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Merci SkyAngel1997 ! Je suis contente que Thalia remplisse si bien son "contrat d'OC" x) C'est une de mes OC les plus abouties, la plus "réaliste" sans doute ! Sandor est également un de mes chouchous, aussi fascinant que perturbant (très bon choix de qualificatifs au passage), et je prie pour que Martin l'ai fait survivre à sa blessure... Ca ne peut pas faire de mal d'espérer ! Sinon, à part ça, woah, je suis flattée et je m'incline bien bas devant tous ces compliments x) Je promet solennellement d'essayer de ne jamais faire baisser le niveau d'écriture de cette fic !

Salut à tous ! Oui, même aux petits malins qui lisent sans commenter. Commentez mes amis, ça réduit le réchauffement climatique. Une review, c'est un pingouin de sauvé !

Bref. Voilà donc le fameux chapitre de l'émeute. Comme vous en doutez en lisant le titre, il y aura... une émeute x) Et ça commencera à être le début de la fin pour la belle vie de Thalia à Port Réal. Eh oui. Elle était heureuse, je ne pouvait pas la laisser en paix !

Donc bref. Voilà le chapitre. Encore merci à Hiyoru ma correctrice x)


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Chapitre 8

L'émeute

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Thalia était devenue assez douée avec son épée pour désarmer Bronn une fois sur trois. Elle était moins endurante que lui, moins grande, et moins musclée. Elle aurait également eu du mal à être plus sournoise que cette espèce de fourbe perfide, qui utilisait systématiquement des coups bas… Mais elle était plus vive, et avait l'avantage d'utiliser des attaques inspirées du style des danseurs d'eau, un style inhabituel qui surprenait souvent l'adversaire. Même si Bronn commençait à bien la connaître, elle arrivait à le déstabiliser très souvent.

Elle était devenue forte.

Évidemment, elle ne manquait pas de s'en vanter auprès de Lysan. Ce dont elle se vantait moins, c'était des rumeurs qui venaient à son oreille. La cruauté de Joffrey, les tensions entre Cercei et Tyrion, les nouvelles des armées de Renly et Stannis, puis la mort de Renly, le chaos de la guerre…

Thalia ne voulait certainement pas retourner à Dorne, mais l'idée de rester à Port-Réal l'enchantait assez peu.

La date du départ de Myrcella était fixée. Les Amantis étaient invités à assister au départ de la princesse, au nom de l'amitié entre Lysan et Tommen. Un message de la part de Lorcan Amantis priait son frère Cyan de le rejoindre à Dorne juste après l'évènement, car sa santé s'était encore aggravée. Thalia ne pouvait pas se cacher plus longtemps.

La gorge nouée, elle dut se résoudre à apprendre à lord Amantis qu'elle était une paria dans son royaume d'origine.

Il lui fallut un certain temps pour trouver le courage de le faire. Mais elle n'avait pas le choix : elle ne pouvait pas le cacher éternellement. A Dorne, sitôt qu'elle serait vue en ville, les gens la reconnaîtraient. Sa fuite folle en compagnie d'Anguy, après la mort de leur mère, leur avait attiré une certaine renommée.

Elle était acculée.

Elle prépara ses arrières, néanmoins, avant le grand saut. Elle n'en parla pas à Bronn : même s'ils avaient une liaison, le mercenaire faisait quand même partie des hommes susceptibles de discuter avec les gardes des Amantis, et Thalia ne tenait pas à ce qu'une rumeur, quelle qu'elle soit, parvienne à ses maîtres. Elle vérifia néanmoins qu'elle serait capable de trouver un emploi, même s'il ne s'agissait que d'un boulot de palefrenier dans une auberge.

Et, un jour qu'elle et Sandor regardaient tous les deux les combats depuis une galerie, elle lui annonça gravement :

– Je vais peut-être quitter la ville.

Le Limier lui jeta un regard surpris. L'attachement de Thalia à Lysan était bien connu.

– Ton maître t'a renvoyée ?

La jeune femme esquissa un rictus sans joie.

– Je ne pourrai pas le suivre à Dorne. Je suis recherchée là-bas.

– Pas avec un maître noble, renifla Clegane avec dédain. Pas de justice pour les chiens qui ont un maître haut-placé.

– Mes ennemis sont encore plus haut-placés que mes maîtres.

En voyant Clegane plisser les yeux, songeur, Thalia haussa les épaules et expliqua succinctement :

– J'ai tué un chevalier.

Elle ne regrettait pas d'avoir assassiné cet homme. Même maintenant, alors que ce meurtre se dressait comme une barrière infranchissable entre elle et Dorne, elle ne le regrettait pas. Ce type méritait de mourir.

Un sourire de loup apparut sur son visage, et elle émit un sombre ricanement.

– Je lui ai planté la lame dans le ventre, puis je l'en ai ressorti. Et pendant qu'il se vidait de sa trippe sur le palier, je lui ai tiré les cheveux en arrière, et je lui ai tranché la gorge. Et je l'ai regardé crever pendant chaque seconde qu'il a fallu pour que son sang arrête de repeindre le plancher.

Sandor émit un rire rauque.

– Le goût du sang, hein ?

– C'était mon premier meurtre, convint Thalia. Et j'ai aimé ça.

– Tu es une tueuse.

– Évidemment. Pour qui tu me prenais ?

Clegane aboya à nouveau son rire rauque habituel, puis redevint sérieux :

– Amantis l'acceptera pas.

Thalia se mordit la lèvre. Oui, elle savait que lord Amantis serait furieux d'apprendre ce qu'elle avait fait. Même si elle était employée comme bouclier-lige de Lysan, il la voyait surtout comme une sorte de figure dissuasive. Il ne la pensait pas réellement capable de faire du mal. Il serait furieux qu'elle lui ait caché son passé.

Mais elle devait le lui dire… Elle devait le lui dire elle-même, et avant qu'ils ne partent à Dorne. Car s'ils y allaient, Thalia était condamnée.

– Je préfère qu'il me chasse plutôt qu'il me laisse pendre.

Sandor émit un grognement, et pendant un moment, ils regardèrent les combats en silence. Puis la jeune femme lui jeta un regard en biais :

– Si je m'en vais, j'enlève la fille et je la rançonne.

Le Limier savait très bien qui était la fille. Il se contenta d'émettre un reniflement amusé :

– Bonne chance.

Il n'ajouta rien. Thalia non plus. Chien des Lannister ou des Amantis, il y avait des choses qui les révoltaient tous les deux et sur lesquelles ils s'accordaient très bien… Ils terminèrent leur demi-heure d'observation en discutant de choses et d'autres, sans jamais revenir là-dessus. Le sujet était clos, et la décision de Thalia était prise. Ses décisions.

Néanmoins, elle y alla presque à reculons. Elle attendit le soir, la veille du départ de Myrcella pour Dorne, alors que le seigneur travaillait seul dans son bureau, écrivant sans doute une réponse à la lettre de son frère. En la voyant entrer, lord Amantis eut l'air surpris.

– Thalia Sand.

– Je suis désolée de vous déranger à cette heure, messire, s'excusa la jeune femme. Mais il y a une information importante dont je dois faire part.

Lord Amantis lui fit signe d'entrer, sourcils froncés, et elle referma la porter derrière elle tandis que le seigneur demandait :

– S'agit-il de Lysan ?

– Non, messire. Il s'agit de moi.

Lord Amantis haussa un sourcil, l'enjoignant silencieusement à poursuivre, et la jeune femme évita son regard, préférant fixer un point quelque part au-dessus de l'épaule du lord.

– Je suis originaire de Dorne. Néanmoins, je ne l'ai pas quittée par choix, j'en ai été chassée. Et je ne peux pas y retourner, sous peine d'être pendue. Si vous retournez à Dorne avec votre fils…

Cette fois, elle fixa lord Amantis dans les yeux :

– … Vous devrez me congédier avant, car là-bas, je serais un danger pour Lysan.

Le seigneur avait plissé les yeux, observant la jeune femme d'un regard soudain attentif, comme s'il cherchait à lire dans son esprit.

– De quoi êtes-vous coupable, Thalia Sand ?

Elle émit un rire cynique, qui sonnait étrangement comme celui de Limier. Cette constatation l'étonna à peine.

– J'ai commis beaucoup de crimes avant d'entrer au service de Lysan, messire.

– Je veux la vérité, claqua la voix de lord Amantis. Avez-vous volé ? Avez-vous tué ?

Thalia avait le cœur qui battait aussi vite que celui d'un lapin pris au piège. Elle savait qu'avec ces mots, elle déchaînerait une rage froide et sans merci, mais elle resta stoïque.

Lord Amantis l'apprendrait bien assez vite quand il irait à Dorne.

– Tué, messire. A Dorne, je suis condamnée à mort pour le meurtre de Ser Obyr Dalt, de la Maison Dalt. Et quelques hommes ont été tués lors de ma fuite, aussi.

Elle ne regrettait rien. Ser Obyr Dalt n'aurait pas dû pousser sa mère dans les escaliers. Même si les Dalt étaient une Maison importante et qu'Anita, ce n'était qu'une pute, il n'aurait pas dû la tuer.

Quand elle lui avait ouvert la gorge, son sang avait giclé jusqu'aux murs.

Lord Amantis l'observa quelques secondes, et Thalia pouvait sentir la méfiance et la rage du seigneur en face d'elle. Il avait placé sa confiance en elle, et aujourd'hui, alors qu'il allait avoir besoin d'elle, elle brisait cette confiance. Thalia se raidit, mais ne baissa pas les yeux.

Le regard de lord Amantis était glacial quand il lui fit signe de sortir :

– Vous quittez le service de mon fils dès maintenant. Demain matin, il ne doit plus y avoir une trace de vous dans ma demeure.

Thalia eut l'impression de s'être pris un violent coup sur la tête. Elle vacilla sous le choc, mais ne bougea pas, tétanisée. Je ne pourrai pas dire au revoir à Lysan…

Elle serra les dents, consciente d'avoir mérité cette colère. Si elle avait parlé plus tôt à lord Amantis, il n'aurait pas été si furieux. C'était elle qui quittait le navire, qui le laissait tomber. Ce n'était pas de la faute de lord Cyan.

– Sortez, lâcha froidement lord Amantis.

Thalia inclina la tête, et quitta la pièce, le visage impassible et le cœur en miettes.

Cela ne lui prit guère de temps pour rassembler ses affaires. Son arc, ses flèches, son manteau, son plastron, son épée. Elle hésita puis prit aussi le blason des Amantis à fixer sur la boucle de sa ceinture. C'était un cadeau, il lui appartenait.

Elle n'arrivait pas à croire que tout se passait si vite. Que la vie qu'elle s'était construite ici s'effondrait si vite. Un aveu et tout s'écroulait comme un château de cartes… Tous ces mois passés auprès des Amantis, à apprendre à se battre, à discuter avec Ser Emeric, à monter Vol-de-Nuit où à marcher dans les rues de Port-Réal avec Lysan… Tout ça, disparu, balayé.

Elle allait partir. Elle était chassée.

Thalia dut s'appuyer sur le mur, veillant à respirer régulièrement pour ne pas hyper-ventiler. Elle avait une boule dans la gorge, et une folle envie de frapper quelqu'un ou de fondre en larmes. Elle ne s'était pas sentie aussi mal depuis qu'on lui avait appris la mort d'Anguy.

Alors, au lieu de quitter la maison sans retard comme le lui avait ordonné lord Amantis, elle monta les escaliers et alla frapper à la porte de Lysan. Le temps que le garçon ouvre, elle eut tout le loisir de paniquer, sachant que sans la protection de lord Amantis, elle pouvait très bien être fichue dehors et battue pour avoir transgressé ses ordres…

Puis la porte s'ouvrit, et Lysan la regarda d'un air étonné.

– Thalia ?

– Chut, fit précipitamment la jeune femme à mi-voix. Ecoute-moi, Lysan, je n'ai pas beaucoup de temps. Je dois partir.

Les yeux du jeune garçon s'ouvrirent démesurément, mais avant qu'il ne parle, Thalia le coupa :

– Je dois au moins te le dire de vive voix : je suis une criminelle à Dorne. Si j'y vais, je serai pendue.

– Mais je te protégerai, fit Lysan avec désespoir.

– Les Amantis sont moins puissants que les Dalt, petit prince, fit doucement Thalia. Je suis désolée mais je dois m'en aller. Ton père en a décidé ainsi, et il a raison.

Lysan resta muet une seconde, ses yeux se remplissant de larmes, puis dit soudain :

– Où iras-tu ?

– Je ne sais pas encore, admit Thalia. Mais tant que tu seras à Port-Réal, j'y serai aussi.

Il y eut un bruit à l'autre bout du couloir. Peut-être un simple courant d'air, mais la jeune femme se rappela soudain du temps qui passait et de l'ordre de lord Amantis.

Elle se baissa, et embrassa doucement le sommet du crâne de Lysan.

– Prends soin de toi, petit prince.

Puis elle s'enfuit, disparaissant dans les ombres et abandonnant derrière elle le seul maître qu'elle ait jamais reconnu.

Elle ne vola rien. Jadis, elle l'aurait fait. Mais pas dans la maison de Lysan, pas dans la maison de son petit prince. Elle sortit par une porte de derrière, sous le regard vaguement surpris du garde qui se trouvait là, et s'enfuit en courant, n'emportant rien d'autre qu'un sac plein de ses maigres possessions.

Les rues étaient vides et elle avait l'impression de courir dans une ville morte. Il y avait une déchirure béante dans son cœur, plus douloureuse qu'aucun coup d'épée. La nuit avait beau être chaude, Thalia frissonnait, frissonnait si fort que c'en était presque des sanglots. Au bout d'un moment, hors d'haleine, elle s'appuya à un mur, refoulant un hoquet de désespoir.

Elle serait morte pour Lysan. Il était son maître. Son ami, son frère, son enfant, tout ce qu'elle chérissait et voulait protéger.

Elle avait protégé Anguy, jadis, mais ça n'avait pas été la même chose. Elle ne faisait que veiller sur ses arrières, le suivre flegmatiquement en attendant que l'aventure tombe du ciel. Avec Lysan, sa vie tournait littéralement autour de lui. De sa protection, de son éducation, de son bonheur. Et maintenant qu'elle avait été chassée, Thalia avait l'impression d'avoir été jetée à la mer, sans aucun point d'ancrage, sans aucun point de repère.

Elle ne pleura pas. Thalia ne pleurait plus depuis qu'elle avait tué son premier homme. Les loups ne pleurent pas.

Alors, au lieu de se recroqueviller sur elle-même et de pleurer comme un enfant abandonné, comme le lui criait son cœur, elle serra les dents, redressa le menton et se remit à marcher. Sans un regard en arrière.

Elle se rendit au palais, passant aisément la barrière des gardes grâce au blason qu'elle portait, et demanda l'asile à Bronn. Si le mercenaire fut surpris de la voir à une heure aussi tardive, il ne s'en plaignit pas. Thalia le convainquit aisément de l'héberger un jour ou deux, jusqu'à ce que les Amantis aient quitté la ville.

Tant que Lysan serait à Port-Réal, elle y serait aussi. Ensuite, elle se débrouillerait.

Thalia dormit mal cette nuit-là. Elle rêva d'Anguy, qu'elle avait élevé et protégé jusqu'à ce qu'un jour il l'abandonne sans prévenir, gisant mort sur un champ de bataille. Quand Thalia cherchait du regard une aide quelconque, elle voyait Lysan, qui l'appelait avec désespoir alors que les ténèbres l'engloutissaient. Et plus elle courait vers lui, plus elle semblait s'éloigner. Elle ne l'atteignait pas, ne l'atteignait jamais, et pourtant il l'appelait…

Puis une main se posa lourdement sur son épaule, stoppant sa course désespérée, et Lysan fut absorbé par le néant. Et la voix du Limier, râpeuse et basse, lâcha :

– Les loups n'ont pas de maître.

– J'en ai un, répondit hargneusement l'archère.

Elle se réveilla en sursaut à ce moment-là. Ce n'était même pas encore l'aube et Bronn, étendu à ses côtés, dormait encore.

Thalia resta immobile. Elle ne chercha même pas à se recouvrir avec les draps qu'elle avait repoussés dans son sommeil agité. Elle attendit l'aube sans un mouvement. Les yeux ouverts dans le noir, elle cherchait à graver dans sa mémoire chaque bribe de ce cauchemar étrange.

Les loups n'ont pas de maître.

Peut-être. Mais elle était un loup des sables. Un bâtard de chien et de loup, une créature mi-sauvage mi-servile. Elle avait un maître.

Elle avait un maître et l'abandonner lui déchirait le cœur.

Quand une faible lumière filtra à travers la lucarne de la chambre de Bronn, Thalia se leva en silence, s'habilla, s'arma et quitta la pièce sans réveiller son compagnon. Elle alla attendre dans les rues de Port-Réal, là où le cortège qui emmènerait Myrcella au port devait passer à l'aller et au retour. Elle portait un capuchon pour dissimuler son regard ambré, trop reconnaissable, et n'avait pas mis son plastron. Néanmoins, si un quelconque danger menaçait son petit prince, elle pourrait l'arrêter. Elle s'en savait capable.

Lysan marchait aux côtés du prince Tommen, à l'aller. Lord Amantis marchait juste derrière. Thalia rabattit sur son visage son capuchon de tissu gris-brun afin qu'il ne la reconnaisse pas.

Ça ne suffit pas à duper Sandor Clegane, néanmoins : quand le Limier passa devant elle, son regard pesa sur elle durant de longues secondes, avant qu'il n'émette un reniflement amusé en poursuivant son chemin.

Lorsque la procession revint du port où Myrcella avait pris le bateau qui la mènerait à Dorne, la foule avait grossi, et l'atmosphère était plus tendue. Thalia essaya de se fondre dans la foule, afin de grimper sur un toit ou une statue, et pouvoir dominer du regard la scène. Elle était en train d'escalader un muret quand tout se précipita. C'est probablement pour ça qu'elle manqua le début de l'émeute, la bouse lancée au visage de Joffrey.

L'instant d'avant tout était figé et tendu. Dans le silence oppressant, quelques personnes criaient au roi Joffrey qu'elles avaient faim, qu'il devait les aider. Mais mis à part ces suppliques isolées, le silence. Le calme avant la tempête.

Puis soudain, ce fut comme si le peuple était devenu fou.

Les gens se ruaient vers les nobles, on hurlait, on frappait. Les gardes tranchaient à tout va et les quelques nobles qui étaient attrapés par la foule étaient battus à mort, sauf si c'étaient des femmes : dans ce cas, des dizaines d'hommes s'attroupaient autour de la malheureuse, et très vite ses hurlements étaient couverts par les insultes et les rires presque fous des violeurs. La foule était devenue une sorte de mer humaine, déchaînée et avide de sang.

Thalia, de son perchoir, vit le Limier entraîner Joffrey avec lui. Elle se détourna aussitôt : que le roi crève, ça lui était égal, c'étaient les hommes de son grand-père qui avaient tué Anguy. Elle cherchait plutôt des yeux ceux qu'elles voulaient protéger. Lysan, Tommen, lord Amantis, Sansa Stark…

Tommen était encadré par plusieurs gardes, qui l'emmenaient en sécurité. Lord Amantis n'était en vue nulle part. Thalia se dévissa le cou en vain pour voir les autres, son cœur battant à tout rompre et la panique lui serrant la gorge. Où était Lysan ?

Enfin, elle le vit, collé à un mur et essayant de se faufiler en direction du palais, l'air terrifié. Elle vit également Sansa Stark et deux autres demoiselles passer devant le jeune garçon en courant, cherchant elles aussi à rejoindre la sécurité du palais.

Elle avait le choix entre sauver Lysan ou sauver Sansa. Elle ne pouvait pas protéger deux personnes. Elle n'en sauverait qu'une.

Le choix fut vite fait.

Thalia se jeta dans la foule comme on se jette à l'eau. Elle tira sa dague de son fourreau et se fraya un passage à grand coups de pointe, de pommeau ou de poings. Atteindre Lysan ne fut guère difficile : vêtue comme elle l'était, elle passait pour quelqu'un du peuple, et les paysans ne la gênaient pas. Elle atteignit Lysan en quelques enjambées, et flanqua dans le même temps une droite magistrale à un paysan qui avait dirigé son attention sur le jeune Amantis.

Le visage du gamin s'éclaira dès qu'il la vit. Mais Thalia ne leur laissa guère le temps de procéder à d'émouvantes retrouvailles : elle attrapa Lysan par l'épaule, avec tant de brutalité que l'adolescent grimaça, et l'entraîna avec lui à travers la foule.

Dans la cohue, elle joua du couteau à plusieurs reprises. Elle vit une des demoiselles de compagnie de Sansa jetée au sol et violée par quatre ou cinq hommes, mais la petite Stark courait toujours. Thalia hésita brièvement à venir à son aide quand, poursuivie par trois hommes, Sansa s'engouffra dans une ruelle étroite…

Puis elle vit une silhouette massive se frayer un chemin vers elle à grands coups d'épée, et elle porta deux doigts à sa bouche pour émettre un sifflement strident. Sandor tourna les yeux vers elle, mâchoire serrée et le regard terrifiant. Thalia prit sur elle pour ne pas montrer la peur que ce visage de tueur lui inspirait, et se contenta de désigner d'un geste la direction dans laquelle s'était enfuie Sansa.

Sandor s'engouffra dans la ruelle d'un pas étonnamment rapide pour quelqu'un de sa corpulence, et Thalia éprouva une joie sauvage à l'idée de ce qu'il allait faire subir à ces trois hommes.

Elle avait toujours détesté les violeurs.

Malheureusement, son sifflement avait également attiré l'attention de plusieurs personnes sur elle. Et surtout, sur le gamin qu'elle agrippait férocement. Un homme au visage émacié et aux yeux avides tendit la main vers Lysan…

… Et se retrouva en train d'agripper son moignon de poignet en hurlant moins d'un instant plus tard, tandis que Thalia s'enfuyait en traînant Lysan derrière elle. Elle bousculait la plupart des gens, peu désireuse de s'engager dans un combat qui l'obligerait à s'arrêter, mais parfois elle voyait une main levée, un poing, une dague qui amorçait un mouvement, et elle frappait. Avec force, avec hargne, aussi férocement qu'un chien qui défend son maître. Elle perdit le compte des hurlements qu'elle provoquait et des coups mortels qu'elle distribuait.

Quand elle et Lysan s'immobilisèrent dans la cour du palais, Thalia était entièrement éclaboussée de sang et les muscles de son bras droit, celui qui tenait le couteau, étaient endoloris.

Elle lâcha Lysan, qui recula d'un pas et tomba assis par terre, et elle se passa une main tremblante sur le visage. Même là, elle était mouchetée de tâches écarlates, constat-elle en retirant sa main marquée de traces sanglantes. Elle devait être terrifiante à voir.

Elle se tourna vers Lysan et le regarda, stoïque. Son petit prince avait les yeux ronds et la bouche ouverte, et la dévisageait comme s'il ne l'avait jamais vue. Après tout, il ne l'avait jamais vue. Jamais comme ça. Jamais comme ce qu'elle était en réalité.

Ignorant le mouvement qu'il fit de se lever, elle s'agenouilla devant lui, et déclara à voix basse :

– Je dois partir. Ton père serait furieux s'il me voyait ici.

Lysan sembla se réveiller, et il l'agrippa par le poignet dans un geste désespéré pour la retenir :

– Attends !

– Je ne peux pas rester, petit prince, dit doucement la jeune femme.

Lysan secoua la tête, comme pour mettre de l'ordre dans ses idées. Il regarda autour d'eux comme pour s'assurer que personne ne les écoutait, avant de dire précipitamment, d'une voix hachée :

– Vol-de-Nuit est à l'écurie du palais. Je te la donne. Il y a tout ce qu'il faut dans les sacs de selle. Je ne veux pas… J'ai…

Il bafouilla un instant, puis inspira un grand coup et acheva en la regardant d'un air suppliant :

– Tu ne dois pas mourir. On doit se revoir pour qu'Eclatant puisse revoir Vol-de-Nuit.

Thalia eut l'impression que son cœur se froissait comme un vulgaire bout de papier. Elle était une tueuse, une putain, elle avait depuis longtemps abandonné son amour-propre derrière elle : mais ce garçon, juste devant elle, la voyait pour ce qu'elle était et la suppliait de lui revenir un jour. Lysan. Son petit prince.

Thalia esquissa un pauvre sourire, et ébouriffa les cheveux du jeune garçon.

– Promis.

oOoOoOo

Thalia ne vit plus Lysan après cela. Elle se fondit dans la foule agitée des gardes et des serviteurs qui couraient dans le palais en folie, et assista à la débâcle du peuple révolté.

Avec satisfaction, elle vit le Limier ramener Sansa dans sa cage. Elle avait peut-être manqué une belle occasion de l'enlever, mais pour la gamine, mieux valait le retour à la captivité que le viol et la mort… Depuis une des fenêtres, Thalia assista également, de loin, aux retrouvailles entre lord Amantis et son fils, après l'émeute, et elle les vit repartir ensemble.

Elle passa la nuit chez Bronn, broyant du noir. Elle ne partagea pas ses pensées avec Bronn et il ne lui demanda pas de le faire. Le lendemain, cachée parmi la foule, elle regarda l'embarquement des Amantis sur le navire qui les mènerait à Dorne. Elle vit le bateau sortir du port, puis disparaitre à l'horizon. Elle resta un long moment sur le quai, regardant la mer d'un air absent.

Elle savait qu'elle ne reverrait pas Lysan avant longtemps.

Vol-de-Nuit l'attendait bien dans les écuries. Ses sacs de selle contenaient de l'or, des vêtements chauds, et quelques babioles sans doute glissées là par Lysan. Une chevalière gravée à l'emblème des Amantis. La brosse qu'il utilisait pour panser Eclatant. Un jeu de carte que Ser Emeric lui avait donné. Le bracelet d'acier, gravé d'élégantes runes, qu'elle avait acheté durant une de leurs promenades. Un peigne qui avait appartenu à sa sœur, et que Lysan avait utilisé une fois pour ordonner à Thalia de se coiffer et de ne pas couper ses cheveux…

Revoir ces objets raviva la douleur de Thalia. Mais peut-être était-elle un peu masochiste, car elle s'évertua à les utiliser tous les jours. La chevalière ne quitta plus son doigt, ni le bracelet son poignet. Et ses cheveux devinrent nettement mieux coiffés.

Après l'émeute, le Nain faisait davantage surveiller Sansa Stark. C'était fichu pour l'enlèvement. Thalia décida néanmoins de rester, espérant avoir une meilleure opportunité. Quand elle apprit, par Bronn, que les troupes de Stannis avançaient vers la ville, elle décida de quitter Port-Réal avant l'attaque du frère de Robert. Ça lui laissait entre deux et quatre semaines pour trouver l'opportunité de kidnapper la fille aînée de Ned Stark.

En attendant, Thalia se dégotta un boulot de palefrenier dans une auberge. Avec la famine qui tenaillait les quartiers pauvres, les propriétaires avaient été ravis d'embaucher quelqu'un qui savait se battre. Pour un salaire de misère, Thalia s'occupait des chevaux des rares clients, et ne dormait que d'un œil afin d'égorger les éventuels voleurs.

Son nouveau logement était assez loin du palais. Ça, additionné à sa mauvaise humeur perpétuelle, lui donna un prétexte parfait pour se séparer de Bronn. Le mercenaire rechignait à abandonner son trophée, mais après un entraînement musclé où Thalia se défoula sur lui et où, pour la première fois, elle faillit réellement le tuer… Il renonça à argumenter.

Thalia se retrouva à nouveau seule à Port-Réal.

Les jours qui suivirent l'émeute furent loin d'être les plus joyeux de son existence. Thalia avait rarement été aussi déprimée. Même quand Anguy l'avait laissée tomber et qu'elle s'était retrouvée seule, elle n'avait pas été aussi abattue. A tel point que Sandor lui-même, un soir où ils buvaient à l'Oiseau Moqueur, lui avait dit qu'elle avait une sale tête.

– Merci, ça fait toujours plaisir, grinça la jeune femme en se resservant un verre.

Le Limier aboya un rire rauque. Cela faisait une bonne semaine que Thalia avait quitté le palais, et chaque soir, quand il entrait à l'Oiseau Moqueur, il la trouvait à sa table habituelle, ruminant sa mauvaise humeur et la noyant dans le vin.

– Pas assez de vin ? se moqua-t-il.

Thalia leva les yeux au ciel :

– Je dors quatre heures par nuit, je patauge dans le crottin toute la journée, je pue tellement que je fais fuir les gens, j'ai pas assez d'argent pour me saouler convenablement, et ça va faire dix jours que j'ai pas baisé. Je hais ma vie.

– C'est une proposition ? railla Clegane.

Thalia esquissa un sourire singulièrement dépourvu de joie, les yeux rivés sur son verre de vin, et lâcha d'un ton dégagé :

– Je ne couche jamais avec les gens qui ont eu l'occasion de voir mon dos avant.

Son dos, marqué au fer rouge comme celui d'un animal. Son secret et sa honte. Quand elle séduisait un homme, elle le séduisait avec ses mots, son corps, son déhanché. Elle voulait être vue comme une femme, un être humain. Quelqu'un d'attirant, de désirable, qu'il fallait séduire et charmer. Quelqu'un qu'on pouvait respecter.

Sa marque… Sa marque la désignait comme la propriété d'un bordel. Une pute, un objet, une sorte de jouet sexuel. Cette marque souillait bien plus que son corps. Car après avoir vu sa marque, après avoir vu ce qu'une telle brûlure signifiait, quel homme la prendrait pour une femme désirable ? Elle n'était plus qu'un trou. Il n'y avait pas besoin de la séduire, pas besoin de la respecter.

Tous les hommes avec qui elle avait couché n'avaient découvert la marque qu'une fois les choses bien avancées. Steffon, l'adolescent arnaqueur avec qui elle avait partagé sa vie durant deux mois, ne l'avait même jamais vue car Thalia gardait sa tunique lors de leurs ébats. Mais la plupart des hommes marquaient un temps d'arrêt en voyant la brûlure. Morden, Willos, Bronn, même ceux avec qui elle avait partagé plus qu'un coup d'un soir avaient tiqué en voyant la brûlure élégante et avilissante qui marquait son dos.

Il y eut un lourd silence, durant lequel Thalia ne quitta pas son verre des yeux. Elle pouvait sentir le regard du Limier peser sur elle.

A quoi pensait-il ? Pourquoi tolérait-il sa compagnie après avoir vu ce qu'elle cachait ? Il avait accepté sa présence à sa table, ou dans les galeries du palais. Il ne l'avait jamais frappée ou méprisée. Pourtant, il avait une position bien supérieure à la sienne ! Pourquoi ne l'avait-il pas chassée ? Et pourquoi ne pas avoir tenté de la violer cette nuit-là ? Il avait vu sa marque. Il aurait pu faire ce qu'il voulait d'elle. Pourquoi l'avait-il aidée ?

Par pitié, peut-être. Parce que lui aussi avait eu une mésaventure avec le feu. Ou peut-être… Peut-être pour la même raison qui l'avait poussé à donner son manteau à Sansa Stark.

Le Limier était l'un des plus terrifiants guerriers que Thalia ai jamais vu, pourtant il était étrangement chevaleresque. Pas galant, ni poli, ni beau, ni charismatique, mais… Digne de confiance.

C'était déjà plus que ce qu'étaient bien des chevaliers de la cour.

Thalia se racla la gorge, et poursuivit la conversation comme si de rien n'était. C'était dérangeant de songer à Sandor Clegane comme à quelqu'un de bien. Elle savait qu'il n'était pas quelqu'un de bien : il avait sans doute encore plus de sang sur les mains qu'elle. Il fallait qu'elle garde ça à l'esprit.

– J'ai croisé Bronn dans la rue hier, grommela-t-elle. Il m'a fait savoir qu'il était prêt à remettre le couvert… Comme si j'allais revenir au palais ! Il croit que je n'ai aucune dignité ou quoi ?

– T'as aucune dignité, grommela Clegane.

Elle jurait comme un homme, tapait tout ce qui bougeait, sympathisait avec les putes… Oui, effectivement. Le pire, c'était qu'il avait raison.

– Pas faux, convint Thalia. Mais pour en revenir à Bronn… Je ne suis pas sa propriété privée. Rien que pour le vexer, j'irai voir ailleurs.

Clegane ricana, et les resservit tous les deux. Thalia but son verre sans ciller. Quelques mois plus tôt, elle aurait sans doute déjà tout vomi… A force de fréquenter le Limier, l'archère avait considérablement augmenté sa capacité à résister à l'alcool. A présent, elle connaissait parfaitement ses limites, et quittait toujours l'établissement la tête haute et en marchant droit.

Vu l'état actuel de ses finances, cependant, il était rare qu'elle puisse se permettre une bonne cuite.

– Tu ne veux pas me payer un deuxième pichet ? plaida Thalia.

Le Limier émit un grognement menaçant, et la jeune femme soupira, avant de vider son verre d'un trait :

– Tu me brises le cœur.

– Je sais que t'as de l'or, grinça Sandor en réponse.

Thalia grimaça en songea à la bourse bien remplie que lui avait laissé Lysan. Oui, effectivement, elle avait de l'or. Mais elle ne voulait pas le dépenser en vin. Ça serait… Indigne du cadeau de son jeune maître.

– Je le garde pour plus tard, soupira-t-elle.

Sandor ne posa pas de questions sur ce « plus tard », et ils terminèrent leurs rations d'alcool en silence.

C'était vrai que de temps en temps, Thalia regardait la bourse bien garnie, et rêvait de s'acheter une seconde épée. Ou une brigandine. Ou une cotte de maille. Quelque chose qui la protège davantage que son plastron. Avec la protection offerte par Gendry, certes son ventre était protégé, mais son dos, ses épaules, ses bras, son cou, ses cuisses… Il y avait encore tant de zones à frapper pour l'adversaire.

Sinon, elle pouvait s'acheter de quoi faire du poison. Versées sur la peau d'un agresseur, certaines mixtures mettaient des jours à agir… Mais elles tuaient toujours.

Thalia n'avait jamais été douée en cuisine, mais durant ses voyages, elle avait fréquenté des gens divers et variés. Un mestre lui avait enseigné à faire des remèdes contre la toux ou un emplâtre pour une plaie infectée une septa lui avait appris à faire un baume qui apaisait les démangeaisons, et à composer une poudre qui dégageait les voies respiratoires et un bandit aux yeux chafouins lui avait enseigné comment une infusion de certaines feuilles, ou quelques pépins d'une certaine baie, pouvaient tuer un homme aussi aisément qu'un coup d'épée en plein cœur.

Ce genre de savoir n'était jamais inutile.

Néanmoins, se balader avec une fiole de poison était risqué, si on n'avait pas l'intention de s'en servir. La fiole pouvait casser, tomber, finir entre les mauvaises mains, ou simplement être vue et entraîner des questions dérangeantes…

Thalia renonça donc à l'idée du poison. Et également à l'idée d'achats compulsifs avec l'or de Lysan.

Thalia avait souvent de longues périodes de creux dans ses journées à l'auberge où elle travaillait. Les cheveux n'avaient pas besoin qu'on s'occupe d'eux tout le temps. Et, avec le siège imminent, tout le monde désertait la ville : il y avait donc peu de clients.

Elle profitait de ces moments pour s'entraîner. Contrairement à ses exercices avec Bronn, elle ne pouvait pas utiliser deux épées. Elle n'en avait qu'une seule, et ici, il n'y avait pas d'armurerie pour prendre une épée d'entraînement. La jeune femme se contentait de répéter ses mouvements d'entraînement habituels, avec une épée et parfois sa dague.

Elle massacrait allégrement des bottes de foin, contre lesquelles elle s'exerçait aussi au combat à mains nues. Grâce à Bronn, Thalia connaissait quelques astuces de brigand : comment échapper à la prise d'un homme qui vous tient par les poignets, se débarrasser d'un couteau placé sous votre gorge, faire tomber un soldat armé…

Pauvres bottes de foin. Thalia mettait toujours une pagaille monstre dans l'écurie quand elle s'entraînait.

Néanmoins, son entraînement portait ses fruits. Un jour, elle eut l'occasion de se regarder dans une glace. Elle avait toujours été plutôt grande pour une femme : elle faisait bien cinq pieds et trois mains (soit environ 1m75). Mais avant d'arriver à Port-Réal, elle était également mince, très mince, à la limite de la maigreur. Elle avait le teint relativement clair car elle avait toujours son capuchon rabattu sur son visage, et prenait soin de son visage afin de séduire facilement. Quant à son corps… Elle s'efforçait de dissimuler ses quelques cicatrices du mieux qu'elle pouvait. Celle sur son flanc, vestige d'un coup de couteau qui avait ripé sur ses côtes. Celle sur sa cuisse, laissée par un coup de fouet de la part d'un homme colérique qui agitait son arme à tort et à travers. Celles sous sa poitrine, vagues traces de griffures, ou celles sur son mollet, dues à une mauvaise chute…

A présent, elle était plus large d'épaules, et de nouvelles cicatrices, plus superficielles, étaient apparues sur son ventre, ses cuisses, ses mains. Elle ne craignait plus de ne pas les cacher. Tant que son visage était beau, le reste, les hommes s'en fichaient. Son endurance s'était accrue, son teint avait bronzé suite à son exposition prolongée au soleil de Port-Réal. Ces mois de nourriture convenable et de bon vin lui avaient permis de reprendre du poil de la bête. Elle avait des muscles secs et noueux, et cela lui parut bien plus satisfaisant que si elle s'était soudain découvert des formes.

Elle n'en avait rien à faire de ses petits seins ou de ses hanches étroites. Manier une épée était bien plus utile.

Après l'émeute, dans les rues de Port-Réal, le sentiment d'insécurité grandissait. Thalia sortait peu, à cause de son travail de palefrenière et surtout à cause de ses entraînements : mais, quand elle rôdait près du palais en quête de la fille Stark, ou quand elle allait à l'Oiseau Moqueur, elle voyait beaucoup plus de dagues qu'auparavant.

Elle avait jadis aimé Port-Réal. Plus maintenant. Cette ville puait la peur. Thalia n'attendait qu'une chose pour s'en aller : une opportunité.

Son temps filait vite. Elle allait devoir se décider entre quitter la ville, sans Sansa Stark et donc sans but ni espoir de rançon, ou y rester en quête d'une meilleure opportunité… Et prendre le risque d'être coincée dans la capitale lorsqu'elle serait mise à sac par les troupes de Stannis.

Elle savait qu'elle avait des chances de s'en sortir si la ville tombait. Elle n'était pas engagée chez les Lannister, elle était une femme, et elle savait se défendre. Et si elle quittait Port-Réal, elle n'aurait nulle part où aller…

Elle prit sa décision le dernier jour avant que les portes de la ville ne se ferment définitivement. Bronn et Sandor allaient au front. Bonn avait beau être arrogant, agaçant et possessif, et Sandor être taciturne, désagréable et cynique, ils étaient les deux seules personnes qui comptaient un tant soit peu pour elle dans cette ville.

Ils restaient, alors elle restait. Elle verrait bien ce qui arriverait.

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A suivre...

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