Résumé:

Tony et Loki arrivent à une meilleure compréhension, des bases sont posées puis détruites et quelques petits plaisirs sont accordés.


Point positif, plus d'hallucinations.

Point négatif, « Putain de merde, ça fait mal. »

Apparemment, ces médicaments contribuaient à atténuer la douleur beaucoup plus qu'il ne l'avait réalisé. Le fait qu'on lui ait tiré dessus jouait probablement aussi mais c'était tout son corps qui lui faisait mal en ce moment et ce n'était vraiment pas ainsi qu'il aurait voulu célébrer son évasion du SHIELD.

Autre point positif : jamais il n'avait éprouvé un tel soulagement en voyant le plafond de sa chambre à la Tour Stark à son réveil. Des semaines à contempler des murs blancs, ou à être plongé dans des hébétudes semi-conscientes, uniquement troublées par la douleur de la torture qu'ils qualifiaient pudiquement d' « interrogatoire », simplement parce qu'ils lui posaient des questions de temps en temps. Qui aurait évoqué les droits de l'homme pour un traître ? Il avait récolté ce qu'il avait semé, apparemment, mais il y avait tout de même des limites. Tout ce dont Tony était coupable, c'était d'avoir parlé à un extraterrestre et futur dirigeant de la terre. Il n'avait pas vraiment trahi le SHIELD. Tout au contraire, c'était Loki qui avait fait couler le sang et pourtant c'était ledit extraterrestre qui avait sauvé la vie de Tony. Ironique ? Tony préférait ne pas trop y penser.

« Il se réveille », fit la voix traînante de Loki et Tony laissa retomber sa tête sur le côté pour voir le dieu se prélasser dans un fauteuil à quelques mètres sur la droite. « Il n'a pas l'air ravi, pourtant. »

L'ingénieur bougea un peu, grimaça en ressentant les douleurs dans ses muscles, mais à part ça, il se sentait remarquablement plus indemne qu'avant de s'être évanoui. « Vous m'avez soigné, je suppose ? Sauf si j'ai dormi pendant des jours et réussi à ressouder miraculeusement un os entier. »

« Vous avez seulement dormi six heures. Je me suis occupé de vos pires blessures après que vous ayez perdu conscience. L'os brisé de votre épaule, une hémorragie interne due à la balle, mais j'ai dû me servir de l'énergie de votre propre corps, de sorte que vous pourriez vous sentir- »

« Épuisé. Ouais, je le sens. » Résistant à l'envie de simplement se retourner et de dormir, Tony s'assit, le dos contre la tête de lit, les jambes croisées à l'indienne. Il y eut un élancement de douleur dans son épaule anciennement blessée quand il s'adossa au lit, mais il l'ignora. « Steve et Bruce ? J'ai du mal à croire qu'ils étaient ravis de vous voir. »

« Non, ils ne l'étaient pas. Ils ont eu l'audace de déduire que j'étais celui qui vous avait infligé de telles blessures. Cependant, j'ai réussi à leur faire comprendre qu'il serait dans votre intérêt de me laisser vous guérir, de peur que vous ne vous vidiez de votre sang sur le sol du laboratoire. Après plusieurs commentaires assez détaillés et fleuris sur ce qui m'arriverait si je vous causais du tort, ils ont exprimé leur désir de vous parler une fois que vous seriez reposé. »

« Ça va être amusant. » Gémissant, il appuya ses coudes sur ses genoux et se frotta le visage, redoutant la conversation à venir. « Tony, pourquoi un tueur de masse extraterrestre t'a-t-il sauvé ? » ou « Tony, êtes-vous toujours de mèche avec Loki ? » ou peut-être même essaieraient-ils de lui dire à quel point c'était une mauvaise idée d'avoir une dette envers Loki. Ils verraient ça comme une dette mais, alors que Loki avait sauvé la vie de Tony, Tony avait également éliminé les Chitauri pour Loki. Cependant, Tony avait également permis que Loki soit emmené sur Asgard. Où en était l'équilibre des pouvoirs entre eux, c'était un mystère qui devrait probablement être résolu avant de se retrouver devant la pointe de la lame de Loki.

« Est-il indiscret de vous demander où se trouve le Tesseract ? Je suppose qu'il n'est pas resté à Asgard. »

« Je les ai soulagés de ce fardeau en partant, mais je ne peux pas vous dire où il est. Je peux vous dire où il n'est pas », dit Loki calmement, aucunement surpris d'être déjà pressé de questions sur le cube.

« Et où n'est-il pas ? »

« En votre possession. » Loki sourit innocemment, mais Tony n'était pas du tout amusé.

« N'était-ce pas notre accord ? Les Chitauri contre le Tesseract ? »

« Avoir été emprisonné sur Asgard a entravé ma capacité à vous le ramener. » Sa voix devint un peu plus amère. « Vous pouvez soit avoir le Tesseract, être redevable d'une dette envers moi tout en acceptant alors mon droit à la vengeance pour votre trahison, ou votre dette peut être effacée et je garderai le Tesseract jusqu'à ce que j'estime le moment approprié de vous le remettre pour servir notre cause. Vous m'avez sauvé des Chitauri et je vous ai sauvé de vos geôliers du SHIELD. Nous sommes quittes. »

« Le SHIELD sera toujours après moi. »

« Tout comme les Chitauri et leur maître me poursuivent encore. »

« Et votre vengeance pour vous avoir livré à votre frère ? », demanda Tony avec scepticisme.

Ses yeux s'étrécirent à cette mention de « frère » mais il ne fit aucun commentaire à ce sujet. « Vos possibilités d'agir étaient limitées. Je n'avais nulle part où me cacher, après tout. » Loki haussa les épaules. « Considérez ma vengeance... reportée tant que nous sommes alliés. »

Génial. Soit il pouvait avoir la puissance du Tesseract soit il pouvait être libéré de la colère de Loki. Eh bien, il choisissait la sécurité et uniquement pour l'instant. Tu parles d'un choix.

« J'admets vous avoir défénestré et avoir négligé de vous avertir de ce qui allait se passer sur l'heliporteur. » Une telle concession était presqu'une preuve d'indulgence de la part de Loki. « Quoi qu'il en soit, je ne laisse pas souvent le choix, je vous conseille d'en profiter avant que je ne change d'avis et choisisse ce que je veux. »

Tony lui lança un regard noir mais capitula. « Bien. Gardez le Tesseract. »

Les lèvres minces esquissèrent un large sourire. « Excellent choix. Je vous félicite pour votre jugement. »

« Pas la peine de vous moquer. »

« Vous n'êtes pas en mesure de me donner des ordres, Stark. »

« C'est ma tour. »

« Et que feriez-vous si je vous mettais en colère ? Vous me balanceriez au SHIELD ? Ils vous emmèneraient avec moi. » Le dieu se tut et Tony ne dit rien pour combler le silence tendu. « Vous ne pouvez pas communiquer avec Asgard et ni votre capitaine, ni votre bête, ne pourront s'en prendre à moi avant que je me téléporte. Je pourrais facilement vous tuer avant qu'ils ne se soient approchés assez pour me faire mal. »

Un bras de fer maintenant, et des plus troublants avec ça. Les bras de fer avec les dieux ne se terminent pas vraiment bien, historiquement parlant. Pourtant, il y avait bien une raison pour laquelle Loki avait sauvé Tony et ce n'était pas seulement pour se venger. Il y avait forcément une raison expliquant que Tony ne soit pas mort à l'heure actuelle, donc il n'était pas complètement dépourvu d'atouts dans ce jeu.

C'est tout ce que c'est. Un jeu. Une partie d'échecs aux proportions mondiales, et Loki s'immisçait dans une partie où Tony était déjà engagé.

« Ce n'est pas parce que vous pouvez me tuer que vous le ferez. »

Loki fronça un sourcil et inclina la tête. « Oh, et pourquoi ? Quelle raison aurai-je de ne pas vous achever ? »

« Vous avez besoin de moi pour quelque chose. Encore. Autre chose d'important ou une chose que moi seul peux faire. » Le sourire revint sur le visage de Tony et putain, c'était bon. « C'est agréable d'avoir quelque chose qu'un dieu veut. »

Il ne prit pas la peine de demander ce que voulait Loki, le dieu mentirait de toute façon, mais il pouvait faire savoir qu'il était pleinement conscient de sa position. Loki avait dit que les Chitauri le poursuivaient encore, alors peut-être que c'était ça. Peut-être Loki ne connaissait-il pas tant de personnes en qui il pouvait avoir confiance pour l'aider, il était alors revenu pour que Tony se sente assez redevable pour lui fournir son aide. Tony avait besoin d'une carte maîtresse maintenant que le SHIELD était à ses trousses et un sorcier âgé de plusieurs siècles était un bel atout dans sa manche. Le Trickster et l'inventeur, co-dépendants des talents de l'autres. Qu'un dieu s'appuie sur ses compétences était une sensation plutôt agréable. En fait, c'était le coup de pouce dont son ego avait besoin.

« Vous êtes un petit malin. » Le sourire de Loki était de nouveau amer, mais ses yeux brillaient d'amusement contenu. « Oui, j'ai besoin de vous. Mais il y a beaucoup de choses qu'un dieu peut attendre de quelqu'un comme vous. » Il se leva et s'approcha, mais comme il atteignait le bord du lit et que Tony reconnaissait une lueur familière dans le regard du trickster, Jarvis les interrompit.

« Monsieur, le capitaine Rogers demande l'accès à votre étage », les interrompit l'IA, et Tony savait reconnaître une intervention divine quand il en croisait une.

« Fais-le monter. »

Loki eut une petite moue désapprobatrice et s'éloigna, à la grande déception de Tony. Ce fut finalement un soulagement quand l'ascenseur s'annonça et que Steve entra dans la chambre quinze secondes plus tard. Son regard sceptique lui fut retourné avec dédain par le dieu et, pendant quelques instants, ils se fixèrent avec une réprobation grandissante.

« Je sais que je vaux le coup qu'on se batte pour moi, mais pourriez-vous arrêter avec vos regards assassins juste cinq minutes ? », soupira Tony et Steve reporta finalement son attention sur Tony avec un sourire forcé.

« Jarvis a dit que vous étiez réveillé. Comment vous sentez-vous ? »

« Loks m'a remis sur pied. » Steve tressaillit, mais Tony continua comme s'il n'avait rien remarqué. « Plus de blessures mortelles, mais je suis carrément vidé. Désolé pour ... vous savez, mon arrivée soudaine. »

Le super-soldat regarda ostensiblement vers Loki et puis dévisagea de nouveau sévèrement Tony. « À ce sujet ... ça vous embêterait de me dire pourquoi Loki vous a sauvé ? Si je me rappelle bien, vous étiez l'un de ceux qui ont travaillé dur pour lui faire quitter la planète. »

« Je tiens à souligner que si Loki n'avait pas été là, je ne serais plus en vie. »

« Et je pense que c'est un fait dont il saura tirer parti. »

« Et c'est pour cette raison que vous me regardez comme si je faisais partie des méchants ? »

« Je vous regarde comme ça parce que l'un des méchants vient de vous arracher à ceux qui sont supposés être les gentils. »

Tony se frotta le visage d'une main rugueuse et marquée par son récent séjour, essayant de se concentrer sur la conversation et non sur la souffrance qu'endurait son corps en voie de guérison. « Devons-nous vraiment avoir cette discussion maintenant ? Je suis un peu fatigué après ces dernières semaines. »

L'expression sur le visage de Steve disait que oui, cette conversation aurait lieu maintenant et non plus tard.

« Que voulez-vous que je vous dise ? Que Loki m'a forcé à le laisser me sauver la vie ? Qu'il m'a sauvé contre ma volonté et que j'ai un sens moral si incroyable que j'aurais préféré rester aux bons soins du SHIELD plutôt que d'être sauvé par un ancien ennemi ? »

« Un ancien ennemi ? », répéta Steve et Tony gémit. Ce n'était donc pas la bonne chose à dire. « Dites-moi que vous n'allez pas autoriser un meurtrier à rester ici. »

« C'est vrai que personne d'autre ici n'a jamais tué quelqu'un. » Braquer les gens les uns contre les autres fonctionnait toujours lorsque la discussion tournait en eau de boudin.

« C'est différent, Tony. »

« En quoi ? En quoi est-ce différent ? Loki est toujours un salaud et je ne dis pas qu'il n'est pas, mais maintenant, il est le salaud qui m'a fait sortir de la merde où le SHIELD m'avait collé. » Si cela emmerdait le capitaine-la-morale, Loki resterait. « Je ne me rappelle que vous soyez venu m'aider. »

« Bruce a appelé après vous avoir vu au SHIELD. Nous travaillions à vous faire sortir. »

« Vous avez fait un excellent travail, Cap. »

Steve fit un geste apaisant signifiant « laissez-moi finir », Tony croisa les bras avec irritation tandis que Loki se gardait d'intervenir. « Je n'avais pas l'accès. Jarvis disait qu'il essayait déjà de pirater le réseau, mais il est plus difficile d'entrer sur un système distant que sur une zone de sécurité plus faible comme sur l'héliporteur. Nous avons essayé, Tony, honnêtement. »

Tony le regarda un moment avant de prendre une grande inspiration. « Jarvis ? Dis-moi ce qui s'est réellement passé. »

« Après de vaines et répétées tentatives pour recueillir des informations auprès des agents Barton, Romanoff, et du directeur Fury, le docteur Banner a contacté le capitaine Rogers une trentaine d'heures après sa visite au SHIELD. Le Capitaine Rogers est arrivé quelques heures après, le docteur Banner lui a expliqué la situation, et ils ont alors commencé à élaborer un plan de sauvetage, entre les demandes du SHIELD pour que le docteur Banner leur fournisse ses codes d'accès à mon système de contrôle. Le docteur Banner a refusé de donner suite aux requêtes du directeur Fury, le tout dans un langage très fleuri.» Eh bien, au moins Bruce avait-il essayé, mais Tony connaissaient son IA et Jarvis n'avait pas encore fini de parler.

« Et ? »

« Le Capitaine Rogers, une fois seul, a souvent essayé de soutirer des informations de mes serveurs, au motif de vous venir en aide. Les information qu'il demandait n'avaient rien à voir avec les agencements du SHIELD, ou avec la sécurité, ou toutes autres données connexes. Il voulait voir mes vidéos de surveillance à partir de la Bataille de New York ainsi que tous les fichiers que vous aviez consultés concernant Loki Laufeyson. »

Steve fusilla du regard les deux hommes dans la pièce tandis que Tony soupirait. Il n'avait pas quitté des yeux la caméra de Jarvis dans le coin de la pièce ni le visage stoïque de Steve mais Loki restait silencieux à ses côtés, de sorte que l'inventeur ne prit pas la peine d'essayer d'obtenir une réaction de sa part. « Vous vérifiez que j'allais bien, Steve ? »

Sa mâchoire se serra avant qu'il ne reprenne la parole. « Je voulais savoir si vous étiez toujours de mèche avec Loki et à quel point vous étiez de son côté lors des évènements de New York. Fury m'a contacté il y a quelques mois à propos de l'évasion de Loki et m'a expressément demandé de ne pas vous le dire. Vous n'avez jamais dit à personne ce qui s'était passé ici avant qu'il ne vous balance par la fenêtre. Je ne suis pas un idiot. Je sais repérer une activité suspecte. »

« Donc, vous m'avez espionné au lieu de me sortir de là ? Ou ai-je mérité tout cela ? » Repoussant les draps, Tony révéla les plaies en cours de cicatrisation sur son corps, les marques de lacération, les ecchymoses laissées par les coups de poings et les intraveineuses mal posées, les traces de brûlures causées par les décharges électriques le long des incisions verticales sur ses avant-bras, et tout ce qu'il avait subi quand il était tellement mal qu'il lui restait à peine assez de conscience pour reconnaître les instruments et les actes qu'on lui infligeait. « Vous pensez vraiment que d'avoir parlé à Loki méritait ça ? »

Même Steve ne put retenir une grimace, il détourna les yeux une seconde avant de secouer la tête. « Personne ne mérite ça. » Il s'exprimait comme s'il ne parlait même plus de Tony, en dépit du fait que le dossier de Steve ne mentionnait ni torture ni capture pendant ses années de guerre. Cependant, il y avait... Ah. Son ami, Barnes, en avait fait l'expérience, lui. Mais Bucky était comme un frère pour lui, et Tony était un éventuel méchant. Par conséquent, conflit interne pour Steve. Tant pis pour lui. Tony n'allait pas aider Steve à se débattre avec sa conscience.

« Donc, je ne le méritais pas, mais vous avez tout de même perdu du temps à essayer de déterminer si je ne le méritais pas quand même plus ou moins ? Si la torture est atroce pour n'importe qui, alors pourquoi tarder à me sortir de là ? », le défia Tony alors que la mâchoire de Steve se crispait.

« Tony - »

«Vous savez quoi, je n'ai pas vraiment la patience pour entendre des excuses en ce moment. Je ne me suis pas lavé tout seul depuis trois semaines, et j'aimerais bien nettoyer mon propre sang. » Il était sûr qu'une partie du sang n'était pas le sien, mais ce n'était pas vraiment important. Du sang séché est du sang séché et Tony voulait vraiment s'en débarrasser, merci beaucoup.

Il se tint au bord du lit, les jambes encore plus flageolantes que lorsqu'il était descendu de la table dans sa cellule de SHIELD, mais Loki s'avança de façon inattendue et vint placer une main sur l'avant-bras de Tony pour l'aider à garder l'équilibre. Tony supposa qu'il le faisait parce que, s'il tombait, il pourrait récolter plus de blessures dont Loki aurait à s'occuper. « Loki, vous m'accompagnez ? Le Capitaine Rogers n'a pas besoin de compagnie de toute façon. »

Hochant silencieusement la tête, Loki suivit Tony dans la salle de bain et ferma la porte pour les isoler du super soldat. Loki le lâcha alors et laissa Tony clopiner lentement vers la baignoire, tourner le robinet, et amener la température de l'eau sur brûlant avant de s'asseoir sur le bord de la baignoire et de commencer à se déshabiller. Jarvis leur fit savoir quand Steve quitta la chambre, mais Loki resta, appuyé contre le plan-vasque, dos à lui comme pour donner à Tony l'intimité dont il ne se souciait pas pour le moment. Bordel, il avait clairement exprimé son attirance pour Loki avant la bataille de New York, et il était sûr que Loki n'avait pas oublié, il n'avait donc pas à cacher sa nudité.

« Pour avoir entendu les secrets de notre partenariat, votre capitaine était étonnamment calme », commenta Loki, distraitement occupé à redresser les revers de son manteau. Son armure était propre maintenant, remarqua Tony, et c'était en grande partie grâce à la magie, il en était sûr.

« Il ne sait que ce que Bruce lui a dit. »

« Il a interrogé votre serviteur, non ? »

« Interrogé, pas répondu. Jay, qu'as-tu dit à Rogers au sujet de mon association avec Loki ? »

« Que la vidéo était classée et ne pouvait être vue sans les codes appropriés. J'ai reconnu que M. Laufeyson était apparu dans votre tour à deux reprises - pour corroborer les informations que vous aviez fournies au docteur Banner - y compris la visite pour évoquer le Tesseract mais je n'ai fourni aucun détail sur lesdites réunions. »

« Bien, Jarvis. » Il se retourna vers Loki. « Vous voyez ? Ils savent ce que nous voulons qu'ils sachent. Bruce sait que vous m'avez offert le Tesseract et que j'ai accepté. Il ne connaît pas mes plans d'avant le projet PEGASUS. Nos secrets sont en sécurité. »

« Il est beaucoup plus clair pour lui maintenant qu'il y a plus dans notre partenariat que ce qu'il sait. »

« Il peut faire autant d'hypothèses qu'il veut. Il ne saura toujours pas ce qui s'est passé. Ce qui se passe. Je devrais savoir ce qui se passe d'abord. Qu'est-ce qui se passe ? »

« Nous sommes... en cours de négociation », concéda Loki. Il jeta un coup d'œil alors que Tony retirait ses derniers vêtements, jetant son boxer sur le tas de choses à brûler. Il n'échappa pas à Tony que le dieu l'avait regardé de la tête aux pieds avant de revenir croiser son regard. « Une fois que vous vous serez baigné, nous devrions en discuter. Détails, limites, etc. »

« Oui, bien sûr. »

« Nous parlerons après. » Loki hocha la tête et avant que Tony ait pu le rappeler, le dieu se tourna et une brume dorée l'avala. C'était donc ce à quoi ressemblait la téléportation d'un point de vue extérieur.

Une fois que l'eau eut fini de couler, Tony s'enfonça dans la baignoire jusqu'à avoir de l'eau jusqu'au cou, seuls ses genoux repliés dépassant de l'eau. La chaleur soulagea ses muscles mais envoya une sensation de brûlure dans les légères coupures que Loki n'avait pas pris la peine de guérir. Les quelques blessures non refermées n'étaient pas létales, mais elles lançaient tout de même. Mieux valait leur laisser le temps de guérir plutôt que de gaspiller l'énergie de Loki. Qui sait si la magie ne serait pas utile plus tard ? En attendant, cela avait fait sa petite impression sur Steve et tout ce qui pouvait faire arrêter de râler le Wonder Boy allait très bien à Tony.

Descendant plus bas jusqu'à ce que sa tête soit sous l'eau, il laissa le grondement sourd de l'eau lui boucher les oreilles, le léger mouvement de l'eau le distrayant assez pour chasser toute pensée de son esprit pour quelques précieuses minutes. Quand quelque chose tentait de lui venir à l'esprit, il plongeait le visage sous l'eau, en se concentrant sur sa respiration et sur rien d'autre. Bien trop tôt, Steve lui revint à l'esprit, lui et son mépris dans la voix chaque fois qu'il parlait à Tony, à chaque fois, sauf quand il pensait que Tony était un bon petit héros au sens du sacrifice digne des bonnes grâces du capitaine. En d'autres termes, la seule fois où Tony n'avait pas été lui-même, était la seule fois où Steve l'avait accepté.

Ses poumons brûlèrent quand il prit une inspiration après être remonté à la surface, des ruisseaux tièdes coulant sur ses joues et sur ses yeux, dévalant le long de la pointe de son nez et de son menton. Une main à la fois humide et tremblante tenta vainement de l'essuyer et il secoua finalement la tête, sans se soucier de l'endroit où tomberait l'eau dégoulinant de ses mèches de cheveux. Il tenta de lisser ses cheveux bruns en arrière et prit plusieurs inspirations profondes qui n'eurent pas l'effet escompté, ignorant la crispation dans sa poitrine, la déchirure dans son esprit.

Le parfait Steve pensait que Tony n'avait pas mérité la torture, Captain America n'avait jamais toléré la torture, mais mériter la torture et mériter de vivre étaient deux choses totalement différentes. Steve s'interposerait-il pour le bien de son pays? Loki lui sauverait-il à nouveau la vie ? Tony n'était pas entièrement en sécurité, même avec Loki. Le dieu avait déjà menacé de le tuer à plusieurs reprises, qu'est-ce qui l'empêcherait de recommencer pour se débarrasser du problème qu'il représentait ? Et si Bruce devenait fou ? Hulk ne s'arrêterait pas cette fois, tout le monde ici était tout à fait capable de tuer Tony sans trop d'effort, et il était assis dans une baignoire, attendant de se faire assassiner, sombrant, et s'étouffant lui-même.

Incapable de respirer, se noyant pour en finir à sa manière, mais il ne voulait pas du tout que cela finisse.

Ses mains agrippèrent les côtés de la baignoire et sa tête heurta le mur carrelé pendant que sa colonne vertébrale s'arquait désagréablement. Au-dessus de l'eau. Pas noyé. Vivant.

Mensonges. Partout. Pas de fuite possible. Je ne peux pas m'échapper. Je dois sortir. Je dois sortir maintenant.

Respirez, respirez. Une voix apaisante, respirez. Inspirez, expirez, inspirez, expirez, lentement. Une intonation douce au léger accent se fraya un chemin jusqu'à sa conscience, des mots que ses oreilles entendaient mais que son cerveau ne comprenait pas, des mots qui le calmaient. « Respirez, monsieur. Ça va passer. Tout va bien. » La respiration de Tony revint lentement à la normale et il se détendit un peu, les élancements le long de sa colonne vertébrale et de ses mains commençant à s'estomper.

Personne n'allait le tuer. Loki avait besoin de lui pour quelque chose. Loki l'avait menacé uniquement pour que Tony ne refuse pas de l'aider. Loki voulait quelque chose qui nécessitait que Tony reste en vie. Il était en sécurité. Si l'Afghanistan n'avait pu le tuer, si ni Vanko ni le SHIELD n'avaient pu l'abattre, un senior vêtu d'une bannière étoilée ne pourrait pas finir le travail. Et Bruce ? Bruce était sous contrôle. Sécurité. Il était en sécurité.

« Je vais bien, Jarvis, je vais bien. » Il s'obligea à inspirer et expirer et le trémolo laissa finalement place à une respiration régulière. Il avait honte de l'avouer mais ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait depuis les derniers mois, depuis le portail. Il avait trouvé du temps pour construire les armures parce qu'il ne dormait pas. Dormir signifiait rêver du silence et de l'obscurité, de la lumière aveuglante et de créatures hurlantes volantes vers lui, du SHIELD revenant et ne prenant même pas la peine de le coller en prison pour lui tirer plutôt carrément une balle dans la poitrine, le regardant saigner à mort pendant que Loki le lorgnait méchamment. Jarvis l'avait réconforté à de nombreuses reprises, alors qu'il se tenait recroquevillé contre le mur, les mains autour de sa poitrine, sa tête un tourbillon d'images et de terreur qui mettait ce qui semblait être des heures à s'apaiser. En bonne gouvernante, Jarvis n'en avait jamais parlé à quiconque.

Après quelques minutes employées à retrouver son calme, Tony entreprit de se laver juste pour avoir quelque chose sur quoi se concentrer. Il se savonna sans hâte, frottant son corps tout en évitant certaines des coupes les plus douloureuses, puis lava ses cheveux plusieurs fois. Après s'être assuré qu'il était capable de tenir debout assez longtemps, il attrapa la douchette et se rinça, heureux de ne plus se sentir comme un prisonnier. Quand il en eut terminé, ses jambes tremblaient légèrement, mais il resta debout assez longtemps pour attraper quelques serviettes et commencer à se sécher.

« M. Laufeyson est dans votre chambre, monsieur. »

« Euh. Que fait-il exactement ? », demanda Tony à travers sa serviette.

« Il semble vous attendre sur votre lit. » Tony s'arrêta et sortit la tête de sous le tissu éponge. « Je vous assure qu'il est toujours habillé. Dois-je lui suggérer d'y remédier ou n'êtes-vous plus intéressé ? »

Même si Tony appréciait l'absence de jugement de Jarvis, c'était parfois assez déconcertant et même lui ne sut comment réagir. « Putain si je sais, Jay. Juste... ne lui dis rien pour le moment. Je sors dans une minute. Dis-moi s'il fait quelque chose. »

« Bien sûr. »

Il prit son temps pour se sécher aussi lentement que c'était humainement possible juste pour éviter ce sur quoi il était sur le point de faire face. Après vingt minutes, Tony ne tenait plus en place dans sa gigantesque salle de bain, il enroula donc la serviette bordeaux autour de sa taille et partit à la rencontre de son nouveau locataire.

Loki se leva quand s'ouvrit la porte de la salle de bains et inclina la tête en signe de salut muet alors que Tony restait sur le seuil.

« Très bien, GQ, commencez. »

« Je voulais vous parler de notre relation d'affaires, pour ainsi dire. Fixer nos conditions. » Pas aussi mauvais que ce à quoi Tony s'attendait. Silencieusement, il fit signe à Loki de continuer tout en se dirigeant vers la commode à tiroirs qui dominait toute la moitié inférieure du mur. « Je suis tout à fait conscient que vous n'avez pas confiance en moi, et d'ailleurs vous ne devriez pas avoir confiance. Je ne vous fais pas confiance non plus, alors la réciprocité est avantageuse pour nous. »

« Et où cela nous mène-t-il ? Des « partenaires commerciaux » devraient se faire mutuellement confiance. » Refermant le tiroir avec sa hanche, tenant sans complexe un boxer gris à la main, il se retourna, contourna le dieu et repartit vers la salle de bains.

« Nous ne sommes pas représentatifs de nos races. Vous n'êtes pas ordinaire parmi la vôtre, ni moi parmi la mienne. Aucune des miennes. Pourquoi adhérer aux normes ? » Avec un sourire en coin, Loki s'approcha plus près, n'émettant qu'un faible bruit en marchant sur la moquette. « Je ne souhaite pas vous promettre obéissance tout comme, j'en suis sûr, vous ne souhaitez pas me promettre la vôtre, aucun de nous n'est du genre à travailler de son plein gré sous le contrôle d'un autre dans une quête aussi importante que celle que nous menons. »

« La quête étant ? »

« La conquête du pouvoir, bien sûr. C'était votre objectif, n'est-ce pas ? Vous avez le contrôle maintenant, mais personne ne le réalise pleinement. » La façon dont Loki avait obtenu cette information devrait être au sommet des priorités de Tony, mais il avait du mal à se concentrer sur ça. Le fait était que, oui, Tony voulait le pouvoir et, sauf si Tony avait mal compris, Loki proposait de l'aider. Très peu de choses pouvaient mal tourner avec un sorcier immortel extraterrestre comme allié.

Tant qu'il restait du côté de Tony.

Si Loki changeait de camp, tout pouvait mal tourner.

Prenant le silence de Tony pour un acquiescement, Loki continua. « Je pourrais, cependant, m'impliquer dans une alliance. Vous engagez votre loyauté et je vous promets la mienne. Aucun de nous n'essaie de commander l'autre, les décisions sont prises mutuellement, et nous avons tous deux notre mot à dire sur la façon dont les choses doivent avancer. »

Il ne fallut que trois secondes à Tony pour sourire largement et tendre la main. « D'accord. »

Avec un regard dédaigneux vers la main, Loki ricana et la repoussa. « Vous êtes étonnamment rigide dans votre approche, Stark. Il n'y a pas si longtemps, vous me frottiez le dos pour gagner mes faveurs. Il y a de bien meilleures façons de sceller un accord. »

Tony grimaça et baissa la main dédaignée. « Oh ? Et comment proposez-vous de le sceller, Merlin ? »

Le dieu sourit. « Comme ceci ». Il se pencha sans crier gare et passa ses lèvres fermées sur la bouche choquée de Tony. Cela ne fut chaste que parce que Tony ne s'y attendait pas, mais dès qu'une douce langue entreprit de faire s'entrouvrir ses lèvres et que de longs doigts frôlèrent la peau juste au-dessus de la serviette, la douceur se volatilisa. Le boxer tomba au sol, Tony caressa la nuque de Loki, les doigts emmêlés dans les cheveux noirs, tandis que leurs langues dansaient, suscitant de doux gémissements chez les deux hommes. Leurs yeux se fermèrent simultanément et Tony ne réalisa même pas qu'il avait bougé jusqu'à ce que son dos ne heurte le chambranle de la porte de la salle de bains où Loki entreprit de dominer le baiser. L'inventeur résista avec force, ne réussissant qu'à décoller la tête du mur de quelques centimètres avant que Loki ne le repousse à nouveau.

Thor avait raison, après tout, la langue de Loki était beaucoup trop vive et douée pour être innocente, mais Tony ne les avait jamais aimés innocents et timides de toute façon. Le sexe et, faute d'un meilleur terme, les relations intimes, étaient le terrain de jeu de Tony et il en connaissait toutes les finesses. Ça, c'était quelque chose que Tony savait comment gérer.

Les mains de Loki bougeaient constamment, ne se contentant jamais d'un endroit plus que quelques secondes, et suscitaient des picotements de chaleur qui irradiaient sous sa peau et détendaient ses muscles endoloris. Tony aurait ri de cette histoire de « magic touch » si sa bouche n'avait pas été occupée ailleurs. Entre rouler une pelle à Loki et sortir une pauvre boutade, son choix était vite fait.

Le baiser ne se rompit que lorsque la main libre de Loki frôla le bord du réacteur Ark et Tony sursauta, des éclairs d'appréhension et de panique tentant de se faufiler à nouveau dans les recoins de son esprit. Alliés maintenant, peut-être, mais certainement pas fiable. « Pas touche, d'accord ? » Il dissimula les symptômes d'une attaque de panique imminente avec facilité, habitué à cacher ce qu'il ne voulait pas que les autres voient.

À la demande de Tony, la main se retira, mais les yeux de Loki restèrent sur le réacteur. « Votre science n'est pas si différente de la magie. Je voudrais tester ses limites plus tard. »

« De la chose dans ma poitrine ou de la science ? »

Loki le regarda de nouveau dans les yeux et eut un léger sourire. « Les deux. Vous ne pouvez pas me dire que vous n'avez pas pensé la même chose. »

Puisque mentir au dieu de mensonges était inutile... « Mon cher, j'y pense depuis que vous avez envoyé le Destructeur l'année dernière. »

« Mmm ». Le péché contenu dans le ronronnement de Loki était suffisant pour faire pleurer une nonne. « C'était une œuvre d'art, n'est-ce pas ? » Ses baisers suivirent la ligne de la mâchoire de Tony et l'inventeur inclina la tête pour les accepter.

« Bien sûr, il a fallu que la brute détruise aussi une telle beauté. J'aurais pu tellement m'amuser avec cette armure. » La moue de Tony n'était pas très différente de celle d'un enfant gâté qui se voit refuser quelque chose et Loki rit.

« Vous vous rendez compte que je pourrais placer des enchantements sur vos armures ? Le Père de tout n'a pas pu me retirer ma magie, et j'ai bien l'intention de l'utiliser à notre avantage. »

Tony gémit quand Loki suça sa carotide et un frisson traversa son corps. Cela s'arrêta quand la cuisse de Loki s'inséra entre les jambes de Tony, plaquant davantage son corps contre le mur. Le souffle coincé dans sa poitrine se libéra dans un gémissement tandis que son autre main saisissait l'épaule de Loki. « Peut-être plus tard. J'ai d'autres priorités en ce moment. » S'accorder une petite dose de plaisir après près de quatre mois sans avoir connu rien d'autre que l'anxiété ou la détresse mentale et physique, c'était s'autoriser un joli répit.

Un autre rire contre sa gorge, suivi d'une langue traçant les tendons tendus. Des doigt frais glissèrent sous la serviette alors que les hanches de Tony ondulaient de manière engageante vers le corps vêtu de cuir qui l'épinglait au mur. « Dites-moi, quelles peuvent bien être ces priorités ?»

Oh, ils jouaient à ce jeu-là, alors ? « Eh bien, pour commencer, que diriez-vous - »

« Le docteur Banner et le capitaine Rogers demandent que vous vous rendiez au laboratoire. »

Le grondement de Tony n'avait cette fois rien d'un gémissement de plaisir et sa tête heurta le trumeau. Encore ? Vraiment ? Peut-être que l'idée d'une intervention divine était-elle à considérer, finalement. « Ont-ils l'air en colère ? »

« Je ne peux que juger qu'à partir de l'apparence physique et des analyses biologiques des sujets, mais il semblerait que oui au vu de leurs éclats de voix et de leurs divergences d'opinion. »

« Merde. » Soupirant, il repoussa doucement Loki, une main sur chaque épaule. « On reprendra ça plus tard. La merde d'abord. » Il baissa les yeux un moment. « Attendez, les vêtements d'abord, en fait. Pas la peine de les mettre encore plus en colère. » Récupérant son boxer sur le sol, Tony l'enfila avant d'aller fouiller dans son armoire de l'autre côté de la pièce.

« Et si ça me met, moi, en colère, Stark ? » Loki se plaça devant la porte, semblant plus présentable que Tony aurait voulu le voir en ce moment. Voir le dieu, lascif et se tortillant dans les draps, ayant désespérément besoin d'une délivrance que seul Tony pourrait lui apporter, pourrait bien être suffisant pour repousser les attaques de panique. Au moins, les attaques de panique centrées sur Loki s'atténueraient-elles, avec un peu de chance.

Vêtu d'un jean usé et d'un t-shirt gris foncé, Tony adressa un sourire effronté à Loki. Le regard que lui retourna Loki était arrogant et taquin. « Vous, je peux trouver un moyen de vous corrompre. » Inspirant et laissant ses yeux s'attarder langoureusement sur Loki, de la tête aux pieds, Tony soupira avec nostalgie. « Toutes sortes de façons de vous corrompre. »

Cela sembla être la bonne réponse parce que Loki ricana et fit un pas de côté pour laisser Tony passer. « Revenez avec moins de vêtements. J'ai peu de patience pour les parties trop compliquées ou qui tirent en longueur. »

« Ouais, ce serait dommage de se livrer à davantage de préliminaires alors qu'on pourrait juste se mettre à poil et baiser direct », le taquina-t-il avant de laisser à contrecœur Loki dans sa chambre.

xXx

L'ascenseur était froid et tout ce que Tony voulait faire, c'était appuyer sur un bouton qui le déposerait à tout autre étage que celui où l'attendait une sorte d'intervention, mais la chance ne le favorisait pas beaucoup récemment, semblait-il. Tony s'était résigné à avoir cette conversation et accepta mentalement d'en passer par là une fois et une seule. Il éprouvait toujours une rancune farouche envers Steve, mais Bruce ne méritait pas qu'il lui batte froid. Pendant les mois passés ici avant que le SHIELD n'appréhende Tony, Bruce avait bien pris soin de l'inventeur et lui avait fourni à la fois une compagnie et une stimulation intellectuelle comme peu d'autres l'avaient fait. La solitude allait mal à Tony, en fait, et toute compagnie qui ne l'irritait pas d'emblée lui était précieuse. Il y avait plusieurs raisons à la création de Jarvis, et avoir une gouvernante et motif à se vanter n'étaient pas les seules raisons de la mise au point d'un projet d'une envergure telle que son IA. Être seul ne faisait que l'obliger à s'attarder sur ce dont il n'avait pas besoin. Alors il avait créé. Créé une voix dans le plafond et des robots pour lui tenir compagnie, fait beugler la musique dans son atelier, créé des armes et obtenu de gros contrats pour asseoir sa notoriété, participé à des collectes de fonds que Tony justifiait en ramenant à la maison quelqu'un pour réchauffer son lit et repousser l'atmosphère froide de la solitude. Là où d'autres luttaient pour avoir paix et tranquillité, Tony cherchait activement à y échapper.

Des portes métalliques divisaient l'atelier aux murs blancs, des écrans étaient suspendus au plafond au-dessus de tables recouvertes du matériel de laboratoire de Bruce. Tony n'était pas vraiment venu souvent ici, trop occupé avec ses propres projets mais, de ce qu'il en voyait, Bruce s'était installé très confortablement. Si Tony avait éprouvé un quelconque intérêt pour les branches de la science qui étaient le domaine de Bruce, il aurait trouvé les agencements assez impressionnants, mais Tony était ingénieur et apprenait ce qu'il avait à apprendre des sciences environnantes seulement quand elles coïncidaient avec ses propres recherches. De son point de vue, il manquait quelque chose dans ce laboratoire. Il manquait essentiellement des machines contrôlées par des robots pratiquement inutiles qui créaient encore plus de dysfonctionnements qu'ils n'en réparaient. Maintenant, c'était un atelier. Cependant, il pensait que Bruce était plus le gars à travailler dans un laboratoire que dans un atelier.

« Tony. » Ce fut Bruce qui l'appela, lui dont les yeux se rivèrent aux siens dès que les portes de l'ascenseur ne le dissimulèrent plus à leur vue. Le médecin paraissait remarquablement calme, surtout par rapport au soldat dont le visage était si crispé que sa mâchoire aurait tout aussi bien pu être brochée. Si seulement Tony avait cette chance...

« Est-ce une intervention ? Serai-je tombé par hasard dans une intervention ? » Il fit un geste vers les deux hommes.

« C'est une discussion. Nous voulons entendre ta version avant de commencer à porter des accusations. » Bruce lança un regard à Steve et le soldat serra davantage la mâchoire sans dire un mot. Intéressant. « Tu as rencontré Loki avant l'invasion, mais après qu'il soit arrivé par le portail, non ? Tu as dit qu'il t'avait offert le cube. »

Hochant la tête, Tony s'avança dans le laboratoire et s'autorisa à se détendre. Bruce semble être l'instigateur de cette « discussion » et aucune tension n'était visible dans la silhouette debout du côté opposé de la table dont l'ingénieur s'approchait. Steve était en bout de table, juste entre les deux génies. « Quand un extraterrestre, qui vient de détruire une base du SHIELD moins de deux minutes après avoir asservi deux de ses membres avec son bâton disco, se pointe à mon appartement quelques jours plus tard, j'ai tendance à me montrer très prudent avant de lui refuser quoi que ce soit. »

« Et tu voulais le Tesseract. »

« Non que mon réacteur ark ne soit pas génial, mais le Tesseract est un tout nouveau projet sur lequel travailler. L'énergie est devenue un vaste domaine. »

« Alors, tu le voulais vraiment », chercha à clarifier Bruce.

« Oui, je le voulais vraiment. Je le veux toujours. Je crois que la phrase était « illuminer toute l'humanité », n'est-ce pas ? Ça. Je veux ça et je veux être celui qui le fera. Sur ma tombe sera gravée une belle et longue liste de choses impressionnantes qui me servira d'épitaphe. En fait, je pense que je vais créer un écran imperméable à l'eau pour ma pierre tombale afin que toutes ces bonnes actions puissent y être rentrées. Ajoutez ça à ma liste de projets- »

« Hydra a utilisé le cube pour créer des armes », l'interrompit Steve. « Et le SHIELD fait pareil. Tout cela au motif de vouloir aider le monde. »

« Eh bien, je ne suis pas Hydra, si cela vous avait échappé. Croyez-moi, j'ai créé plus d'armes ici » il tape sa tête, « qu'Hydra n'en a jamais créées. Et les miennes étaient moins sujettes à l'erreur humaine. Les miennes sont également hors service maintenant. Ce n'est pas parce qu'il peut être utilisé à des fins militaires, qu'il le sera forcément. Les vaches peuvent être utilisées à des fins militaires. Les cuillères aussi. Même le papier peut être dangereux, tout comme les pare-feux des ordinateurs. Devons-nous protéger les gens de ça aussi ? Même votre cul d'asthmatique a été utilisé à des fins militaires ou l'aviez-vous oublié ? »

« Où est le cube ? » La voix du soldat montait en volume et se faisait plus grave alors qu'il s'avançait et commençait à dominer Tony de toute sa hauteur. Malheureusement pour Steve, Tony avait passé sa vie au milieu de foules de gens et avait inévitablement rencontré des salauds de grande taille, alors il ne s'effrayait pas pour une simple différence de corpulence.

« Je ne l'ai pas, Cap. »

« Qui l'a ? »

« Vous avez vu les dieux l'emmener à Asgard tout comme moi. »

« Pourtant, Loki est de retour. »

« Loki est un mage qui déchire et il n'est pas obligé de se trimballer avec des babioles. »

« Ce n'est pas une autre blague, Tony. »

« Vraiment ? Parce que j'attendais la chute. »

« Steve », le coupa Bruce alors que Steve s'apprêtait à répliquer. « Peut-être devrais-je parler avec Tony seul à seul. »

« Docteur, je ne pense pas que ce soit une bonne - »

« Steve », commença Bruce, les yeux fixés sur l'homme qui devait bien faire vingt centimètres de plus que lui. « Dois-je vous faire entendre raison ? »

Le soldat grimaça et regarda les deux hommes. Tony lui fit un clin d'œil. « Je serai en bas. » Steve ronchonna et s'éloigna.

« Embrassez Loki pour moi », fit Tony et Steve lui décocha un regard assassin entre les portes de l'ascenseur. Se retournant vers la tête incrédule de Bruce, Tony attrapa l'outil le plus proche et en donna un petit coup à Bruce. « Tu t'amuses bien avec votre petit discours « vous n'aimeriez pas me voir en colère », Dr Jekyll ? »

« Le SHIELD n'apprécie guère. Ils pensent que tu as eu une mauvaise influence sur Hyde. »

« Est-ce vrai ? »

Poussant un soupir, Bruce retira ses lunettes et les posa sur la table à côté d'un Stark Pad qui semblait exécuter des diagnostics. « Sais-tu combien de personnes l'autre gars n'a-t-il aucune envie d'attaquer ? » Tony haussa les épaules. « Combien de personnes il se fait un devoir de secourir ? Une idée ? » Au deuxième coup d'épaules dubitatif de Tony, Bruce pointa son index sur Tony. « Toi. Que toi. Donc oui, je dirais que tu as une grande influence sur moi. »

« Eh bien, personne n'aime être ignoré. Le déni et une prudence excessive n'étaient évidemment pas la réponse à ses problèmes de colère. Peut-être qu'il a juste besoin d'un peu d'amour. »

« Alors tu réagis en essayant de le faire sortir. »

« Les gens me disent toujours que je suis lunatique. Que je n'ai pas l'esprit d'équipe. » Tony tourna autour de la table, jouant toujours avec l'outil, et le tourna entre ses doigts. « C'est drôle parce qu'on retrouve ça dans ton dossier. Ils disent qu'Iron Man peut être une excellente arme, mais ils ne veulent pas travailler avec moi. Ils veulent utiliser Hulk, mais seulement tant qu'il est docile. Ils veulent ce qui fait de nous des machines de destruction, mais ils le veulent que tant que ça reste sous leur contrôle. Le problème est qu'ils ne peuvent pas nous séparer. Ni toi de Hulk, ni moi des armures. Je peux comprendre qu'on me considère comme une arme. C'est une bonne chose pour nous, l'Autre compris, nous sommes les plus intelligentes des armes et les plus difficiles à abattre. »

« L'agent Romanoff ne semble pas être une cible facile. Ou idiote. »

« Elle ne l'est pas. Elle a de l'esprit et de l'intelligence, bien sûr, mais que Barton se pointe et elle changera de côté. Une chose est sûre, le SHIELD a redirigé sa violence pour servir ses propres intérêts. Ils ont attrapé le canon et l'ont redirigé à la source. Elle n'a pas réalisé qu'ils la traitaient ainsi et utilisent le prétexte d'aider un pays pour la garder embrigadée. Elle n'est pas assez intelligente pour le voir. »

« Et tu n'es pas en train de rediriger l'autre gars pour servir tes propres objectifs ? » La bouche crispée de Bruce disait qu'une mauvaise réponse ne serait pas tolérée, mais Tony progressa prudemment et honnêtement.

« Tu es un ami, Bruce. Honnêtement. Que tu sois de mon côté, ou de celui du SHIELD, ou aucun des deux, tu es un bon ami. L'un des meilleurs que j'ai jamais eu. » Tony tendit l'outil en forme de stylo, gardant le contact visuel pour prouver sa sincérité.

Le médecin lui retourna son regard, ne rompant le contact que quand il baissa les yeux pour prendre l'outil. « Et l'autre gars ? »

« Il fait autant partie de toi que les armures sont une part de moi. Les deux sont impliqués. Il a sauvé ma vie aussi. Je lui suis redevable. À toi de voir ce que tu choisiras d'en faire. » Appuyant ses hanches contre la surface de travail métallique, les mains de Tony suivirent le bord de la table tout en conservant un langage corporel ouvert.

« Cela remonte à avant New York, n'est-ce pas ? Loki est venu vers toi pour une raison. »

Il ne put retenir un petit sourire en coin. Bruce posait plus de questions plus qu'il ne se confiait. Lui faire exprimer ses incertitudes nécessitait quelques cajoleries. « Pour être honnête, oui. Dieu sait comment il le savait, mais oui, il est venu me voir pour une raison spécifique. »

Bruce hocha la tête et reculer pour copier la position de Tony en se penchant sur la table de travail à quelques mètres de là, face à Tony. Ses doigts tripotaient toujours l'outil rendu par Tony, un maniérisme évident dès qu'il réfléchissait ou débattait intérieurement avec lui-même. « Je suppose que Loki va s'attarder par ici ? »

« À court terme. Si Cap n'aime pas ça, il peut partir. Franchement, je préférerais qu'il le fasse. »

« Et moi ? »

Tony inclina la tête sur le côté. « Peu importe de quel côté tu es, tu es toujours le bienvenu ici, Brucie. Comme je l'ai dit, tu es un ami. »

« Et Loki, il est quoi là-dedans ? »

« Un allié avec des avantages ? »

Bruce se tut.

« C'est une affaire. Une affaire pas encore concrétisée. »

« Tony », il utilisa l'outil pour se frotter le bout du nez. « Je pense que tu as un problème relationnel. »

« C'est parce qu'il est extraterrestre ? Parce que si cela peut t'aider, je le vois comme méchamment attirant d'abord et avant tout. Je suis pour la diversité et l'égalité. »

« Alors, nous avons eu la volcanique ex-petite amie et PDG qui pourrait donner même à l'agent Romanoff du fil à retordre, le lieutenant-colonel qui tient à ton amitié autant qu'à t'améliorer en tant que personne, et le savant à la double personnalité avec des problèmes pour gérer ses colères que tu as invité à résider dans ta tour. Maintenant tu essaies d'amener l'extraterrestre qui a tenté d'envahir New York à partager ton lit. »

« Eh bien, tout d'abord, les jolies filles, ce n'a jamais été trop mon truc. »

« C'est évident. » Son rire était mi- amusé, mi-incrédule.

« Deuxièmement, je dors déjà assez mal quand je suis tout seul. Un dieu nordique ne va pas m'aider à me détendre suffisamment pour que je puisse me reposer, donc il ne s'agit pas de partager mon lit. J'ai suffisamment de chambres dans la tour pour qu'il s'installe ailleurs. »

Bruce eut un demi-sourire. « Tu es vraiment bon pour esquiver. »

Ah, démasqué, hein ? « Je suis connu pour cela, en fait. »

« Je sais qu'il ya des choses que tu ne me dis pas, et j'ai une assez bonne idée de ce que cela pourrait être. Mais, » il s'adossa contre la table, « même si je ne suis pas médecin, je sais que tu as besoin de te reposer avant tout. Alors vas t'allonger et je parlerai à Steve. »

Tony acquiesça. « Zappe la partie sur- »

« Le projet de dominer le monde ? »

« La partie batifolage avec une divinité nordique, plutôt. Je tiens à voir la tête qu'il fera quand il découvrira que les mecs peuvent avoir des relations sexuelles ensemble. »

Bruce secoua de nouveau la tête avec un petit rire contenu et se dirigea vers l'ascenseur.

« Hé, Bruce ? » Le médecin regarda en arrière. « Tu restes dans le coin, j'espère ? J'ai un peu pris l'habitude de te voir ici. »

« L'Autre n'aime pas Loki. »

« Tu n'auras même pas à le voir. Je vais le menotter à mon lit », proposa Tony.

« Au moins, cela me fera un petit divertissement quand il s'échappera et tentera de t'étrangler. »

« C'est l'idée, Doc. »

« Retourne te coucher, Tony. Et si tu recommences à peloter Loki, fais-le quand je ne suis pas là. Ma pression artérielle peut être un peu chatouilleuse. » Tony le salua tandis que Bruce appuyait sur le bouton de l'ascenseur. L'ingénieur se dirigea vers l'un des écrans, mais Bruce s'adressa de nouveau à lui. « Et Tony ? Ne touche plus à mes expériences. Je le saurai. »

Il espérait vraiment que c'était une blague, mais les portes se refermèrent avant qu'il ne puisse le confirmer et Tony resta seul à contempler l'ascenseur. Bien sûr que c'était une blague.

Là encore, mieux valait rester dans les bonnes grâces de Bruce. Juste pour rester du côté sûr de la barrière.


« Ne fais pas trop chier Tony », me dis-je à moi-même, « donne-lui un peu de répit, putain. » * Écrit une scène d'attaque de panique * « Super boulot, le cerveau, c'était génial. »