Salut Mizumiii ! Non, le point de vue de Thalia sur Bronn et Tyrion n'est pas le mien. J'adore ces deux-là. Surtout Tyrion, il est génial. Mais Thalia n'est pas moi et elle n'a pas un point de vue global sur eux : tout ce qu'elle voit, c'est un nain moche et un mercenaire chiant xD Bon, sinon à part ça, oui Thalia se sent mieux. Elle a une relation avec Lysan plus saine qu'elle n'en avait avec son frère. Elle n'est pas totalement dépendante et en plus Lysan la respecte, l'admire même, alors qu'Anguy... Bah, il était quand même assez indifférent à son sort...
Uh. Vous voyez, au fil de l'écriture de cette fic, j'ai peu à peu perdu le contrôle sur Thalia. Ben, je crois que ça a commencé là. Dans ce chapitre. Franchement, elle a pris des libertés ! Enfin, je vous laisse lire ça... x)
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Chapitre 7
L'apprentissage
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En effet, Bronn releva le défi. Thalia ne pouvait plus faire trois pas dans le château sans tomber sur lui. Par une malheureuse coïncidence, Tommen avait besoin de distractions en ce moment, et Lysan allait au palais presque tous les jours : et de ce fait, Thalia y allait aussi.
Si elle voulait observer les combats, soit c'était Bronn qui combattait, soit il se trouvait dans les galeries et s'installait à côté d'elle pour commenter les passes d'armes. Si elle fuyait du côté des archers, c'était là que le mercenaire venait s'entraîner. Si elle se cachait dans les écuries pour s'occuper de son cheval, Bronn lui proposait son aide. Et elle avait beau l'envoyer balader à chaque fois, il restait là, un petit sourire au coin des lèvres.
Si Lysan n'avait pas explicitement demandé à Thalia de ne pas faire de vague, elle aurait explosé depuis longtemps.
En plus, elle ne pouvait même pas traiter Bronn d'abruti incapable de reconnaître une cause perdue. Il était un excellent combattant, et un observateur attentif : ses commentaires sur les exercices des soldats étaient tous pertinents et utiles. Bronn était également rusé : il le fallait bien, pour être au service de Tyrion Lannister. Et sa conversation n'était pas désagréable. Il était cynique, sarcastique et peut-être un peu agaçant, mais il était loin d'être creux et hypocrite comme la plupart des hommes d'armes.
Thalia n'était pas assez bête pour ne pas comprendre que Bronn essayait de la séduire. Le plus rageant était qu'il y réussissait. Tant qu'il l'agaçait, l'étonnait ou l'intriguait, tant qu'elle le trouvait intéressant en somme, il avait toutes ses chances.
Elle le snobait, pour le moment, mais elle savait que ça ne pouvait pas durer.
Certains soldats, comme d'habitude, faisaient des propositions lubriques à la jeune femme. Mais après le début de l'entreprise de Bronn, les propositions reçues par Thalia diminuèrent sensiblement.
Un des nombreux soirs qu'ils passaient à boire à l'Oiseau Moqueur, le Limier informa Thalia que le mercenaire avait fait quelques menaces de mort, et qu'un homme d'armes un peu trop obstiné s'était fait rouer de coups. Sandor était de mauvaise humeur ce jour-là, mais une pointe d'amusement perçait dans sa voix. Thalia grimaça, et demanda très sérieusement :
– À ton avis, je devrais le tuer ?
Sandor la regarda, blasé, et la jeune femme leva les yeux au ciel :
– C'est vrai. Si je suivais ton avis, je tuerais tout le monde. Note quand même que ça me simplifierait pas mal l'existence !
Le Limier grogna, et se resservit un verre. Thalia ne l'imita pas : elle avait découvert qu'elle tenait moins bien l'alcool que lui, et demain, elle devait accompagner Lysan au palais.
La jeune femme s'accouda sur la table, et observa distraitement Sandor.
Il n'aimait pas que les gens le fixent, normalement. Il haïssait peut-être ses brûlures mais elles lui fournissaient une protection remarquable contre l'attention des gens. Or, ça ne marchait pas avec Thalia. Elle n'avait pas peur des marques laissées par le feu. Elle avait peur de l'homme qu'il était, parfois, quand ses yeux s'assombrissaient de haine et de colère, généralement pour des raisons tellement futiles qu'elles en devenaient incompréhensibles.
Le Limier était un fauve en cage, on ne pouvait pas l'apprivoiser. Le dresser, le contraindre, mais jamais l'apprivoiser. Si vous tendiez la main vers lui, vous risquiez de vous faire arracher le bras.
Mais depuis leur première rencontre, dans cette même taverne, Thalia n'avait jamais cessé d'être intriguée par lui. Son impulsivité, sa colère, sa férocité. La terreur qu'il faisait naître chez les autres. Sa force, son habileté aux armes, la sauvagerie dont il faisait preuve dans un combat. Parfois le Limier l'intriguait, rarement il la terrifiait, souvent il la fascinait.
Et bizarrement, dans cette cage pleine de menteurs et d'hypocrites qu'était le palais royal, il était la seule personne en qui elle avait une pleine confiance.
Elle savait comment il fonctionnait. Ce qu'il pensait et pourquoi il agissait comme il le faisait. Elle savait qu'il était entré au service des Lannister dès que son père était mort, parce que c'était ou tout leur donner en espérant qu'ils l'acceptent, ou tomber sous la coupe de Gregor. Elle savait qu'il aimait tuer parce qu'en plein combat, on oublie tout, comme si on était ivre, et que le Limier avait beaucoup de choses qu'il aimerait oublier. Elle savait qu'il méprisait Joffrey, au fond mais que sa survie dépendait de sa loyauté, alors qu'il ne disait rien et obéissait comme un chien.
Elle savait que le sort de lady Sansa lui rappelait à quel point lui-même avait été sans défense face à Gregor, et que c'était pour ça qu'il la protégeait.
Elle réalisa qu'elle le regardait depuis un certain temps, et qu'il lui retournait son regard avec une certaine défiance. Il avait les yeux gris, remarqua-t-elle absurdement. Gris sombre, comme un soir de tempête. Combien de gens s'étaient donné la peine de remarquer que Sandor Clegane avait les yeux gris ?
Elle se racla la gorge, embrassée, et se servit un nouveau verre avant de poursuivre :
– Je ne peux pas le tuer. Tyrion Lannister aurait ma peau. Ou Bronn l'aurait avant.
– Ignore-le, grogna Sandor.
– Tu veux ma mort ? s'indigna Thalia. Comment est-ce que je peux ignorer ce type ? Il est partout où je pose les yeux ! C'est un miracle qu'il n'ait pas investi cette taverne…
Le Limier plissa les yeux, ce qui lui donnait un air dangereux, comme s'il s'apprêtait à tuer, et il lâcha d'un ton âpre et moqueur :
– Je lui fais peur.
– Le doux privilège des guerriers qui font deux mètres de haut, fit Thalia d'un ton acide.
Sandor émit un rire rauque et sans joie, tandis que la flamme familière de la colère s'allumait dans son regard.
– Ça a plus à voir avec le fait que je sois l'homme le plus effrayant de Port-Réal. Rien qu'à me voir, les gens pissent dans leur froc. Ton mercenaire est pas différent. Il est capable de voir le danger.
– Je n'ai pas peur de toi, mentit Thalia avant de boire son verre à petites gorgées.
Le Limier ricana.
– Menteuse.
– Bon, peut-être que j'ai un peu peur de toi, concéda Thalia. Mais c'est une preuve d'intelligence : qui n'aurait pas peur d'un homme qui fait une tête et demi de plus que soi, qui est capable de défaire n'importe quel ennemi, et qui irradie la mauvaise humeur à dix mètres à la ronde ?
– Donc tu n'as pas peur quand je ne suis pas menaçant, s'amusa sombrement Clegane. C'est un tort, gamine, ça.
Thalia plissa les yeux. Elle devinait la menace sous les mots tranquilles. Malgré son ton léger, sa voix était posée presque comme une interrogation :
– Les chiens ne s'entretuent pas, du moins pas spontanément. Ils sont de la même espèce.
Sandor aboya un rire, et la colère dans ses yeux diminua. Les épaules de Thalia, que cette dernière n'avait pas eu conscience de crisper, se détendirent.
– Loup des sables, se contenta de dire le Limier en buvant son verre. Pas vraiment un chien.
– Si, s'entêta Thalia. Un chien qui fricote avec les loups, mais un chien tout de même. Un chien-loup, si tu veux. Même espèce.
Sandor émit un grognement amusé.
– Même espèce. Si tu veux.
Thalia porta son verre à ses lèvres avec satisfaction. C'était peu, mais venant de cette espèce de vieux dogue borné, c'était beaucoup.
Ils avaient quand même une relation curieuse. Ils observaient une certaine défiance l'un envers l'autre, prenant garde à ne pas laisser à l'autre l'occasion de sortir une dague de sa manche ou de dégainer son épée. Et en même temps, ils se disaient des trucs qui auraient pu les envoyer directement à l'échafaud s'ils s'avisaient de les répéter.
– Si jamais Lysan part et que je ne peux pas le suivre, dit brusquement Thalia. Si je reste ici sans maître à servir, est-ce que tu m'aideras à enlever Sansa Stark ?
Sandor leva brusquement la tête et la regarda, un éclat étrange au fond des yeux. Thalia se sentit obligée de se justifier :
– Bien sûr, je ne te demande pas de tuer les gardes et de t'enfuir avec nous, je sais que tu ne pourras pas, mais juste me dire où est sa chambre et ne rien dire de ma fuite…
– Je t'aiderai, grogna le Limier.
Thalia hocha la tête.
Ça lui était venu comme ça. La veille encore, Joffrey avait rabaissé Sansa en public, avant d'ordonner à des chevaliers de l'emmener hors de la salle. Thalia s'arrangeait toujours pour les suivre du regard dans ces moments-là, vérifiant qu'aucun ne tentait un geste déplacé envers la jeune fille. La cruauté de Joffrey grandissait : il ne se contentait plus de petites piques et de moqueries, il humiliait carrément Sansa, et la pauvre fille avait beau le supplier, multiplier les promesses d'amour et de fidélité, ça ne servait à rien.
Bientôt les coups ne suffiraient plus au sadisme du jeune roi. Un jour, il ferait pire. Et Thalia sentait son cœur se serrer de pitié quand elle pensait à la gamine Stark, totalement sans défense.
– Pour en revenir au sujet initial, fit Thalia en se servant un nouveau verre. Je n'en peux plus de rester stoïque quand Bronn me tourne autour : il faut que je fasse quelque chose ou bien je vais me pendre avec mes cheveux.
Ses cheveux lui atteignaient presque les épaules, à présent. Comme elle en prenait assez peu soin, ils étaient emmêlés et un peu gras. Tous les deux ou trois jours, Thalia pestait et disait qu'elle allait les couper, mais Lysan lui disait de n'en rien faire, et la jeune femme obéissait.
– Y a encore de la marge, se moqua le Limier de sa voix râpeuse.
– Justement, il faut trouver une alternative, dit très sérieusement Thalia. Ça va faire sept, huit… Neuf jours qu'il me court après. Plus je l'évite et plus je me tais, plus il se fait envahissant. Et il est sans doute plus fort que moi, alors je ne peux pas le menacer…
Elle soupira et secoua la tête :
– Tant pis. J'aurais pu tomber sur pire : il n'est pas aussi creux que tous les abrutis qui pullulent dans ce palais. Je vais jouer son jeu et voir si je peux l'exploiter un peu.
Sandor lui jeta un regard interrogateur, mais Thalia esquissa un sourire mystérieux pour toute réponse. Puis elle remplit à nouveau leurs verres, et orienta la conversation sur un autre sujet.
Dès le lendemain, cependant, après avoir escorté Lysan jusqu'à l'intérieur du palais où l'attendait Tommen, la jeune femme se rendit dans les galeries d'observation des terrains d'entraînement. Sans surprise, elle vit que Bronn y était déjà. Le mercenaire lui adressa son habituel sourire de loup :
– Pile à l'heure, ma belle.
Thalia haussa un sourcil et, au lieu de s'éloigner comme elle le faisait souvent, elle s'accouda à la balustrade à côté de Bronn.
– Tu ne vas pas me lâcher, hein ?
– Non, rit doucement le mercenaire. Tu t'avoues vaincue ?
– Disons que j'admire ta ténacité, biaisa Thalia. Tu ne m'as en rien prouvé que tu mérites mon respect. Même si je dois avouer que tu es… Intéressant.
Bronn ne s'y trompa pas : il avait gagné la première manche. Néanmoins, il réfréna sa satisfaction. Thalia le fixait toujours avec froideur.
Finalement, la jeune femme lâcha :
– Pourquoi moi ?
– Tu es la seule femme armée, fit Bronn d'un ton d'évidence.
– Je sais, imbécile. Mais j'imagine que le Nain te paie bien. Peut-être pas assez pour aller chez Chataya, mais en tout cas suffisamment pour que tu puisses régler ton affaire avec une fille de taverne.
– Tu parles, se lamenta Bronn. Je devrais augmenter mes tarifs.
Thalia ricana, puis plaisanta :
– Tu es donc désespéré à ce point pour te rabattre sur la seule femme qui est capable de te trancher la gorge pour faire bonne mesure si elle t'envoie chier ?
Bronn sourit largement :
– Quelque chose qu'on peut acheter ne m'intéresse pas. Je veux ce que les autres n'ont pas, et je veux le gagner.
Un trophée, en somme. Ça pouvait se comprendre : aucun soldat n'avait couché avec Thalia. Elle avait eu tort de penser que son problème était réglé et que tout le monde la voyait comme une égale : pour la plupart des hommes, elle restait un bon morceau de viande, un fantasme sur lequel ils bavaient sans aucun respect.
Elle fit taire sa soudaine bouffée de colère, et se moqua :
– Un ambitieux, donc. Je n'aime pas les ambitieux.
– C'est bien dommage. Ils ont des tas de qualités.
– Ah oui ? fit Thalia en jouant le jeu. Lesquelles, par exemple ?
– Eh bien, ils sont talentueux dans de nombreux domaines, afin d'atteindre leurs ambitions. Ils sont intelligents, persévérants… Conciliants.
– Conciliants ? répéta Thalia d'un ton moqueur. Conciliants ?!
Elle éclata de rire, ouvertement incrédule. Bronn la dévisagea avec arrogance, sûr de lui, et insista avec aplomb :
– Exactement. Si je peux t'être agréable, je n'hésiterai pas à me montrer conciliant.
Thalia soupesa la proposition quelques secondes. Il avait l'air sérieux. D'un autre côté, il voulait vraiment son trophée. Eh bien, s'il pouvait se rendre utile… Elle toisa Bronn, un léger sourire en coin.
– J'ai besoin d'améliorer mes compétences à l'épée.
– Je peux te servir de mentor, ma belle, fit Bronn en souriant de plus belle. Ça serait même un plaisir. On pourrait boire un verre ensemble, ensuite, pour se rafraîchir…
– Accordé, fit Thalia avec amusement. Mais boire un verre ne veut pas dire que tu obtiendras ce que tu veux.
– Je suis patient, répliqua Bronn.
Il ne mentait pas.
Lui et Thalia se mirent à s'entraîner à chaque visite de la jeune femme au palais. Ils ne s'exerçaient pas avec les soldats, mais plutôt dans des coins déserts, comme les salles désaffectées ou les caves, afin de n'avoir aucun public. Thalia avait d'abord été réticente, mais elle avait vite compris le but de la manœuvre : empêcher les autres de connaître son niveau et ses techniques.
Bronn était très doué. Il ne respectait pas les règles habituelles des combats de chevaliers : il était fourbe, vif et rapide, profitant de la plus petite faille, utilisant la moindre ruse. Il n'avait absolument aucun code moral dans un combat.
C'était exactement le professeur qu'il fallait à Thalia.
Elle était grande pour une femme, mais elle restait dans la moyenne. De plus, elle était maigre. Souple et vive, mais pas excessivement forte. Il lui fallait donc miser sur sa légèreté. Empêcher le corps à corps, frapper puis s'éloigner. Ne pas encaisser.
C'était plus facile à dire qu'à faire. Bronn faisait quelques centimètres de plus qu'elle, et il était plus large d'épaules, avec des bras plus musclés. Autant d'avantages face auxquels elle devait trouver des parades. Chacun de leurs entraînements la laissait couverte de coups et épuisée. Heureusement, ils faisaient toujours une pause d'une heure, durant laquelle ils buvaient du vin à l'ombre et discutaient un peu, avant que Thalia ne reparte avec Lysan. Ça lui donnait le temps de se rendre un peu plus présentable.
Il fallait au moins ça pour échapper à la vigilance du jeune garçon, qui veillait farouchement sur sa protectrice. Environ trois ou quatre semaines après le début de l'entraînement de Thalia, alors que Lysan et elle rentraient à la demeure des Amantis après une visite à Tommen, l'adolescent coula un regard soupçonneux en direction de sa protectrice.
– Qu'est-ce que tu fais quand je suis avec Tommen ?
Thalia haussa les épaules, et lui sourit :
– Je m'entraîne, petit prince.
Lysan fronça le nez, pas convaincu.
– Où ça ? insista-t-il. Je t'ai cherché aujourd'hui, pendant que Tommen essayait le nouveau cheval. Je ne t'ai pas vue.
Thalia jura mentalement. Tommen et Lysan montaient souvent à cheval, ces derniers temps. Thalia savait que, sous couvert d'un nouveau jeu, la reine Cercei voulait que son fils cadet puisse pouvoir s'enfuir en cas de soulèvement de la population. Mais comme Lysan, très bon cavalier, s'ennuyait beaucoup pendant ces leçons, il n'était pas impossible qu'il ait laissé Tommen seul aujourd'hui et qu'il soit parti à la recherche de Thalia.
– Désolée, s'excusa-t-elle. J'évite les aires d'entraînement conventionnelles.
– Pourquoi ?
Elle se pencha vers lui, et chuchota d'un air de conspiratrice :
– Pour que personne ne sache ce dont je suis capable…
Les yeux de Lysan s'agrandirent démesurément. C'était presque comique, et Thalia prit sur elle pour ne pas montrer son amusement.
– Tu apprends quoi ?
– A mieux te défendre, éluda la jeune femme. A l'épée, entre autres.
– Tu es déjà forte à l'épée.
Thalia leva les yeux au ciel, amusée. Elle arrivait à battre tous ceux qui s'entraînaient contre elle dans la maisonnée des Amantis, mais mis à part Ser Emeric qui était vieux et affaibli, il n'y avait aucun adversaire de valeur.
– Je suis forte contre de mauvais adversaires, rectifia-t-elle. Contre un vrai soldat, je pense avoir des chances raisonnables, sans plus. C'est pour ça que je dois m'entraîner : pour devenir meilleure.
Lysan réfléchit plusieurs secondes, puis accepta finalement d'allonger la laisse de sa louve de garde, au grand amusement de celle-ci.
– D'accord. Mais demain, on ira se promener, juste toi et moi.
Thalia sentit une bouffée d'affection l'étreindre en entendant cette demande spontanée, et elle ébouriffa les cheveux de Lysan d'un geste tendre.
– D'accord.
oOoOoOo
Thalia et Bronn ne faisaient pas que s'entraîner. Ils échangeaient des nouvelles, se moquaient de Renly et Stannis Baratheon qui étaient partis en guerre l'un contre l'autre, se racontaient les rumeurs qui courraient sur le Jeune Loup… Oui, ils discutaient, souvent. Comme Thalia l'avait déjà constaté, c'était un vrai plaisir de discuter avec lui. Bronn n'était pas ce que la plupart des gens appelleraient « une compagnie agréable » : il était mal élevé, il buvait trop, il jurait comme un charretier, il n'avait aucune délicatesse, et il prenait un malin plaisir à user du sarcasme et de l'humour noir.
Pour Thalia, c'était la définition même d'une compagnie agréable.
Même si elle ne pouvait pas parler avec lui aussi franchement qu'avec Sandor, et qu'elle ne lui faisait certainement pas confiance, elle en vint à aimer passer du temps avec lui. Bien sûr, ils se disputaient souvent, tous deux ayant une certaine arrogance. Jamais ils ne se frappèrent dans leurs moments de colère, cependant : eux-mêmes ne savaient sans doute pas comment, mais ils en étaient venus à se respecter énormément. Au lieu de ça, ils se lançaient des piques venimeuses, se moquaient l'un de l'autre devant un public à moitié effrayé, se faisaient des croche-pieds dans les couloirs et se bousculaient en se croisant dans la cour. Ça durait un jour ou deux, puis ils se réconciliaient en s'entraînant ou, tacitement, en discutant après leur pause rituelle.
Avec étonnement, ils se mirent à s'apprécier réellement. Thalia cessa d'être seulement un trophée et Bronn cessa d'être seulement un emmerdeur. Ils se virent également en dehors du palais, le plus souvent dans des tavernes, ou dans les rues que Bronn arpentait afin d'espionner les conversations pour le compte du Nain.
Leur petit manège amusait beaucoup les hommes d'armes. La plupart d'entre eux n'avaient aucun doute sur la manière dont ça se terminerait.
Thalia et Bronn étaient faits du même bois. Ils étaient sauvages, dénués de scrupules mais fidèles en affection, dotés d'un grand sens du devoir mais d'un instinct de survie plus fort encore. Pas étonnant qu'ils s'apprécient.
Le Limier, lui, voyait cette affaire d'un mauvais œil. Bien sûr, il ne chassait jamais Thalia quand elle s'installait à sa table à l'Oiseau Moqueur, mais il était encore plus taciturne que d'habitude. Il buvait plus. Et il n'aimait de toute évidence pas parler de Bronn.
Thalia se sentit un peu coupable, au début. Elle savait que Bronn et le Limier se détestaient cordialement, mais elle avait pris le risque d'entrer dans le jeu du reître. Elle voyait le Limier moins souvent, lui parlait moins. Et elle gardait moins souvent l'œil sur Sansa. Même si c'était un accord tacite entre elle et Sandor et qu'ils n'en avaient jamais parlé, Thalia savait qu'elle manquait à un devoir très important en délaissant la surveillance de la petite Stark.
Mais elle relativisait. Ce n'était pas si grave. Elle voyait encore la gamine assez régulièrement, et une ou deux fois, elle avait provoqué Ser Meryn afin de distraire son attention de Sansa qui passait dans un couloir proche. Et même si elle n'allait plus boire avec Sandor qu'un ou deux soirs par semaine, il y survivrait : il l'avait fait durant des années.
Et puis, elle s'était attachée à Bronn, elle aimait sa compagnie. Il était malin, drôle, charmeur, et il mettait beaucoup d'application dans son entreprise.
Environ un mois et demi après leur premier entraînement, ils couchèrent ensemble.
Ce fut visiblement assez satisfaisant pour qu'ils recommencent, et bientôt la rumeur se répandit. Une semaine plus tard, plus aucun soldat censé ne fit d'avances à Thalia, et aucune prostituée du palais ne s'approcha de Bronn.
– Je suppose qu'on peut dire que nous formons le couple le plus dangereux du Donjon Rouge, rigola Bronn.
Ils étaient dans une des caves sous le Donjon Rouge, épées à la main, et se tournaient autour en étudiant les mouvements de l'autre. Les quelques torches fixées aux murs dispensaient une lumière insuffisante et mouvante, qui laissait la moitié de leur terrain d'entraînement dans le noir. Des conditions difficiles pour un combat, mais que Thalia acceptait sans broncher.
La jeune femme lui jeta un regard oblique :
– Un couple ? Parce qu'on est un couple ?
Le mot la dérangeait. Thalia n'était jamais en couple. Elle n'était jamais engagée. C'était juste… Incompatible avec sa vision du monde. D'accord, elle avait terrifié les putains du palais qui gloussaient en regardant Bronn, mais elle l'avait fait sous le coup de la colère parce que… Parce que le mercenaire était son trophée, voilà. Mais former un couple ?! Laissez-moi vomir.
– Pourquoi pas, ma belle ? se moqua Bronn. On baise, on discute, on passe du temps ensemble, on s'engueule, on se fait les pires crasses et on en redemande !
Thalia considéra l'argument un instant, et Bronn en profita pour l'attaquer. Thalia para du plat de sa lame en reculant d'un pas, puis se fendit en direction de la gorge de Bronn. Le mercenaire esquiva en se penchant en arrière, puis recula en claquant de la langue d'un air réprobateur :
– Tu n'aurais pas dû reculer. Si tu étais restée en place, tu aurais pu attaquer juste après ta défense, à plus courte distance de moi, et j'aurais eu plus de mal à esquiver. Là, tu étais trop loin.
– Je déteste le concept du couple, fit Thalia pour toute réponse.
Bronn eut un sourire de loup.
– Je ne vais pas t'épouser, ma belle.
– Me voilà rassurée, lâcha sarcastiquement la jeune femme. Mais est-ce que le principe de fidélité marche quand même ?
Bronn éclata d'un rire sonore, visiblement très fier de lui, et Thalia ne put s'empêcher de sourire avec amusement, contaminée par son hilarité. Finalement, le mercenaire lâcha d'un ton dramatique :
– Comme tu fais peur aux putes et que je fais peur aux hommes, je suppose que oui, ça s'applique. Mais ça ne me dérange pas, tu es un bon coup.
– Ça serait moi qui devrais être dérangée, s'indigna Thalia. Et si tu étais nul au lit, hein ?
– Mais je ne le suis pas.
– Non, tu ne l'es pas. Mais ce n'est pas une raison !
Bronn fit un geste vague, comme pour écarter l'argument, et concéda :
– D'accord, tu peux te taper qui tu veux hors du palais. Je veux juste ne jamais en entendre parler. Je peux me montrer assez possessif avec ce qui m'appartient.
– Je ne t'appartiens pas, grogna Thalia.
Elle attaqua, Bronn para et bondit à son tour. La jeune femme esquiva, feinta, faillit le toucher, sauta de côté pour éviter une riposte… Durant plusieurs secondes on entendit que le tintement des lames, puis le féroce engagement fut rompu, et ils s'éloignèrent l'un de l'autre, respirant plus vite et s'observant avec défi.
– D'accord, lâcha soudain Thalia. Mais l'accord marche dans les deux sens.
Elle plissa les yeux, se souvenant de la tête des deux prostituées quand elle leur avait dit qu'elle allait leur trancher la gorge si elles marchaient sur ses plates-bandes, et acheva avec un sourire narquois :
– Moi aussi, je peux me montrer dangereusement possessive avec ce qui m'appartient…
Les yeux de Bronn s'assombrirent, et il esquissa un sourire prédateur.
– Je n'en doute pas.
Ils reprirent l'entraînement de plus belle. Cette fois, la pause eut lieu dans la chambre du mercenaire, et ne leur servit pas du tout à se reposer. Quand Thalia amena son cheval à Lysan, l'adolescent la regarda d'un air soupçonneux :
– Tu vas bien ?
– Parfaitement, pourquoi ? fit Thalia en enfourchant Vol-de-Nuit.
Lysan fronça les sourcils, puis haussa les épaules :
– Je pensais que ton entraînement avait été rude. Tu as un gros bleu à la base du cou.
A sa décharge, Thalia ne rougit pas, ne bégaya pas, ne cilla même pas. Mais, à deux mètres de là et faisant semblant de regarder un gros cheval noir dans une stalle, Bronn ne se gêna pas pour se mettre à rire.
Thalia le fusilla du regard, puis répondit d'un ton dégagé :
– Tu verrais mon adversaire… Ce bleu n'est rien du tout.
Bronn eut un sourire salace, et Thalia dut prendre sur elle pour ne pas lever les yeux au ciel. Ou bien descendre de Vol-de-Nuit et aller le frapper, au choix.
– Ah, fit Lysan d'un air rassuré. Tant mieux. On y va ?
Thalia hocha la tête, et leurs chevaux se mirent en route. Au passage, la jeune femme lança un regard noir au mercenaire, qui ricanait toujours, plein d'autosatisfaction, mais elle ne récolta en retour qu'un regard moqueur.
Comme il y avait tout de même une justice dans ce bas-monde, le gros cheval noir que Bronn observait depuis tout à l'heure choisit ce moment pour tendre brusquement le cou, et le mercenaire aurait été mordu s'il n'avait pas bondit de côté avec un juron.
Thalia s'éloigna au trot, ricanant en silence.
Les jours continuèrent à s'écouler, paisible. Thalia s'entraînait quotidiennement avec Bronn à présent, se perfectionnant de jours en jours. Avec une épée, deux épées, une dague, une dague et une épée… Thalia avait moins de force que Bronn, mais elle était plus vive, plus rapide, plus souple. Les quelques acquis qu'elle avait de l'apprentissage du style des danseurs d'eau s'intégraient à merveille dans la manière de combattre que lui enseignait Bronn, tout en rapidité et en ruse, sans aucune merci.
La jeune femme était en train de devenir redoutable. Elle commençait à pouvoir mettre le reître en difficulté certaines fois.
Puis la nouvelle de l'alliance de Renly avec les Tyrell, et de son avancée vers la capitale, fit souffler un vent de panique à Port-Réal. Les gens faisaient des réserves ou fuyaient la ville. Des agitateurs montaient la foule contre Joffrey, qui avait provoqué cette guerre et qui les mettait tous en danger. Les soldats devenaient nerveux et agressifs. Thalia aussi. Elle n'avait jamais combattu dans une ville assiégée, et elle n'avait pas la moindre envie de commencer.
Elle ne partageait son inquiétude avec personne, au début. Ce n'était pas le genre de chose qu'on dit à ses « collègues », alors que tout le monde essaie de rester brave. Sandor se serait probablement moqué de Thalia si elle lui avait fait part de son angoisse, et elle était trop orgueilleuse pour l'accepter.
Puis, un soir, alors qu'ils discutaient dans la chambre de Bronn, le mercenaire laissa échapper que le Nain voulait envoyer Myrcella à Dorne. Thalia, qui était en train de mettre ses bottes, se figea.
– Il pense que la ville va tomber ?
– Il fait tout ce qu'il peut pour que ça ne soit pas le cas.
– Mais il écarte Myrcella afin de sauver un héritier au cas où la ville tomberait, objecta Thalia. Ce n'est pas le genre de chose qui met en confiance.
– Il veut surtout s'assurer le soutien de Dorne, lâcha Bronn. Les Dorniens n'étaient pas très amis avec les Lannister aux dernières nouvelles.
Thalia émit un reniflement amusé tout en enfilant sa deuxième botte :
– Et il compte sur Myrcella pour les rallier à sa cause avec son joli sourire ?
– Ou du moins les convaincre de ne pas partir en guerre contre Port-Réal, contra Bronn. C'est toujours très désagréable d'être pris en tenaille entre deux ennemis.
Entre le Jeune Loup et Renly au Nord, et Dorne au Sud… Port-Réal était dans une situation difficile. Effectivement, l'argument se tenait. Néanmoins, Thalia haussa les épaules :
– Tant que la tête de Gregor Clegane ne sera pas sur une pique, Dorne ne sera jamais alliée des Lannister. Les Martell sont une famille très unie. Même des années après, ils crient encore vengeance pour le meurtre d'Elia.
Bronn lui jeta un regard oblique :
– Tu es de Dorne, n'est-ce pas ?
– Non, je m'appelle Thalia Sand par hasard, fit la jeune femme d'un air sarcastique.
Bronn passa outre le ton moqueur, et déclara pensivement :
– Ça explique pourquoi tu as l'air de détester la Montagne… Mais je m'étonne que tu sois amie avec le Limier, dans ce cas.
Thalia, qui était en train de boucler sa ceinture, se figea et regarda Bronn avec des yeux comme des soucoupes :
– Moi ? Amie avec le Limier ?
– Tu es probablement la seule personne qui lui parle autant, dit prudemment le mercenaire. Mis à part son maître, bien sûr.
Thalia laissa échapper un rire, bref, puis boucha sa ceinture, avant d'y fixer le médaillon représentant le loup des sables des Amantis.
– Nous sommes tous les deux des tueurs au service d'un gamin. Bien sûr que je lui parle : il est la seule personne à savoir ce qu'un job comme le mien signifie.
– J'ai un job semblable au tien.
– Oh que non, Bronn. Tu te bats pour l'argent, pour la gloire, pour la reconnaissance de la Main ou que sais-je. Tu te bats pour obtenir quelque chose. Pas moi, pas Clegane. Même si mon maître à moi vaut infiniment mieux que le sien, nous nous battons pour la même chose : protéger sans rien attendre en retour. C'est très peu gratifiant mais ni lui ni moi n'espérons ni ne voulons obtenir davantage. Nous ne valons pas davantage.
Bronn lui jeta un bref regard, amusé.
– Comme un chien.
– Comme un chien, approuva Thalia. Même si le terme « loup » serait plus approprié en ce qui me concerne. Je suis moins forte qu'un molosse comme le Limier.
– Tu as également un aspect plus avenant que lui…
Thalia éclata de rire, et se leva pour enfiler son manteau. Oui, ça, elle ne pouvait pas le nier : elle était jolie, et de ce fait les gens ne s'arrêtaient pas à son rôle de gardienne. Le Limier, lui, était suffisamment effrayant pour que les gens ne voient en lui que le monstre qui surveillait Joffrey.
Elle acheva de boucler son plastron à l'avant de son manteau, puis ouvrit la porte de la chambre. Un jeune garçon, qui s'apprêtait à frapper, se figea à sa sortie. La jeune femme ricana, et jeta par-dessus son épaule en direction de Bronn :
– Debout, misérable reître. Ton Nain te demande.
Bronn laissa échapper un grognement, mais se leva. Thalia ricana en voyant son air bougon, et elle quitta la pièce, refermant sèchement la porte derrière elle.
Thalia passa le reste de la journée à vagabonder, seule puisque Bronn devait suivre Tyrion. Elle en profita pour s'aventurer dans les couloirs, laissant traîner ses oreilles à l'affut de nouvelles ou de simples rumeurs.
Par les bruits de couloirs, elle apprit que Joffrey avait encore fait frapper Sansa Stark, et que seule l'arrivée de Tyrion avait sauvé la fille d'une humiliation de plus. Par les Sept, Joffrey avait-il vraiment déshabillé sa fiancée devant la cour ?!
Un de ces jours, ce roi minable allait se manger une tarte dans la gueule et il ne l'aurait pas volée…
Dans l'après-midi, Thalia croisa le Limier dans une des galeries. Sandor ne portait plus son manteau blanc de la Garde Royale. La première pensée de Thalia, absurde, fut qu'il avait peut-être envoyé chier le roi. Mais dans ce cas, sa tête serait plantée sur les remparts… Elle se contenta de demander laconiquement :
– Ton manteau ?
Le Limier n'avait plus son manteau blanc de la Garde Royale. Comme il se contentait d'un grognement menaçant pour toute réponse, faisant un effort visible pour refouler sa colère, le visage de Thalia s'adoucit tandis qu'elle se rappelait qu'il avait été témoin de la dernière mésaventure de la petite Stark. Connaissant Sandor, à tous les coups, il lui avait donné de quoi se couvrir.
Quelle ironie. Il était plus chevaleresque que tous les chevaliers de Port-Réal.
– Il ne t'aillait pas de toute façon, décréta-t-elle.
Sandor émit un reniflement amusé, et Thalia sourit discrètement en songeant qu'il n'aurait accepté aucune autre réponse.
Elle s'accouda à la balustrade, observant les combats en contrebas. Ils restèrent silencieux un long moment. Finalement, Thalia lui jeta un regard à la dérobée, et osa demander à voix basse :
– Elle tient le coup ?
Sandor grommela quelque chose qui pouvait passer pour un acquiescement. Thalia ne détourna pas les yeux des soldats qui s'entraînaient, perdue dans ses pensées. Elle se souvenait des rares fois où elle avait vu lady Stark. Si frêle, si terrifiée. Quel âge avait-elle, quatorze ans ? Treize ? Elle était mince et plutôt grande pour son âge mais sa figure était toujours celle d'une enfant.
Et pourtant, fille et sœur de traîtres, elle continuait à survivre au milieu des lions. Les rois et leurs conseillers continuaient de se déchirer pour un peu de pouvoir, mais elle, elle survivait. Coûte que coûte.
– Elle a du sang de loup, finit-elle par dire.
À sa grande surprise, Sandor acquiesça en silence.
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A suivre.
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