12.

Même si Clio n'était pas toujours présente à ses côtés, le capitaine de l'Arcadia avait pris l'habitude de sa présence à bord, à simplement la savoir paisiblement installée à bord.

Et là, il se sentait un peu désemparé en son absence, même s'il ne l'aurait jamais reconnu, même pas à Toshiro !

- Tu ne crois pas qu'elle va trouver quoi que ce soit, comme remède, n'est-ce pas ?

- Si elle l'avait pensé, et surtout cru, il y a longtemps qu'elle serait retournée assister son père à la recherche d'une éventuelle plante miraculeuse !

- Elle tente sa chance, objecta le Grand Ordinateur. Tu ne vas pas lui en faire le grief ?

- Comment le pourrais-je ? Alveyron est plus mal que jamais… Si ça continue ainsi, il va finir par rejoindre son père… Je ne suis pas arrivé à temps pour Alguérande, et je ne peux rien pour mon petit-fils… Où est le Mégalodon ?

- Il ne bouge pas. Son QG semble être une sorte de château-forteresse taillé dans ces Glaces Galactiques.

- Je me demande vraiment ce qu'il nous a réservé comme accueil.

- Je doute que ce soient des fleurs, grinça Toshiro.

- La bonne blague.

- J'ai opéré une nouvelle révision complète du cuirassé, mais si tu veux le détail…

- Ca m'occupera d'ici à ce que nous arrivions sur les lieux du combat choisi par ce Fantôme. Des traces de l'escorte de son Mégalodon ?

- Oui, elle se tient en retrait, derrière sa Forteresse. Il tient vraiment à son face à face, celui-là !

- Il a quelque chose dans son chapeau. Et je donnerais cher pour savoir ce que c'est !

- Tu n'as vraiment aucune idée ? insista Toshiro.

- Il y a seulement quelques jours, on m'a interdit d'avoir des illusions ! Pour une fois, je vais être un petit Pirate bien docile !

Albator serra les poings tout en quittant la salle où l'âme de son ami était scellée.

« Clio, j'espère que tu vas au moins rapporter une idée de remède, car moi je suis impuissant pour un de ceux qu'Algie chérissait le plus ! ».


Pline sauta à bas de son dimlock, la monture traditionnelle de Jura, sorte de très grand fourmiller, mais plutôt écailleux, et plus haut sur pattes, plus agiles et plus rapides aussi.

- Regarde, Clio, notre planète revit plus que jamais, fit-il en désignant une véritable cité dans la vallée qu'ils venaient d'atteindre. Nous sommes désormais des milliers et des milliers à y être revenus, à l'entretenir soigneusement, à en vénérer la Nature. Et les jours vraiment bénis, nous voyons les Dragons Protecteurs voler dans le ciel !

- Papa, je…

- Je n'ignore pas pourquoi tu es là. Tu m'as envoyé un message depuis l'Arcadia, juste avant ton départ ! Mais je voulais te donner un peu de sérénité.

- Papa, il faut que…

Pline secoua tristement la tête.

- Clio, je n'ai cessé de te le répéter, semaine après semaine. Notre planète a bien des remèdes pour notre peuple, mais si certains peuvent aider les Humains, il n'y en a aucun pour le mal que tu m'as décrit. Et puis je crois… Non, sans importance.

- Papa ? !

- Et puis je crois que cet enfant n'a plus ni la force ni l'envie de vivre !

- C'est bien ce que je redoutais d'entendre.

- Alors pourquoi ce voyage inutile ? interrogea le Jurassien.

- Il fallait que je laisse une lueur d'espoir à Albator. Il en a gros besoin en ce moment !

- Tes cœurs sont aussi grands que ton âme, sourit Pline en prenant sa fille par les épaules. Tu repars ?

- Non… Ce qui attend Albator… Ma présence le perturberait plus encore. Il va devoir affronter passé et avenir sans moi. Poursuivons notre promenade !

Et remontant sur leurs dimlocks, ils partirent au galop.


Oralys trottina vers sa mère qui était à son piano et semblait répéter en boucle le même morceau depuis un moment.

- Il est où Alveyron ? Mon frère me manque !

- Ton grand frère était plus malade que jamais. On a dû le conduire là où il aurait de meilleurs soins qu'à la maison. Il reviendra quand il sera guéri.

- Oui, j'ai très hâte ! fit le garçonnet en quittant le salon de musique, souriant au passage à sa blonde grand-mère qui était venue auprès de sa belle-fille.

- Tu es courageuse, Madaryne. Et ton assurance fait du bien à tes enfants.

- Si seulement je pouvais y croire moi-même ! Mais je ne puis. Bientôt, il faudra que je les prépare au pire…

- Nous serons tous là. Mais ce jour n'est pas encore arrivé. Les médecins continuent de tenter le tout pour le tout ! Allons faire quelques pas dans le parc, il fait beau, ça te fera du bien.

- Merci, Salmanille.

Bras dessus dessous, les deux femmes sortirent au soleil.