21.
Sous la gifle retentissante, Léllanya vacilla, se redressa, la joue gauche enflammée, mais elle ne fit aucun geste d'attaque ou de défense.
- Dois-je en conclure que tu ne veux pas d'une nouvelle chance ? interrogea doucement l'Elite en agitant ses petites ailes.
- Ma vie me plaît, rugit Anténor, poings, serrés, prêt à se jeter physiquement sur elle, Alguérande immobilisé au sol et Albator toujours retenu par les fils de soie, incapables de s'interposer.
- Non, on te l'a imposée, rectifia Léllanya. Tu étais un nouveau-né innocent, comme tous. Et on t'a modelé en monstre sanguinaire. Mais ce n'est pas toi. Je sais de quoi je parle, j'ai été la même, pire puisque je suis morte en étant de bien des années ton aînée… Je ne méritais pas de devenir une Protectrice, moi la destructrice de tant de vies, de tant de cœurs. Mais les Sages savaient bien mieux que moi ce qu'il y avait au fond du mien. Et tu mérites d'être sauvé, Anténor, ils l'ont décidé.
- Sauf que moi je ne veux pas, rugit le jeune homme. On m'a formé Pirate et j'y excelle !
Il eut un regard noir pour son père.
- Oui, comme on le dit, quelques secondes d'extase et on en paie le prix trente-cinq ans plus tard ! Je suis le premier né, j'ai un héritage à revendiquer !
- Tu l'as déjà eu, siffla Albator dans un sursaut de révolte. Tu as eu droit à toute l'ignominie de mon passé de Pirate ! J'aurais préféré que ce soit un hochet…
Anténor recula de quelques pas, s'étant saisi des pistolets fixés à ses cuisses, mais les gardant encore pointés vers le sol de sable gris pâle.
- Je n'ai effectivement pas choisi cette voie, mais je devais y survivre. C'est ce que j'ai fait. Et vous deux êtes responsables, les balafrés. En vous faisant disparaître à jamais, je libérerai ma destinée et je pourrai la poursuivre en choix libre ! Et je vais commencer par toi, espèce d'essaimeur à tout va ! Si tu ne laissais pas traîner ta queue tout partout, tu ne verrais pas un jour des fils venir revendiquer leurs droits à tout bout de champ ! Alguérande, pauvre cloche de trop gentil petit garçon. Les êtres comme toi ne devraient pas avoir une longue espérance de vie. Je vais soit te libérer de ton sort de candide débile, soit tu te joins à moi !
- Si les forces avaient été égales, mon Pharaon aurait eu sa chance face à ton Mégalodon !
- Je ne joue jamais à la loyale, c'est la meilleure façon de perdre ! ricana Anténor. Et je ne voulais certainement pas être défait face à toi ! Tu n'es que trop ressemblant à moi. Et il n'y aura jamais qu'un seul balafré à la chevelure fauve !
- Comment as-tu perdu ton œil ? jeta Alguérande qui se raccrochait à tout ce qui pouvait lui donner du temps pour trouver un moyen d'empêcher son aîné de trucider leur père !
- Rien de glorieux, ça ne mérite pas d'être relaté. Et trêves de verbiages, ça ne me distraira pas de mon objectif. Arandyll, cesse de te laisser impressionner et arrêter par ce freluquet androgyne trop blond et accomplis ce que tu m'as promis ! Démembre ce vieux Pirate !
- Je ne suis pas vieux !
Sans un frémissement, Pouchy développa encore son énergie bienfaitrice et apaisante, projetant ainsi le plus puissant des boucliers entre l'Arachné géant et son père.
- Saleté d'insecte, gronda Alguérande en rassemblant ses forces pour prendre appui sur sa paume droit et redresser son buste, ses jambes lourdes et insensibles sous lui.
Anténor se tourna vers son cadet.
- Je ne sais pas de quel conte d'horreur tu sors, et pourquoi tu as pu sortir ces ailes de feu avant qu'Arandyll ne te renvoie au tapis, mais j'ai bien l'intention de couper le fil de ton existence.
- Tu n'es que le dernier en date d'une longue liste, gronda Alguérande entre ses dents. Et ce n'est pas parce qu'on t'a lobotomisé en guerrier que je vais avoir pitié de toi, quoi que tu penses de mon petit cœur !
- Bien, je commencerai donc par toi. Te faire mourir devant notre père sera une satisfaction de plus !
- Algie, use de tes talents et sauve-toi ! pria Albator. Léllanya, Pouchy, emmenez-le en sécurité !
Mais semblant n'avoir prêté aucune attention aux derniers propos de son père, Alguérande fit jaillir ses ailes de feu, mais qui s'éteignirent presqu'instantanément au vu de son état de faiblesse.
Dans un sifflement rageur, Arandyll se précipita à nouveau sur celui qu'il avait déjà envoyé à terre et qui ne représentait malgré tout plus aucune menace.
- Pouchy ! Léllanya ! Faites quelque chose ! implora à nouveau Albator. Il n'a aucune chance, il n'a jamais eu autant besoin d'aide !
Léllanya secoua négativement la tête.
- Algie a choisi. Je ne vais rien faire.
Arandyll debout derrière lui, les griffes de ses pattes avant l'ayant à nouveau plaqué au sol, l'Arachné se redressa sur ses deux pattes arrière, faisant pivoter son abdomen pour faire jaillir son dard et le planter profondément au bas des reins du jeune homme qui hurla avant de s'évanouir.
