9.
En communication, vu le calme encore plat, c'était le seul passe-temps qui restait aux deux amis, le capitaine de l'Arcadia et le colonel du Karyu avaient devisé comme s'ils se trouvaient dans leur salon.
- A t'entendre, on dirait que ce Fantôme fait une affaire personnelle avec toi, remarqua Warius.
- C'est l'impression que ça me donne… Après tout le feu qu'il y a eu ici, il ne se passe plus rien. Le Fantôme apparaît, attend, repars, et cette fois je peux presque le pister !
- Pourquoi ?
- Aucune idée ! grogna, trop rapidement, le grand Pirate balafré.
- A cause de sa vague ressemblance avec Alguérande ? fit Warius sans ambages.
- S'il avait eu l'âge d'Algie, je ne me serais jamais rendu aux arguments du trio !
- Mais ce Fantôme dégomme à tout va ! Rien à voir avec Algie que ta Flotte a formé ! protesta le colonel de la République Indépendante. Quoi, tu vas me sortir une histoire de traumatismes et d'amnésie ?
- Pourquoi pas ? Ça m'est bien arrivé après tout !
- Justement, pas deux fois ! Et Toshiro a été formel : cet homme est juste un Pirate de la pire espèce !
- Voilà pourquoi je ne manquerai pas l'occasion de lui faire sa fête quand il m'aura stupidement laissé le rejoindre, aboya Albator.
- Sauf qu'il est tout sauf stupide. Il a son plan. Tu files droit dans son piège.
Albator eut un dédaigneux haussement des épaules.
- Je n'ai guère le choix. Et il doit savoir que je ne lâcherai jamais le morceau !
- Comme si quelqu'un dans la mer d'étoiles l'ignorait, vieux Pirate ! ?
- Ca va bien, les injures, venant d'un retraité, persifla la « victime ». Et puis, c'est quand même moi qui ai un œuf à peler avec ce Fantôme puisqu'il m'a pris Alguérande !
- Toi, quand tu as des idées dans la caboche…
- … et que tu n'es pas là pour m'arrêter ! ironisa encore le grand Pirate balafré.
- Oui, je crains d'être un peu occupé avec les Souverains Pirates de ma propre République dans les semaines à venir, concéda le colonel du Karyu. N'oublie pas, Albator, on a rendez-vous à un certain comptoir pour vider des godets !
- C'est déjà noté dans mon agenda !
- Depuis quand en as-tu ?
- Depuis toujours dans le cœur, conclut sans plus plaisanter le grand Pirate balafré.
Quittant son bureau, il se trouva nez à nez avec Clio qui avait attendu dans le couloir entre les pièces composant l'appartement du château arrière du capitaine de l'Arcadia.
- Quoi ? ! glapit-il, ayant déjà épuisé toute sa salive et surtout peu enclin à seulement entendre un sermon !
- Tu ne devrais pas affronter le Fantôme. Il n'en résultera rien de bon ! Rien du tout. Pour tout le monde ! prévint de fait la trop visionnaire Jurassienne.
- Et comme à chaque prémonition tu t'abstiendras d'ajouter pourquoi ?
- Tu as ton libre arbitre. Je ne fais que traduire en mots mon ressenti.
- Merci, Clio, mais cette fois tu n'auras pas voix au chapitre. Je suis même en mission et cela rencontre parfaitement mes desseins !
- Je sais. Et je suis à tes côtés.
Les cicatrices des blessures passées l'ayant comme toujours réveillé à l'aube chronologique du bord, le Fantôme avait quitté le lit très bas, et plutôt dur sur lequel il tentait chaque nuit de reposer un corps prématurément usé par les rigueurs de la vie ajoutées ensuite à celles des combats où il ne s'était jamais ménagé.
Sortant de la douche, il avait observé son reflet dans un grand miroir, sa peau pâle que sillonnaient les rouges tracés de blessures - jusqu'à son visage où la balafre traversait sa joue gauche de part en part, et où brillait une unique prunelle d'un vert profond, et qu'encadrait une abondante chevelure fauve.
- Tu es magnifique, se réjouit Vagosse qui avait elle aussi l'habitude de ses levers aux aurores. Nous ne serons jamais des Souverains, mais tu es bien mon seigneur !
- Ca me suffit, pour nous deux. Pour le reste, je veux les territoires les plus vastes possibles pour que nous nous y promenions !
- Nous y serons très heureux, Anténor, assura-t-elle. Et maintenant, habille-toi, sinon je ne réponds plus de mes actes, gloussa-t-elle en lui caressant le fessier.
