Merci pour tous les commentaires ! Et désolée pour l'attente. Voici le nouveau chapitre !
Je sais ce que tu as
Cuddy s'était endormie sur la table de travail du bureau de House. Celui-ci la regardait depuis un moment.
Naturellement, ils avaient décidés de rester fidèles à leurs habitudes à l'hôpital : vouvoiement, sarcasmes, menaces. Wilson savait qu'ils avaient passé une nuit ensemble. Se doutait-il qu'en fait, il avait partagé le même plus d'une fois depuis ? Probablement. Et se doutait-il qu'ils commençaient à s'attacher vraiment ?
Eux-mêmes ne s'en doutaient pas vraiment.
Les stores étaient fermés. Il s'approcha de Cuddy et l'embrassa dans le cou. Celle-ci remua un peu et étira un faible sourire.
- Tu es fou, murmura-t-elle, tout le monde peut nous voir.
- Les stores sont fermés.
- La porte reste en vitre, je te signale.
Il lui sourit alors qu'elle se redressait.
- Tu devrais rentrer, dit-il, Sara est stable. Il est presque onze heures. La gardienne va finir par abandonner Rachel.
Cuddy approuva et ramassa son sac. Elle se mordit la lèvre et dit :
- Vient avec moi.
- Je… dois rester.
- Ils peuvent appeler. Je suis sûre que Wilson va rester à son chevet. Il a l'air plutôt attaché.
Il la considéra un instant et hocha. Il saisit ses propres affaires et la suivit à l'extérieur.
Quand ils arrivèrent à la maison, la gardienne s'était endormie sur le divan. Cuddy lui remit un chèque, la remercia chaleureusement et celle-ci ramassa son livre de mathématiques avant de quitter la demeure.
Ils ne perdirent pas un instant pour se rendre dans la chambre et se jeter dans les bras l'un de l'autre. Gregory saisit Lisa par la taille et la souleva, l'accota contre le mur. Réalisant que ses pieds ne touchaient plus le sol, elle souffla, entre deux baisers :
- Ta jambe…
- Je n'ai pas mal, dit-il.
- Tu n'as… ?
Mais elle ne put pas finir sa phrase.
Pendant la nuit, Gregory fut réveillé par Rachel qui pleurait. Il ouvrit les yeux. Lisa était blottie contre lui et elle dormait paisiblement. Il se leva tranquillement et se dirigea dans la chambre de Rachel… sans sa cane.
Elle se calma dès qu'elle sentit la présence. Celui-ci ne fit que s'accoter contre sa bassinette et lui présenta son doigt. Celle-ci le saisit avec ses petites mains et cessa de pleurer.
- Alors, Viking, on a peur du noir ?
Évidemment, Rachel ne répondit pas.
- Non, ça m'étonnerait. Tu voulais juste de l'attention. Tu es comme ta maman. Elle t'a bien appris. Ça fonctionne tu vois, j'accoure.
Il regarda sa jambe. Elle lui occasionnait encore des douleurs par moment, mais c'était de plus en plus tolérable.
Est-ce que ça signifiait plus de cane, plus de Vicodin ? Il ne pouvait pas encore savoir. Et il prenait encore ses Vicodin pour éviter de tomber en désintoxication rapide et douloureuse. Il se rappelait les mauvais moments passés lorsqu'il en avait été privé drastiquement.
Il sourit en reconnaissant la balle qui traînait près d'elle.
- Tu m'as volé ça, tu sais mademoiselle ?
Il sentit que Cuddy venait de s'accoter contre le cadre de porte. Il se retourna. Celle-ci s'approcha de lui.
- Ta jambe… c'est vrai alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il prit un moment pour répondre.
- Je ne sais pas. J'ai encore mal. Mais… moins.
Gregory House ne parlait définitivement pas beaucoup. Cuddy non plus d'ailleurs.
- Tu n'avais pas besoin de te lever, fit-elle remarquer.
- J'en avais envie, dit-il.
Le bébé s'était assis dans son berceau et jouait avec la balle grise et rouge. Elle le tendait régulièrement vers House qui la saisissait. Puis, elle la reprenait avec vigueur, comme si elle avait peur qu'il parte avec. Elle recommençait le manège, comme pour voir s'il allait s'enfuir avec sa précieuse balle… qui n'était pas vraiment à elle.
Cuddy sourit. Il se tourna vers elle, avec une drôle d'expression. Il semblait… paisible. Cuddy se mordit la lèvre inférieure. Elle savait que pour lui, se montrer ainsi, c'était aussi difficile que de se mettre à nu devant un amphithéâtre remplit d'étudiants immature et dévergondés qui auraient hurlés de rire.
Et même, il aurait probablement trouvé plus facile la deuxième option.
Elle s'approcha, le cœur cognant dans sa poitrine et lui saisit la main. Elle avait toujours peur qu'il ne fuie si le moment devenait trop tendre, comme s'il ne le supporterait pas. Elle appuya sa tête contre son épaule.
- Pourquoi pense-t-elle avoir le SIDA ? demanda-t-elle soudain, l'image de Sara lui revenant en tête.
- Ça pourrait être n'importe quoi… drogues, sexe… ou encore, si sa mère est infectée.
- On dirait qu'aucune hypothèse ne lui colle… remarque… je ne la connais pas beaucoup.
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Thirteen cogna discrètement dans le bureau de Cuddy/Cameron, pour le moment. Cameron lui fit signe d'entrer. Les deux se saluèrent poliment. Cameron resta assise derrière son bureau.
Thirteen se tortilla avant de dire :
- Je suis venue m'excuser pour l'autre jour. Je n'aurais pas dû.
- Ça va, répondit Cameron. Je ne m'en suis pas fait.
- Ok…
Thirteen tourna les talons.
- Numéro Treize, l'appela Cameron.
Celle-ci se figea.
- Allez-vous lui dire ? À Foreman ?
- Quoi, que je… que nous ? demanda-t-elle en se retournant, surprise.
- Non.
Cameron se leva et regarda Thirteen sévèrement.
- Vous êtes enceinte d'au moins trois mois. Si ce n'est plus.
Thirteen sentit son souffle se couper. Elle regarda Cameron avec de grands yeux. L'anxiété prit le dessus et elle dut s'asseoir.
- Il doit s'en douter, souffla-t-elle.
- Pourquoi le cacher ?
- Je… je ne veux pas d'enfants.
- Alors pourquoi vous n'avez pas…
- Avorté ? Je ne sais pas.
Elle soupira et prit son visage entre ses mains. Cameron s'était assise à côté d'elle. Thirteen retenait ses larmes. Elle se mordait les lèvres et tentait de calmer sa respiration. Cameron passa sa main dans son dos.
- Ça va aller, dit-elle.
- Je ne crois pas non. Je sais que je ne me ferai pas avorter. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis incapable. Peut-être parce que je sais que ce sera sûrement ma seule chance d'avoir un enfant. Foreman va… il va… je suis sûre qu'il va me laisser tomber.
- Quoi ? Non, il ne fera jamais ça.
- Vous croyez ?
Thirteen planta son regard dans celui de Cameron, comme pour tenter de déceler le fond de sa pensée.
- Il va paniquer, souffla Thirteen, il a peur de l'engagement. Il va avoir plein de peurs, du genre « Je vais être un mauvais père » ou « Elle va mourir quand le petit va avoir dix ans et je vais me retrouver seul avec »… Il va…
- Woo, du calme. Foreman a peut-être peur de l'engagement, mais il ne… il ne fera pas ça. Il est responsable.
La jeune femme ne répondit rien. Son beeper se mit à sonner. Sara.
- Je dois y aller.
Et elle sortit en courant.
Sara avait une pneumonie qui guérissait mal et qui semblait empirer malgré les médicaments. Médicaments qui rendaient Sara amorphe et faible. Quand elle arriva dans sa chambre, Sara était encore en train de s'étouffer. Thirteen dégagea ses bronches en l'aidant à se lever et à respirer mieux, à cracher dans le lavabo. Quand Sara se redressa, elle frissonna.
- C'est dégoûtant. Quand est-ce que je vais arrêter de faire ça ? On dirait une vache, dit-elle.
Thirteen ne pu s'empêcher de rire et aida Sara à se recoucher. Celle-ci retint la jeune docteure.
- Hey, l'autre là, Foreman, il est inquiet. Je l'ai entendu parler avec l'indien… Kutner ? Ils croyaient que je dormais. Tu devrais lui parler.
- Ok… merci. Euh, on t'a testé pour le SIDA, Sara. C'est négatif. Juste en passant.
Et elle sortit de la chambre, laissa Sara déstabilisée et soulagée.
Parler à Foreman. Parler… à Foreman. O.K.
Elle se dit que si elle ne le faisait pas maintenant, directement, elle ne le ferait jamais. Il fallait qu'elle se jette à l'eau avant d'hésiter trop et de rater son plongeon. Elle se dirigea rapidement vers le bureau. Foreman y était. Seul.
Elle ferma la porte derrière elle et dit d'un coup :
- Je suis enceinte.
Foreman s'étouffa. Il se redressa, paniqué, figé, et regarda Thirteen.
- De moi ? demanda-t-il livide (enfin, autant que sa peau pouvait perdre sa couleur)
- Oui, affirma-t-elle.
Il y eut un grand silence, terrible et pesant.
- Combien de mois ?
- 3 mois et demi.
Nouveau vide. Foreman regarda le sol et se perdit dans ses pensées.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Garder l'enfant… je crois que… je vais le garder. Je ne voulais pas d'enfants. Mais il est là et on dirait… je ne veux pas m'en débarrasser.
- C'est un peu… illogique, répondit-il.
- Je sais.
Il la regarda, terrorisé parce qu'il allait annoncer et dit :
- Désolé, je ne peux pas. Je ne peux vraiment pas.
Et il sortit de la pièce, laissant Thirteen seule. Elle resta sans bouger un moment dans le local. Ses yeux se remplirent de larmes et elle s'écroula sur une chaise, enfouit son visage dans ses bras et se mit à pleurer.
House arriva quelques minutes après. Quand il ouvrit la porte, il haussa un sourcil en voyant que Thirteen pleurait sur la table de conférence sans gêne.
- Vous essayez de noyer ma table ? J'y tiens à cette table !
Pas de réponse, ni de mouvement. House soupira.
- Bon, allez ! Vous allez vous en trouver un autre. Foreman doit être ennuyeux à mourir, il n'a jamais rien à dire !
- Je… suis… enceinte, bafouilla-t-elle à travers ses larmes.
House resta immobile un moment, sans réponse. Il s'assit à côté d'elle et la regarda. Thirteen s'était redressée, mouchée, mais continuait à pleurer.
- Un petit bâtard, déclara-t-il. Les enfants mulâtres sont plus robustes.
- Il… il ne veut pas… il ne va pas le reconnaître, murmura-t-elle.
- Foreman est ennuyeux, mais il n'est pas…
- Je lui ai dit, House, expliqua-t-elle plus calme, il s'est juste… éclipsé.
House prit un instant pour réfléchir.
- C'est correct. Il va revenir. Moi aussi, je m'éclipserais. Mais la différence, c'est que moi, je ne reviendrais pas. Lui, il va revenir.
Thirteen regarda House un moment, confuse. Est-ce qu'il était vraiment en train de la… consoler ? La rassurer ? Elle attendit un moment la remarque sarcastique, le commentaire négatif. Il sembla le remarquer.
- Quoi !? Voulez-vous vraiment que je vous insulte ? Je peux le faire si vous y tenez !
- Non, non. Merci.
House se releva et saisit sa cane.
- Bon, ce n'est pas que ça ne m'intéresse pas, mais… ça ne m'intéresse pas. Alors, je reviendrai ici quand vous aurez fini de noyer ma table. Si vous pouviez noyer nos dossiers aussi, ce serait pas mal.
Sur ce, il sortit de la pièce. Il se dirigea vers la chambre de Sara. Wilson et Cuddy y étaient déjà quand il y entra.
Wilson semblait vraiment affecté.
- Alors, comment va future ex Wilson numéro 8 ?
Il fut dévisagé par Wilson et Cuddy. Sara dormait.
- Ce n'est pas drôle, décréta Wilson.
- Bien sûr que si. Je peux me venger de toutes ces fois où tu m'as fait la morale.
- Son état empire, coupa Cuddy, ses voix respiratoires supérieures sont infectées. Les antibiotiques n'ont pas pris. On craint que l'infection n'atteigne bientôt le cerveau… et si c'est le cas…
- Elle sera légume, résuma House.
Il y eut un silence lourd. Les yeux fixés sur Sara, plus personne ne bougeait. Et puis, d'un coup, Sara ouvrit ses yeux en sursaut, la respiration haletante.
- Ça va, qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Cuddy.
Sara était toujours en sueur, fiévreuse depuis son arrivée à l'hôpital.
Elle se sentait agacée. Elle regarda autour d'elle, mais ne reconnu pas l'endroit. Elle eut envie d'enlever les tubes reliés à ses veines. Elle ne reconnu pas non plus les gens près d'elle. Puis, elle commença à se sentir paniquée et hautement inconfortable. Elle voulait que ça s'arrête.
- J'ai chaud, dit-elle, j'ai chaud… Où suis-je ?
- À l'hôpital, Sara.
- Où ? Non. Qu'est-ce que vous me voulez ? Reculez !
D'un geste frénétique, elle arracha les aiguilles de son soluté, son moniteur cardiaque et le tube dans son nez et fut debout en moins de deux, avant qu'aucun médecin ne puisse l'arrêter.
- Dégagez !
Les trois médecins se regardèrent. Soit la fièvre lui donnait des hallucinations ou des délires, soit l'infection venait d'atteindre le cerveau.
- Dégagez ! hurla-t-elle.
Elle empoigna une seringue au hasard et les menaça. Aucun docteur ne bougea. Elle avait empoigné un anti douleur, alors peu importe si elle les piquait.
- Je rentre chez moi, je n'ai rien à faire ici, sortez d'ici, je sors d'ici !
- Sara, nous sommes là pour te soigner…
- Menteuse ! Menteuse ! Recule ! paniqua-t-elle en voyant Cuddy s'approcher.
- Ok, Sara, dépose la seringue et…
D'un geste brusque, la jeune fille fonça vers sa cousine et l'empoigna par la taille. Sara planta la seringue dans le cou de Cuddy et enfonça le piston avant de s'enfuir par la brèche ouverte par les deux docteurs qui se précipitaient vers Cuddy.
House se tourna vers Wilson et dit :
- Suis-la ! Je m'occupe d'elle.
Et alors que Wilson sortait en courant de la chambre, Cuddy enlevait la seringue planté dans son cou et elle déglutit difficilement.
- Ça va. Je vais peut-être être gelée, mais elle ne m'a pas blessée. Elle l'a enfoncée entre mon épaule et mon cou… ça va. Il faut la suivre.
Les deux docteurs partirent également à la poursuite de la jeune fille. Celle-ci montait vers le toit. Cuddy demanda à deux gardiens de sécurité de les suivre et quelques curieux suivirent la course qui déboucha sur le toit de l'hôpital.
Quand ils arrivèrent sur le toit, ils figèrent. Wilson était resté à quelques mètres de Sara qui menaçait de se laisser tomber du toit, les bras en croix, le dos vers le vide. Cuddy et House restèrent à la même place que Wilson, de peur que la proximité ne la fasse sauter.
- N'approchez pas !
Sara avait chaud. Le monde tournait autour d'elle. Elle ne reconnaissait pas les gens. Elle ne les reconnaissait pas et se sentait pourtant convaincue qu'il lui voulait du mal. Si elle sautait, ils ne pourraient plus rien. Elle s'envolerait.
House savait qu'il n'y avait plus rien de logique dans l'esprit de Sara. Il fallait trouver une tactique.
Soudain, elle sembla se calmer.
- Je sais qui vous êtes, dit-elle avec un air suspicieux, mais je ne vous fait pas confiance. Vous êtes des docteurs.
- Oui, confirma Wilson, et on est là pour t'aider…
- Mon œil ! Ouais, m'aider ! C'est n'importe quoi ! Vous les médecins, vous vous prenez pour des Dieux ! Et tous ces pauvres gens dans la rue vous prennent pour des Dieux ! Vous vous croyez tout permis ! Essayer toutes sortes de médicaments pour nous « guérir » alors qu'on est même pas malade !
Ses yeux se fixèrent sur House.
- Surtout vous ! Vous !
Elle le pointait, rageuse, comme si son état empirait.
- Vous traitez les patients comme des animaux !
- Je traite les gens comme des animaux, corrigea-t-il, même mes parents.
Elle sembla troublée un moment, mais elle reprit tout de même :
- Vous ne savez pas ce que j'ai ! Vous n'avez même pas pris la peine de poser des questions ! Vous croyez que la réponse va sortir de votre esprit d'un coup, parce que vous croyez que vous êtes supérieur ! Et pire encore ! Les autres aussi croient que vous êtes supérieurs ! Surtout elle !
Elle pointa évidemment sa cousine. Bonne nouvelle, par contre, dans sa colère, elle s'était rapprochée du groupe. Elle devenait de plus en plus rouge et haletante. Le groupe, incluant les gardes de sécurité et les curieux montés sur le toit, craignait qu'elle ne s'évanouisse et qu'elle ne tombe du toit.
Elle reprit :
- Elle ! Comment est-ce qu'une femme forte, indépendante, qui symbolise le pouvoir peut se laisser attraper par le cliché du prince charmant qui sauve une demoiselle en détresse. En détresse ! Comment ça, tu étais en détresse de toute façon ? D'où il sortait l'autre imbécile ? Et l'autre, là, le con qui se prend pour un être supérieur, qu'est-ce qu'il faisait dans le parking à ce moment là ?
- Mais je suis supérieur.
- Ah !
Elle s'approcha de lui, comme pour le frapper et il en profita pour saisir son poignet. Elle figea.
- Je sais ce que tu as.
Elle ferma alors les yeux et s'évanouit, épuisée.
