Coup de chaleur

Le dimanche après-midi était ensoleillé, brûlant et attrayant. On aurait dit que tout le monde était soudainement revenu à la vie et les gens remplissaient les rues animés. Même Cuddy et House n'avaient pas pu résister à la tentation.

Cuddy avait demandé à la petite voisine studieuse de garder Rachel qui avait sauté sur l'occasion pour se faire un peu d'argent de poche et profiter de la maison tranquille pour réviser ses examens finaux.

Cuddy plaignait les étudiants, les travailleurs, coincés à l'intérieur par le beau temps. Elle aurait été de ceux enfermés si elle n'avait pas pris son congé en entier.

Elle avait décidé cet après-midi là de partir seule s'étendre en bordure du lac artificiel. Après quelques minutes, House était venu la rejoindre. Il s'était assis au pied d'un arbre, avec un livre. Elle l'avait sentit, mais aucun mot n'avait été échangé.

Elle se demandait s'il la suivait où s'il avait un instinct aussi développé qu'il le prétendait et qu'il arrivait à prévoir tout ce que tout le monde allait faire.

Elle finit par briser le silence :

- C'est un bon livre au moins ?

Il regarda Cuddy par-dessus son bouquin. Étendue contre la pelouse, en robe d'été, les cheveux auréolés… il trouvait la situation facile.

- Je ne lis pas vraiment. Je suis un vieux pervers et j'épie la femme devant moi.

Cuddy eut un sourire. Elle souleva les lunettes fumées qui couvraient ses yeux et se redressa un peu pour voir House.

Il y eut un instant de silence où tous deux ne firent que se fixer. Quelque chose se passait dans les yeux, dans le souffle. Elle s'approchait de lui et l'embrassa tendrement, comme si elle voulait dire… quelque chose qu'elle ne s'autoriserait même pas à penser.

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Sara sortit de l'avion en sueur. Pendant tout le trajet, elle avait eu excessivement chaud. Elle revenait de sa semaine d'examen et apparemment, le travail intellectuel l'avait laissé épuisée et malade.

Les étourdissements ne cessaient pas, et elle fut ravie de grimper dans un taxi à l'air climatisé. Heureusement, elle n'avait qu'un sac rempli de vêtement légers, parce qu'elle s'était sentie trop faible pour emporter quoi que ce soit d'embarrassant la veille en faisant ses bagages.

Le taxi la déposa devant la maison de sa cousine et elle laissa bien plus d'argent que nécessaire, impatiente de trouver un endroit pour s'étendre… ou pour prendre une douche froide. Son corps en entier bouillait, elle se sentait fiévreuse, en sueur et étourdie.

Elle ouvrit la porte laissée débarrée. Elle entra, déposa son sac mollement et avança dans le portique et continua jusqu'au salon.

Comme abattus par la chaleur, House était assis sur le divan les yeux fermés, Cuddy reposait sa tête sur ses genoux, allongée. Rachel dormait dans son parc à quelques mètres.

Tiens, se dit-elle, il n'a pas l'air d'avoir mal et pourtant, elle a la tête sur sa blessure.

Mais elle ne fit aucun mouvement. Elle resta figée entre le portique et le salon. Elle sentait que son corps devenait du béton qui coulait dans le plancher.

House sentit une présence et ouvrit les yeux. Sara. Cinq secondes avant une crise.

- Sara, demanda-t-il.

Cuddy ouvrit les yeux et vit tout de suite que quelque chose allait mal. Elle se précipita sur sa cousine qui venait d'entrer.

- Sara !

Elle ne bougea pas, mais regarda sa cousine dans les yeux.

- J'ai chaud, murmura-t-elle.

Elle avait le visage pâle et les quelques mèches rebelles de ses cheveux ramassés en chignons collaient sur son visage. Ses vêtements étaient complètement trempés. Cuddy plaça ses mains sur son visage en sachant pertinemment ce qu'elle allait sentir :

- Elle est brûlante ! cria-t-elle.

House avait déjà ouvert la douche à la température la plus froide possible. Sara tomba en convulsion, mais ils risquèrent quand même de la transporter sous la douche froide. Cuddy entreprit de tenir la tête de sa cousine pour éviter qu'elle ne se blesse. Les convulsions cessèrent rapidement, mais House appela l'ambulance.

Les ambulanciers arrivèrent rapidement.

- Va avec elle, dit House en voyant que Cuddy se concentrait également sur Rachel, je m'occupe de rappeler la petite voisine qu'on vient de renvoyer pour qu'elle garde. Si elle refuse, je lui propose le double.

- Le triple, peu importe.

Elle lui offrit un regard reconnaissant.

- Merci.

Il ne dit rien.

- On peut y aller, pressa l'ambulancier.

- Oui, oui.

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Foreman observait Thirteen. Elle lisait, levait la tête, griffonnait quelque chose, puis se concentrait de nouveau. Quelque chose n'allait pas bien. Il ne pouvait pas dire quoi.

Peut-être pensait-elle au fait qu'elle mourrait avant tous les autres. La maladie d'Huntington. C'était ce qui la condamnait chaque jour de sa vie.

Mais Foreman sentait qu'il y avait autre chose. Quelque chose qu'elle cachait.

- Hey ! cria Kutner en entrant dans le bureau, Cuddy vient de rentrer à l'hôpital !

Tous deux regardèrent le médecin d'un air inquiet, croyant qu'elle avait eu des complications au niveau de sa tête. Kutner compris ce qu'il avait oublié de dire :

- Avec sa cousine. Sara est en hyperthermie. Elle vient d'être admise à l'urgence.

- Sara est revenue ?

- On dirait !

Les deux docteurs se levèrent et entreprirent de se rendre aux urgences.

Cuddy, au côté de sa cousine, donnait des ordres aux docteurs et infirmières qui tentait de stabiliser Sara. Le docteur en charge des urgences pendant que Cameron dirigeait l'avait laissé faire sans riposter, malgré qu'elle n'aille pas le droit.

House arriva avant tous les autres médecins curieux de son département et écarta le personnel. Il lança au chef des urgences :

- Vous, imbécile, qu'est-ce que vous faites ?

- Je…

- Vous laissez une femme médecin s'occuper d'une personne de sa famille… déontologie, ça ne vous dit rien ?

- Mais…

- House, je reste ici ! s'énerva Cuddy.

- Non, vous partez !

House, ça ne vous concerne pas.

Il saisit son bras et la regarda dans les yeux.

- Vous sortez de cette salle. Vous êtes administratrice. Vous n'êtes pas la meilleure personne pour vous occuper d'elle. Et elle a visiblement une infection, c'est mon domaine.

Elle le défia du regard, défit son bras de son emprise et dit :

- Je reste ici et si vous me défiez encore une fois, je vous vire.

La tension dans l'air était si intense que les infirmières se sentaient électrocutées et n'osaient plus faire un mouvement. House ne broncha pas, Cuddy non plus. On aurait dit qu'ils s'apprêtaient à se livrer combat.

- C'est vous qui allez perdre votre emploi si vous vous entêtez à la soigner, fit-il remarquer sèchement.

- Hey…

Sara venait de parler faiblement. Le froid lui avait visiblement fait du bien.

- Allez-vous vous sauter à la gorge ? demanda-t-elle, J'aimerais beaucoup voir ça, je crois que Cuddy pourrait gagner. Ses talons hauts sont une arme redoutable.

Celle-ci se tourna vers elle et lui sourit, soulagée. Elle lui prit la main, émue.

- Oh, je m'excuse, dit-elle.

- Non, continuez, fit Sara, ça m'amusait un peu.

House écrivit fièvre, convulsions, sueurs, paralysie sur son tableau blanc et se tourna vers son équipe, plus Cuddy et étrangement Wilson.

- Sans insulter personne, souligna Taub, c'est peut-être juste un coup de chaleur. Elle va mieux, non ?

- Dit l'ex-employé.

Taub soupira devant le manque de flexibilité de son patron.

- Ok, alors c'est probablement la malaria qu'elle a attrapé dans un voyage dont elle n'a pas voulu nous parler car « tout le monde ment ». C'est évident qu'elle est allée en Afrique et qu'elle nous l'a tous caché pour une raison obscure du genre « je suis allée m'y marier avec un inconnu ».

Les docteurs le toisèrent un instant, House sourit.

- Excellent, testez pour la Malaria. Quoi d'autre ?

Taub roula les yeux, sachant que ce ne serait pas la Malaria.

- Une infection ? Un streptocoque ? proposa Kutner.

- Quelles autres infections ?

- Il faudrait avoir un meilleur historique. Son dossier médical est quasiment vierge, relata Foreman.

- Elle fait des chutes de pression, dit Cuddy, elle dit qu'elle est suivit.

- Il… n'y a rien, constata Foreman en tournant les pages.

Cuddy prit le dossier et le constata d'elle-même.

- D'accord, je sais, elle a menti, souffla Cuddy.

- Elle a fait une chute de pression ? demanda House.

- Euh… elle s'est évanouie le jour avant son départ. Et… elle a fait plusieurs terreurs nocturnes.

- Hum.

Il ajouta les deux derniers éléments sur le tableau.

- Encore une fois, ajouta Taub, je ne vois pas vraiment quelle est la pertinence d'ajouter ça au tableau. Les terreurs nocturnes peuvent arriver à n'importe qui.

- Et si c'était de la narcolepsie ? proposa Foreman. Une forte émotion ou un grand coup de chaleur peuvent déclencher la paralysie musculaire en plein jour.

- Non, elle est restée debout et elle était capable de parler. Mais elle ne bougeait plus.

- Numéro Treize, vous êtes devenue muette ? demanda House.

Celle-ci se redressa et regarda son patron dans les yeux.

- Je propose de vérifier les sites d'infections poss…

Soudain, les pagers se mirent à sonner. Sara.

Foreman et Wilson entrèrent en premier dans la chambre. Elle était en détresse respiratoire, mais complètement endormie.

- Il faut l'intuber !

Wilson saisit les outils et ils tentèrent de passer le tube, mais quelque chose semblait bloquer.

- Quelque chose bloque ! fit Wilson.

- Il faut faire une trachéotomie !

- Non, on peut…

- Poussez-vous ! ordonna House.

Il assit Sara et se plaça derrière elle, pressa fortement contre son abdomen en remontant son poing fermé vers le haut. Il y eut un bruit désagréable de côté cassée, puis de crachat. Sara cracha quelque chose puis elle eut le réflexe d'inspirer et reprit conscience.

Foreman se pencha sur ce qui était sortit des voix respiratoire de la jeune femme.

- House, c'est une infection, dit-il en regardant le mucus verdâtre. Elle doit en avoir plein les poumons.

- Chouette.

Sara respirait avec difficulté et regardait autour d'elle, effrayée. Elle parla doucement :

- Il faut… mettre des gants, dit-elle en regardant les mains de House.

- Il n'y a pas encore de sang, fit-il remarquer.

- Spécialiste en maladie infectieuse et vous n'avez pas compris que les infections se transmettaient par les cuticules aussi ?

- S'il y a du sang. On te laisse la psychologie et on espère que tu es meilleure qu'en médecine.

Wilson toisa Sara un moment et baissa les yeux.

Après avoir demandé à Kutner, Foreman et Taub de faire des tests et à Thirteen de veiller sur Sara, House retourna dans son bureau, suivit par Cuddy et Wilson. Dès que la porte fut fermée, il cerna Wilson :

- Allez, dit-le.

Wilson sembla mal-à-l'aise. Cuddy ne comprit pas.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle.

- Allez, Wilson, si tu sais quelque chose d'important sur elle, c'est le moment de le dire.

- Hein !? Pourquoi Wilson saurait quelque chose d'important sur ma cousine ? demanda Cuddy.

Il eut un air coupable et Cuddy ouvrit de grands yeux, signe qu'elle venait de comprendre.

- C'est vous… c'est avec vous qu'elle est sortie l'autre soir !

Wilson ne dit rien, mais hocha la tête.

- Mais vous avez plus de quinze ans de différence ! s'écria Cuddy. Et c'est ma cousine !

- Bon, avant de régler les problèmes de famille, est-ce qu'on peut savoir ce que tu sais ?

- Mais d'abord, comment es-tu au courant ? questionna Wilson à House.

- 6e sens. Allez, dit !

- Non, non, non, il y a autre chose, comment tu as su ?

- Est-ce qu'on peut régler ça après !? Et puis, vingt-cinq ans, c'est plus que la majorité, dit-il en se tournant vers Cuddy, comme s'il venait de réaliser ce qu'elle avait dit. C'est assez pour avoir déjà des tattoos, des piercings, du sexe et des implants mammaires.

- Et ça ne vous concerne pas !

- Vous non plus, vous n'êtes pas sa mère !

Les trois docteurs continuèrent de crier pendant un instant, jusqu'à temps que Wilson ne dise :

- Elle croit qu'elle a le SIDA.

- Oh ! s'écria Cuddy choquée, Mais pourquoi elle vous a dit ça !?

- Avez-vous besoin d'un dessin, Révérante Mère Cuddy ? ironisa House

Il prit le téléphone pour avertir son équipe au labo de faire des tests aussi pour le SIDA. Wilson resta en silence un moment.

- Ce n'est pas vraiment le moment de se crier dessus je crois, déclara-t-il.

- Il n'y a jamais de bon moment pour ça, souligna House.

Cuddy haussa un sourcil, surprise. Il y eut un regard évocateur entre les deux. Wilson le saisit et il ouvrit de grands yeux.

- C'est parce que tu étais là… tu étais là quand je l'ai ramenée ce matin-là. Tu… vous étiez ensemble !

Wilson s'attendait à ce que son hypothèse farfelue soit infirmée. Mais aucun des deux ne broncha.

- Élémentaire mon cher Watson, commenta House.

Sur ce, il sortit de la pièce. Au bout d'un moment, Cuddy éclata en sanglot après ce qu'elle venait d'apprendre sur sa cousine et Wilson l'entoura d'un bras réconfortant.