Résumé:

Progrès, révélations, et les choses évoluent.

Notes:

AVERTISSEMENTS EN CE QUI CONCERNE LE DERNIER PARAGRAPHE. Descriptions de violence, de torture, et une brève mention d'usage de drogues. Ce sont juste des réflexions mentales, elles ne sont pas réellement représentées dans la scène, mais si ce genre de choses vous gêne, je vous recommande de sauter ce passage et de juste lire les trois dernière lignes de texte avant les notes de fin.


Au fil des ans, les noms par lesquels on l'avait appelé s'étaient fait innombrables et les façons dont chacun de ces noms était prononcé, plus nombreuses encore. Il y avait des intonations qu'il préférait nettement, entendre des femmes - et aussi certains hommes dont il tairait le nom - gémir son nom faisait partie des choses qu'il adorait, tandis que d'autres figuraient en bonne place sur la liste des « façons dont je ne veux plus jamais qu'on m'appelle ». Pepper Potts cumulait le plus de points sur cette dernière liste.

Voici le numéro cinq sur ladite liste.

« Toi- »

« Mmh. » Tony se crispa sur sa chaise au son des talons de Pepper arpentant le sol de ciment. « Ne nous étions-nous pas mis d'accord, pas de colère dans mon atelier ? »

« Que diable est ceci ? » Elle tendit son téléphone à un Tony occupé à reculer.

« Pep, je soigne mes blessures, là ! » Il exhiba un poignet, un biceps et un avant-bras enroulés dans des bandes de gaze blanche pour appuyer son argumentation, mais Pepper leur jeta à peine un regard. Même Bruce tenta de se mettre en retrait.

« Je vais te donner plus de blessures à soigner ! Je t'ai vu voler droit à travers ce portail, j'ai appris par d'autres que tu avais survécu, et deux jours après, tu n'as même pas la décence de m'appeler ! Au lieu de ça tu m'as envoyé un texto ; non, en fait, tu as dit à JARVIS de m'envoyer un texto disant que Loki était désormais loin de notre planète et que je pouvais revenir à la tour en toute sécurité ».

« Je t'ai appelée ! Je t'ai appelée pendant le vol ! »

« En route vers le portail ! J'étais occupée à te regarder risquer ta vie, Tony !" »

« Oui, tu étais occupée à regarder alors que j'essayais de t'appeler ! On ne peut pas tout me reprocher. »

« Oh, je crois que si. Deux jours, Tony. Tu ne pouvais pas trouver un moment pour m'appeler, alors ? »

« J'étais occupé. » Il lui renvoya ses propres mots et le regard noir qu'il reçut en retour fut payant. Pepper n'avait jamais hésité à montrer ses émotions ou sa colère, son visage montrait toujours clairement quand les piques de Tony atteignaient leur cible.

« À quoi pensais-tu ? »

« Je pensais à combien de temps il t'avait fallu pour répondre à ce putain de téléphone. »

«Tony- » Sa voix contenait une mise en garde mais Tony l'ignora.

« J'essayais d'arrêter une invasion extraterrestre et d'empêcher notre propre agence de renseignement de faire sauter Manhattan, Pepper. Après avoir failli mourir, j'ai passé tout le temps où j'étais conscient avec Selvig et Bruce à tenter de garder lesdits extraterrestres loin de notre planète. En gros, j'ai été très occupé. Que veux-tu que je te dise d'autre ? »

« Me dire que tu es désolé de m'avoir ignorée ces derniers jours serait un bon début. »

Il y eut un silence éloquent pendant lequel Tony dût passer en revue ses options et réagir en conséquence. Il pouvait tenter de sauver sa relation avec Pepper maintenant ou il pouvait envisager les choses à plus long terme. « Non. » Au temps pour leur relation, alors. « Je ne m'excuserai pas. Je ne peux pas faire cela. »

« Quoi ? » Les joues rouges ne lui allaient pas, mais cela rendrait la suite beaucoup plus facile.

« Nous pouvons bien jouer au papa et à la maman mais je ne cesserai jamais d'être l'idiot qui va faire passer des bombes nucléaires à travers des portails, faire le tour du monde pour lutter contre le crime dans une armure bourrée à ras bord d'explosifs, et qui ne rentrera pas dans le moule dont tu rêves pour m'installer et fonder une famille. Je ne pourrais jamais rentrer là-dedans. »

« Quoi, tu romps avec moi, là ? »

« Mieux vaut tard que jamais. Désolé, Pep. »

« Tu t'excuses pour ça, mais pas pour avoir failli mourir. »

« J'ai failli mourir de nombreuses fois. Je ne suis toujours pas mort. »

Elle le fusilla encore du regard. « Vas-tu aussi me renvoyer ? »

« Bien sûr que non. Tu es un trop bon PDG. » Lorsque le temps serait venu, récupérer le titre ne poserait pas problème, mais il était plus facile de laisser Pepper gérer toutes les affaires pour le moment. « Voulais-tu démissionner ? »

« J'ai trop investi dans cette entreprise pour démissionner », dit-elle sévèrement, offusquée qu'il puisse l'envisager.

« Bon. Alors, nous cessons toute relation charnelle. Retour à notre précédente relation. » Pas que leur précédente relation était beaucoup mieux. Au moins maintenant il cesserait de se poser des questions sur sa relation avec Pepper. Cela ne l'avait pas non plus aidé que, chaque fois qu'il pensait au sexe, plutôt que les courbes délicates de Pepper, les images qui surgissaient étaient celles d'une paire d'yeux verts et d'une armure de cuir. Il reconnaissait que ce serait le genre d'erreur pour laquelle même lui n'avait pas les couilles.

Pepper se retrancha derrière un professionnalisme forcé et hocha fermement la tête fermement. « Si nous en avons terminé, Monsieur Stark, je vais prendre congé. » Cette conversation n'était évidemment pas terminée, mais il voyait bien que Pepper avait besoin d'un peu de temps pour rassembler plus d'armes contre lui.

« Ce sera tout, Miss Potts. » Tony revint au gantelet sur lequel il travaillait et resta ainsi jusqu'à ce que les bruits de pas s'estompent derrière la porte.

« Tu as un don pour titiller les tigres, hein ? », demanda Bruce et Tony sourit intérieurement.

« Je n'aime pas attendre que l'inévitable se produise. Si je peux en finir tout de suite, alors je le fais. »

« Les gens vont commencer à t'accuser de tendances suicidaires. »

« Euh, on dit « tendances auto-destructrices », merci beaucoup, c'est trop tard. Pour être honnête, j'étais vraiment en train de mourir à l'époque. »

Bruce l'interrogea silencieusement du regard et Tony haussa nonchalamment les épaules. « C'est une longue histoire. Sur l'ancien », il tapota le réacteur, « le palladium m'empoisonnait. J'ai réparé ça. »

« Tu avais mis du palladium dans ton réacteur Ark ? Tu savais que le palladium était mortel, quand même ? » Seul Bruce pouvait dire cela sans que cela ne sonne comme une insulte. Et Tony ne voyait pas les choses de cette façon.

« J'ai utilisé ce que j'ai trouvé parmi les matériaux qu'un groupe terroriste afghan m'avait fourni dans ma grotte. Quoi qu'il en soit, c'est fini et j'en ai eu un nouveau qui n'est pas en train de me tuer. Fin de la discussion. » Il contracta la main dans le gant pour tester le temps de réaction, JARVIS l'analysa et afficha les résultats sur l'écran holographique devant le visage de Tony. C'était parfait, mais ce n'était pas aussi réconfortant pour Tony que cela aurait dû l'être. Il avait besoin de beaucoup plus d'armures et il avait besoin de ne pas avoir à les contrôler tous une par une. Mieux valait une armée qu'un seul homme dans une armure. Si l'une d'entre elles déconnait, un autre la remplacerait, prête à voler.

« Que dirais-tu de te lancer dans la construction d'armures, Doc ? », demanda Tony à Bruce.

xXx

Pepper essaya de revenir et de finir leur discussion à deux reprises. À la troisième tentative, Tony révoqua son accès à la Tour Stark, mais cela n'empêcha pas cinq autres tentatives et, même si elle ne pouvait accéder à la tour, elle fit passer sa colère par JARVIS, et exigea que l'IA répète tout mot pour mot. Tony utilisa la commande de volume comme jamais il ne l'avait fait depuis la mise en service de JARVIS. Même s'il en avait eu le temps, il ne se serait pas senti coupable de mettre fin à tout ça comme il le faisait.

Quand il n'était pas obligé de sortir en public pour aider à nettoyer les dégâts causés par Loki à New York, Tony se polarisait radicalement sur la construction d'armures supplémentaires. Une distraction salutaire pour sa santé d'esprit, trop de choses luttant l'une contre l'autre pour prendre le contrôle de ses émotions. Travailler sur les armures - oui, mettons lourdement l'accent sur le pluriel - devint un emploi à temps plein pour Tony, qui commença à passer des journées entières dans son laboratoire, s'endormant là où sa tête tombait, et ne lui laissant que peu de motivation pour mettre un pied hors de la Tour. Bruce ne fut pas d'une grande aide tant son domaine de science était différent. Lorsque le bon médecin ne fut plus d'aucune utilité, Tony subit toute la pression et Bruce retourna à ses propres expériences.

Les jours devinrent des semaines.

Les semaines s'écoulaient sans aucune nouvelle d'Asgard, de Loki, ou de quoi que ce soit concernant le sort réservé au dieu du mal.

Quand Tony s'autorisait à y penser, le silence et l'absence de nouvelles l'inquiétaient. S'inquiéter le fit travailler trois fois plus dur sur ses armures qui avançaient beaucoup trop lentement à son goût. Bruce se pointait plus souvent - ou peut-être le temps passait-il plus rapidement - pour faire manger quelque chose à Tony ou lui apporter du café, ledit café étant toujours accueilli avec enthousiasme et une fois, par une bise sur la joue, suivie par la promesse de ne jamais refaire ça. Généralement, Tony se remettait tout de suite au travail, mais de temps en temps, il s'arrêtait pour savourer la caféine et Bruce parvenait à lui parler avant que l'état d'esprit toujours plus fataliste de Tony ne resurgisse et qu'il ne se plonge à nouveau dans les pièces détachées, les munitions et la création de plus de réacteurs Ark miniatures. Tony n'était pas vraiment sûr de savoir à quelle fréquence le médecin passait, si c'était une fois par jour ou plus fréquemment, mais vu qu'il portait des vêtements différents à chaque fois, ce ne devait pas être si souvent, apparemment.

« Tu sais, de plus en plus souvent, je m'inquiète au sujet d'une possibilité de technophilie », confia Bruce avant que Tony ne grogne dans sa tasse et lève les yeux vers le médecin. Au moins Bruce avait-il suivi les conseils de Tony en matière de mode, arborant l'une des chemises à boutons d'ivoire de Tony et un pantalon gris foncé. Pas le comble du chic, mais il allait probablement bientôt retourner au laboratoire, donc il était plutôt classe, tout bien considéré.

« Je suis passé par là », ironisa sèchement Tony, grimaçant un peu devant l'amertume du café qui lui remontait le long du nez. « Quel ingénieur n'a pas regardé un jour une de ses créations en se demandant s'il serait difficile d'y fixer un vibro et de programmer un petit truc vite fait ? »

« Je ne peux pas dire que j'y ai pensé. » Le scientifique avala tranquillement une gorgée de sa tasse, un thé léger apparemment.

« Tu devrais t'amuser, très cher. »

« C'est mauvais pour ma tension artérielle. Si ma fréquence cardiaque augmente, j'explose. »

Tony inclina la tête et baissa le menton pour adresser à Bruce un regard disant « Tu es sérieux, là ? ». « As-tu explosé une seule fois pendant le mois que tu as passé ici ? »

« Trois mois » le corrigea l'autre.

« Encore mieux. Trois mois et rien. Non que je me soucie de ta sécurité. Mais il y a eu quelques accrochages très intéressants avec une armure ou deux. »

« Ouais, le Mark VIII n'a pas semblé apprécier que je vienne dans ta chambre quand tu dormais, j'ai bien remarqué. » Un autre sourire, qui n'était pas né d'un amusement sincère, mais d'un humour feint longuement pratiqué, apparut sur le visage de Bruce à ce souvenir. C'était la première fois depuis la bataille de New York que l'autre gars avait presque fait une apparition. Il avait fallu le quasi démantèlement du Mark VIII juste pour que les yeux de Bruce redeviennent marrons.

Point positif, le protocole de l'armure destiné à protéger Tony pendant qu'il dormait fonctionnait à merveille.

« Donc, tout le mérite te revient intégralement. Grands dieux, Bruce, l'Autre t'obéit. Serais-je en vie si l'Autre ne m'avait pas rattrapé ? » Même si Tony était inconscient à ce moment, il avait entendu les autres raconter les faits. « Cela ne ressemble pas à quelque chose qu'il fait habituellement, non ? C'était toi qui le contrôlais, et non l'inverse. »

Il reposa la tasse pour attraper un tournevis et le pointa sur Bruce. « Je maintiens ce que j'ai dit. Tu devrais te la jouer un peu plus. Après New York, tu es devenu un foutu grand héros. Les enfants s'appliquent de la peinture verte, portent de faux poings et grognent, voulant être comme toi. Tu es un modèle et les enfants auraient pu choisir pire qu'un scientifique prodigue qui a sauvé quelques villes et abattu trop de méchants pour les compter. »

« Si je dis que je te crois, tu arrêteras avec tes discours d'encouragement ? » L'exaspération se réfléchissait dans l'expression de Bruce, mais il y avait de l'amusement dans son sourire étrange et dans ses yeux.

« On verra. »

« Je vais retourner à mon laboratoire. » Le laboratoire de Tony, en fait, mais l'un des espaces de travail avait été réaménagé pour Bruce et, par simplification de langage, passait maintenant pour sien par, vu le temps passé entre ses murs. Il avait beau beaucoup apprécier Bruce, Tony avait besoin de son propre espace pour travailler. C'était presque dommage d'avoir sauté aussi vite sur l'idée d'avoir le Tesseract et Loki à ses côtés et que, tout aussi rapidement, cela lui avait été arraché. Maintenant, tous ces plans étaient mis au rancart et il devait en trouver un nouveau, en plus d'avoir à éviter le SHIELD et de faire en sorte que Bruce ne sache rien. Pression ? Quelle pression ?

« Bonne nuit, Tony », dit Bruce en se retournant.

« C'est la nuit ? » Une véritable confusion s'empara de lui et il regarda au-delà des machines bloquant les fenêtres pour voir la lune briller entre les immeubles. « Hein. Voyez-vous ça. 'Soir, Doc. »

Une autre salutation muette et Bruce sortit, fermant la porte et laissant Tony livré à lui-même une fois de plus. « Jarvis, continue à lire pour moi. »

« Nous avons fini de passer en revue toutes les références à « Loki », « Lopt » ou « Loptr » dans l'Edda poétique, monsieur. La prochaine mention d'un pseudonyme supposé est dans la Gylfaginning de l'Edda en prose. »

« Très bien, alors lis-moi mon histoire du soir. »

« Dans le chapitre vingt, il est fait référence à Loki comme un calomniateur et le fils d'un Jotunn. »

« C'est plus une idée générale qu'une histoire, mais bon. » Les mots le saisirent. « Attends, Jotunn, tu dis ? Les géants de glace ? »

« Son père est un géant de glace, mais la race de sa mère n'est pas précisée ou l'information s'est perdue dans la traduction », répondit Jarvis. « Il est possible que Loki ne soit qu'à moitié Jotunn, considérant son ossature plus légère et sa capacité à ressembler à un Asgardien. Thor a insinué qu'Odin a recueilli Loki quand il n'était qu'un enfant. Comme il était issu d'une race détestée, il y a une forte probabilité que Loki n'ait pas été mis au courant de ce fait jusqu'à une date assez récente. »

« Élevé par des menteurs, apprendre des meilleurs. »

« On pourrait dire la même chose de vous, monsieur. »

Bon, l'insolence était une chose, mais comparer Tony à une créature homicide d'un autre royaume ? Pas génial. « Pourquoi cette pique soudaine, J ? »

« J'exprime simplement une opinion. L'opinion publique et les contes ne racontent pas toujours toute l'histoire. La magie, qu'elle soit employée à bon ou mauvais escient, était autrefois considérée comme une supercherie et un péché. Je suppose que Loki s'est tout simplement glissé dans le rôle qui lui avait été attribué de toute éternité. »

« Prophétie auto-réalisatrice. »

« Pour parler succinctement. »

« Ouais. ». Il prit une autre gorgée de café, silencieux alors que les mots restaient en suspens dans l'air et s'imprimaient dans l'esprit de Tony. « Une quelconque activité sur l'un des sites du Bifröst ? »

« Thor est apparu seul mais est reparti depuis quelques heures. Aucune signature d'énergie correspondant à Loki n'a été enregistrée à quelque endroit du globe jusqu'à présent. »

« Quelques semaines, mon cul. C'est un bon menteur. » Tony soupira et retourna à l'armure. « Garde un œil là-dessus, d'accord ? Fais-le moi savoir dès que quelque chose se passe. »

« Bien sûr. »

Cela ne faisait que quelques jours - ou peut-être que cela faisait plus après tout ? - que la curiosité l'avait emporté et il avait chargé JARVIS de rechercher chaque ressource fiable mentionnant Loki. Si le dieu revenait vraiment, ce n'était pas une mauvaise idée de se préparer au pire et il y avait une incroyablement forte probabilité que, si par malchance Loki revenait, il voudrait exercer sa vengeance sur Tony pour l'avoir expédié au loin avec Thor. Si Loki l'avait voulu, Tony serait mort. Loki avait montré qu'il n'avait aucun scrupule à assassiner quand il le voulait et qui il voulait.

Excepté pour Coulson.

Coulson avait en quelque sorte survécu et Tony n'avait pas encore compris comment, il avait juste éventé le secret grâce à la puce toujours présente dans les systèmes du SHIELD. Aussi singulier que ce soit, avoir pu pirater le SHIELD comptait parmi les plus belles réussites de Tony et il devait remercier Loki pour cela. Le bâtard. Espérons qu'il n'aurait jamais à l'admettre à haute voix. Espérons qu'un dieu homicide ne se pointerait pas pour le tuer, non plus. Ce serait bien. En toute honnêteté, Tony aurait préféré avoir la force de Loki de son côté.

Tony eut un bâillement importun qu'il cacha derrière sa main d'une main. « JARVIS, depuis combien de temps suis-je réveillé ? »

« Vingt-huit heures. Et encore, vous n'avez dormi que quatre heures avant que des cauchemars n'aient perturbé votre sommeil. Je dirais que ça fait beaucoup plus longtemps que vous n'avez pas dormi une nuit complète. »

« Depuis mon dernier KO à base de comprimés d'antidouleurs ? »

« Pas la voie la plus saine, mais ce fut la première et la dernière fois en quelques semaines que vous avez dormi huit heures d'affilée. »

Emprunter la même voie serait beaucoup plus facile maintenant, Tony avait carburé au café, aux boissons énergisantes, et à l'adrénaline depuis un moment, mais cinq secondes après que ses yeux se soient posés sur le flacon orange de comprimés, Loki lui revint à l'esprit. Loki faisait ça souvent ces derniers temps. Et dès qu'il faisait une apparition dans les pensées de Tony, le SHIELD en faisait de même. Ce n'était qu'une question de temps avant que Fury et sa bande ne finissent par comprendre et Tony aurait besoin d'une armée pour les garder à distance. Pénétrer les fichiers du SHIELD l'exposait beaucoup plus que ce qu'il pensait et il ne serait pas facile de les défaire, même avec une armée d'armures.

Le sommeil pouvait attendre. Des tâches plus urgentes attendaient.

xXx

Après les noms impersonnels des Mark de I à VIII, ces armures autonomes méritaient quelque chose ayant un peu plus de style. Avant que chaque armure soit terminée, Tony donna à chacune d'entre elles un nom bien à elles, parfaitement approprié à leur apparence. Ce fut avec une grande fierté que Tony se redressa et les déclara quasiment achevées, à part quelques ajouts mineurs ici et là nécessaires à leur fonctionnement. Cela lui avait pris pas mal de temps, mais chaque armure était équipée de deux douzaines de protocoles et de dispositifs de sécurité intégrés pouvant être activés par une phrase de code que lui seul connaissait. Valait mieux se montrer trop prudent en ce moment, et il voulait s'assurer que ces armures ne puissent être utilisées que par lui et lui seul. Même Rhodey figurait sur la liste d'interdiction de vol pour ces beautés.

Il suffit d'un seul appel de sa personne la moins préférée sur la planète pour mettre fin aux réjouissances. Nick Fury avait le super pouvoir de tomber au mauvais moment et d'emmerder Tony au plus haut point.

« Stark, nous avons besoin de votre avis sur un projet à la base. »

« Pourquoi moi ? Je suis occupé. Revenez pendant les heures de consultation. »

« On est jeudi, Stark. » Fury semblait avoir à peu près autant de patience pour Tony que Tony en avait pour Fury. « L'entêtement est votre seule excuse et elle n'est pas valable. Ramenez vos fesses par ici. Une voiture vous attend en bas de chez vous avec deux agents qui se feront un plaisir de vous sortir de votre tour si vous n'êtes pas descendu dans quinze minutes. »

« Ça a l'air charmant. »

« Vous n'avez pas le choix, Stark. Dehors. Dans quinze minutes. »

Il raccrocha et Tony soupira. « J, passe-moi le laboratoire de Bruce. »

Il y eut quelques secondes de silence avant que la voix de Bruce ne retentisse dans l'interphone. « Quelque chose ne va pas, Tony ? »

« Un appel du SHIELD. Je n'ai pas assez confiance assez pour y aller seul. Tu m'accompagnes ? »

« Fury t'adresse toujours la parole après que tu as piraté leurs fichiers sur l'héliporteur ? » Et ils ne savent même pas le tiers de ce que j'ai fait d'autre à leurs dossiers. « Il doit être assez désespéré pour demander ton aide. »

« Ouais, c'est foutrement suspect et Fury est plus fuyant que jamais. Alors tu veux bien venir ? Une voiture attend dehors. »

« Je te rejoins dans le hall dans... » Il y eut un cliquetis de métal et de verre ainsi qu'un bruit de papiers qu'on brassait. « sept minutes. »

« Compris. Je te rejoins. » Tony se déconnecta et sortit de son laboratoire pour la première fois depuis des jours. Il ne portait qu'un marcel blanc et un jean portant quelques marques de brûlures, mais c'était dans une base du SHIELD qu'il se rendait et il n'allait pas perdre de temps à se changer pour eux. Tony attrapa une veste et se dirigea vers le hall pour attendre Bruce.

xXx

« Pourquoi avez-vous encore besoin de moi ? », dit Tony après vingt minutes à suivre Fury à travers des enfilades de couloirs et des pièces de la taille d'un hangar qui n'abritaient pas d'avions juste parce qu'ils étaient vraiment trop loin sous terre.

« Pour un test. Et un autre compte rendu de l'incident de New York avec Loki, il y a quinze semaines. »

« Une fois ça ne suffit pas ? Combien de fois allons-nous devoir encore revivre pour que vous soyez satisfaits ? »

« Autant de fois qu'il le faudra. »

Il ne faisait aucun effort pour cacher son ironie méprisante. Tony regarda autour de lui en marchant, appréhendant son environnement. Un sacré bunker, digne de ce nom. Même si certains équipements semblait faire double emploi. Trop gros, pas assez stylé, et qu'est-ce que -

Il s'arrêta dans son élan.

Oh, quel idiot. Il avait fallu qu'il baisse sa garde maintenant. Admets-le de bonne grâce, Tony.

« Je ne fais pas souvent de compliments, mais c'était génial, colonel. Jolie mise en scène. » Fury se tourna vers Tony et le génie sourit. « Murs de plomb, communications bloquées, je ne peux pas appeler mon armure, et mon armure ne peut pas me trouver. « Zugzwang* » est le terme approprié, n'est-ce pas ? »

« En effet », répondit Fury en se rapprochant, la main sur son holster. « La question est de savoir comment vous acceptez la situation. »

« Tony ? » Tony aurait aimé pouvoir répondre à l'interpellation perplexe de Bruce, mais il ne pouvait pas. Non, en fait, il pouvait, mais il ne le ferait pas.

« De bonne grâce », répondit-il à la question de Fury en tendant ses poignets pour les menottes qui allaient arriver. « Vous m'avez acculé. Je ne peux pas faire grand chose d'autre. » Tony n'était pas suicidaire, il avait juste besoin de temps pour trouver un moyen de se sortir de cette situation. La meilleure solution était de coopérer pour le moment. Plus il résisterait, plus ils s'en serviraient comme prétexte pour veiller à sa détention. Il s'était déjà échappé avant, il s'échapperait encore.

Au signe de tête de Fury, un autre agent s'avança et plaça les poignets de Tony derrière lui, refermant les implacables anneaux d'acier autour de ses poignets avec une série de clics très parlants.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Bruce éleva la voix et essaya de les arrêter, mais Tony secoua la tête.

« Laisse, Bruce. Prends juste soin de JARVIS pour moi. Il va se sentir seul. »

Une main posée entre ses omoplates le poussa en avant et Tony avança sans résister. Il perdit de vue Fury après ça et fut escorté dans le couloir par deux agents armés. La voix de Bruce lui parvint encore, mais même elle s'évanouit quand il fut suffisamment loin.

Il devait être ridiculement loin sous terre maintenant et Tony perdit le compte du nombre de détours, ruinant efficacement son plan A moins de quinze minutes après que Tony l'ait concocté. Clint apparut dans l'encadrement d'une porte et l'escorte de Tony s'arrêta alors qu'un regard mauvais transformait le visage de Clint.

« Comme on se retrouve, Faucon. » Tony avait beaucoup d'expérience quand il s'agissait de garder une voix mesurée, quelles que soient les circonstances. « Je suppose que vous avez retrouvé la mémoire ? »

« Plutôt. Nous avons dû demander à Selvig pour être sûrs. »

« Ça a l'air sympa votre club. »

« Vraiment pas », dit Clint. « Il a fallu retraverser certaines choses que j'aurais préféré oublier. »

« On en est tous là, mon cher. »

« Vous nous avez trahis. »

Le visage de Tony se crispa et ses menottes claquèrent quand il essaya inconsciemment de s'en défaire. « Techniquement, je n'étais pas allié avec vous ou avec le SHIELD jusqu'à l'explosion sur l'héliporteur. Même alors, je ne me suis rangé à vos côtés que par commodité et supériorité numérique lors de l'invasion Chitauri. Techniquement, nous avons tous deux trahi Loki. Vous étiez son petit animal le plus utile, non ? »

Les autres agents soit ne pouvaient pas soit ne se souciaient pas d'arrêter Clint quand l'archer saisit Tony à la gorge et le plaqua dos contre le mur, écrasant ses bras entravés entre son corps et le métal froid. « Je n'ai pas eu le choix. Vous oui. Et vous avez choisi le demi-dieu meurtrier qui avait déjà tué des dizaines d'agents avant de vous enrôler à ses côtés. Et pour quoi faire ? Il resserra son emprise jusqu'à ce que Tony ne puisse plus respirer.

« Je ne peux pas. Le dire. Quand. Vous. M'étouffez. »

Essayer de faire valoir son point de vue n'eut pour seul effet que Clint se mit à serrer au point que Tony sentit ses yeux se révulser. Au moment où sa conscience refluait, la main le lâcha et Tony tomba à genoux et s'effondra latéralement contre le mur, haletant désespérément quand sa gorge n'était pas saisie de douleur par une quinte de toux peu séduisante.

« Thor est passé. »

Dites-moi quelque chose que je ne sais pas, Mérida.

« Loki s'est échappé d'Asgard », dit Clint et Tony reprit assez ses esprits pour lever les yeux pendant quelques secondes avant de se remettre à tousser. Que Loki se soit échappé était autant prévisible qu'inattendu. Était-il possible que ce soit les deux à la fois ? « S'il a les couilles de revenir, il va venir pour vous. Et nous l'attraperons à ce moment-là. » L'esprit de Tony passait d'une extrémité à l'autre, balançant entre maudire le retour potentiel du dieu afin d'assassiner Tony pour sa trahison et espérer que le dieu pourrait être son salut. Loki avait juré qu'il pensait toujours à leur accord. Ce que Tony ne devait pas oublier, c'était que Loki était un menteur. Plus question de s'appuyer sur des sources peu fiables.

« Bonne chance. » Sa voix était plus rauque que ce qu'il aurait souhaité. « Je ne suis plus dans ses bonnes grâces non plus, ou vous l'aviez oublié ? »

« Je l'ai vu dans l'après-midi après la bataille. Vous le surveilliez, Cap avait le dos tourné et les yeux de Loki étaient sur vous. Ils étaient sur vous quand vous êtes sorti. Vous l'avez trahi. Il reviendra juste pour vous tuer. »

« Vous allez le laisser faire ? » L'absence de réponse était en soi une réponse et le rictus de Tony se transforma en un vrai sourire pendant que les gardes le remettaient sur ses pieds. « Si vous l'attrapez avant que je ne le fasse, bottez-lui le cul pour moi, d'accord mon chou ? » Il fut de nouveau poussé en avant et Clint resta immobile. Violent ? Oui, mais au moins Clint avait-il fourni à Tony plus d'informations que ces quasi agents du SWAT qui auraient tout aussi bien pu avoir les lèvres cousues. Tony tenta de susciter une réaction de leur part, il essaya vraiment, et il s'y activa avec force, mais ni l'un ni l'autre ne bougea d'un pouce.

Après un transfert désespérément silencieux, ils le poussèrent dans une chambre meublée de rien d'autre qu'un malheureux matelas mince posé sur un sommier défoncé, placé en face de l'espace de ce qui, horriblement, était supposé être les toilettes, mais n'était vraiment rien de plus qu'un bol de métal contre le mur. Les cellules de prison étaient mieux que cela. Les murs étaient gris parpaing et la porte était en acier épais de deux pouces avec un panneau en plexiglass transparent au niveau des yeux. Pas de livres, pas de commutateurs ou de prises électriques, rien, à part les toilettes et un lit.

« Allez, les gars, quoi ? Même pas un magazine ? J'ai des besoins, moi. »

Tony fut contraint de se mettre à genoux et tête contre le sol en béton, les jambes épinglées sous lui par le genou d'un garde dans le bas de son dos, pendant qu'on lui enlevait les menottes. Toujours aucun mot et dès qu'ils eurent fini, ils se relevèrent et sortirent alors que Tony s'aidait de ses avant-bras pour soutenir son poids et rouler sur le dos pour regarder vers le ciel. Ou du moins, vers là où le ciel devait être.

Sur le côté gauche du plafond au-dessus du mur faisant face à la porte, il y avait une fissure de cinq centimètres qui retint l'intérêt de Tony pendant bien cinq secondes. Un manque d'intégrité structurale ? Une fausse fissure pour cacher quelque chose ? Non, non, attendez. Si on grattait, on voyait que la peinture avait été mal appliquée. Moins intéressant. Et pourtant, c'était le spectacle le plus stimulant de cette pièce car la seule idée des toilettes à 1.5 mètre sur sa droite et 50 centimètres derrière sa tête le faisait grimacer. Même dans le désert, il avait eu de vraies toilettes. La différence était que les Dix Anneaux voulaient quelque chose de Tony et tentaient de se montrer gentils pour l'obtenir. Le SHIELD n'en avait rien à foutre. Tony était un traître et un prisonnier et devait donc être traité comme tel.

La peur ne venait pas de cette pièce. La peur ne venait pas de l'idée d'un dieu nordique le traquant et le tuant. Loki se montrerait rapide et Tony aurait à peine aperçu le reflet d'une lame qu'elle serait plantée dans sa gorge. Bien plus grande était la terreur que le SHIELD n'attendait absolument rien de Tony. Aucune raison de le maintenir en vie, aucun renseignement à lui extirper, rien. Ils pourraient faire de lui une pelote d'épingles humaine, lui découper des lambeaux de peau, et le battre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un centimètre de peau qui ne porte pas de traces de coupure ou ne soit couvert de gouttes de sang gouttant d'autres blessures. Ils pourraient l'électrocuter jusqu'à ce que ses muscles se crispent et tétanisent. Des drogues pourraient être injectées dans ses veines, le faisant se tordre de douleur et crier jusqu'à ce que sa voix lui manque et qu'il s'évanouisse. Rien de tout cela n'était pourtant le pire.

Le pire, c'est que personne ne pourrait lui faire échapper à son sort maintenant ou après que la torture ait commencé. Ça, c'était le véritable cauchemar qui le tourmentait. Jusqu'au jour où cela cesserait de n'être qu'une image dans sa tête et deviendrait sa vie.


Puis-je dire que je n'ai pas encore vraiment vu IM3 ? J'en ai juste des échos indirects et je les ai adaptés à mon goût. L'état d'esprit de Tony est différent à NY que celui du canon, il réagit donc différemment. C'EST UN UA, MERDE. JE FAIS CE QUE JE VEUX.

* Aux échecs, zugzwang signifie « coup forcé ». Être en zugzwang se dit de la situation d'un joueur qui est obligé de jouer un coup qui le fait perdre ou dégrade sa position.