7.
Toshiro avait prié son ami de toujours de venir le rejoindre dans sa salle.
- Je ne sais toujours pas quelle technique les Pirates de l'Alliance Royale utilisent, mais j'ai mixé tout ce que j'avais d'antiparasitaires pour contrer les brouilleurs qui réussissent à affecter plusieurs zones galactiques !
- Bien joué, mon vieil ami ! Alors, quelle est la situation. Y vois-tu désormais plus que moi qui n'ai plus qu'un œil ?
- Tous mes yeux électroniques sont opérationnels, se réjouit le Grand Ordinateur, non sans forfanterie. Mais je n'aime pas ce que je vais devoir t'annoncer.
Albator esquissa un sourire.
- Comme si tu allais pouvoir me surprendre ! Vas-y, envoie la sauce !
- Le Mégalodon s'octroie en apéritif l'Observatoire PK-97. Il l'a proprement ouvert comme une boîte de conserve sur toute sa hauteur. Il lui a lancé ses Tubes d'Abordage et il procède au pillage. Les échos vitaux s'éteignent les uns après les autres. Nous serons en visuel dans quelques minutes.
- Il nous a repérés ? interrogea le grand Pirate balafré.
- Sûrement, mais il ne réagit pas, ne procède à aucune manœuvre pour se protéger. Il attend, sûr de sa supériorité.
- Hum…
La colonne du Grand Ordinateur cliqueta à tout-va.
- Non, tu n'as tout de même pas l'intention de… ! ?
- Si ! J'ai envie d'aller y jeter un œil. Le boîtier d'invisibilité individuel est de dernière génération, il me dissimulera parfaitement.
- Tu veux approcher ce Fantôme au plus près ! se récria encore Toshiro. Sa Garde d'Elite est nombreuse et légendaire, c'est un gros morceau, même pour toi !
- Traite-moi de vieux dans la foulée ! grinça Albator.
- Ce n'était pas ce que je voulais dire, se défendit le Grand Ordinateur désolé de sa maladresse. Mais évite de te mesurer à eux de face !
- Ce n'était pas mon intention, assura le grand Pirate balafré. Le spacewolf fourni avec le boîtier est prêt ?
- Ton vol sera aussi invisible que tes déplacements sur PK-97. Mais il ne s'agit que de mesures minimales pour ta protection. Tu auras autour de toi une centaine de Pirates de l'Alliance !
- Je sais exactement où je mets les pieds.
- J'espère te voir à nouveau fouler le sol des coursives de l'Arcadia au plus tôt !
- C'est bien mon second projet après mon escapade sur PK-97 ! ricana Albator en tournant les talons pour quitter la salle.
Invisible, silencieux, Albator parcourait l'épave de l'Observatoire, passant d'une poche d'air à une autre, en suivant les indications de Toshiro dans son oreillette, la combinaison de survie légère au possible, ayant dû sacrifier sa cape de suie doublée d'écarlate mais n'ayant pas renoncé au ceinturon de ses armes fétiches.
Il avait pu observer de loin les Pirates du Mégalodon à l'œuvre, pillant et emportant tout ce qu'ils pouvaient, organisés quasi militairement.
- Où est le Fantôme ?
- Difficile de différencier son écho de celui de ses hommes. Mais je suis depuis un moment un écho qui semble ne pas bouger du pont d'envol 13, le plus grand, à faire les cent pas, supervisant le manège des navettes entre l'épave et le Mégalodon. Et cet écho est entouré d'une vingtaine d'autre, la Garde d'Elite donc !
- C'est ce que j'ai souvent fait lorsque je dévalisais pour Lothar Grudge… Au moins, il y a des habitudes qui ne changent pas, de génération en génération. Et lui ne semble pas superstitieux !
- Albator, je te prie de renoncer ! tenta Toshiro, sachant que c'était en pure perte.
- Je m'y rends, continue de surveiller ce qui m'entoure, rugit de fait le capitaine de l'Arcadia.
- Je ne fais que ça ! grogna Toshiro au synthétiseur vocal qui tremblait légèrement d'appréhension.
Suivant le plan de l'infrastructure de l'Observatoire envoyée sur l'écran de son casque, le grand Pirate balafré parvint à proximité du pont d'envol 13.
- Le Fantôme est toujours là. Il est comme à l'habitude isolé dans une bulle de protection et d'oxygène, ce qui le dispense de tout appareillage de survie dans l'espace en cas de dépressurisation soudaine.
Albator s'avança au plus possible sur une protubérance abritant une capsule de secours sur sa catapulte.
Le Fantôme était en contrebas, drapé comme à l'habitude dans une longue cape d'un violet foncé dont le capuchon rabattu.
De sa main gantée, il repoussa légèrement le capuchon, dévoilant une abondante crinière fauve, le masque asymétrique d'argent brillant dévoilant du bas de son visage des lèvres pleines et surtout une partie du tracé de la balafre qui traversait sa joue gauche.
- Alguérande, non, c'est impossible !
