5.
N'ayant pas grand-chose à faire à bord de l'Arcadia que le Grand Ordinateur suffisait à faire voler, Albator passait le plus clair de son temps dans son appartement du château arrière, en compagnie de sa vieille amie Jurassienne sur laquelle pourtant le temps ne semblait pas avoir la moindre prise.
- Et voilà, maintenant que nous sommes arrivés sur les lieux de notre « mission », il n'y a plus un chat, même Mi-Kun est partout sauf auprès de nous !
- Tu râles, j'aimerais dire que c'est bon signe, mais je sais qu'il n'en est rien, répondit doucement Clio en pinçant les cordes de sa harpe. Et bien que ton attitude semble indiquer le contraire, on dirait que tu attends impatiemment un appel !
- Je crois que tu devines parfaitement lequel.
- Oui, je peux en avoir une idée, bien que je me sois gardée de toute intrusion dans ta vie familiale, comme je te l'ai toujours promis.
- Et que te dis ta prescience ? poursuivit Albator dans un souffle.
Clio reposa la harpe sur la haute table ronde à côté de son fauteuil.
- Alveyron ne guérit pas, déclara-t-elle alors. Qu'a-t-il donc ?
Le grand Pirate balafré grimaça.
- C'est bien la question ! gémit-il avec désespoir. La fièvre épuise son jeune corps, sape ses forces, et il ne réagit à aucun traitement ! C'est à peine si ce pauvre chou est conscient…
La Jurassienne inclina très légèrement la tête ce qui chez elle un signe d'interrogation.
- Mais, le domaine d'Heiligenstadt n'a jamais été pris dans aucune épidémie. Sinon il ne serait pas le seul souffrant, remarqua-t-elle du plus doucement possible.
- En revanche, il passe les trois-quarts de sa vie sur la station spatiale où sa mère assure désormais deux concerts hebdomadaires. Et là, au vu du passage, et en dépit des règles d'hygiène et de sécurités médicales, il a pu choper n'importe quoi. C'est exactement ce qui est arrivé selon tous les médecins qui ont défilé près de son lit ! Mais jusqu'ici, les analyses n'ont pas permis d'isoler le virus… J'espère que la communication du jour avec Madaryne va apporter du neuf !
- Je le souhaite moi aussi, assura la Jurassienne.
Toshiro annonçant que Madaryne était en ligne, Albator se leva pour aller s'entretenir avec elle dans le calme de son bureau.
A l'entrée de Madaryne dans le salon doré, Salmanille se leva pour lui serrer la main et l'attirer vers un fauteuil avant de lui remplir un verre de limonade.
- As-tu été auprès d'Alveyron après avoir parlé à ton beau-père ?
- Oui. Il n'arrête pas de réclamer son papa… Au moins, quand Alhannis était là, il lui est arrivé plus d'une fois de le prendre pour ce dernier ! Alfie a beau être sous perfusions, il s'épuise, je ne sais pas combien de temps il pourra tenir…
- Les médecins vont trouver et le sauver, assura Salmanille.
- Il ne me reste plus que mes enfants, je ne suis pas prête à les perdre à leur tour !
- Oralys et les jumelles vont bien. Et elles ont besoin de toi.
- Je vais aller les câliner, tenta de sourire la jeune femme.
Durant des jours, l'Arcadia avait sillonné la première des zones galactiques désignée, et atteinte depuis son départ de la Terre.
Il avait continué de ne rien trouver ou rencontrer, ce qui n'avait nullement arrangé l'humeur de son capitaine !
Les portes de la passerelle s'ouvrant sur sa longiligne silhouette en longue robe prune, Clio se dirigea vers la barre où se tenait le grand Pirate balafré.
- Toshiro a un nouvel appel entrant pour toi, informa-t-elle en lui caressant tendrement l'épaule.
- Non…
- Il ne vient pas d'Heiligenstadt, mais du Karyu !
- Warius !
- Désolé de te retrouver en ces circonstances, Albator.
- Où es-tu ?
- Au vu de la menace Pirates, la République Indépendante a même rappelé ses retraités ! J'ai donc repris du service, plus ou moins volontairement, sur le Karyu remilitarisé ! En dépit de la situation, j'adore retrouver mes sensations ! Et toi, je me suis laissé dire que tu rempilais également, à ta manière ?
- J'ai mes raisons personnelles, maugréa Albator. Moi, je n'ai jamais de sillonner la mer d'étoiles de façon guerrière. Toi, tu es rouillé, sois très prudent !
- Je compte bien que nous trinquions prochainement au red bourbon, assura Warius alors que la communication se terminait.
Albator posa la main sur l'une des poignées de sa grande barre en bois, donnant une petite impulsion, l'Arcadia réagissant toute aussi subtilement, s'inclinant légèrement sur son aile bâbord pour contourner un astéroïde dérivant.
Du doigt, le Fantôme tapota l'écran qui lui relayait l'image du cuirassé vert aux ailerons touchés de rouge.
- Depuis le temps que je t'attendais ! Mais maintenant que tu es là, je vais prendre tout mon temps !
Il tendit ensuite la main vers le masque d'argent scintillant, le fixant à son visage, ne dévoilant que le bas de son visage.
