L'incident du parking
- House !
- C'est moi. Aussi connu sous le nom de Dieu. Mais, je trouve que House me va particulièrement bien, surtout quand il est prononcé d'une voix aussi sévère et sexy.
- Votre nouveau cas.
Cuddy déposa le fichier sur la table de réunion, pendant que les docteurs autours s'installaient. Par politesse, Thirteen, Foreman, Kutner et Taub (qui entrait en retard) saluèrent la doyenne. House ne lui adressa aucun regard et se contenta de dire :
- Et si je refuse ?
- Je vous vire.
- Et bien ce sera la cinquième fois cette semaine, au moins.
Cuddy s'était déjà éloignée, immunisée par les remarques cinglantes du docteur. Après toutes ces années, il fallait qu'il fasse preuve d'une ingéniosité morbide pour l'impressionner. Et encore.
Cuddy s'éloignait à peine, quand une pensée traversa son esprit. Elle fit demi-tour, ouvrit la porte de nouveau et lança un sec :
- Et vous avez des heures de cliniques à faire. Aujourd'hui. Sans dormir.
Elle se retourna aussitôt, sans broncher en entendant le « Pitié, maman! » que House lançait dans le corridor.
Intérieurement, elle souriait. Qui pouvait vraiment résister à House ? Elle savait que depuis toutes ces années, le personnel de l'hôpital espérait soit le miracle de sa rédemption, soit son renvoi. Tous ceux qui ne l'avaient pas côtoyé, détestaient House. Et tous ceux qui le côtoyaient, bizarrement, s'attachait à lui et savaient que jamais il ne changerait et jamais il ne serait renvoyé.
Pour la bonne raison qu'il était compétent. Surdoué. Et malheureusement trop conscient de son talent et imbu de lui-même.
Les talons hauts de Cuddy résonnèrent jusqu'à son bureau où elle s'assit. Elle savait qu'à ce moment, House devait insulter la jeune patiente qu'elle venait de lui transférer.
- Intéressant… C'est une malade mentale.
- House, s'objecta Thirteen.
- Oh, pas de sympathie. Cette fille a essayé de se couper une oreille. C'est un cas de psychiatrie. Je ne suis pas devenu psychiatre parce que je ne veux pas régler les problèmes des Van Gogh. On transfert.
- House, Cuddy nous l'a transféré pour qu'on examine ses symptômes physiques.
- Cuddy est idiote. Voyons voir : fièvre, délires, violence… c'est une schizophrène ! Oh, j'ai eu besoin de faire tant d'années d'études pour en venir à cette conclusion ?
- Que faites-vous des acouphènes ?
- Schizophrénie.
- Hein !? House, vous savez que ça n'a aucun lien. D'ailleurs, peut-être qu'elle a eu envie de se couper l'oreille à cause des acouphènes, fit remarquer Thirteen.
- Et les boutons sur la poitrine ? Les nausées et les douleurs abdominales ? ajouta Taub.
- Bon, puisque je suis entouré d'incompétents, je vais devoir faire le travail à ce que je vois.
L'équipe se mit au travail. Les hypothèses commencèrent à fuser, ponctuées des insultes de House. Tout comme Cuddy, les membres de l'équipe restèrent imperméables aux commentaires désobligeants, sarcastiques et « humoristiques », si on pouvait appeler ça un sens de l'humour, de House.
Jusqu'à l'heure du dîner, House ordonna une batterie de tests et trois traitements différents. Qui n'eurent aucun effet.
C'était, bref, une journée comme les autres où House criait, donnait des ordres. L'heure du lunch se passa rapidement. Pendant qu'ils mangeaient Wilson tenta, une enième fois, d'analyser House, il se fit rabrouer, ils retournèrent travailler et la journée déboula jusqu'à 16h.
Cuddy soupira. Assise à son bureau, elle éteignait son ordinateur et tentait de prendre son temps. À 16h, elle quittait.
Oui, 16h, tous les jours, elle quittait l'hôpital.
Fut un temps où sa vie suivait un rythme acharné qui ne lui permettait pas de respirer. Elle s'étourdissait de travail, s'épuisait mentalement pour ne plus penser à sa vie et contrôlait tout ce qu'elle pouvait contrôler.
Mais depuis Rachel, elle quittait à 16h. Et étrangement, elle était plus productive qu'avant Rachel. Elle voulait voir sa fille. Et donc, elle se débarrassait rapidement de son ouvrage, en prenant soin de bien le faire, pour quitter à 16h.
Pas une minute de plus. House l'avait remarqué et ne s'était pas empêché de lui dire à quel point son travail était médiocre depuis qu'elle était mère. Mais elle le laissait jaser dans son dos… et devant elle. Elle savait que c'était faux. Et depuis qu'elle était mère, elle s'attirait la sympathie de son personnel féminin… qui était majoritaire. Cuddy ne crachait pas là-dessus.
À 16h, donc, Cuddy se préparait à quitter. Elle assembla tous ses effets, les glissa dans son sac, éteignit son ordinateur et barra ses tiroirs. En fermant la porte, elle ne négligea pas de vérifier deux fois la serrure.
Puis, elle sourit, figeant un instant. Elle savait que House viendrait la traquer dans le stationnement souterrain pour l'insulter. Elle appréciait la présence du docteur, car il lui accordait plus d'attention qu'à tout autre.
Au fond d'elle, elle sentait que les insultes n'étaient que de pâles façades qui camouflaient autre chose. De l'attachement peut-être.
Elle se secoua mentalement et repris sa route. Voilà qu'elle se surprenait à penser qu'House était attaché à elle. Et puis quoi encore ?
- 16h ! s'écria House
- Et alors ? demanda Thirteen.
- T'as pas encore compris ? chuchota Kutner, c'est l'heure de son rendez-vous avec Cuddy.
- J'ai entendu, M. « je suis tellement subtil que même un déficient profond comprendrais que je parle de lui. »
- House, vous n'allez pas encore aller l'insulter ! s'insurgea Thirteen. Revenez-en ! Elle a un bébé maintenant.
- C'est mon devoir de lui rappeler qu'en tant que doyenne, elle fait un job pourri ! Des volontaires pour m'accompagner ? Bon ! Alors, à celui qui pose un bon diagnostique sur Van Gogh, je lui donne un collant.
- Cool ! s'exclama Kutner.
Taub leva les yeux au ciel et Foreman, qui était resté concentré sur le cas, ignora House. Celui-ci s'éloigna, particulièrement de bonne humeur à l'idée d'aller emmerder Cuddy. Taub siffla un :
- Ça va, on vous laisse en amoureux.
- Pff, oubliez ça Taub, répliqua Foreman, Cuddy et House, c'est qu'une vieille rumeur que House se plait à alimenter. Il aime l'attention et il fera n'importe quoi pour l'avoir. Mais n'impliquez pas Cuddy là-dedans. Elle a déjà assez de soucis avec lui. Je ne sais pas comment elle peut supporter un tel crétin en tant qu'employé…
- C'est un crétin compétent, avoua Thirteen.
Cuddy s'avança tranquillement vers son auto. Elle prenait toujours un dix minutes pour relaxer un peu avant d'aller chercher Rachel, qui avait un an, à la garderie. Elle n'aimait pas arriver tendue devant sa fille. Elle souhaitait profiter de chaque moment.
- Dr. Cuddy ?
Lisa Cuddy sursauta. Sans avoir à se retourner, elle savait que ce n'était pas House qui l'avait suivit dans le stationnement cette fois. Elle fit volte face et tomba nez à nez avec un homme dans la cinquantaine, assez imposant.
- Que puis-je pour vous ?
Cuddy se sentit nerveuse, mais elle tenta de le dissimuler au maximum. Elle abordait un air sérieux et confiant.
- Ma femme est morte, expliqua l'homme.
Prise par surprise, Cuddy répondit :
- Je… je suis désolée. Mais, pourquoi…
- Elle est morte ici.
Cette fois, le regard de Cuddy devint défiant. Elle sentit que l'homme n'allait pas bien du tout et eu peur de ce qu'il pourrait faire. En fait, elle venait de comprendre ce qu'il voulait. Alors, elle lui répondit de façon très calme.
- Je suis navrée. Je peux vous aider si vous souhaitez obtenir de l'aide afin de passer votre deuil. Je peux également…
- Non. Êtes-vous mariée ?
- Non.
Cuddy déglutit difficilement. Elle savait que même si elle avait une force de caractère incroyable, si cet homme tentait de l'attaquer, il réussirait.
- Des enfants ?
- Pourquoi ?
- Je vois que oui. Il y a un siège pour bébé dans l'auto.
Il y eut un silence terrifiant.
- Peut-être qu'il va comprendre ce que c'est que de vivre seul.
Et sans qu'elle ne puisse faire un mouvement, l'homme saisit Lisa Cuddy à la gorge et pressa violemment. Une expression de terreur passa sur son visage. L'homme la projeta contre la voiture et sa tête heurta violemment la portière. La femme s'effondra sur le sol et l'inconnu s'accroupit, saisit sa tête et la frappa contre l'asphalte une fois, deux fois…
Et il s'effondra lui-même, abattu par un coup de cane.
