cartman. L'explication qu'on avait donné à ses blessures, et au fait que Eric Cartman avait été condamné à quinze ans de prison ferme dans un centre pour mineur, était qu'à la suite d'une dispute, le gros garçon s'était mis en colère et avait essayé d'assassiner Kyle avec un couteau, mais que Stan et Kenny avaient réussi à le retenir le temps que la police arrive. L'explication était logique, et Stan et Kenny ne s'étaient pas fait prier pour raconter à leurs amis une histoire totalement fantaisiste sur ce qui s'était passé cet été là à Beef Town. Tout le monde en avait été satisfait. Certes, quinze ans de prison, ça semblait un peu gros pour une crise de rage, mais comme l'avaient expliqué soigneusement Stan et Kenny, Cartman avait longuement mûri son coup, et il avait réellement voulu tuer Kyle. Ca n'avait rien d'un acte impulsif. C'était une tentative de meurtre préméditée.

Les seules personnes à savoir ce qui s'était réellement passé, à l'exception des garçons, étaient Mme Cartman, qui avait juré de garder le silence, et les parents de Kyle. Ils avaient été horrifiés, surtout Sheila, qui avait failli faire une attaque quand l'inspecteur Angel leur avait calmement raconté ce qui s'était passé à Beef Town. Mais ils avaient tenus bon. Ils avaient tout fait pour que leur fils se remette de cette terrible épreuve, entre autre ils lui avaient payé des séances chez un psychologue, dont l'aide avait été précieuse au jeune juif.

Mais ce n'était pas le psy qui avait été le plus grand soutien de Kyle, ce que les Broflovski savaient parfaitement. C'était plutôt l'affection et l'attention fidèle dont son meilleur ami avait fait preuve durant toute cette année. Ils s'en étaient rendu compte, et l'avaient même remercié pour son dévouement.

« Tu es un brave garçon, lui avait dit Sheila en le serrant contre lui, à sa grande surprise. Je ne sais pas comment tu fais, mais Kyle est toujours bien plus heureux quand tu es avec lui. »

Stan n'avait rien répondu. Il se demanda si les Broflovski auraient eu la même réaction en sachant qu'il était carrément amoureux de leur fils. Mais ça n'avait pas d'importance au fond, puisque Kyle ne le traitait jamais autrement qu'en ami, et Stan ne cherchait pas à pousser plus loin leur relation. La dernière fois qu'il l'avait fait, ça avait tourné au drame. Il s'estimait même heureux que Kyle veuille encore de lui comme ami.

Ce soir-là, il était invité à dîner chez les Broflovski. Ca arrivait de temps en temps, et ses parents ne faisaient jamais d'histoire quand il allait chez Kyle. Les deux garçons passèrent le seuil de la maison, et une chaleur merveilleuse réchauffa aussitôt leurs membres engourdis. Stan fut chaleureusement accueilli par les parents de Kyle, ainsi que par son petit frère Ike. Ike avait neuf ans, et semblait plus mature que son grand frère quand il avait le même âge. Ils dinèrent tous les cinq dans une atmosphère détendue et conviviale, le repas consista en un plat de viande au goût imprononçable dont Kyle raffolait. Une fois leurs assiettes finies, les garçons montèrent dans la chambre de Kyle, firent leurs devoirs ensemble, et discutèrent des heures avant que Sheila ne passe pour leur dire qu'il était tard et qu'ils feraient mieux de se coucher maintenant.

Stan avait apporté un sac de couchage. Il l'étala sur le sol, mais au moment où il allait s'y glisser, la voix hésitante de Kyle parvint à ses oreilles.

« Stan…tu ne veux pas venir dans le lit près de moi? »

Stan se tourna avec surprise vers son ami, croyant à moitié à une blague, mais le regard de Kyle en cet instant était on ne peut plus sérieux. D'habitude pourtant, il n'acceptait de personne ce genre de familiarité, même pas avec lui.

« Tu veux vraiment que je viennes avec toi?

-Oui.

-Et bien…d'accord. »

Stan se glissa avec une certaine gêne entre les draps. Kyle se poussa pour lui faire de la place. Ils se regardèrent dans les yeux et restèrent silencieux quelques instants.

« Stan, je peux te poser une question très personnelle?

-Bien sûr.

-Est-ce que tu m'aimes encore? »

Stan écarquilla les yeux. Il s'attendait à tout sauf à ça. Depuis un an, ils n'avaient jamais reparlé des sentiments de Stan vis-à-vis de Kyle, c'était entre eux une espèce de tabou. Il hésita, croyant à une sorte de question piège, mais il comprit que Kyle attendait de lui une sincérité totale. Stan baissa le regard.

« Oui… »

Kyle frémit.

« Pourtant pendant toute cette année, tu n'as jamais essayé de me draguer, ou quoi que ce soit. Au contraire, tu es ressorti avec Wendy, et tu as eu d'autres petites amies.

-Tu sais très bien pourquoi je l'ai fait…

-Pourquoi? »

Agacé, Stan jeta un regard blessé vers Kyle. Il savait pourtant de quoi il retournait! Il devait le savoir! Pourquoi était-il en train de jouer comme ça avec ses sentiments? Kyle n'avait pourtant pas l'air de vouloir s'amuser. Il attendait gravement la réponse, aussi Stan la lui donna.

« Tu sais que je t'aimais encore quand on est rentré de Beef Town. Mais tu avais été meurtri, tu ne supportais plus l'idée que quelqu'un puisse vouloir te toucher. Je t'ai juré de ne jamais t'importuner, et c'est ce que j'ai fait. J'ai essayé…de t'oublier, de trouver une fille pour m'aimer. Mais il n'y a rien à faire. » Stan soupira. « C'est toi que j'aime Kyle, même si tu ne veux pas de moi. »

Kyle ferma les yeux et médita longuement cette réponse. Stan se demanda à quoi il pouvait bien penser. Le jeune juif finit par rouvrir les yeux et les plongea dans ceux de Stan.

« Stan, j'ai un service à te demander. Plus que ça en fait. J'ai besoin de ton aide. »

Le brun ne comprenait plus rien.

« Qu'est-ce qu'il y a?

-Ca fait plus d'un an Stan. Un an depuis que Cartman m'a violé. Il s'est passé des tas de choses depuis, on est entré au lycée, on a vécu d'autres aventures, Kenny est mort une centaine de fois…Pourtant malgré tout ça…je m'en souviens encore. »

Kyle battit des paupières pour chasser des larmes naissantes.

« Ca me revient encore…Des cauchemars horribles, dans lesquels je me revois coincé dans cette salle, attaché à la table, avec Cartman qui me regarde en ricanant.. Oh bien sûr c'est moins fréquent maintenant, et puis je n'ai plus mal aux fesses quand je vais aux toilettes. Mais pourtant quelque chose est resté ouvert, là… » Kyle posa sa main sur son cœur. « Et tant que ça ne se sera pas refermé, je ne pourrai jamais surmonter tout ça. »

Stan le savait bien. Il avait fidèlement veillé sur son ami pendant cette longue année, et c'était en grande partie grâce à son soutien que Kyle avait pu se remettre tant bien que mal. Mais il savait que ce n'était pas fini. Que quelque chose s'était brisé en lui à Beef Town, et il ignorait si cela pourrait jamais se reconstruire.

« Rien n'a pu m'aider jusque là, poursuivit Kyle. Ni les séances chez le psy, ni l'affection de ma famille, ni le soutien de mes amis. Ils ont pourtant fait de leur mieux, je le sais. Mais ça n'a pas marché.

-Je sais Kyle. Crois-moi, ça me fait mal aussi de voir à quel point tu souffres. Je ferais n'importe quoi pour que tu ailles mieux. »

Kyle observa intensément son ami.

« Il y a quelque chose que tu peux faire pour moi Stan. »

Sa main se glissa hors des draps et se posa avec douceur sur celle de Stan. Le brun frémit, c'était là le contact le plus intime qu'ils avaient eu depuis un an.

« Tu te souviens de ce que tu m'as dit dans la cuisine de la tante Annie l'année dernière? »

Stan respirait à peine. Ses joues étaient couleur des pivoines. Son cœur battait si fort qu'il s'étonna que Kyle n'entende rien. Comme il ne répondait pas, le roux poursuivit.

« Tu m'as dit que pour que je guérisse, il fallait que je reprenne confiance en l'amour, avec une personne en qui j'ai totalement confiance, une personne qui me montrerait que ça peut n'être ni douloureux, ni contraignant. Sur le coup, je n'avais pas compris ce que tu voulais me dire. »

Kyle hésita une brève seconde, puis se lança.

« Stan…tu veux bien m'aider à guérir? »

Le brun fut incapable de prononcer un mot. La situation lui semblait tellement irréelle, tellement fantasque qu'il se demanda s'il était bien là, dans le lit, Kyle à ses côtés. Son cœur battait si fort qu'il lui faisait mal à la poitrine. Il ouvrit la bouche, et put au début que balbutier des mots sans suite. Kyle attendait, le visage exprimant la peur et l'espoir à la fois.

Puis Stan ferma les yeux et s'obligea à reprendre contact avec la réalité. Kyle n'avait pas fait un geste. L'esprit plus clair, le brun réfléchit soigneusement aux mots qu'il allait prononcer.

« C'est ça que tu veux? Tu en es sûr?

-Certain. J'y ai pensé pendant des semaines.

-Pourquoi tu me demandes ça à moi? Est-ce que tout ce qui t'intéresse, c'est de ne plus avoir à supporter ces cauchemars, ou est-ce que tu veux réellement qu'il y ait quelque chose de plus entre toi et moi? »

Stan déglutit avant de reprendre.

« Si jamais nous allons jusque là et qu'en fait tu ne ressens rien de plus…Ca serait trop dur pour moi. »

Kyle resta silencieux, sans quitter une seconde Stan du regard. Le brun attendit anxieusement. Puis, à son grand étonnement, son ami sourit.

« Comme tu es bête.

-Quoi?

-Tu n'as pas encore compris que tu es la seule et unique personne que j'aime assez pour oser donner mon corps en toute confiance? Et bien s'il faut être plus clair, d'accord. Je t'aime Stan. Je t'aime et je ne me confierai jamais à personne d'autre que toi. »

Les mots restèrent suspendus entre eux pendants de longues secondes. Stan se demanda s'il n'était pas dans un rêve, si ce n'était pas un fantasme, une illusion. Sans oser y croire, mais voulant à toute force espérer, il se redressa sur un coude. Il tendit une main hésitante vers Kyle, qu'il posa sur sa joue. Il caressa du bout des doigts la peau satinée, s'attendant presque à ce que son ami le repousse en criant. Mais il ne le fit pas. Sa main se posa alors sous son menton, et le fit se relever. Fasciné, Stan se pencha vers son ami, le contempla une seconde, puis approcha doucement ses lèvres des siennes. Elles se touchèrent chastement. Ils restèrent ainsi liés l'un à l'autre pendant quelques instants, puis Stan s'écarta. La dernière et unique fois où il avait embrassé Kyle, son ami l'avait repoussé en pleurant, et ça avait mené droit à la catastrophe. Il s'étonnait presque que rien de semblable n'arrive cette fois-ci.

Il se pencha à nouveau vers Kyle. Le baiser fut cette fois plus long, plus tendre, et Kyle se laissait docilement faire. Evidemment Stan avait de l'expérience, alors que Kyle n'avait jamais embrassé personne d'autre que Cartman, ce qui n'était pas une référence. Il y avait eu aussi bien sûr le premier baiser de Stan, mais cette fois-là il avait été trop renfermé sur sa peur pour l'apprécier à sa juste valeur. Ils fermèrent les yeux au même moment, comme si seule la sensation de douceur aux bout de leurs lèvres devait occuper leur esprit en cet instant. Et très vite, ce fut la seule chose qui compta pour eux.

Stan entrouvrit la bouche. Sa langue se glissa sur les lèvres closes de son ami. Comme par réflexe, il les écarta. Le brun sentit alors le goût de Kyle dans sa bouche. Il toucha délicatement ses dents, une par une, puis trouva sa langue. Kyle répondit timidement. Ils entamèrent alors une sorte de danse où chacun s'efforçait de trouver en l'autre la saveur des sentiments. Ils ne surent pas dire combien de temps ça dura, de toute façon ils en avaient perdu toute notion. Mais toujours est-il qu'à un moment, ils s'écartèrent l'un de l'autre, et se regardèrent longuement, une lueur de désir dans les yeux.

« Tu embrasses bien… »

C'était la façon, maladroite, de Kyle pour dire à Stan qu'il pouvait continuer. Pendant une seconde, le bonheur de Stan fut complet. Mais un nuage vint l'obscurcir.

« Je n'ai jamais couché avec un garçon, avoua-t-il comme si c'était un secret délicat. Je ne sais pas si je serai à la hauteur.

-Fais-le quand même. »

Stan se redressa et rejeta les couvertures en arrière. Il se mit à quatre pattes au dessus de Kyle et resta immobile une seconde ou deux, pensif. Les magnifiques yeux verts de Kyle étaient plongés dans les siens, et Stan réalisa à quel point Kyle avait du surmonter sa peur pour se confier comme ça à lui. Cela lui fit prendre conscience de la responsabilité qu'il avait, ce qui déclencha une vague de stress. Et s'il n'était pas à la hauteur? Et s'il lui faisait mal? Est-ce que ça ne risquait pas de briser leur amitié?

Kyle sembla comprendre ce à quoi pensait Stan et posa une main sur sa joue. Il ne dit pas un mot, mais ses yeux imploraient son ami en silence. Le brun posa sa main sur celle de Kyle, la prit doucement et baisa lentement ses doigts un par un. Il se détendit. Le mieux était encore de se laisser porter par les évènements.

Stan lâcha la main de Kyle et se pencha sur lui. Les deux garçons échangèrent un nouveau baiser passionné. Les mains de Stan se posèrent sur la veste de pyjama de Kyle et enlevèrent les boutons, un par un. Puis elles écartèrent les pans, révélant le torse imberbe et couturé de cicatrices de Kyle. Les mains de Stan caressèrent délicatement la peau, ce qui arracha un gémissement à son ami.

Stan lâcha les lèvres de Kyle. Il embrassa son menton, puis il descendit doucement vers le cou, qu'il parsema de petits baisers, en descendant un peu plus à chaque fois. Quand il arriva au niveau du torse, il s'arrêta une seconde pour regarder les terribles marques. Comme il avait du souffrir ce jour-là! Mais Stan s'interdit de penser trop à ça, ce n'était pas ce que Kyle attendait de lui.

Le brun embrassa tendrement la poitrine de son ami. Ses lèvres trouvèrent un téton, qu'il attrapa et suça avec gourmandise. Kyle gémit à nouveau. Stan descendit ensuite plus bas, trouva le nombril et y glissa sa langue. Il posa ses mains sur les hanches de Kyle, saisit les bords du pantalon et le baissa lentement. A ce moment-là, Kyle frémit et se tendit, aussi Stan arrêta-t-il son geste et le regarda avec indécision.

« Kyle…tu es vraiment sûr que tu veux aller jusque là?

-Oui, ne t'inquiète pas.

-Mais ça ne fait qu'un an et demi Kyle! Je ne veux pas te traumatiser! Si tu veux t'arrêter maintenant, je comprendrai très bien.

-Merci Stan, mais je sais ce que je veux. Continue comme tu le fais. Ca ira très bien. »

Stan obéit et essaya de se convaincre comme Kyle que tout irait bien. Il baissa le pantalon, l'enleva et le jeta dans un coin. Kyle était en érection, ce qui soulagea un peu Stan. Le brun posa une main hésitante sur le sexe dressé de son ami et le caressa du bout du doigt. Le souffle de Kyle se raccourcit. Il ferma les yeux. Stan continua ses caresses un certain temps, puis se pencha sur le pénis, qu'il embrassa tendrement, avant de le glisser dans sa bouche. Kyle se crispa. Ses poings serrèrent le drap avec force.

Stan n'avait jamais fait ça de sa vie, sauf dans ses fantasmes, mais il pensait avoir une assez bonne idée de la façon dont il devait s'y prendre. Enfin…Il croyait. Embarrassé, il fit naître ces doutes gênants et se mit à la tâche. Il commença par jouer de sa langue et de ses lèvres pour stimuler son ami, ce qui sembla faire son petit effet. Kyle respirait par petits coups, les poings serrés, le visage rouge et humide. Il poussa un gémissement.

« Stan… »

Le brun se mit alors à effectuer un mouvement de va-et-vient, ce qui sembla décupler les sensations ressenties par Kyle. Il poussa un léger cri d'extase. Au bout d'un moment, sa voix faible et tremblante s'éleva dans la pièce.

« Stan…non…je…je vais… »

Aussitôt, une sorte de secousse agita son corps et il éjacula dans un soupir. Stan, qui s'y attendait, ferma les yeux et savoura une seconde le goût qu'il avait dans la bouche, avant d'avaler. Des sentiments à la fois nébuleux et intenses se bousculaient en lui, de la surprise, de la fierté, de l'envie, une certaine gêne devant son audace…Il se releva et s'essuya la bouche du plat de la main, réalisant que c'était là un de ses fantasmes désormais accompli.

Kyle se redressa sur les coudes et le regarda comme s'il ne l'avait jamais vu. Son front était couvert de sueur, son souffle court. Stan plongea son regard dans le sien et sourit, pensant qu'il n'avait jamais été aussi beau qu'en cet instant. Kyle s'assit sur le lit et s'avança vers lui. Il tendit les bras, les noua autour de sa nuque, et posa ses lèvres sur les siennes. Ils échangèrent un autre baiser plein de tendresse. Les mains de Stan caressèrent le corps frémissant de Kyle, lui arrachant un soupir. Puis ils s'écartèrent l'un de l'autre et se regardèrent longuement.

« Stan…murmura Kyle. Fais-moi l'amour. Pour de vrai. »

Stan parut soucieux.

« Est-ce que tu es sûr de le supporter? Je peux attendre encore tu sais.

-Je ne veux pas que tu attendes. Je veux que tu me prennes, maintenant. Je veux que tu me fasse l'amour jusqu'à me faire oublier qu'un jour ce gros connard de Cartman est entré en moi. »

Pour appuyer ses propos, Kyle fit un demi tour sur lui-même, présentant son dos nu à Stan. Le brun posa une main sur la peau lisse et la caressa lentement, comme s'il pesait le pour et le contre. Puis il se pencha en avant, et embrassa la nuque de son ami. Ses mains se posèrent sur sa poitrine et effleurèrent ses tétons. Stan posa ses lèvres dans le creux du cou de Kyle et suça la peau, tandis que ses mains effectuaient de lents mouvements sur les muscles du ventre de Kyle. Le roux l'encouragea à continuer d'un gémissement. Stan glissa ensuite son visage dans l'abondante chevelure bouclée de son ami et s'emplit les poumons de son odeur. Il appliqua une légère pression sur les épaules de son ami, qui comprit le message et se plaça à quatre pattes, s'appuyant sur les coudes.

Stan embrassa le creux de ses reins, et descendit jusqu'à l'anus. Quand son regard se posa à ce niveau hautement intime, il ne put s'empêcher de penser à Cartman. Cartman avait vu ça avant lui. Il était entré là, et il avait joui en Kyle à travers ce petit trou à la fois insignifiant et essentiel. Mettre un lien si intime entre Cartman et un être aussi bon et doux que Kyle, imaginer ce gros porc sadique et vicieux souiller le corps gracile de son meilleur ami…Ca le rendait malade.

Mais au fond effacer de la mémoire de Kyle ces souvenirs si horribles, n'était-ce pas ce que Stan voulait depuis plus d'un an? N'était-ce pas ce que Kyle lui avait demandé il y avait à peine une minute? « Je veux que tu me fasse l'amour jusqu'à me faire oublier que ce gros connard de Cartman est entré en moi ».

Stan glissa son index et son majeur dans sa bouche et les humidifia de salive. Puis il les approcha lentement de l'anus de Kyle. Il hésita une seconde, puis les glissa lentement dans l'orifice. Kyle sursauta et se raidit, comme s'il s'attendait à souffrir de ce contact. Ou peut-être était-ce parce que ça lui rappelait de mauvais moments?

« Il faut que l'intérieur soit lubrifié, se crut obligé d'expliquer Stan comme s'il s'excusait. Sinon je vais te faire mal.

-Oui, je…je sais ça. »

Était-ce du doute que Stan percevait dans sa voix? Kyle changeait-il d'avis? Ou est-ce que Stan se faisait des idées?

Sans trop savoir comment réagir, le brun continua d'humidifier l'anus de son ami pendant plusieurs minutes. Kyle subissait cette préparation en silence, ce qui poussa Stan à croire que le roux n'avait pas changé d'avis. Il reprit confiance en lui, décidé à faire de cet instant le plus beau de la vie de Kyle. Le bien qui compenserait le mal en quelque sorte. Il se redressa, plaça son pénis en érection au niveau de l'anus de Kyle, et prit une inspiration.

Au moment d'agir, Stan s'arrêta net, un doute terrible ayant sensiblement douché son enthousiasme. Kyle le remarqua.

« Qu'est-ce qu'il y a?

-C'est que…j'ai peur de te faire mal… »

Si Kyle avait encore éprouvé des doutes, tout fut balayé en cet instant par la confidence hésitante de Stan. Non, il n'était définitivement pas comme Cartman. Il prenait soin de lui. Il l'aimait sincèrement.

Et pour ça Kyle ressentit pour lui un amour tel qu'il n'en avait jamais éprouvé pour personne.

« Ne t'inquiète pas Stan. Je n'aurai pas mal si je suis avec toi. »

Le brun obéit donc et se glissa avec précaution dans le corps de son ami. Kyle retint de justesse un sursaut de douleur. Des souvenirs atroces lui revinrent en mémoire, mais il les chassa avec violence de son esprit. Stan donna un coup de hanche, et Kyle dut serrer les dents pour s'empêcher de crier. Ca faisait si mal! Il se crispa, et Stan arrêta le mouvement, inquiet.

« Kyle..?

-Ne t'arrête pas. Continue… »

Stan sembla vouloir protester, mais il décida d'obéir à son ami. Il reprit ses mouvements de va-et-vient, lentement, précautionneusement, mais même avec ça Kyle souffrait encore. Les mains du jeune juif saisirent les draps et les serrèrent avec force. Son souffle était court. Une goutte de sueur coula le long de son front. Cartman lui revint aussitôt à l'esprit, Cartman, avec sa haine et son sourire méprisant, semblant lui dire « Et oui Kyle. J'ai quand même réussi à te briser. Tu ne pourras jamais te débarrasser de ce que je t'ai fait. Même pas avec Stan. »

« Tu ne me détruiras pas Cartman! Pensa Kyle avec force. Tu ne m'empêcheras pas de l'aimer! Jamais! »

La douleur s'estompa petit à petit. Puis elle finit par complètement disparaître. A ce moment-là, Kyle sentit quelque chose de tout nouveau naître en lui, un sentiment de bien être qui gagna en intensité. Il ferma les yeux. Maintenant la présence de Stan en lui ne lui faisait plus mal, au contraire c'était bon, si bon…Il laissa échapper un soupir, qui se transforma en gémissement. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire, et un autre gémissement lui échappa.

« Plus fort… »

Stan l'entendit, et accéléra ses mouvements de hanche. Cela décupla les sensations que Kyle ressentait, et il poussa un léger cri. Il lui sembla qu'il s'élevait, qu'il quittait son corps pour atteindre un lieu inconnu, un monde de plaisir et de couleurs. Il poussa un autre cri, et le nom de Stan sortit de ses lèvres. Le brun, qui lui-même n'avait plus l'esprit vraiment clair, accéléra encore, et à chaque fois qu'il pénétrait dans le corps de Kyle, le roux murmurait son nom. Stan gémissait et haletait. Les deux garçons adoptèrent un rythme frénétique, qui faisait monter toujours plus haut le plaisir, et ils n'étaient plus conscients de rien, si ce n'était du corps de l'autre en eux.

Au bout d'un moment, tout explosa en un tourbillon de couleurs, et Kyle poussa un cri qu'il réussit à étouffer tant bien que mal dans son oreiller. Son corps se tendit, son souffle se coupa, un flot de plaisir envahit tout son corps, et mit un long moment avant de s'estomper. Il mit plusieurs secondes à s'en remettre, et quand il retoucha terre, il eut du mal à retrouver son souffle. Derrière lui, Stan s'agitait de plus en plus vite, et ses gémissements se faisaient de plus en plus pressants. Kyle sentit alors une secousse agiter le corps de son ami, et un liquide chaud entrer dans son anus. Puis Stan poussa un cri, qu'il étouffa tant bien que mal du plat de la main. Après quelques secondes, il se retira lentement de Kyle et s'allongea près de lui. Kyle s'étendit aussi.

Leurs regards se croisèrent. Stan, inquiet, attendait le verdict. Quand Kyle lui sourit, il parut rassuré.

« Je ne t'ai pas fait mal?

-Tu as été formidable. »

C'était exactement ce que Stan avait besoin d'entendre. Rasséréné, il s'approcha et se blottit contre le torse de son ami. Kyle le prit dans ses bras. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues. C'étaient des larmes de bonheur. Il aurait voulu dire quelque chose, un remerciement, un mot d'amour, mais rien ne lui venait à l'esprit. De toute façon ça ne servait à rien. Tous les deux enlacés, ils avaient le sentiment de n'avoir jamais été aussi proches l'un de l'autre, et c'était au-delà de tous les mots. Mais avant que le sommeil ne les emporte, il réussit tout de même à résumer sa pensée de la façon la plus simple et la plus claire qui soit.

« Je t'aime Stan.

-Je t'aime aussi Kyle. »

*

La prison pour jeunes délinquants de Jupiter Hill accueillait près de deux cents adolescents, âgés de 12 à 20 ans. Si en apparence il n'y existait pas d'autres règles que celles instaurés par les surveillants, en réalité il existait une véritable hiérarchie entre les détenus. C'était très simple: les plus forts commandaient, les plus faibles se soumettaient.

Eric Theodore Cartman vivait depuis un an dans cet établissement, et n'avait pas tardé à s'imposer parmi ses codétenus. Les premiers jours, quelques uns des caïds, croyant à tort que ce gros tas de graisse ambulant ne serait pas un danger, avaient cru bon de vouloir lui apprendre à la matière brute les règles de base de la vie à Jupiter Hill. Le combat avait été très bref, et les autres jeunes avaient vite compris que sous-estimer Cartman pouvait être une erreur fatale. Son corps gras et pesant cachait une terrible force, et pour ne rien arranger il était également rusé et manipulateur. Aujourd'hui, les plus âgés des détenus lui fichaient la paix, et les gardiens avaient même un peu peur de lui. Quand aux autres, il les avait tous à sa botte.

Au final sa vie en prison était plus agréable qu'il n'y aurait paru. Il était craint et respecté, il recevait chaque semaine des visites de sa mère (qui était d'ailleurs la seule à venir le voir), et il avait même parmi ses codétenus des amants dont les compétences étaient fort acceptables. Il y en avait notamment un, un type maigre et boutonneux avec de grosses lunettes, qui avait un côté masochiste très prononcé et qui n'aimait rien tant que se faire frapper et traiter de pute par Cartman. Ce dont le gros ne se privait pas.

Mais il n'était tout de même pas satisfait. Il vivait en permanence avec une intense frustration, tant morale que physique. Le souvenir de Kyle n'arrêtait pas de le tourmenter. A la pensée qu'il l'avait tenu en son pouvoir, qu'il l'avait kidnappé, violé, torturé, et que pour finir il avait été sur le point de le tuer, mais qu'il avait échoué, il avait envie de casser la gueule de tout le monde. Généralement quand ces sentiments étaient trop pesants, il allait se venger sur l'autre maso, et il lui faisait subir une bonne partie des violences dont il aurait aimé affliger Kyle. Le problème était que l'autre con en redemandait. Cartman aurait préféré qu'il pleure et qu'il le supplie d'arrêter.

C'était insupportable. Mais Cartman était patient. Il savait qu'il n'allait pas passer sa vie à Jupiter Hill. Et de toute façon, il existait toujours moyen de s'évader de prison. Il y réfléchissait. Un plan se mettait petit à petit en place dans sa tête. Et pour chaque seconde qu'il attendrait, il ferait payer ce foutu juif au centuple. Oui, un jour il s'évaderait, et là il se vengerait! Kyle ne savait pas ce qui l'attendait!

« Profite bien de ta tranquillité pendant que tu le peux encore Kyle, se dit-il. Lorsque je t'aurai retrouvé, je te jure que tu vas regretter de m'avoir échappé… »


Voilà, c'est la fin de cette fanfiction. Je tenais à remercier les gens qui ont pris la peine de lire ma fic, en particulier Beautiful Draco, qui me laissait gentiment un commentaire à chaque nouveau chapitre (merci beaucoup, ça m'a fait vraiment plaisir). Ce fut une expérience très agréable, et je me suis bien amusée.

Par ailleurs, je n'avais pas l'intention d'écrire une suite, mais il se trouve que des idées me sont venues il y a quelques temps. Aussi je voudrais savoir si certaines personnes seraient intéressées par une suite de cette fanfic? Si c'est le cas, laissez moi une review ou un message, et peut-être que je m'y mettrai^^

Voilà, encore merci de me lire, et si vous avez des idées ou des commentaires, n'hésitez surtout pas à m'en parler!