Salut !
Merci Guest, qui n'a pas laissé son nom x) Je suis contente que cette fic plaise autant, et j'essaie de rester au maximum dans le script de base. Donc voilà, j'epsère que trouvera les aventures de Thalia "géniales" pendant un moment ! x)
Salut Mizumiii ! Oui, j'ai lu ta fanfic et le début est prometteur, je me demande bien qui est cette fille et d'où vient son aplomb formidable x) La relation entre Thalia et Sandor avance très lentement et ne t'attend pas à une folle histoire d'amour, ils sont bien trop amers et méfiants tous les deux pour ça... Mais un lien qui se renforce progressivement, ça a déjà plus de sens. x)
Bref !
Bon, pour une fois, je n'ai pas l'intention de (trop) torturer Thalia. Ni personne en fait. Je devais être droguée quand j'ai écrit ce chapitre... Enfin bref, amusez-vous bien ! x)
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Chapitre 5
Lysan Amantis
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Environ un mois après cette soirée, cependant, la routine vola en éclat.
Tout d'abord, la Main du roi fut décapitée un après-midi. Thalia ne travaillait pas à ce moment-là, et se trouvait dans une auberge, en train de faire des galipettes avec un jeune noble fauché au sourire avenant. Tous deux n'apprirent la nouvelle qu'en sortant de leur chambre, et le nobliau regretta de ne pas être allé voir Eddard Stark se défendre. Lui et Thalia se rendirent tous les deux au Septuaire de Baelor le Bienheureux, et y furent juste à temps pour voir la tête de Stark, plantée sur une pique tenue par Ilyn Payne, se diriger vers le Donjon Rouge.
Thalia renifla avec mépris. Il semblerait qu'Eddard Stark ait bien été un traitre en fin de compte, c'était maître Mott qui avait eu raison. Il allait exulter quand elle le lui dirait.
Elle n'eut pas le loisir de le faire. Le lendemain, quand Thalia se rendit à la forge, Gendry n'y était pas. Elle parcourut l'échoppe du regard, étonnée, et Thobo finit par grommeler qu'il s'était violement disputé avec le garçon et l'avait renvoyé.
Évidemment, Thalia traita Thobo de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables, se fit virer aussi, cracha aux pieds du forgeron et s'en alla à grands pas à la recherche de Gendry. Elle l'aimait beaucoup, ce gamin, elle ne pouvait pas le quitter comme ça.
Durant toute la matinée, elle rôda autour des différentes forges. Gendry était né bâtard, il n'avait rien d'autre au monde que son talent, et il ne voulait rien d'autre que l'exploiter. Il s'était forcément engagé quelque part.
Mais partout où elle demandait, on lui répondait que personne n'avait été embauché. Thalia commençait à s'inquiéter. Et s'il était parti sans prévenir, comme Anguy ? Et s'il lui était arrivé quelque chose ?
– Thalia !
Elle s'arrêta au milieu de la place, cherchant du regard celui qui l'avait apostrophée, et son visage s'éclaira en voyant Gendry se frayer un chemin à travers la foule pour la rejoindre.
– Gendry ! Je te cherchais !
– Tu ne devrais pas, soupira l'apprenti forgeron. Thobo va-t'en vouloir.
– Oh, il m'a déjà mis à la porte. Je m'en moque, je trouverai un autre boulot : personne ne résiste à mon charme. Mais toi, Gendry…
Le jeune garçon haussa les épaules d'un air fataliste.
– J'ai rencontré un recruteur de la Garde de Nuit. Je pars au Mur aujourd'hui…
Thalia en resta sans voix. La Garde de Nuit ! C'était si loin, si froid, si dangereux… Et Gendry était encore si jeune. S'il allait là-bas, elle ne le reverrait jamais…
Devant son silence, Gendry se tortilla, mal à l'aise, et finit par dire gauchement :
– Je suis content que tu sois venue. J'avais peur de… De ne pas pouvoir te dire au revoir.
Thalia sourit en retour, même si elle sentait son cœur se froisser comme un vulgaire bout de papier. Gendry allait partir loin, très loin d'ici, et ça lui tordait le ventre.
– J'imagine que je dois te dire adieu, alors…
– Au revoir, rectifia Gendry d'un air farouche. Un adieu, c'est trop définitif. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve.
Thalia rit et, soudain, l'enlaça et le serra contre elle. Gendry marqua un temps d'arrêt avant de lui rendre son étreinte.
– Tu vas me manquer, soupira Thalia en le relâchant. Qui s'entraînera avec moi désormais ?
– Oh, à ce propos…
Gendry agita sa main droite, dans laquelle il tenait un objet assez long et enveloppé dans un tissu grisâtre. Les yeux de Thalia s'arrondirent alors que l'apprenti forgeron ôtait le tissu, révélant une épée nue.
– Non, souffla-t-elle. Gendry, c'est…
– Ton épée, fit le jeune homme avec fierté. Je l'ai achevée juste à temps. Elle est adaptée à ta taille et à ton poids, mais assez commune pour s'ajuster au style que tu adopteras au cours des années. Je n'ai pas de fourreau, mais ça, tu pourras t'en fournir un… Oh, et regarde le pommeau !
Le pommeau était large, circulaire, comme un gros anneau de métal. Au lieu de l'avoir laissé vide, comme un anneau, Gendry y avait incrusté un morceau de verre ambré de la taille d'une pièce d'or. Comme l'anneau était plus large que le morceau de verre, il ne risquait pas de s'éclater au sol.
– C'est une touche personnelle, sourit Gendry. La couleur de tes yeux. Cette épée est unique, comme ça.
– Tu devrais la garder, bafouilla Thalia en observant cette merveille avec incrédulité. Pour le Mur, les sauvageons, tout ça…
Gendry haussa les épaules, et dit simplement :
– Je l'ai faite pour toi.
Thalia en avait presque les larmes aux yeux. Elle aurait voulu offrir quelque chose à Gendry en retour, mais elle n'avait rien…
Comme s'il avait deviné ses pensées, Gendry lui adressa un franc sourire :
– Tu ne me dois rien. Tu es mon amie, et je n'ai pas eu beaucoup d'amis… Ça les rend encore plus précieux.
– Un jour, j'irai au Mur, promit Thalia. On se reverra.
– On se reverra, fit Gendry en écho.
Ils se regardèrent quelques secondes en silence, une sourde détresse les étreignant à la pensée de leur séparation imminente. Puis un homme vêtu de noir, suivi d'un garçon maigrelet, apparut sur la place et ordonna d'une voix forte le départ pour le Mur. Gendry ramassa son maigre bagage, et cala son heaume de taureau sous son bras.
– Au revoir, Thalia.
– Au revoir, Gendry, dit doucement l'archère. Prends soin de toi.
Le jeune forgeron lui adressa un petit sourire en la dépassant, puis emboita le pas au cortège qui s'ébranlait. Au passage, il empêcha deux garçons de s'en prendre au gamin maigrelet ramené par l'homme en noir, et Thalia ne put s'empêcher de sourire.
C'était tellement typique de Gendry.
Avec un soupir, elle se détourna, et s'éloigna en direction du cœur de la ville.
Thalia passa le reste de la journée à chercher du travail et à broyer du noir. Elle n'eut guère de succès : les gens étaient bien trop accaparés par la nouvelle de la mort de la Main. Elle put néanmoins s'acheter un fourreau de cuir pour son épée.
En tendant l'oreille, la jeune archère entendit le récit de l'évènement qu'elle avait manqué : Eddard Stark confessant sa trahison, et ensuite exécuté sur ordre du roi Joffrey.
Elle en resta stupéfaite. Est-ce que Joffrey ignorait que le Nord s'était soulevé depuis que la Main avait été emprisonnée ? Est-ce qu'il pensait réellement qu'il pouvait gagner une guerre contre le Nord ? Car il y aurait une guerre, c'était certain.
Thalia avait beaucoup voyagé avec Anguy. Elle savait que les Lannister n'étaient pas entourés d'amis loyaux. Dorne les haïssait depuis que la Montagne avait tué la princesse Elia et ses enfants. Le Nord se méfiait d'eux depuis que Ser Jaime avait trahi ses vœux en tuant le roi Aerys. Et les Baratheon ne manqueraient pas une occasion de s'opposer à eux, par principe… Oui, Joffrey avait fait une erreur monumentale en décapitant lord Stark.
Plus rien ne retenait le Nord fou de rage. Ce n'était pas le fait de savoir deux petites filles en otage qui allait empêcher les bannerets des Stark de réclamer vengeance.
Thalia rumina ces sombres pensées, se demandant si la guerre tarderait à éclater, si elle devait quitter la ville… Et dans ce cas, pour aller où ? S'engager dans une armée ? S'il y avait eu Anguy avec elle, elle se serait engagée avec joie pour le suivre. Mais, là, toute seule… Non, elle n'avait pas envie de se soumettre à un roi, qu'il fut du Nord ou du Sud.
Elle était comme un loup solitaire, sans meute ni maître.
Cette pensée la fit ricaner toute seule, tandis qu'elle flânait près d'une marchande de fruits et tendait l'oreille pour en apprendre plus sur l'exécution de la Main. Une phrase, cependant, attira son attention :
– La petite Stark s'en est évanouie, racontait la vieille femme avec excitation. Il paraît qu'elle avait supplié le roi Joffrey d'épargner son père !
La petite Stark ? Thalia marqua un temps d'arrêt. N'y avait-il pas deux petites Stark ?
Thalia prêta d'avantage l'oreille aux descriptions de la scène, mais toutes concordaient sur ce point : il n'y avait eu que Sansa Stark, la promise de Joffrey, à l'exécution de la Main. Arya Stark, la fille cadette du traître, avait disparu. Enfermée dans un cachot ? Peu probable : les Lannister aimaient exhiber leur pouvoir, et ils lui auraient permis d'assister à l'exécution. Alors… Était-elle morte ? S'était-elle enfuie ?
Thalia ressentit une bouffée d'excitation. Si la petite Stark s'était enfuie, celui qui la ramènerait toucherait une bonne prime… Serait-ce les Stark ou les Lannister qui paieraient le plus ?
Hum. Sauf qu'elle ne savait même pas à quoi ressemblait la petite Stark et donc que ses chances de l'attraper étaient totalement nulles. Les épaules de Thalia s'affaissèrent. Encore un moyen de se faire de l'argent qui s'envolait…
Thalia soupira de sa propre bêtise. Le Nord allait partir en guerre, Port-Réal allait donc se remplir de réfugiés terrifiés, et elle allait avoir encore plus de mal à assurer sa propre subsistance. Et elle était seule, toute seule, sans Anguy, sans travail, sans Gendry. Hors de question de rêvasser à ce genre de quête irréalisable. Elle avait besoin de quelque chose concret, pas d'une chimère.
Elle pouvait se prostituer, en dernier recours, mais cette solution ne l'enchantait guère. Coucher avec quelqu'un devait être un plaisir, quelque chose fait de sa propre volonté. Ça n'avait pas la même saveur si on le faisait pour survivre.
Elle pouvait accomplir de menus travaux : porter des messages, aider au chargement des bateaux sur les docks… Mais ça ne durerait qu'un temps. Il lui fallait un vrai employeur, sinon, quand des réfugiés se présenteraient et proposeraient des tarifs bien inférieurs à la normale, Thalia se ferait virer sans le moindre état d'âme.
La jeune femme était plus encline à se servir de ses talents à l'arc et à l'épée. Se faire engager comme garde, ou mercenaire. Mais elle était une femme, et quel homme prendrait une femme-guerrière au sérieux ?
Thalia, comme souvent lorsqu'elle avait un problème, s'en ouvrit à Dancy. La prostituée l'invita dans sa chambre, fronçant les sourcils devant la gravité de l'affaire. Alors que Thalia se laissait tomber sur une chaise recouverte de velours violet, Dancy s'assit sur son lit d'un air songeur :
– Tu pourrais t'engager comme garde du corps pour la fille ou la femme d'un seigneur paranoïaque. Souvent, ils soupçonnent d'extravagantes liaisons entre leur femme et son gardien.
– Et souvent, ils y remédient en mettant un homme de confiance comme gardien, objecta Thalia. Et je ne suis pas quelqu'un de confiance, je m'appelle Sand, je te rappelle.
– Ce n'est pas parce que tu es une bâtarde que…
– Je suis une bâtarde de Dorne, et les gens n'aiment pas les Dorniens ici, c'est un fait.
Dancy grimaça, vaincue par l'argument. Les deux femmes restèrent songeuses un long moment, puis Dancy se redressa soudain :
– J'ai trouvé !
– Je t'en prie, éclaire-moi de tes lumières…
– Amantis.
– Pardon ? fit Thalia en clignant des yeux.
– Lord Amantis vient de Dorne. Il n'est jamais venu chez Chataya, mais un de mes clients m'en a parlé et… Bref. Lord Amantis a un fils, qui doit avoir une quinzaine d'années et que son père garde loin de la cour parce qu'il est trop… Indiscipliné.
– Oh joie, un petit sauvage ! rit Thalia. Mais qu'est-ce qu'il te fait croire qu'il m'engagera, moi et pas un homme ?
– Parce que lord Amantis est réputé pour avoir un grand respect envers les femmes, et une grande méfiance envers les hommes. C'est un Dornien. Tu devrais tenter ta chance.
Thalia haussa les épaules. Elle quitta Dancy un peu plus tard, sans avoir promis d'aller voir ce noble Dornien. Au soir, elle se rendit plutôt dans une taverne, où elle but pour oublier que Gendry était parti tout comme Anguy, et où elle termina dans le lit d'un type dont elle ne connaissait même pas le nom.
Le lendemain matin, elle se sentait pourtant toujours aussi seule.
Elle décida qu'elle n'avait rien à perdre, et se renseigna sur les Amantis. Il s'agissait d'une petite noblesse, qui ne possédait ses titres que depuis trois ou quatre générations. Le lord Amantis de Port-Réal s'appelait Cyan et était le frère cadet du Lord Amantis qui administrait ses terres à Dorne et qui s'appelait Lorcan.
Messire Cyan Amantis, peu fortuné, avait visiblement passé sa vie à se cultiver en voyageant partout et en étudiant auprès des meilleurs savants. Il était veuf depuis cinq ans, et s'était établit à Port-Réal depuis six mois. Il avait un fils de quatorze ans, et une fille de huit ans. Tous les deux, ayant grandis trimballés dans les voyages et négligés par leur père, avaient adoré leur mère, et avaient été très marqués par sa mort. Le fils était devenu rebelle, et la fille s'était repliée sur elle-même et ne sortait jamais. Ils se méfiaient beaucoup des étrangers, sans doute parce que le type d'homme qu'on engageait à Port-Réal était du genre brutal… De ce fait, les serviteurs des Amantis étaient très peu nombreux. Un soutien serait le bienvenu.
Thalia décida de tenter sa chance. Une maison de petite noblesse venant de Dorne accepterait plus facilement une guerrière comme elle… L'archère se renseigna donc afin de trouver la demeure de lord Amantis. Elle s'y présenta sous le nom de Thalia Sand : être une bâtarde, par les temps qui courraient, était moins dangereux que d'être la sœur d'un homme des Stark. Même si elle doutait qu'Anguy se soit illustré, on n'était jamais trop prudent.
Et un nom proclamant clairement ses origines Dorniennes l'aiderait peut-être à avoir ce boulot.
Lord Amantis logeait dans une des magnifiques demeures où les invités royaux avaient leurs quartiers, mais lui-même était sobrement habillé de noir et avait perpétuellement un air sérieux sur le visage. Dès qu'elle le vit, Thalia lui trouva l'air distant et grave qu'ont les gens frappés par un drame qui n'arrivent pas à retrouver goût à la vie.
Lord Amantis écouta ce qu'elle avait à dire sans broncher, puis appela une servante. Avant de quitter Thalia, il se contenta de lui dire :
– C'est mon fils Lysan qui décidera si vous lui convenez. Et si c'est le cas, vous avez toute latitude pour le canaliser.
Thalia le suivit des yeux tandis qu'il quittait la pièce d'un pas mesuré, le dos droit et l'expression digne. La servante adressa un sourire encourageant à la mercenaire :
– Il n'est pas très loquace, mais c'est quelqu'un de bien.
– Vous êtes de Dorne vous aussi ? sourcilla Thalia en entendant les accent chantants dans la voix de la servante.
Cette dernière rit, et acquiesça avant de guider Thalia à travers la maison :
– Oui. Je suis au service de lord Amantis depuis plus de vingt ans. C'était un homme plus enjoué, avant. Mais depuis la mort de sa femme il y a cinq ans, quelque chose a changé en lui.
– C'est compréhensible, fit pensivement Thalia.
La solitude est si lourde quand notre clan nous abandonne. Malgré l'alcool tous les soirs et le rythme trépidant de ses journées, Thalia sentait toujours ce vide dans sa poitrine depuis le départ d'Anguy. Depuis son abandon.
– Que voulait-il dire par « canaliser » son fils ? demanda-t-elle.
– Lysan n'a pas vraiment besoin d'un garde, fit la servante avec hésitation. Il a besoin de quelqu'un qui l'aidera à… Dompter sa nature fougueuse. Lord Amantis ne s'est jamais occupé de son éducation, c'était sa mère qui s'en chargeait. Et depuis sa mort… Lysan se conduit comme un garçon du peuple, sans aucun égard pour ses responsabilités. Il fuit.
– Son garde du corps devra le protéger des autres mais aussi de lui-même ? lâcha Thalia en haussant les sourcils. Eh bien, ça promet…
La servante conduisit Thalia jusqu'à l'écurie attenante à la maison, où deux palefreniers, un adolescent et un vieillard, pansaient un hongre palomino et une jument noire. Thalia ne put s'empêcher de s'arrêter, admirant les deux bêtes.
– Ce le palomino vient de Dorne, n'est-ce pas ? Petit et taillé pour la vitesse…
Le plus jeune des deux palefreniers leva la tête de son travail et la dévisagea effrontément :
– Vous vous y connaissez en chevaux ?
– Sans doute moins que toi, s'esclaffa Thalia. Je suis juste admirative.
Cette phrase eut l'air de ravir le jeune garçon. Il était de taille moyenne, presque maigre dans ses vêtements crottés. Il avait un visage malicieux, aux traits doux et taquins, et des yeux d'un bleu turquoise surprenant. Ses cheveux étaient mi-longs et pleins de paille : ils devaient être blond foncé une fois propres, mais actuellement, ils semblaient châtains.
Le garçon laissa tomber sa brosse et se tourna vers elle. Le vieux palefrenier leva les yeux au ciel mais ne le réprimanda pas.
– Vous êtes une combattante ? demanda l'adolescent avec intérêt en regardant son épée et son arc.
Thalia chercha du regard la servante qu'elle avait suivi, afin de voir si celle-ci avait disparu : mais non, elle l'attendait à deux pas de là. Thalia s'autorisa donc à répondre poliment au garçon :
– Oui.
– Vous savez vous battre à l'épée ?
– Moins bien que je ne tire à l'arc, s'amusa Thalia.
– On pourrait faire un concours, s'échauffa l'adolescent. Je tire très bien à l'arc moi aussi.
Thalia cilla, déstabilisée. Heureusement, la servante vint à son secours, et fit les présentations d'un air amusé :
– Seigneur Amantis, je vous présente Thalia Sand, qui se propose d'être votre garde du corps. Sand, voici le fils de lord Amantis : Lysan.
Thalia ouvrit de grands yeux, faisant éclater de rire le palefrenier… Qui n'était autre que le petit seigneur. L'archère se demanda brièvement si son manque de respect allait la conduire à la porte, mais visiblement, ce n'était pas le cas :
– Alors, on le fait ce concours ? s'exclama Lysan.
oOoOoOo
Thalia fut donc engagée au service de lord Amantis.
Surveiller Lysan réclamait plus d'ingéniosité que de patience. Le gamin était trop gâté, mais il avait une volonté évidente de plaire et d'être aimé. Lui donner des ordres le braquait, mais lui lancer des défis marchait à tous les coups.
Lysan n'était pas « sauvage » du tout. Il était juste très hyperactif, et ne pouvait pas rester en place plus de dix minutes. Les heures d'étude obligatoires qu'il suivait tous les jours étaient un vrai calvaire pour lui. Il adorait monter à cheval, jouter, tirer à l'arc, bref, tout ce qui l'obligeait à se dépenser. Il aimait aussi se balader à travers la ville, s'occuper des chevaux ou des chiens… Thalia se mit très vite à aimer ce gamin avide de liberté, des rêves pleins les yeux, mais toujours enchaîné à son rang et à ses responsabilités.
Se sentant plus seule que jamais, Thalia trouva en lui une diversion bienvenue à sa mélancolie. Lysan n'était pas Anguy, il n'était pas Gendry : mais il était là, et tant qu'elle était à son service, Thalia avait une raison de se lever le matin.
Lysan détestait lire, et détestait écrire. Il détestait être cloîtré quelque part. Il détestait ne rien faire. Il détestait ne pas pouvoir explorer la ville, et il détestait s'ennuyer.
Thalia tourna tout cela à son avantage, et l'apprivoisa très vite. Deux jours après avoir été engagée, elle instaura un cours obligatoire de tir à l'arc, afin de l'obliger à rester chez lui tout en lui offrant une distraction. Et le lendemain, elle l'autorisa à explorer la ville avec elle, mais à pied uniquement, afin de le fatiguer.
Cela devint leur rituel quotidien. Durant leurs promenades, elle lui faisait remarquer des détails que les nobles ne voient pas : la fatigue évidente d'un marin, les regards hargneux que se jettent deux marchants… Et sur le chemin du retour, elle lui demandait se récolter trois informations qu'elle-même n'avait pas vues à l'aller.
– La marchande de fruits a vendu presque un tiers de son chariot. Le garçon boucher s'est battu, il a un coquard. Et la fille rousse au coin de la rue me trouve beau.
Ils revenaient d'une de leur promenade. Thalia se retourna pour voir la fille rousse en question, mais celle-ci ne les regardait pas.
– Ça ne compte pas, fit-elle d'un ton catégorique.
– Mais si !
– Tu ne peux pas savoir ce que les gens pensent. Tu dois te contenter de citer des faits, pas de faire des suppositions.
Après leur première rencontre, le tutoiement était resté. La mercenaire était vouvoyée par le noble et le noble tutoyé par la mercenaire : c'était une inversion cocasse.
Lysan haussa les épaules, et chercha du regard autre chose à constater. Ne trouvant rien, il lança un regard en coin à l'archère :
– Éclatant et Vol-de-Nuit vont avoir trois ans.
Ils s'agissaient des deux chevaux que Thalia avait vus lors de leur première rencontre. Éclatant était l'hongre palomino, et Vol-de-Nuit la jument noire. Éclatant était bien de race Dornienne, une pure beauté très bien dressée. Vol-de-Nuit était une demi-sang, plus robuste, et Thalia espérait secrètement pouvoir la monter un jour.
– Ce n'est pas quelque chose que tu as vu mais que tu sais, s'amusa Thalia. Pas de triche ! Je t'ai fait voir trois faits, à toi de m'en donner trois, petit prince.
Le surnom affectueux de « petit prince » était venu tout naturellement, même si Lysan était loin d'être de sang royal. Le garçon ne s'en plaignait pas, ravi de ce surnom, et à présent, Thalia aurait été bien en peine de lui donner un autre titre.
Lysan fronça le nez, et regarda autour de lui de plus belle. Finalement, son visage s'éclaira :
– Le forgeron Thobo Mott te fusille du regard.
Thalia se tourna et vit qu'en effet, Thobo se trouvait sur le seuil de son échoppe pour discuter avec un client, et qu'il lui lançait un regard noir. Thalia le fixa en retour d'un air glacial, et bien vite Thobo retourna à ses affaires.
– Tu le connais ? s'intéressa Lysan.
Thalia lui fit un clin d'œil complice :
– Je lui dois mon plastron.
Le regard de Lysan dériva machinalement sur la pièce de métal qui couvrait la poitrine de la jeune femme puis, automatiquement, revint à son visage :
– Pourquoi ne t'aime-t-il pas ?
– Je l'ai traité de… Non, ton père m'en voudrait si je t'enseignais des gros mots.
Le regard de Lysan s'illumina, littéralement, et Thalia retint un reniflement moqueur. C'était trop facile de le distraire.
– Je te promets de ne pas les répéter.
– Bon, alors, dans ce cas…
Très vite, Lysan se mit à adorer Thalia. Être vénérée par un gamin de quatorze ans qui s'avère être votre employeur était une expérience nouvelle et très déstabilisante pour la jeune femme, mais ce n'était pas désagréable de voir tant d'adoration dans ses prunelles. Elle avait l'impression de revoir Anguy quand elle lui apprenait à tirer à l'arc.
Au bout de huit jours, l'archère résolut aussi le problème des heures d'études, en assistant à la plupart d'entre elles. Le garçon mit une énergie nouvelle dans son travail afin de ne pas finir deuxième. Et Thalia, même si c'était à contrecœur, profita de l'enseignement d'un mestre. Son écriture s'améliora énormément.
Deux semaines après avoir été engagée, Thalia croisa lord Amantis dans un couloir de la maison. Il s'arrêta, et lui dit simplement qu'il la félicitait des progrès de Lysan. Le garçon sauvage et méfiant était presque doux comme un agneau à présent.
Ce ne fut que quelques mots, mais ils touchèrent profondément Thalia. La petite communauté des serviteurs des Amantis semblait l'avoir adoptée. Lysan commençait à la tutoyer. Et même à lui poser des questions personnelles.
Elle n'était plus juste un de ses gardes. Elle était sa gardienne.
– Tu as une famille ?
Thalia, qui aiguisait son épée pendant que Lysan brossait Éclatant, tressaillit. La question de son jeune maître l'avait prise au dépourvu. Le garçon le remarqua, et fronça les sourcils :
– Tu n'en as plus ?
– J'ai un père, dit lentement Thalia. Il vit à Braavos et ça fait des années que je ne l'ai pas vu.
– Et ta mère ?
– Morte.
– Je suis désolé, murmura le jeune garçon.
– Ne le sois pas. Tu n'en es pas responsable.
Thalia se remit à aiguiser son épée. Le maître d'arme des Amantis se faisait vieux et n'était pas le meilleur, mais il acceptait sans difficulté d'entraîner la jeune femme dès qu'elle avait un moment de libre. C'était lui qui lui avait conseillé de prendre plus soin de son épée, ce que Thalia s'appliquait désormais à faire.
– Est-ce que tu as des frères et sœurs ? demanda Lysan d'un ton prudent.
Thalia prit son temps avant de répondre.
– J'avais un frère, Anguy.
– Il est mort ?
– Il est parti, un jour. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Peut-être qu'il est mort, oui.
Lysan plissa le front, l'air pensif :
– Pourquoi il est parti ?
– Je ne sais pas, soupira Thalia. Il est juste parti comme ça. Je n'ai pas eu le temps de lui demander pourquoi.
– Il n'avait pas le droit, lâcha Lysan d'un ton définitif. Les frères et sœurs devraient se protéger l'un l'autre.
Et Thalia savait qu'il pensait à sa sœur à lui, si fermée sur elle-même, qu'il n'arrivait plus à aider.
La sœur de Lysan, Lydiane, ne sortait que très peu de la maison. Thalia ne l'avait vue qu'une ou deux fois, et la trouvait petite, maigre et sinistre. Lysan n'aimait pas en parler mais, loin de traduire un désintérêt, cette réticente masquait un profond chagrin. Il s'entendait très bien avec Lydiane avant la mort de leur mère.
– Ils ne le font pas toujours, lâcha la jeune femme.
Elle pensa à Anguy, puis aux princes de Dorne, puis aux Stark, puis à Gregor Clegane. Tous ces gens qui, par indifférence, impuissance ou dédain, n'avaient pas aidé leur famille.
– Je t'aiderai, toujours, moi ! fit Lysan avec défi. Je vaux mieux que n'importe quelle famille que tu pourrais avoir.
Thalia sourit, et posa sur le jeune garçon un regard empli d'affection.
– Oui, dit-elle doucement. Tu vaux mieux qu'une famille.
Presque sans s'en rendre compte, Thalia avait créé un lien très puissant entre Lysan et elle. Presque un sentiment de possessivité réciproque. Par exemple, Lysan n'aimait pas qu'elle appartienne à une communauté autre que celle de la maison, même si c'était celle d'un groupe de buveurs dans une auberge. Il n'aimait pas non plus qu'on lui donne des ordres, ce qui tombait bien car Thalia n'aimait pas en recevoir de quelqu'un d'autre que lui.
C'était elle que Lysan venait voir quand il ne comprenait pas une leçon ou s'était blessé en trébuchant dans l'écurie, c'était elle qu'il cherchait du regard quand il avait réussi un exercice difficile. Et c'était lui que Thalia surveillait en permanence, c'était à lui qu'elle adaptait ses horaires et ses habitudes, c'était à son pas qu'elle relevait la tête quand elle faisait ses étirements.
Bien sûr, elle continuait à rôder en ville pour se tenir au courant des rumeurs, à courir tous les matins, et à draguer n'importe qui le soir venu. Et puis, parfois, elle se contentait de boire tranquillement. Une ou deux fois, même, elle s'était assise à la table du Limier.
C'était peut-être une impression, mais il la regardait d'un air moins mauvais qu'avant. Il faut dire qu'elle parlait moins et faisait très attention à ne pas s'endormir ni même à somnoler. Une fois, elle lui avait même payé un pichet de vin, pour rembourser celui qu'elle lui avait bu le soir où elle avait appris la mort d'Anguy.
– Toi et moi avons à peu près le même rôle, dit-elle un soir à Sandor Clegane après quelques verres. Être l'ombre d'un gamin, je veux dire. Mais tu as un avantage certain sur moi : tu arrives à faire fuir les gens d'un seul regard noir.
Clegane se contenta de son rire rauque habituel :
– Tu as l'avantage de ne pas garder le roi.
– Pas faux, concéda Thalia.
Et Lysan était tellement adorable qu'il était impossible de ne pas s'attacher à lui… Alors que Joffrey, lui, était détestable. Parfois, à cause de l'alcool, le Limier racontait brièvement ce qui se passait à la cour. Le traitement réservé à Sansa Stark, surtout. Thalia était heureuse de servir Lysan quand Sandor lui racontait des choses pareilles.
Parfois, Thalia se disait avec fatalisme qu'elle avait peut-être besoin de centrer sa vie sur quelqu'un, au final. D'abord, ça avait été Anguy : sa famille, sa meute. Et maintenant, c'était Lysan, son seigneur, son maître.
Elle était plus chien que loup. Peut-être qu'elle devrait se trouver un surnom canin comme le Limier !
Étrangement, parmi les gardes, les mercenaires ou les hommes du Guet, la crédibilité de Thalia avait semblé grandir. On ne la traitait plus avec condescendance comme une fillette, à présent. Elle n'était plus la petite archère inoffensive qui attendait le retour de son frère, elle était Thalia Sand.
En un sens, c'était moins bien, parce que les gens semblaient soudainement réaliser qu'elle était une bâtarde, sans famille, sans nom. Et ils le lui faisaient sentir.
Mais, dans le même temps, les gens ne lui cherchaient plus noises. Les tenanciers des auberges et des tavernes qu'elle fréquentait le plus lui faisait crédit, maintenant, comme ils le faisaient aux hommes d'armes. Les hommes du Guet lui parlait sérieusement, au lieu de l'envoyer promener. Les marchants lui disaient « bonjour » ou « merci » au lieu de la toiser quand elle payait.
– La façon dont les gens te voient change avec le grade que tu as mais surtout la manière dont tu l'assumes, lui expliqua paisiblement le maître d'arme des Amantis.
Ser Emeric approchait de la soixantaine et ses réflexes n'étaient plus ce qu'ils étaient, mais sa vue et son intelligence étaient intactes, et il avait toujours de bonnes critiques à faire. Quand Thalia avait du temps libre mais devait rester dans la demeure des Amantis, elle s'asseyait aux côtés du maître d'armes et ils discutaient à bâtons rompus. Leurs conversations pouvaient aussi bien porter sur le contexte politique actuel que sur les avantages comparés de la graisse de mouton et de l'huile de lin pour entretenir le cuir, en passant par des commentaires sur la bière de l'auberge la plus proche.
– Mon grade a changé, mais pas la façon dont je bosse, fit remarquer Thalia. J'ai toujours été comme ça.
– Hum. D'après ce que je sais, tu ne t'es jamais fait connaître. Tu as un frère que tu suivais, non ?
Thalia lui en avait vaguement parlé un jour où il s'était étonné qu'elle n'ait jamais été engagée comme garde du corps auparavant. La jeune femme grimaça, mais acquiesça.
– Voilà la différence : tu es sortie de l'ombre de ton frère et tu te consacres entièrement à Lysan. Les protecteurs ayant une telle dévotion envers leur employeur sont très rares, et c'est cela que les combattants voient en toi.
– Que je fais bien mon boulot ? fit Thalia d'un air perdu.
– Non, ta loyauté. Tu n'es peut-être pas meilleure qu'eux, et tu ne te leurres pas dessus, mais tu es loyale. Ni l'argent ni les honneurs ne peuvent briser le lien entre toi et Lysan. Tu es une extension de la famille Amantis. Tu n'es plus n'importe qui. Tu appartiens à ce gamin.
Thalia haussa les épaules, puis le visage de Sandor Clegane lui revint en mémoire et elle esquissa un rictus :
– Comme un chien à son maître.
– Exactement, fit Ser Emeric d'un ton sec.
Thalia y réfléchit un instant, puis haussa les épaules. Ça lui convenait d'être ce genre de chien, pour ce genre de maître.
Si Lysan avait été aussi arrogant et cruel que Joffrey, qui avait fait décapiter le seigneur du Nord sous les yeux de sa fille et déclenché bêtement une guerre, alors Thalia n'aurait pas accepté ce rôle. Elle se serait probablement enfuie. Elle était beaucoup trop sauvage pour accepter un maître qui ne lui convenait pas.
Elle se demanda brièvement si le Limier en aurait un jour assez des Lannister. Il ne les avait pas choisis : Thalia se doutait bien qu'entre Ser Gregor Clegane et la Maison Lannister, ce n'était pas comme s'il y avait un réel choix… Alors peut-être qu'un jour, le Limier en aurait assez de se faire appeler « chien » par un gamin narcissique.
Peu probable.
Clegane était fidèle à ses serments. Il en faudrait beaucoup pour qu'il renonce aux Lannister. Un chien peut encaisser un grand nombre de coups de pieds avant de se retourner contre son maître.
– Donc je suis le Limier du petit prince ? blagua-t-elle.
Ser Emeric émit un grand rire sonore :
– Par les Sept, non ! Le Limier est un vrai molosse, né pour mordre. Tout ce qu'il attend de son maître, c'est l'ordre de tuer. Il n'y a aucune affection entre lui et le roi Joffrey. Toi et Lysan, vous vous appréciez. Tu mourrais pour lui, pas seulement par devoir mais aussi par conviction et il ferait tout pour t'épargner, pas parce que tu lui es utile mais parce qu'il tient à toi.
Thalia resta impassible, mais une douce chaleur inonda sa poitrine. C'était réconfortant de savoir qu'elle faisait à nouveau partie d'un ensemble, que quelqu'un s'inquiétait pour elle.
– Lysan voudrait que tu portes les armoiries de sa Maison, dit soudain Ser Emeric.
Thalia haussa les sourcils si haut qu'ils disparurent derrière ses mèches rebelles. Ses cheveux étaient désormais assez longs pour qu'elle les attache en une courte queue, mais elle les laissait souvent libres et ébouriffés.
– Moi ? Je suis une mercenaire. Je n'ai pas prêté de serment officiel ni rien. Je ne suis pas chevalier, et encore moins chevalier-lige. Comment pourrais-je porter ses armes ?
– Tu t'es engagée auprès de lord Amantis, fit Emeric avec un sourire en coin. Et tu ne trahiras pas Lysan. Tu es son « archère-lige ». Que vaut un serment face à une loyauté sincère ?
Thalia ricana.
– Je connais quelqu'un qui me dirait probablement qu'il vaut mieux être un chien qu'un chevalier. Sans vouloir vous offenser, Ser Emeric.
Le vieux chevalier se contenta d'agiter la main, nullement offensé :
– Bref. Tu peux jurer fidélité à Lysan de la manière que tu le souhaiteras, tu sais. Il n'accordera aucune attention aux formes, tant que les mots viennent de toi. Tu sais qu'il s'est déjà renseigné auprès de moi pour savoir si tu accepterais de porter une armure avec son blason ?
– Jamais de la vie je ne porterai une armure, fit Thalia d'un ton définitif.
Emeric se contenta de rire, et sortir de sa poche un médaillon rond, aussi large que la paume de sa main, en bronze. L'une des faces présentait d'étranges accroches, et l'autre représentait, en relief, le blason des Amantis : un loup des sables en train de bondir.
Les loups des sables n'existaient qu'à Dorne : ils étaient le résultat de croisements accidentels entre des chacals issus des déserts et des chiens revenus à l'état sauvage. Ils ressemblaient à des loups, en beaucoup plus petits et plus fins. Ils pouvaient également être apprivoisés comme des chiens. Une bête moitié sauvage, moitié domestique.
– Pas besoin d'armure pour porter ce blason-là, dit Emeric d'un ton bourru. Il se fixe à la ceinture ou au fourreau de l'épée. Je le portais quand j'étais un jeune écuyer au service de lord Cyan Amantis… J'étais beaucoup trop fauché pour m'acheter ne serait-ce qu'un plastron.
Émue, Thalia prit le médaillon et en caressa un instant la surface. La silhouette du loup avait été dessinée avec beaucoup de précision, et même si le métal était un peu terni, il n'en restait pas moins un cadeau magnifique.
– Je ne sais pas quoi dire, Ser Emeric…
– Ne dis rien et contente-toi de veiller sur Lysan, grommela le vieux maître d'arme. Le voilà, d'ailleurs.
Cette dernière indication était inutile : Thalia aurait reconnu le pas de Lysan entre tous. Le jeune garçon venait de quitter la maison, et traversait la cour à grands pas, se dirigeant vers eux avec enthousiasme.
Thalia inspira un grand coup, puis se leva et se dirigea vers lui. Ils se rencontrèrent à mi-chemin de la maison. Lysan leva sur elle un regard surpris, mais il n'eut pas le temps de parler : Thalia avait dégainé son épée et mis un genou en terre, s'appuyant sur sa lame plantée dans le sol, dans la position d'un chevalier qui prête serment.
– Moi, Thalia Sand de Dorne, je m'engage à veiller sur toi, Lysan Amantis de Dorne. Je m'engage à te protéger de tous tes ennemis, à tuer et à mourir si tu le juges nécessaire. Je jure de ne jamais te mentir, jamais te tromper, jamais te trahir ni me trahir moi-même, tant que tu voudras me garder près de toi.
Elle releva la tête, et planta son regard dans celui, écarquillé, du jeune garçon :
– Je ne suis pas chevalier, mais à partir de maintenant, mon épée et ma vie t'appartiennent.
Aucun serment ne ressemblait à celui-ci, mais Thalia ne regrettait en rien la manière dont elle l'avait formulé. C'était ce qu'elle lui offrait, rien de moi, rien de plus.
Pas d'honneur, pas de gloire, pas d'histoires de prouesses accomplies pour la renommée de sa Maison. Elle lui offrait la vérité, le risque qu'elle prenait de mourir ou de se salir les mains, le risque qu'elle prenait de souffrir, et le fait qu'elle acceptait ces risques pour lui. Sans mensonges et sans dissimulation.
Lysan resta silencieux une brève seconde, puis s'agenouilla en face de Thalia. Ses grands yeux turquoise étaient sérieux, sans aucune trace de rire.
– Je ne sais pas quoi jurer en échange, dit-il avec hésitation.
Thalia sourit, et se redressa, avant de tendre la main à l'adolescent pour le remettre debout d'une poigne vigoureuse. Elle s'étonnait toujours de voir à quel point il était petit et léger, comparé à elle. Même si Thalia était grande pour une femme, elle n'était pas une géante. Lysan n'était qu'un gringalet, tout en os, léger comme une plume.
D'un geste familier, peut-être pas très réglementaire mais purement instinctif, elle lui ébouriffa les cheveux :
– Contente-toi de me promettre que tu ne te trahiras jamais. C'est si facile de renier sa vraie nature en ces temps troublés.
– Alors je le jure, promit Lysan d'un air grave. Je jure que je serai toujours quelqu'un de bien et que tu ne me détesteras jamais.
Ils se regardèrent tous les deux avec sérieux, conscients de la solennité du moment. Derrière eux, Ser Emeric les regardait avec émotion, tenant entre ses mains le médaillon aux armes des Amantis.
Puis soudain, Lysan sourit.
– Tu porteras le blason de ma Maison, maintenant ?
– Oui, rit Thalia. Oui, je porterai ton blason, petit prince. Ça serait même un grand honneur pour moi.
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A suivre.
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(J'ai bien ce chapitre finalement. Il est mignon =D)
