Hey ! Merci Hiyoru pour ta review x) Oui, Anguy est un gros crétin, mais ça, on le sait ! xD Et dommage pour toi, mais on ne verra pas vraiment Sandor dans ce chapitre...

Merci stephtvdiaries ! Un chapitre sera publié toutes les deux semaines, le mercredi plus précisément. COntente de voir que tu as déjà accro ! x)

Merci atiketook pour ton commentaire x) La suite arrive !

Re, Mizumiii ! x) Si tu as écrit une fic sur le Limier, je vais m'empresser de la lire (oui je suis fan de ce peso xD). Et oui, Thalia a une case en moins, un petit côté nympho, bref, on comprend tout de suite pourquoi elle sympathise avec les putes. Elle est cool. Et je suis ravie d'avoir la confirmation que c'est pas une Mary-Sue !

Salut Louve ! Oui, Dancy est un vrai perso du Trône de Fer, mais elle vient des bouquins, pas de la série TV. Sinon oui, le Limier est cool, ni bon ni mauvais, juste brutal et tabassé par la vie. Je l'aime beaucoup pour ça x)

Hello Avada-Sempra x) Une fan d'Harry Potter ? Avec un pseudo pareil, quand même... XD 'Fin bref, non cette fic n'est pas DU TOUT abandonnée, il y aura un chapitre toutes les deux semaines, le lundi si tout va bien (grâce à ma correctrice adorée). Ah ah, toi aussi tu te languissais de voir une fic avec un OC et Sandor, c'est cool x) Après une vingtaine de fic Sansan, j'en ai eu raz la casquette moi aussi de voir que la plupart des gens lui prêtent des tendances pédophiles. C'est une brute, un tueur, mais il a deux sous de morale quand même ! (même si j'avoue que c'est mignon de l'imaginer se soucier de Little Bird xD).

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Bref ! Me revoilà pour la suite des aventures de Thalia, qui n'a pas fini d'en baver (parce que c'est bien connu, les personnages de Game Of Thrones ne font que ça, en baver). Au programme : un nouveau travail, une rencontre avec un personnage bien connu des fans, et ceux qui ont lu les livres du Trône de Fer reconnaîtront le personnage d'Alia de Braavos !

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Chapitre 3

La séparation

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– Tu as tout claqué en six semaines ! s'époumonait Thalia avec fureur. Tout ton or ! Dix mille dragons d'or, est-ce que tu sais seulement ce que tu aurais pu faire avec ça ?!

Son œil au beurre noir avait presque disparu, et elle ne se déplaçait plus avec la raideur d'une petite vieille. Elle avait également repris le contrôle de ses nerfs dès le lendemain de son agression, et son assurance sarcastique était de nouveau là. En revanche, ses bleus étaient toujours bien visibles, et les doigts que Jamesie lui avaient écrasés mettraient encore quelques temps à retrouver leur habileté.

Anguy n'avait pas eu le temps de s'inquiéter de son aspect : dès qu'il avait mis un pied dans la chambre, sa sœur s'était mise à lui hurler dessus pour avoir dépensé tout son or. Mieux valait ça que lui hurler dessus parce qu'il l'avait laissée tomber.

– Tu ne vas quand même pas me dire que tu aurais préféré que j'achète un lopin de terre pour cultiver des carottes, se défendit son frère. Et puis, tu as eu un quart de mon prix !

Thalia s'adoucit un peu.

– Oui, c'est vrai. J'ai pu acheter quelques couteaux de lancer, et refaire mon stock de flèches. Une qualité superbe. Je pourrais clouer une mouche au mur à vingt mètres.

Anguy sourit, mais prit aussitôt un air coupable dès que sa sœur posa à nouveau les yeux sur lui, l'air sévère.

– Tu as trouvé du boulot ?

– Je pensais m'engager chez les Stark, confessa son frère. Si l'offre de la Main tient toujours, bien sûr. Ça me permettra de tirer sur tout ce qui bouge en toute légalité.

Et repartir à l'aventure sans elle, songea Thalia avec amertume.

– Très bien, engage-toi. Mais ne t'attire pas d'ennuis !

Le visage d'Anguy se fit soudain sérieux.

– C'est plutôt toi qui as l'air d'avoir eu des ennuis. Dancy s'est inquiétée de ne pas te voir cette semaine, mais je ne l'avais pas prise au sérieux…

– Tu ne prends jamais rien au sérieux, marmonna sa sœur.

– Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? insista Anguy.

Thalia soupira. Elle n'y couperait pas. Oh, elle ne comptait pas sur Anguy pour la venger : déjà, c'était fait, et ensuite, son petit frère n'était pas assez courageux pour ça.

– Un type qui m'en voulait d'avoir plus de couilles que lui. Il m'a coincée dans une rue, avec deux de ses copains.

– Trois contre toi ? s'effara Anguy. Est-ce qu'ils t'ont… ?

– Non. Pas eu le temps. J'en ai tué deux, et quelqu'un est arrivé à tuer le troisième. Mais comme tu vois, j'y ai laissé des plumes.

– Tu as eu beaucoup de chance, murmura Anguy.

– Ça c'est toi qui le dis, renifla sa sœur. J'ai bien cru que mon sauveur allait terminer ce qu'ils avaient commencé. J'étais à moitié à poil et désarmée… Je ne sais même pas pourquoi il s'est ravisé.

– Remercie les Sept qu'il l'ait fait, se contenta de dire Anguy. T'as besoin de quelque chose ?

– Une guérison accélérée, ironisa sa sœur.

– C'est pas dans mes moyens… Oh, tiens, au fait : voilà ta jaque, arrangée et lavée par Dancy. Elle m'a demandé de te la ramener.

Thalia s'empara du vêtement avec satisfaction. Propre, bordée de soie noire et brillante, la jaque avait beaucoup plus fière allure que quand elle l'avait achetée.

– Si tu n'as pas besoin de moi, j'y vais, dit Anguy avec hésitation. Je vais voir au palais si la proposition de Stark tient toujours. Je ne sais pas quand je reviendrai.

Un instant, Thalia ressentit une brève bouffée de colère. Elle veillait sur Anguy depuis qu'ils avaient quitté leur ville natale, alors qu'il avait huit ans, et elle quatorze. Et même avant cela, elle lui avait appris à tirer à l'arc, à lancer des couteaux, à se faufiler dans les ruelles de Dorne, à voler, à survivre. Elle l'avait emmené avec elle quand leur mère était morte, elle avait volé, menti et s'était prostituée de nombreuses fois pour qu'ils puissent manger. Elle l'avait élevé. Elle avait toujours été là pour lui.

Mais quand elle était blessée, quand c'était elle qui avait besoin de soutien, Anguy se dérobait. Cherchait du boulot, se cachait dans un bordel, dépensait son argent en putes. Anguy n'était jamais là pour elle.

Aussi soudainement qu'elle était apparue, la colère s'en alla, ne laissant que vide et découragement. Anguy n'était jamais là pour elle. Il ne serait jamais là pour elle. Elle n'y pouvait rien.

– Sois prudent, se contenta-t-elle de lui dire.

Anguy lui retourna un sourire éblouissant et, une seconde, au lieu du jeune homme dégingandé et inconscient, elle revit le petit garçon de huit ans aux grands yeux confiants.

– Toi aussi.

Il quitta la pièce, ferma la porte, et Thalia entendit ses pas décroitre dans l'escalier. Elle s'assit sur son lit avec un lourd soupir.

Depuis une semaine, elle restait cloitrée dans sa chambre, consacrant son temps entre le sommeil et d'épuisants étirements. Elle remerciait les cours de danse appris dans le bordel où elle avait grandi. Elle se souvenait de quelques mouvements, et le reste lui était revenu progressivement. Ça lui permettait de garder ses muscles en forme sans avoir à pratiquer d'exercices trop douloureux pour son corps meurtri.

Avec sa tête de femme battue, elle n'osait plus sortir. Dans ces conditions, il lui était impossible d'être prise au sérieux…. Et impossible de séduire un joli garçon. Adieu divertissements.

Mais aujourd'hui, elle se sentait assez en forme pour sortir. On ne voyait presque plus les marques de coups sur son visage, elle se déplaçait avec souplesse, et ses multiples hématomes seraient aisément cachés par sa cape. Il était temps de rassurer Dancy sur son sort.

Et si la prostituée la maquillait, Thalia pourrait éventuellement oublier son sort quelques temps dans le lit d'un inconnu.

Thalia se leva, et mit un pantalon en sautillant sur place. Puis elle échangea l'ample tunique qu'elle portait, et qui lui tombait quasiment aux genoux, contre une autre, plus ajustée, au-dessus de laquelle elle boucla une ceinture avec ses armes. Et elle glissa sa troisième dague, la plus petite, dans sa botte droite.

Cette troisième dague était de loin la plus utile de toutes.

En bas des escaliers, avant de sortir, elle tomba sur Tara. La patronne l'attendait devant la porte, bras croisés et l'air réprobateur.

– J'ose espérer que ta dernière sortie t'a appris la prudence, Archer.

– Ne vous inquiétez pas pour moi, sourit Thalia. Je vais juste voir une amie.

Et éventuellement boire et baiser comme une traînée. Les choses habituelles pour une fille comme elle. Mais Tara n'avait pas besoin de le savoir, aussi Thalia se contenta de lui sourire d'un air rassurant avant de sortir.

Sentir les rayons du soleil sur son visage lui fit un bien fou. Elle était une enfant du Sud, des plaines de Dorne, et rester cloîtrée à l'intérieur n'était pas dans sa nature.

Elle s'autorisa une seconde de pause devant le seuil de l'auberge de Tara, son visage béatement exposé au soleil, puis elle se secoua et se dirigea d'un bon pas vers le bordel de Chataya.

Elle croisa Alayaya dans le hall d'entrée. Il y avait toujours une pensionnaire de Chataya dans l'entrée, autant pour accueillir les clients que pour demander de partir à ceux qui n'avaient pas d'argent. Thalia faisait partie de la deuxième catégorie : elle était amie avec Dancy, mais tant que cette dernière ne l'invitait pas à discuter dans sa chambre, Thalia n'avait pas l'autorisation de dépasser le hall ni de déranger les clients.

Alayaya, cependant, n'était pas une hôtesse désagréable. Quand elle vit la jeune archère, son visage s'éclaira :

– Thalia ! Dancy était très inquiète pour toi.

– Honnêtement, je l'étais aussi, blagua l'archère.

Ce ne fut qu'à ce moment là qu'Alayaya sembla voir les marques de coups. L'œil au beurre noir de Thalia avait viré au jaune et n'était presque plus visible, mais en l'examinant de près, on voyait bien que la jeune femme avait été rouée de coups. Les yeux d'Alayaya s'écarquillèrent :

– Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

– Je me suis battue, fanfaronna Thalia. Contre trois hommes, et j'ai gagné. Ils n'ont même pas eu le temps de me violer, ces balourds.

– C'est une chance, fit Alayaya d'un ton sentencieux. S'ils t'avaient violée et que tu étais tombée enceinte, tu n'aurais pas…

– Aucune chance, la coupa Thalia d'un ton un peu brusque. Je suis stérile.

Quand le mestre l'avait examinée après que son dos ait été brûlé, il lui avait dit que son sang ne viendrait jamais, parce que son ventre ne pouvait pas porter d'enfant. Thalia s'était faite à l'idée qu'Anguy serait sa seule famille, et ce depuis qu'elle avait douze ans.

– Oh, marmonna Alayaya avec gêne. Je ne savais pas.

– Je ne te reproche rien, la rassura Thalia. Est-ce que tu sais si Dancy est disponible ? Je voulais lui dire bonjour.

– Elle est occupée en ce moment… Elle ne sera probablement pas libre avant demain matin.

Thalia grimaça, déçue.

– Dommage… Je voulais lui dire que j'étais désolée de l'avoir inquiétée. Je repasserai peut-être demain. Tu lui diras que je suis passée ?

– Je n'y manquerai pas, sourit Alayaya avec un clin d'œil. Et si tu vois ton frère, dis-lui qu'il nous manque beaucoup…

Thalia pouffa, amusée, tandis qu'Alayaya la raccompagnait à l'entrée. Elles se séparèrent sur le pas de la porte en échangeant quelques banalités, puis Thalia s'éloigna en direction des quartiers plus pauvres, tandis qu'Alayaya retournait à l'intérieur.

Thalia n'avait pas fait dix pas que quelqu'un l'apostrophait. Méfiante, elle se retourna, et vit s'arrêter devant elle un homme d'une trentaine d'années au teint basané et aux pommettes hautes. Elle sourit :

– Vous êtes de Braavos.

– Belle déduction, damoiselle, sourit l'homme.

Il était élégant, un léger sourire aux lèvres, ses yeux noirs brillants d'amusement. Il faisait presque une tête de plus que Thalia, mais il ne la regardait pas de haut, et son sourire était chaleureux. Il ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans, songea Thalia. Pas riche, mais soigné, et charmeur par-dessus le marché : tout à fait son genre.

– Mon père était de Braavos, offrit-elle. Je suis à moitié de votre pays.

Le regard de l'homme s'éclaira. Il était vêtu de vêtements qui avaient sans doute été de bonne qualité, mais usés il portait également une harpe sur le dos et une épée à la ceinture. Un ménestrel traversant une mauvaise période, en déduisit l'archère.

Le ménestrel s'inclina en une extravagante révérence :

– Alia de Braavos, ma dame, à votre service.

– Je ne suis pas une dame, s'amusa Thalia. Je suis Thalia, archère.

C'était le titre qu'elle préférait. Ça sonnait mieux que voleuse, putain ou même mercenaire. Alia se contenta de sourire :

– Puis-je me permettre de demander ce qu'une archère faisait dans un établissement tel que celui de la belle Chataya ?

– Je rendais visite à une amie, fit Thalia en plissant les yeux. Et toi, que faisais-tu en train de regarder la porte de l'établissement en question ?

Alia sembla embarrassé :

– J'ai tenté une approche, mais mes chansons ne m'ont pas permis de faire fortune dernièrement…

Thalia rit, amusée. Oui, cet Alia était tout à fait son genre. Et s'il n'avait pas pu approcher les pensionnaires de Chataya, Thalia était sûre de pouvoir lui proposer un arrangement… Il n'avait pas l'air rebuté par son air de déterrée.

L'archère s'étira, savourant le bref coup d'œil qu'Alia jeta à son corps, puis proposa :

– Je suis restée inactive un long moment. Ça ne vous dérange pas si nous marchons un peu ?

– Pas du tout. Je ne rechigne jamais à faire connaissance avec une jolie dame… Pardon, je voulais dire une jolie archère.

Thalia et lui s'éloignèrent donc de concert, discutant paisiblement tout en se lançant mutuellement des regards appréciateurs.

Thalia apprit ainsi qu'Alia avait trente-deux ans, possédait une voix de miel, que ses vers n'étaient pas terribles mais que la langue de Westeros rendait ses rimes maladroites assez charmantes, d'où sa décision d'exercer ses talents de ménestrel sur ce continent. Alia avait également pour religion le Dieu Multiface, dont Thalia était adepte. Mais ils ne discutèrent pas théologie, et la conversation dériva sur d'autres sujets.

Le Braavien s'inquiéta de la provenance des coups qu'avait reçus Thalia, qui lui raconta son aventure de façon très romancée. À l'entendre, elle avait tué deux hommes à l'arc, et s'était battue au corps à corps avec le troisième jusqu'à ce qu'elle lui plante un poignard dans le cœur. Loin d'être effrayé, Alia eut un sourire de loup et lui confia qu'il reconnaissait là l'âme d'une guerrière.

Leur discussion glissa vers les armes, tandis qu'ils quittaient les quartiers aisés. Thalia maniait l'arc, les couteaux de lancer, et savait plus ou moins utiliser un poignard. Alia la couvrit de louanges, avant de révéler qu'il ne savait se servir que d'une seule arme : la rapière, cette épée fine originaire de Braavos.

– Mon père venait souvent me rendre visite quand j'étais jeune, confia Thalia. Il se battait aussi avec une rapière. C'était, quel est le terme déjà… ?

– Un danseur d'eau, sourit Alia.

– C'est ça. Jusqu'à l'âge de douze ans, il m'en a enseigné les rudiments à chacune de ses visites. Mon frère était mort de jalousie.

– Il n'enseignait pas à ton frère ? s'étonna Alia.

– J'étais sa préférée, éluda Thalia. Mais visiblement, je ne l'étais pas assez pour qu'il m'emmène avec lui à Braavos.

Elario Adanel, son père, ne lui parlait pas souvent de sa vie à Braavos. Mais Thalia savait qu'il y était épéiste, qu'il était marié à une héritière qui gérait un commerce florissant, et qu'il avait quatre enfants. Durant son enfance, elle détestait et aimait à la fois ce père qui venait la voir mais finissait toujours par partir. Puis il y avait eu la brûlure au fer rouge, et elle s'était refermée sur elle-même. Quand il était revenu, quelques semaines plus tard, elle s'était violemment disputée avec lui.

Il n'était plus revenu la voir après ça.

– Si tu veux, je t'enseignerai quelques mouvements, lui proposa Alia. Je ne compte pas quitter Port-Réal de sitôt, et toi ?

– Je reste également quelques temps, confirma Thalia en souriant. Alors j'accepte ta proposition avec plaisir.

Ils continuèrent à discuter tout en marchant. Ils ramassèrent deux bâtons droits, et esquissèrent quelques passes et esquives. Thalia constata rapidement qu'elle ne s'en sortait pas si mal, mais qu'Alia était bien meilleur qu'elle. Ils laissèrent tomber leurs bâtons en riant, et reprirent leur chemin, chacun couvrant l'autre de compliments ou de taquineries.

Ils croisèrent Thoros et sa bande d'acolytes, à un carrefour. Ils étaient noyés dans la foule et Thalia se fit discrète. Le prête rouge et bedonnant ne la remarqua pas, pas plus que le reste de ses amis, et ils la croisèrent sans la voir. Ils parlaient forts et riaient beaucoup. Visiblement, ils s'étaient plutôt vite consolés de la mort de Galien. Leur ami était mort depuis une semaine à peine et déjà ils étaient repartis dans leur tournée des auberges.

Tant mieux, songea-t-elle alors qu'elle et Alia s'éloignaient. Elle n'avait pas envie de gâcher sa journée en leur expliquant son lien avec la soudaine disparition de Galien. Pas avant d'avoir mis Alia dans son lit, du moins.

Vu comme il la regardait, en tous cas, c'était bien parti.

La jeune femme ne se trompait pas. Au bout d'un moment, sans cesser de marcher à côté d'elle, le Braavien posa discrètement une main au bas du dos de Thalia, comme pour demander une permission. L'archère ne protesta en rien et Alia, encouragé, passa un bras autour de sa taille.

– Je connais une auberge pas très loin d'ici qui a des chambres avec une très belle vue, murmura-t-il à son oreille.

Thalia lui sourit doucement, ses yeux d'ambre à demi-clos.

– Vraiment ? Ce serait un plaisir d'admirer une telle vue…

En disant ces mots, elle parcourut lentement Alia du regard, de haut en bas, le déshabillant des yeux sans aucune pudeur. Le ménestrel déglutit sourdement, puis murmura d'une voix devenue plus basse et plus grave :

– Dans ce cas, je t'y emmène.

Thalia sourit avec satisfaction, tandis que le Braavien l'entraînait à travers les rues de Port-Réal. Elle était bien consciente de sa minceur, de ses courbes peu prononcées, de sa petite poitrine, et de ses cicatrices : mais malgré tout, elle était capable de faire tourner la tête d'un homme si elle le voulait. Et c'était extrêmement gratifiant de se sentir désirable.

L'auberge en question était assez quelconque, et le patron ne fit aucune difficulté pour leur céder une chambre pour une heure ou deux. Il leur donna la clef avec un sourire grivois que Thalia fit semblant de ne pas voir.

Après avoir monté les escaliers, où Alia resta derrière elle et où Thalia fut certaine que ce n'étaient pas ses pieds qu'il regardait, ils trouvèrent la chambre au bout d'un couloir. Une pièce confortable, avec une fenêtre qui donnait vue sur la maison d'en face. Thalia tira le rideau d'un geste théâtral, faisant sourire Alia :

– Tu as bien raison, ce n'est pas cette vue-là qui nous intéresse…

Thalia dégrafa sa cape, qui tomba au sol dans un bruissement feutré. Puis elle passa une main dans ses mèches courtes, les ébouriffant tout en souriant d'un air taquin.

– Exactement. Ce qui m'intéresse se trouve juste en face de moi. Alors, Alia de Braavos, montre-moi donc si tu es plus habile sur ce lit qu'avec une rapière…

Alia se fit un plaisir de l'agréer.

oOoOoOo

Thalia commençait à être à court d'argent. Hors de question d'en mendier à Alia. Tara était prête à lui faire une réduction du prix de sa chambre, mais pas à la loger gratuitement. La jeune femme se mit donc en quête de boulot.

Elle fut engagée comme coursier par un forgeron, afin de prévenir ses clients quand leur commande était prête : quand c'était une fille qui venait les avertir, lesdits clients étaient tout de suite plus attentifs.

Son métier de coursière l'amenait souvent à aller au palais afin de porter un message aux chevaliers. Elle y voyait Clegane, parfois. Souvent, même. Elle le saluait d'un signe de tête, qu'il lui rendait rarement, mais elle savait qu'il ne l'avait pas oubliée. Parfois, même, ils échangeaient quelques mots.

Thalia avait toujours été fascinée par le danger. Il n'était guère étonnant qu'elle soit intriguée par Sandor Clegane.

Mais bon, elle ne s'éternisait jamais à ses côtés : ce type était dangereux. Elle passait la plupart de son temps à cheval, un peu partout dans Port-Réal, traînant sur le chemin de ses courses.

Thalia n'aimait pas trop la forge. Le souvenir du fer rouge était toujours vif dans son esprit. Mais Thobo Mott, le forgeron, maîtrisait bien son art et avait prévenu Thalia qu'elle ne risquait rien tant qu'elle ne se fourrait pas dans ses pattes, ce que la jeune femme n'avait aucune intention de faire. Et peu à peu, elle s'habitua au fracas des marteaux et à la lueur rougeoyante des braises.

Thobo était un véritable escroc sur les prix de ses créations, mais il payait bien Thalia et la jeune femme n'avait pas à se plaindre. Elle n'était pas amie avec lui, néanmoins. Tobho avait un apprenti, Gendry, et c'était de lui que Thalia se sentait le plus proche. Sans doute à cause de leurs âges.

– J'aimerais bien savoir me battre, lui confia-t-elle un jour en examinant une épée qu'il venait de forger pour un jeune seigneur. Je sais tirer à l'arc mieux que personne, et égorger un homme par surprise avec une dague. Mais dans un véritable combat, où je ne pourrais pas compter sur la ruse, je n'aurais sans doute aucune chance.

Elle songea aux trois types qui avaient failli la violer. Elle ne pouvait pas compter sur Anguy pour la défendre, alors il fallait qu'elle puisse se battre par elle-même…

– Tu as peu d'occasions de te battre ici, fit remarquer Gendry. Et puis, tu es une femme.

Thalia fronça les sourcils, contrariée par le sous-entendu.

– Tu penses que ça me rend moins apte à manier une épée ? Je suis autant capable de me battre que toi, sinon plus. Dis-moi Gendry, combien d'hommes as-tu tué jusqu'ici, hum ?

L'apprenti forgeron s'empourpra, embarrassé :

– Je ne voulais pas…

– Je m'en fiche, coupa Thalia. J'aimerais juste me battre. La rapidité et l'endurance suffisent pour utiliser le style des danseurs d'eau, mais mon côté grosse brute adorerait manier une épée comme celle-ci.

Et elle se fendit d'un grand geste avec l'épée que Gendry venait de faire. Son geste était trop ample et un peu maladroit, réalisa-t-elle après coup. Tout à fait digne d'une fille qui n'a jamais pris d'épée.

Gendry avait dû le voir aussi, car il éclata de rire :

– Tu manques de muscles et de précision.

Thalia grogna de mécontentement, pouvant difficilement le contredire. Mais à sa grande surprise, Gendry continua d'un ton sérieux :

– Tu devrais te muscler les bras et les épaules, en soulevant des poids par exemple.

La jeune femme étudia le conseil quelques instants, puis décida qu'il était censé.

À partir de ce jour-là, elle participa au chargement et au déchargement des matériaux devant la forge. Elle fit des pompes tous les jours dans sa chambre, et mit un point d'honneur à venir chaque jour chez Thobo au pas de course afin d'améliorer sa résistance.

Auparavant, ça lui aurait paru inutile, superflu. Pourquoi chercher à se muscler davantage alors qu'elle pouvait très bien vivre sans ? Mais Anguy n'était plus là, toujours fourré chez les gardes, et cette séparation la blessait plus qu'elle ne l'aurait avoué. Elle devait non seulement devenir plus forte, mais aussi se trouver quelque chose à faire pour remplir ses journées. Pour éviter de penser au vide que laissait l'absence de son petit frère, pour éviter de penser qu'il était parti sans un regard en arrière, comme si elle ne comptait pas.

Ce ne fut qu'au bout d'une dizaine de jours qu'elle vit Anguy à nouveau. Elle sortait de chez Chataya, où elle avait discuté avec Dancy, et Anguy contemplait l'entrée du bordel d'un air mélancolique. Quand il la vit, il lui adressa, un bref sourire :

– Thalia ! Comment tu vas ?

– Bien. Je me suis trouvé du boulot. Et toi, tu te plais chez les hommes des Stark ?

– Ouais, pas mal.

Puis son groupe d'amis, un peu plus loin, le héla. Anguy lui dit au revoir distraitement, avant d'aller les rejoindre.

Ils n'avaient échangé que quelques mots, et Thalia se sentit étrangement blessée de voir qu'elle ne lui servait plus à rien. Anguy avait toujours été le centre de sa vie. Ça faisait mal de voir qu'elle n'avait jamais été qu'un satellite de la sienne. Vraiment mal.

Elle s'efforça de ne pas y penser.

Thalia et Alia continuèrent à se voir. Le Braavien devint « le régulier » de la jeune femme, qui délaissa donc momentanément sa quête quotidienne d'un mâle pour la distraire. Alia était un poète et un rêveur : si Thalia avait dû devenir amie avec lui, elle s'en serait très vite lassée. Heureusement, ce n'était pas la conversation de l'autre qui les intéressait. Ils se contentaient donc de partager leurs nuits, ainsi que quelques entraînements à l'épée, au style des danseurs d'eau.

Thalia voyait avec plaisir qu'elle égalait maintenant Alia en force physique. La technique était toujours meilleure que la sienne, mais au moins, elle tenait plus longtemps contre lui.

Deux semaines après sa brève rencontre avec Anguy, Thalia décida qu'il n'avait pas le droit de la traiter de cette manière et qu'il aurait au moins pu donner de ses nouvelles. Elle demanda donc après son frère à un des gardes du château, mais celui-ci l'informa qu'Anguy s'était porté volontaire pour une mission d'arrestation et avait quitté la ville.

L'archère réfréna son irritation. Il ne lui avait même pas dit au revoir.

Elle apprit également que Thoros était parti avec les hommes des Stark. Ainsi que plusieurs soldats qu'elle connaissait de vue ou de noms, la plupart membres de la bande de Thoros. Une sourde angoisse grandit en elle : une arrestation ne pouvait pas requérir tant d'hommes. Et surtout, une arrestation n'attirerait pas Thoros, connu pour sa soif d'aventure.

Mais quand elle interrogea les gardes sur le but réel de cette mission, ils se fâchèrent et la refoulèrent avec quelques insultes, qu'elle leur rendit bien. Ça n'apaisa pas ses craintes, au contraire.

– Tu n'es pas au courant ? s'étonna Alia quand elle lui raconta l'histoire.

Il baissa son bâton, la dévisageant avec une surprise évidente. Thalia, voyant que l'entraînement était interrompu, recula d'un pas et baissa son bâton elle aussi.

– Au courant de quoi ?

Thalia et Alia avaient pris l'habitude de s'entraîner au combat à la manière des danseurs d'eau, tous les jours, dans l'arrière-cour de l'auberge de Tara. Alia n'était pas excellent, mais il était bon, au moins. Et Thalia, avec sa longue expérience de la bagarre, des vols ou de l'utilisation du couteau, se révélait être une très bonne élève, appliquée et apprenant vite.

– Ça a fait grand bruit à la Cour, expliqua Alia. Et les ménestrels, dont je suis, sont toujours les premiers à avoir vent de ce qui fait grand bruit…

Thalia leva les yeux au ciel, blasée :

– Viens-en au fait.

Alia prit un ton pompeux, et déclara avec emphase :

– Lord Eddard Stark, la Main du Roi, a déclaré Ser Gregor Clegane, dit la Montagne, hors-la-loi. Il l'a destitué de ses titres et a envoyé cent-vingt hommes, dirigés par Ser Bédric Dondarrion, pour l'arrêter. Une trentaine de ses hommes sont aux Stark, je crois : ton frère doit être parmi eux.

Thalia eut l'impression qu'une pierre lui était tombée dans l'estomac.

– La Montagne ?

– La Montagne sans ses hommes, nuança Alia. Et sans le soutien des Lannister. Ils n'oseront pas s'opposer aux Stark.

Thalia émit un ricanement désabusé. Anguy et elle avaient assez voyagé pour savoir que les Lannister ne céderaient jamais rien à qui que ce soit… Elle jeta son bâton par terre, soudain écœurée. Anguy était parti. Parti sans elle, sans lui dire au revoir.

Parti là où elle ne pouvait pas l'aider.

– Je n'ai plus envie de m'entraîner, lâcha-telle en tournant les talons.

– Thalia !

Seul le bruit de la porte qu'on claque lui répondit.

Thalia se retrouva à déambuler dans Port-Réal, confuse et en colère. Son frère était un damné imbécile. La Montagne ! Sans rien lui dire !

Il aurait dû lui en parler. Elle serait venue. Elle venait toujours. Elle devait être là. C'était son rôle. Elle devait protéger Anguy.

Oui, depuis qu'il était né, elle le protégeait. Elle n'avait jamais eu d'autre rôle, d'autre utilité, d'autre souhait. Thalia n'avait jamais fait que ça de toute sa vie.

Elle le protégeait quand ce n'était qu'un bébé et que leur mère ne s'en occupait pas. Elle le protégeait quand c'était un petit garçon et que le propriétaire du bordel ne voulait pas de lui. Elle le protégeait quand c'était un enfant affamé qui vivait de vols. Elle le protégeait quand c'était un gamin en fuite, un gamin recherché, un gamin perdu. Puis quand ça avait été un adolescent énamouré, volage, dépensier, insouciant, inconscient.

Elle l'avait toujours protégé. Comme une évidence, depuis l'instant où elle avait vu le bébé dans les bras de sa mère, elle avait su qu'il fallait qu'elle le protège. Parce qu'il était son frère, sa famille, son clan, sa Maison.

Elle le protégeait sans rien demander en retour, jamais. Elle râlait quand il dépensait inconsidérément son argent, mais ne l'empêchait jamais de tout claquer. Elle chassait, volait, tuait ou se prostituait pour gagner sa vie, leur vie, et jamais il ne lui avait dit merci. Le pire, c'était qu'elle ne voulait pas qu'il lui dise. Ça allait de soi qu'elle le protège, ce n'était pas quelque chose pour laquelle elle avait besoin d'être remerciée.

Elle avait été marquée au fer rouge parce qu'elle avait volé de quoi nourrir Anguy un jour où il avait faim. Elle avait souffert plus que jamais. Anguy s'était inquiété pour elle, mais il ne lui avait jamais dit qu'il était désolé.

Thalia s'en fichait. Elle ne lui en avait jamais voulu.

Et il était parti. Il était parti sans elle, il était parti tout seul se battre. Elle ne pouvait plus le protéger, là où il était. Elle ne savait même pas où il était… Elle aurait dû le voir venir. Après tout, cela faisait des semaines qu'il ne donnait pas de nouvelle. Elle aurait dû s'en douter.

Il était parti.

Il l'avait abandonnée.

Elle s'arrêta, respirant profondément. Une boule lui nouait la gorge, et elle ferma les yeux une seconde, cherchant à apaiser les battements frénétiques de son cœur. Elle se sentait comme si elle allait fondre en larmes. Mais non, elle ne pleurerait pas.

Elle ne pleurait jamais.

Elle revint à l'auberge de Tara le lendemain, après avoir passé la nuit à boire et être tombée endormie dans un coin. Alia revint et ils renouèrent avec leur relation, basée sur l'entraînement à l'épée et quelques nuits torrides, mais Thalia prit l'habitude de passer ses journées seules, rôdant autour du palais dans l'espoir d'apprendre des nouvelles.

Elle savait qu'elle était pathétique. On aurait dit un chiot qui avait perdu sa mère, et qui tournait en rond là où elle l'avait égaré. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.

Anguy lui manquait, c'était comme une douleur physique. Il avait toujours été là, plus important que tout le reste. Plus que leur mère, plus que l'argent, plus que le Serpent Langoureux et toutes ces leçons de bonnes manières et de séductions qu'elle recevait en attendant de devenir putain comme sa mère. Plus que tout. Il était sa famille. Sa meute. Et il n'était plus là, et ça faisait mal.

Elle se noya plus que jamais dans l'exercice physique. Gendry s'inquiéta de sa santé, mais elle l'envoya paître et le jeune apprenti se mura dans un silence boudeur.

Les choses commençaient à s'agiter dans la capitale. Une rumeur disait que la Main avait été attaquée en sortant de chez Chataya. Thalia n'y croyait guère : Eddard Stark transpirait l'honnêteté et la fidélité par tous les pores de sa peau. Il ne serait jamais allé aux putes.

– Il n'est pas allé voir une pensionnaire, lui dit Dancy avec amusement quand Thalia lui fit part de ses pensées. Il venait voir la bâtarde du roi Robert, probablement pour s'assurer qu'elle vivait bien. La précédente Main a fait de même.

– C'est très… Généreux.

Thalia ne savait pas quoi dire d'autre. En fait, elle était un peu dubitative. Pourquoi la Main irait se soucier d'une bâtarde royale ? Il y avait déjà des enfants légitimes pour prétendre au trône.

Elle cessa bien vite de s'en préoccuper. Un sourd malaise planait sur la ville depuis que Stark avait envoyé ses hommes à la poursuite de la Montagne. Au départ, Thalia pensait que ça venait seulement d'elle, parce que son frère était parmi les soldats. Mais c'était beaucoup plus complexe que ça.

Le nombre de soldats avaient augmenté dans les rues. Personne ne l'avait reliée au meurtre de Galien et ses complices, mais voir les hommes du Guet la rendait quand même nerveuse. Et ils avaient tous l'air de vouloir se faire remarquer le plus possible, parlant fort et riant grassement, toisant la foule avec hauteur. Comme s'ils voulaient avertir les gens de ne pas moufter.

Thalia vit plusieurs fois le Limier dans des tavernes, mais elle ne tenta pas de s'installer à sa table : il avait l'air terriblement en rogne. Néanmoins, à en juger par la fréquence à laquelle elle le voyait dans la taverne où elle l'avait rencontré la première fois, elle comprit rapidement que l'Oiseau Moqueur était son lieu de beuverie préféré.

Et Anguy ne revenait toujours pas.

La mauvaise humeur croissante de Thalia semblait contaminer toute la capitale. À moins que cette atmosphère pourrie vienne d'ailleurs, et que ce soit elle qui l'ait contaminée. Tara était inquiète. Thobo criait tout le temps. Gendry se murait dans le silence. Dancy avait l'esprit ailleurs.

Thalia aimait de moins en moins cette ville de merde.

Alia de Braavos, dont les chansons étaient assez au goût des courtisans, chanta une fois à portée d'oreille de la reine Cercei et fut invité au château. Il passa plusieurs jours à s'en vanter auprès de Thalia, jusqu'à ce que celle-ci craque et le mette à la porte. Alia ne se laissa pas faire, bien sûr, et ça dégénéra très vite en bagarre.

Alia finit par s'enfuir, un œil au beurre noir et sa fierté sacrément amochée. Thalia resta maîtresse de champ de bataille, et l'agonit d'injures tout le temps qu'il remonta la rue en courant.

Le lendemain, Gendry vit un imposant bleu sur le bras de Thalia et s'en inquiéta. La jeune femme râla quelque peu mais, mise de bonne humeur par l'occasion de se vanter de sa force, lui raconta l'histoire et conclut par :

– Il n'était pas si doué que ça de toute façon.

– Si la reine veut l'entendre chanter, il est doué, objecta Gendry.

– Oh, je ne parlais pas de cette habilité-là…

Gendry cligna des yeux avec incompréhension, et Thalia gloussa. Gendry était jeune, sans doute pas plus de dix-sept ans. C'était tellement amusant de le taquiner…

– Mais tu l'as carrément rossé, sourit Gendry en revenant au sujet principal. Tu lui as fichu une raclée, et tu es une femme !

– Merci d'avoir constaté l'évidence. Oui, je suis une femme et je lui ai collé de beaux gnons. Je me suis musclée, gamin. Regarde ça !

Elle attrapa un lourd marteau, utilisé pour marteler le fer chaud, et esquissa le geste de frapper un ennemi invisible. C'était toujours assez difficile de manier un tel poids, mais elle y arrivait avec beaucoup plus d'aisance que lors de son entrée à la forge.

– Pas mal, la complimenta Gendry. Si tu avais une épée, à présent, tu pourrais te défendre. Bien sûr, tu manques d'entraînement, mais tu es forte.

Thalia sourit, plus touchée par le compliment qu'elle ne voulait l'admettre. Gendry lui rappelait Anguy par sa franchise. Mais Gendry était silencieux, attentif et gentil. Anguy était une grande gueule, totalement centré sur son nombril et sur sa queue.

Ça devait être de famille.

– Combien coûte une épée ? s'intéressa Thalia.

Gendry jeta un bref coup d'œil à son maître pour vérifier qu'il n'écoutait pas, puis se pencha vers la jeune femme et répondit à voix basse :

– Une épée de bonne qualité vaut dans les dix dragons d'or. Je pourrais t'en faire une adaptée à ta taille et à ta corpulence à ce prix-là, mais Thobo te la vendrait quinze dragons…

– Sale escroc, marmonna Thalia. Mais tu pourrais la forger ?

– Bien sûr, fit Gendry d'un air offensé. Pour qui tu me prends ?

Thalia ricana, amusée par l'expression faussement outrée du jeune apprentie, mais elle fut coupée par l'intervention du propriétaire de la place :

– Cesse de fourrer tes seins sous le nez de mon apprenti, aboya Thobo. J'ai un message à faire délivrer à lord Meryn Trant !

Gendry rougit si violemment qu'on aurait dit qu'il allait prendre feu. Thalia, elle, se contenta de rire en secouant la tête :

– Oh, ne vous inquiétez pas, maître Mott. J'aime les hommes expérimentés : en dessous de vingt-cinq ans, ce sont des idiots maladroits et totalement insatisfaisants.

Elle traversa la boutique en roulant des hanches, et Thobo leva les yeux au ciel.

– Pourquoi t'ai-je engagée déjà ?

– Parce que je suis la meilleure ?

Elle enfourcha d'un bond la jument que Thobo lui prêtait pour ce boulot, et attrapa le message que le forgeron lui tendait. Elle prit le temps de le lire, sourcils froncés, avant de le glisser dans sa poche. Elle lisait très mal et elle détestait ça, certes. Mais ça lui permettait de pouvoir annoncer un motif à sa venue quand elle tapait à la porte d'un lord.

– Une armure neuve ? Eh bien, il ne se refuse rien, Ser Meryn !

Thobo renifla d'un air amusé :

– Si ça peut faire marcher les affaires… Allez, dépêche-toi, Archer !

Thalia esquissa un bref salut, puis fit volter la jument et se fraya un chemin parmi la foule en direction du château. Elle aimait bien apporter les commandes là-bas : non seulement elle y apprenait souvent quelques potins amusants, mais en plus elle y voyait des visages connus. Des gardes, des prostituées, des espions… Thalia ne savait pas toujours pour qui ils espionnaient, cela dit. Oh, et bien sûr, elle avait l'occasion de voir le Limier, et la dangerosité qui émanait de lui…

Ce jour-là, pourtant, elle ne réussit pas à entrer au château. À la porte, les gardes semblaient agités, et ils croisèrent leurs lances pour l'empêcher de passer. Thalia retint sa jument, qui renâclait, et fronça les sourcils :

– J'ai un message pour Ser Meryn Trant !

– Ça devra attendre, fit un des gardes d'un ton rogue.

Thalia l'observa quelques secondes, puis le reconnut. Il accompagnait parfois Thoros dans ses beuveries. Un bon bougre, et très bavard…

– Qu'est-ce qu'il se passe ? interrogea-t-elle.

Les deux gardes se regardèrent, puis l'ami de Thoros finit par soupirer.

– Le roi est mourant.

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A suivre.

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