3.

Ses prunelles émeraude aussi emplies de chagrin que de colère, Madaryne fusillait ses interlocuteurs qui ne s'étaient pas entièrement attendus à sa réaction.

- Je n'y croirai jamais, vous entendez ? !

- Oui, parfaitement, assura Joal Hurmonde le général de la Flotte terrestre venu en visite privée.

- Ce n'est pas la première fois qu'Alguérande est mort, ou quasi. Ça arrive tout le temps aux Mâles Alphas ! Et même prisonnier de Pirates, prêt à être vendu sur un Marché, il s'en est sorti. Il a retrouvé le chemin de notre foyer !

La jeune femme se tourna alors vers son beau-père qui n'en menait pas plus large que le visiteur devant elle !

- Et depuis quand tu renonces aussi vite, toi ? Depuis quand tu acceptes les faits sans creuser ! ? vitupéra-t-elle.

- Sans nul doute parce qu'il connaît l'espace mieux que quiconque ici, qu'il a été des deux côtés de la barrière, voire trois en étant au milieu en tant que corsaire de la Flotte, répondit Joal avant que le grand brun balafré ne puisse seulement ouvrir la bouche. Albator a parfaitement compris qu'il était impossible de seulement pister l'épave du Pharaon, et Pouchy a également verrouillé la piste surnaturelle en assurant ne plus rien capter de son aîné. Nos talents d'Humains s'arrêtent là, Madaryne, et j'en suis désolé.

- Au moindre signe, appel, ou que sais-je, tu sais que je me précipiterai pour savoir ce qu'il en est, fit alors Albator. Mais même moi je dois m'incliner devant les événements, je ne suis pas un faiseur de miracles. Et pourtant, je donnerais tout pour revoir et récupérer Alguérande, le ramener !

- Je ne l'ignore pas… C'est moi qui m'en veux de vous avoir crié dessus ! Mais, en effet, je me suis habituée aux miracles et aux résurrections d'Algie ! Il a été trop souvent donné pour mort pour que je ne conserve pas une lueur d'espoir. Bien que si notre sage Pouchy est impuissant, j'ai à commencer à considérer Algie comme perdu…

- Vos petits ? s'enquit Joal Hurmonde.

- Je crains qu'Alveyron et Oralys n'aient que trop parfaitement compris, reprit Madaryne après un moment de silence, étant revenue s'asseoir, un brin plus calme. Ils ont douze et neuf ans ! Et, justement, en l'absence de frémissement de leur chromosome doré, ils sont presque aussi tranquilles que les jumelles. Enfin, tranquilles, ils tentent d'accepter que leur père ne reviendra peut-être jamais. Alveyron est de toute façon trop malade, alité, fiévreux, que pour se révolter de cette injustice, lui pour qui son père est tout !

- Comme pour nous tous, glissa Albator.

- Je vais auprès des enfants.

- Quant à nous, Albator, nous avons à parler, grommela Joal.


Ayant pris avec eux leur verre d'alcool, les deux amis s'étaient rendus dans la serre tropicale, lieu privilégié de bien des conciliabules strictement privés et dont les sujets avaient été bien rarement réjouissants.

- J'ai besoin de toi, avoua le général de la Flotte terrestre. Je sais que tu aurais accepté, même sans les dernières circonstances.

- Un Pirate pour observer d'autres Pirates ? tenta d'ironiser le grand brun balafré.

- J'envisageais un peu plus que de l'attentisme si tu tombes sur eux, enfin des bâtiments isolés de préférence, ou des patrouilles de reconnaissance d'objectifs que notre QG est en train de définir dans les zones galactiques qui furent funestes au Pharaon.

- Ce n'est pas plus mal que tu me donnes quelque chose à faire, reconnut le grand brun balafré. Je ne pourrais pas rester bien longtemps à tourner ici en rond, bien qu'en même temps tous les miens réclament ma présence.

- Ils préfèreront te savoir en action, assura Joal Hurmonde.

Albator fit la grimace.

- Si seulement ils avaient une dépouille à veiller. Mais là, comment pourraient-ils bien faire leur deuil ! ?

- Et toi ? remarqua doucement son ami aux cheveux blancs. Je redoutais plutôt de te trouver dans de tous autres états !

- Je crois que je ne réalise pas vraiment, lâcha à contrecœur le grand brun balafré. Tout comme Madaryne, j'ai pris l'habitude des retours inespérés d'Alguérande ! Lui et son Pharaon ont disparu de la mer d'étoiles, ils doivent bien être quelque part ! ? Alguérande revient toujours ! Et j'ai encore plus de mal à croire qu'une cause naturelle soit venue à bout de lui. Pourtant je suis bien plus expérimenté que lui en matière de combats spatiaux… Il a eu affaire à plus forte partie, c'est malheureusement aussi simple que cela !

- Tu m'as mis en copie de tes hypothèses et je partage cet avis que tu refuses à trop ouvertement exprimer : il est préférable pour Algie qu'il soit mort plutôt que d'être aux mains des Pirates !

- J'en sais quelque chose… Lothar Grudge m'a infligé les pires sévices quand il m'a kidnappé sur mon propre cuirassé, avant de m'envoyer aux mines de carcinium…

Albator eut un profond soupir, se ressaisissant.

- Qu'y a-t-il d'autre que je doive savoir avant de repartir avec l'Arcadia ?

- Passe demain à mon bureau, je t'expliquerai plus en détails pour l'Alliance Royale et sur le Fantôme qui règne sur les zones galactiques où Algie a péri.

- D'accord, se contenta de répondre le grand brun balafré avant de retourner auprès des siens, rassemblés au plus près tels des oisillons dans le grand salon bleu.