23.

Albator se tourna vers Léllanya qui ne bougeait pas, ses yeux gris presque perdus dans le vague.

- Et Anténor ? Quand tu t'es volatilisée avec lui, Guylette a appelé cette Oglèze pour nous récupérer, nous faire les premiers soins avant de s'occuper d'Algie. Toi, qu'as-tu fait de lui de ton côté ?

- Je l'ai emmené au Jardin Serein des Elites. Il dort. Je me demande si ce gamin a eu une seule entière et vraie nuit de sommeil depuis sa venue au monde !

- Tu ne vas pas lui trouver des excuses ! ? se récria Albator, choqué.

- Ne sois pas de mauvaise foi. Après tout, si mes victimes connaissaient la seconde chance qui m'a été donnée, elles sortiraient de leur tombe pour protester elles aussi ! Comme si je méritais un quelconque pardon ! Alguérande et toi êtes en première ligne pour le savoir, ajouta-t-elle tristement.

- Et qu'adviendra-t-il de lui ? interrogea encore Albator.

- Seul le temps le dira. Il ne veut pas être sauvé… Il va falloir beaucoup de patience pour trouver des bribes de fugitifs instants de bonheur pour lui rendre foi en sa vie, en un éventuel avenir… Rien n'est joué… Le mieux aurait été qu'Algie et toi ayez pu l'aider de vos expériences, mais il est bien trop tôt pour vous l'imposer également, sans compter que les trente-cinq ans d'Anténor sont devenus une réalité imposée en si peu de temps – vous avez également à le digérer. Je serai là pour vous aussi, si vous le désirez ?

- Chaque chose en son temps, pria le grand Pirate balafré. C'est bien trop frais pour nous aussi. Et nous l'avons payé au prix cher dans notre corps ! J'ai pu prendre Algie sous mon aile, mais c'était encore un tout jeune poussin malheureux, même si nous nous étions mutuellement tirés dessus ! Anténor est un adulte tellement plein de haine… Même mon propre père n'a sans doute pas eu aussi dur avec le Pirate noir qu'il a récupéré alors qu'il avait perdu un tout jeune homme idéaliste… Les aléas de ma destinée sont bien douloureux, pour tous ceux en faisant partie…

- Je retourne auprès des Sages, j'ai une longue tâche devant moi.

Albator la retint doucement par le bras.

- Toi qui savais tout pour ces deux frères. Qui était cette si jeune femme masquée que Lothar m'avait envoyée – songeant sans doute bien avant toi à obtenir un héritier de mes gènes, si j'avais su, j'aurais fait don de sperme dès le début, ça m'aurait évité bien des tracas ! ?

- A quoi bon le savoir ? C'était une jeune femme ambitieuse, qui voulait plus que tout un cuirassé pour devenir une Pirate renommée et crainte. Elle ne savait pas qu'il y avait d'autres voies de reconnaissance et de pouvoir. Elle a obéi à Lothar, est venue dans tes bras et s'est séparée du plus précieux en elle puisqu'à l'époque cela ne représentait rien pour elle, et même encore bien des années durant, seule la piraterie importait ! Elle ne savait pas. Tout comme Anténor, elle reproduisait un schéma, le seul qu'elle ait jamais connu !

- Mais, Alguérande. Lui, il n'a jamais…

Léllanya sourit.

- Alguérande est et a toujours été un cadeau des dieux. Nous avons à veiller sur lui. Maintenant, il va pouvoir sauver Alveyron et retrouver les siens. D'ailleurs, pars vite en avant, sinon ils vont tous mourir d'une attaque en le revoyant sans prévenir !

- Tu peux m'aider ?

- Oui, je te renverrai instantanément à Heiligenstadt, tu seras là juste avant lui !

- Encore une chose, l'arrêta Albator. Cette femme déterminée et inexpérimentée à la fois… Elle te ressemble beaucoup, non ?

- Elle était comme toutes les Pirates femelles aux ordres de notre Roi, fit simplement Léllanya en disparaissant.

Albator se tourna vers la Doc Mécanoïde.

- Ceux du Pharaon ? Le Pharaon lui-même ?

- Je ne sais pas. Je suis juste médecin !

Sur un cuirassé de guerre, le médecin responsable a la seconde position dans l'ordre d'autorité ! jeta sèchement le grand Pirate balafré. Et ce Mégalodon est privé de son capitaine pour une durée indéterminée !

- Je ferai transférer les prisonniers survivants à ton bord, capitaine Albator. Ce Gander Oxymonth aussi, il aura besoin d'une reconstruction quasi complète en usine. Quant à l'épave du Pharaon

- J'informerai le général Hurmonde d'envoyer un Remorqueur. Au vu de l'état du Pharaon, je doute qu'il soit récupérable, mais il ne peut pas rester ici ! Maintenant, prends Algie de vitesse et fais-moi rejoindre l'hôpital où se trouve Alveyron !

- Accroche-toi à moi, Albator.

- Tu vas arriver à le battre de vitesse ?

- Il dispose d'une énergie minimale, crois-moi, je te fais arriver à la chambre d'Alveyron bien avant lui !

Soulagé, Albator ne trouva néanmoins pas le courage de sourire.

Même si l'avenir immédiat du plus jeune semblait s'éclaircir, son propre passé demeurait ténébreux et préoccupant au possible !