24.

Dans le salon d'attente de l'appartement mis à la disposition de la famille pour veiller sur Alveyron dans la section des soins palliatifs, Salmanille patientait dans la perspective d'être éventuellement utile depuis que Madaryne avait rejoint le chevet du petit patient.

- Oh, Albator, je ne t'espérais plus, souffla-t-elle quand son mari apparut.

Elle se leva pour le serrer dans ses bras, ce qui le fit grimacer.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? ajouta-t-elle alors que du sang avait commencé à maculer la chemise de son mari en plusieurs endroits. Que t'a-t-on fait ? !

- Un piège quasi parfait. Mais je devais y plonger jusqu'au cou. Ça va aller, il faut juste que les blessures guérissent.

Salmanille mordilla ses lèvres sèches.

- Est-ce que tu reviens de façon si particulière avec un espoir pour notre petit-fils.

- Appelle Madaryne, je te prie.

- Elle ne va pas quitter le petit…

- Qu'elle vienne !

Bien que le ton de son mari ne lui plaise pas, Salmanille ne protesta plus une seconde, confiante. Et quelques instants plus tard Madaryne sortait de la chambre, plus pâle et décomposée que jamais.

- Albator, j'ignore si tu es revenu pour la fin d'Alfie ou pour lui donner un sursis ? avoua elle aussi la jeune femme.

- Il y a une chance, elle arrive. En revanche je dois vous prévenir, quant au porteur du remède. Vous ne l'attendez pas… Aucun de vous n'espérais plus. Mais je n'ai jamais voulu cesser d'y croire… Jamais, lui non plus n'aurait laissé tomber son petit garçon ! En revanche, il est encore en moins bon état que moi. Salma, il ne peut pas se déplacer, tu peux demander une chaise roulante, s'il te plaît ?

Mais les deux femmes se saisirent des poignets du visiteur de dernière minute.

- Non, tu ne vas tout de même nous dire… qu'il est revenu ? s'affolèrent-elles.

- Pour faire court, le Fantôme s'est arrangé pour faire disparaître toute trace de lui, ne les révélant que pour me jeter dans son piège. Alguérande est de retour, mais il aura encore grand besoin de temps pour récupérer de tout ce qu'il a enduré !

- Algie… chuchota Madaryne qui comme appréhendé semblait s'être prise un sacré coup de massue sur la tête, tout comme sa belle-mère qui se retrouvait elle sans voix !

Surgissant enfin, Alguérande arriva à son tour et son père n'eut que le temps de le soutenir avant que ses jambes ne le trahissent.

- Algie, tu vas sauver notre petit garçon ? gémit Madaryne.

- Oui.

- Mais comment ?

- Bonne question…


Madaryne ayant poussé la chaise roulante jusqu'au lit d'Alveyron, le jeune homme considéra un instant la gélule de poison dans sa paume, ainsi que son fils intubé et donc incapable de déglutir quoi que ce soit.

Repérant une armoire basse où se trouvait du petit matériel médical, Alguérande tendit le bras pour se saisir d'une seringue qu'il sortit de son emballage stérile, récupérant le liquide dans le gélule pour ensuite enfoncer l'aiguille dans l'un des embouts de la perfusion fixée au dos de la main de son rejeton.

Alveyron se raidit instantanément, s'arc-boutant littéralement dans son lit, souffrant visiblement de tout son corps.

- Alguérande, qu'as-tu fait ? s'affola la jeune femme.

- C'est normal. C'est le venin qui le fait réagir ainsi. Je suis passé par là. Patiente quelques secondes.

Alveyron parut s'illuminer de l'intérieur, ses joues retrouvant des couleurs, alors qu'il retombait plus paisiblement sur son lit sans plus exprimer de douleur tandis que les signaux sur les moniteurs revenaient à des niveaux rassurants.

- Notre petit garçon va vite aller mieux, assura Alguérande.

- Algie, se réjouit Madaryne en le serrant de toutes ses forces, ne croyant toujours pas à son retour, trop d'émotions se disputant son cœur.

Les yeux de la jeune femme s'emplirent de larmes alors qu'elle se tournait vers ses beaux-parents.

- Est-ce que les mois de tristesse sont vraiment finis ? Nous sommes à nouveau tous réunis ?

- Chaque chose en son temps, grogna Albator qui n'avait pourtant pas envie de gâcher la joie qui hésitait encore à s'exprimer.


Les portes de la chambre s'ouvrirent sur la pédiatre de garde alertée par les signaux surprenants de son petit patient.

- Veuillez tous sortir et laissez-moi procéder à des examens, intima-t-elle. Quant à vous, M. Waldenheim, je vais demander qu'on vous conduise en salle de soins, sinon vous allez finir par inonder de sang le sol ! Et vous, dans ce fauteuil roulant, qui êtes-vous ?

- Je suis le père d'Alveyron.

- Mais vous êtes mort ! protesta la pédiatre.

- Une fois de plus ou de moins à mon compteur, grinça le jeune homme en levant les yeux au plafond !