Chapitre deux
Ecarlate. Ivoire. L'œil vide. Les cheveux noirs. Les membres éparpillés et épinglés au mur comme autant de papillons sur un tableau de liège. Bouche béante dans un dernier cri silencieux. Le sang sur ses mains, au coin de sa bouche, ce goutte-à-goutte régulier jusqu'au sol.
Les yeux d'Harry s'ouvrirent brusquement dans les ténèbres, ses draps trempés d'une sueur glacée. Le temps d'une seconde, les images, reconstituées avec une précision frappante, tourbillonnèrent dans son esprit, incrustant leur marque comme la brûlure du flash de l'appareil photo sur la vision. Il se mit en position assise et se désemmaillota de ses couvertures, qu'il rejeta sur le côté.
Il se frotta les yeux, haletant, et déglutit.
Les coordonnées de Riddle ainsi que ses horaires de disponibilités étaient toujours accrochés sur le réfrigérateur, et il les regarda intensément tandis qu'il se dirigeait vers la cuisine dans l'objectif de boire un verre d'eau, le froid s'insinuant entre ses orteils.
Il aurait souhaité que ses mains tremblassent, mais ce n'était pas le cas. Elles étaient parfaitement immobiles.
Il savait que quelque chose clochait chez lui.
Au Bureau des Aurors, ils avaient qualifié cela de traumatisme, en réponse à toutes ces choses qu'il avait vu. Ce n'était pas tellement inhabituel. « Le travail te monte à la tête au bout d'un moment », disait-on.
C'était vrai en ce qui le concernait, mais pas exactement au premier sens du terme_ il ne pouvait que se reporter à ses scènes de crimes.
Ils l'exigeaient dans l'affaire Voldemort avant tout, car, apparemment, il était brillant pour faire les liens et comprendre l'homme, ses motivations, ses pensées. Si seulement ils savaient.
Il but son eau à petites gorgées.
Il ressentait, quand il se trouvait sur les scènes. C'était comme inscrit dans ses veines, dans les yeux vacants de ses victimes_ quelque chose de malfaisant comme une ombre qui se frayait un chemin jusqu'à au plus profonde de sa moelle, et qui enchaînait ses entrailles de ses serres d'aciers.
Le cœur était transpercé, pendu au mur comme les cadavres, en véritable parodie d'une collection de musée. Toujours la même chose. Voldemort aimait tellement collecter, il le savait. Il aurait souhaité rester ignorant sur ce sujet. Il aurait tellement souhaité ne pas prévoir le comportement de Voldemort avec ses « trophées ».
Il n'avait aucune idée sur les motifs qui motivaient ce monstre à se comporter ainsi_ il n'y avait pas raison valable, pas d'objectif précis et si jamais c'était le cas, cela lui paraissait brouillé, altéré, comme s'il ne voyait qu'au travers de la vitre d'une fenêtre gelé.
Mais plus que ça, il le ressentait.
Dans n'importe quelle autre scène de crime, n'importe quelle autre affaire, il pouvait analyser, il pouvait faire de son mieux et y travailler, ou bien se sentir nauséeux face aux souillures de l'humanité.
Cependant, lorsqu'il se trouvait sur les scènes de crime de Voldemort, il était capable de ressentir sa possessivité cette forme d'amour mutilé, tellement fugace, alors qu'il détenait leur vie entre ses mains le pouvoir qui déferlait en lui la beauté qui ressortait de ce meurtre selon ce psychopathe, et se mêlait avec la terreur la plus absolue.
Il ne savait pas pourquoi il éprouvait tout cela. Ils disaient que c'étaient à cause du premier incident, de cette connexion qui avait été créé par l'Avada Kedavra. C'était comme étouffé, mais dès qu'il faisait un pas sur la scène du crime_ jusqu'au tréfonds de sa conscience_ il percevait ce quelque chose, et il se l'appropriait.
Mais ce qui était le plus terrible, c'était qu'il ressentait cette jubilation… Et cela l'épouvantait, car il rentrait alors possédé par une soif de sang monstrueuse, rêvait même de meurtres.
Son humanité était violée. Voldemort faisait tout en sorte pour qu'il puisse se sentir assassin, qu'il puisse se croire capable d'incarner cet assassin…. Que les lois du sang et de la violence étaient les prémisses d'une plus grande justice…
Ce lien, ce lien si ténu était-il utilisable dans les deux sens ? Il se le demandait, car au cours du temps les meurtres devenaient de plus en plus élaborés_ comme si Voldemort essayait de l'impressionner.
Pour lui montrer ce qu'il était capable de faire.
Et alors sa réputation avait flori _ il était le garçon, l'Auror qui serait peut-être en mesure de le vaincre et de le maîtriser. Il s'en était déjà tiré une fois, après tout. Le garçon qui avait survécu.
Il secoua sa tête pour clarifier son esprit et raffermit sa prise sur le verre. Jeta un coup d'œil sur les informations inscrites en noir sur le réfrigérateur immaculé.
Hermione avait dit qu'il était sur le point de se briser, qu'il avait besoin de parler à quelqu'un à propose de toutes ces horribles choses qu'il avait vu pour qu'on lui affirme que tout ce dégoût, cette peur, cette culpabilité était normal.
Mais ce qu'il avait était tout sauf normal. Tout le monde savait qu'il pouvait rentrer dans l'esprit de cet homme, ou du moins tout le Bureau des Aurors, ce qui les avait amenés à l'exploiter. Ils ne semblaient pas réaliser que ce n'était pas aussi simple que de tourner les pages d'un livre. Une fois qu'il y était, tout son être se trouvait aspiré et emporté par des sentiments et des images qui n'étaient pas les siens.
Voldemort avait commis ces crimes. Harry les avait commis _ et il n'y avait aucun mot pour s'exprimer sans paraître fou.
Ce n'était pas qu'il devenait fou, mais juste que…
Le câble passait mal. Il était trop mélangé avec celui d'un psychopathe, qui se fichait éperdument du monde en dehors de ses propres désirs.
C'était la raison pour laquelle il avait commencé à travailler en tant qu'Auror, d'ailleurs c'était ce besoin de compenser l'horreur que constituaient ces espoirs sanglants, de compenser ces battements de cœur excités liés à de la culpabilité à chaque fois qu'il revenait sur les traces de pas de Voldemort.
Après tout, il était tout à fait compétent dans son travail.
Il devait garder ce job, autrement il ne pourrait dormir qu'en compagnie de l'image d'une nouvelle victime, envahissant sempiternellement ses rêves. Il devait arrêter Voldemort avant que l'homme n'ait consumé l'entièreté de son âme, ramené à un monde où il se trouvait être le seul Auror à être pourchassé. Jusqu'à quel point pouvait-on sombrer dans les abysses, de toute façon ? Surtout quand ces abysses vous répondaient de manière aussi… Eclatante.
Et comme toujours, cela le ramenait à ses parents.
Cheveux rouges. Cheveux sombres. Et un bébé dans son berceau.
Il les avait sauvés. Il les avait tués. Tout était enchevêtré, et c'était quelque chose qu'il haïssait.
Dumbledore lui avait dit une fois qu'il se mêlait trop avec les pensées de Voldemort , et peut-être qu'il avait raison. Ce n'était pas qu'il ressentait une sorte d'empathie, mais juste qu'il percevait les meurtres comme s'il les avait commis.
Et il ne savait pas réellement qui était Voldemort.
Il n'y avait jamais eu un miroir avec lequel il aurait pu se voir_voir Voldemort_ et il voyait toujours au travers des yeux de l'homme.
Il vida le verre et le reposa.
Aucun Guérisseur d'Esprit ne pourrait l'aider.
Il était comme la carrière de psychologue de Tom Riddle ouverte aux moldus et aux sorciers. Sans précédent.
Riddle avait été intéressant, pour sûr. Ils avaient juste parlé, lors de leur première session, plus tôt ce jour-là rien en particulier, juste des bavardages.
Et pourtant il n'avait pas baissé sa garde.
Il y avait déjà trop de gens dans sa tête pour penser à en rajouter un autre, et il n'était pas assez cruel pour laisser quelqu'un de plus ramper sur ce chemin boueux.
Ce n'était pas un lieu agréable.
Il y avait des choses que les psychiatres ne pouvaient pas guérir.
Il n'était pas brisé. Il n'y avait absolument rien d'anormal chez lui, aucun problème à résoudre, pas plus que la plupart en tout cas.
Il lui était juste arrivé de tuer quelqu'un sous toutes les formes possibles, personnification vivante du cran de sécurité d'un revolver perpétuellement relevé.
Son âme était irrémédiablement liée à celle d'un tueur en série psychopathe.
La dernière scène avait juste été la cerise sur le gâteau. Un garçon, de son âge, aux cheveux sombres, de toute évidence un remplaçant, faute de pouvoir obtenir sa cible réelle_ lui-même, Harry Potter_ et dont le cœur avait été arraché. A son emplacement avait été épinglé ,vif, un papillon. Il ne serait plus jamais capable de voler de nouveau.
Non, il ne fallait pas mettre le désordre dans sa tête, parce que quelque chose de vraiment sombre s'y cachait, quelque chose qu'il ne voulait pas déloger à force de farfouiller en peu trop loin.
Il brûla les coordonnées d'un air déterminé.
Tom Marvolo était au-delà de la frustration.
Cela faisait une semaine_ une semaine entière ! _ et pourtant, Harry Potter n'était toujours pas retourné dans son cabinet.
Il poignarda son carnet de croquis dans un geste rageur, ruinant le visage que sa main avait soigneusement immortalisé sur papier.
Le garçon était supposé revenir. Il avait fait tout ce qu'il fallait.
Ou bien, qu'avait-il raté ?
Devait-il lui laisser plus de temps ? Le brusquer ? Il fronça les sourcils.
Il avait été capable de ressentir les émotions du garçon depuis ce jour-là, l'époque où il n'était encore qu'un bambin_ et cela avait été un véritable travail de chercheur pour déterminer l'appartenance de ces sentiments, parce qu'il ne voyait pas pour quelle raison les siens se seraient soudainement manifestés, autrement.
Même si c'était l'impression que cela donnait : que ces sentiments étaient siens.
Avant cela, il n'avait jamais ressenti de la joie que dans une situation bien particulière : ce délicieux moment quand il détenait la fragile existence d'un être entre ses mains, clairement conscient que peu importe leur plaintes, ils vont finir déchiquetés.
Les sorciers étaient supposés être des Dieux, et, il fut un temps lors de son adolescence où il avait essayé de les soumettre tous, en tant que Mage Noir, pour élever leur statut, pour dominer les moldus également.
Mais ce n'était pas ça, le pouvoir. Au bout du compte, il s'en était aperçu.
Le pouvoir, c'est l'immortalité et le contrôle. Les sorciers ne sont pas des dieux, mais l'égal des moldus. En magique, oui, un degré plus haut, mais leur pensées et leur peurs… Exactement la même chose. Des êtres faibles.
Il avait toujours été capable de lire dans l'esprit d'autrui, et même littéralement parlant dès qu'il avait découvert l'art de la Legilimencie_ mais la manipulation, et percevoir les motifs d'une personne avaient toujours été d'une simplicité déconcertante en ce qui le concernait.
C'était utile, cela lui permettait de diriger les fils du pouvoir, et ainsi de satisfaire ses propres besoins. Et dire qu'ils s'attendaient à ce qu'il les aide… Ils ne la méritaient pas, son aide.
Quelle ironie d'avoir emprunté cette voie. Le Psychiatre. L'homme qui aidait autrui. Certaines personnes disent qu'on devient psychiatre dans le but de s'auto-diagnostiquer et de venir en aide à ceux qui en ont besoin, mais il était sans défaut, et largement supérieur.
Si seulement ils le connaissaient, il le traiterait sûrement de monstre de foire. Pourquoi pas, après tout mais il était suprême, et leurs rêves et leurs esprits étaient néant comparés à ses nombreux talents.
Il les guérissait, il jouait avec eux, juste pour avoir le plaisir exquis de les voir se confronter à leurs propres peurs.
Peut-être qu'il essayait de les comprendre, eux et leur stupidité, leurs ennuyeuses émotions, car il n'avait jamais éprouvé quoi que ce soit avant l'arrivée du garçon.
Peut-être qu'il avait besoin d'un prétexte pour ses meurtres, sachant que de temps à autres, il découvrait de vraies perles.
C'était fantastique, car il devait travailler avec des êtres brisés, des esprits intéressants, des âmes qui dépendaient entièrement de lui et de son assistance, à tel point que cela en devenait addictif.
Et dire qu'il le trouvait gentil !
Il était le Maître des Ténèbres, il dictait les plus noirs recoins de ce monde, silencieusement, depuis l'ombre de ce trône d'existences, le marionnettiste.
Ses jouets, ses pantins, comme Lucius Malefoy souriant, conversant au moindre claquement de doigts.
Cela pourrait se révéler plutôt malheureux pour son traitement, d'ailleurs, s'il ne faisait pas converger les élections en sa faveur.
Potter n'était toujours pas revenu.
S'était-il déjà figuré de sa véritable identité ? Avait-il réalisé, d'une manière ou d'une autre ? Il ne le pensait pas, autrement les Aurors auraient déjà débarqués.
Il devait admettre que, lorsque la connexion avait été établie pour la première fois, cela avait été étrange pour lui de subir toutes ces sensations.
Jusqu'à ce qu'il réalise à quel point ses émotions affectaient Harry en retour dès lors, cela était devenu tout à fait fascinant. Le garçon était d'un naturel pur, en conflit avec lui-même et pourtant, comme il en avait vu la preuve, il était toujours possible de le conditionner.
Il ne lui avait jamais envoyé quoi que ce soit de négatif, comme sa colère ou sa souffrance, pas de manière directe_ en dehors du fait qu'il avait massacré ses parents et son parrain, lorsque celui-ci s'était trop rapproché de son trophée, mais…
Non. Il avait partagé avec Harry les moments les plus heureux de son existence, répartis entre meurtre et violence.
Il s'était toujours délecté de cet instant, quand le pouvoir le submergeait, et savoir que quelqu'un partageait son amour pour l'homicide, le comprenait, même si involontairement… Etait palpitant.
Mais le garçon n'était pas revenu.
Ce n'était plus du tout amusant s'il ne revenait pas, s'il ne pouvait pas trier ses pensées, et le guider, et le guérir pour le briser à nouveau, et ensuite le re-scuplter.
Sa mâchoire se contracta.
Pourquoi n'était-il pas venu ? Certes, il n'aimait pas les psychiatres et savoir que quelqu'un puisse lire son …
Oh. Il n'aimait pas que quelqu'un soit en mesure de lire son esprit. Il l'avait prononcé lui-même, n'est-ce pas ? C'était quelque chose de commun, assurément. Mais commun n'était pas le terme adéquat pour désigner Harry. Son esprit était magnifiquement embarrassé par ses propres recoins sombres.
Il savait exactement ce qu'il deva- était-ce là le son d'une porte qui s'ouvrait ?
Harry ne pouvait pas croire qu'il se retrouvait là, encore une fois. Il s'était juré de ne pas le faire_ il ne savait pas ce qu'il l'avait poussé à venir ici. Bon, d'accord, il savait. Mais il tentait de se consoler en se répétant que Riddle était un psychiatre remarquable, et qu'il n'était pas ici pour lui-même.
C'était par un intérêt tout à fait professionnel, rien de plus. L'homme demeurait un criminologiste, après tout. Il en avait parlé au Bureau des Aurors, et ils avaient agrée sur le fait que Riddle pourrait s'avérer utile sur le terrain.
La porte du cabinet s'ouvrit, et l'homme le considéra pendant quelques secondes, avant de lui sourire.
« Harry. Rentrez, je vous prie. Que me vaut le plaisir de votre visite ?
S'était-il soudainement rappelé qu'il était censé s'entretenir quotidiennement avec lui ? Il retint son commentaire et tout le venin qu'il en contenait, et s'orienta en direction de son bureau pour soigneusement glisser son carnet de croquis dans un tiroir, qu'il verrouilla d'un léger coup de baguette.
Curieux, Harry étudia ses mouvements, prudemment.
« Comment psycho-analyseriez-vous Voldemort ? »
Voilà qui prenait une tournure intéressante.
Il désigna le divan pour que Potter prenne place tandis qu'il s'asseyait sur son propre siège.
Il ne travaillait pas gratuitement, après tout…
Note de l'auteur (The Fictionist) : ça y est, je suis de retour. La prochaine fois, vous allez vraiment rencontrer d'autres personnages en dehors d'Harry et de Tom…Promis. J'espère que cela vous a plu. On m'a dit que c'était assez similaire avec « Dancing with Deceit » (NdT : une autre de ses fanfictions), et c'est probablement le cas, mais je pense que ça se révèlera différent. Ah ouai. Des scénarios différents… Des histoires différentes. Différentes intrigues selon la prophétie, comme toujours :p (bien que je n'ai encore rien défini pour le moment)
Note de la traductrice: Je remercie Sasa pour son commentaire encourageant, lui-même également très agréable ! Tout commentaire adressé à l'auteur sera traduit pour cette-dernière. Je pense publier de manière hebdomadaire, chaque week-end.
