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Me revoilà !
Merci du commentaire Mizumiii x) Aaaah, Thalia et Bronn, c'ets une relation assez spéciale, il faut dire que ce sont tous les deux des sortes de loups qu'on apprivoise assez mal, avec deux personnalités dominantes qui ne cessent de s'affronter... Mais je les aiment bien ! Ils forment un couple spécial. Ne t'inquiète pas cependant, je n'ia pas oublié notre cher Sandor ! Quant au petit prince, Lysan, oui, c'est dommage que Thalia ne parte pas avec lui. Elle a été très heureuse à ses côtés. J'aime bien imaginer qu'elle a touché du doigt le paradis avec les Amantis. Après tout, je ne peux pas QUE lui faire du mal... XD
Hello FolleDingue x) Il est cool ce pseudo dit donc. Je suis contente que cette fic te plaise autant et que tu reste en haleine. Si seulement j'avais le talent de GRRM ! Raaah, c'est beau de rêver... Enfin, voilà la suite, et merci encore x)
Bon. Si vous lisez cette fic, vous avez lu les livres / regardé la série, donc on vous parle de Port Réal et de feu, vous faites le lien quoi x) Et oui, Stannis est arrivéééé, et la Capitale va en baver. Et Thalia, que sa peur de voyager seule a retenu, va avoir une belle poussée de trouille ! Mais je vous rassure, je ne vais pas la tuer tout de suite...
Enjoy !
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Chapitre 9
Les flammes
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Port-Réal se préparait au siège. Les portes étaient fermées : les navires de Stannis seraient là d'un instant à l'autre. Les gens faisaient des réserves. Les regards paranoïaques se multipliaient. Thalia fut renvoyée de son auberge, car les propriétaires craignaient qu'elle ne les vole. La jeune femme, bon gré mal gré, dut se résoudre à s'engager comme palefrenier aux écuries du palais, au grand amusement de Bronn.
Thalia avait caché sous son lit tous ses biens, avait les cheveux assez longs pour se cacher derrière, et s'habillait à présent de vêtements amples et crottés. Elle passait pour un homme. Peu de gens l'avaient reconnue : Bronn, évidemment, et un palefrenier avec qui elle discutait du temps où elle amenait Lysan au palais et flânait avec désœuvrement dans la cour… Aucun n'avait divulgué son identité. Et comme la plupart des hommes d'armes n'entraient pas, ou peu, dans les écuries… Thalia se considérait comme très bien cachée.
Mais bien sûr, deux jours après avoir été engagée, alors qu'elle essayait d'approcher le grand cheval noir qui mordait tout le monde, Clegane était apparu dans l'écurie, la rabrouant sèchement d'avoir voulu approcher Etranger… Et il l'avait reconnue. Sur le coup, il s'était bien moqué d'elle.
Mais maintenant, il avait l'air nettement moins réjoui.
– T'aurais dû partir quand t'en as eu l'occasion, grogna-t-il.
Il était accoudé à la porte de la stalle où Thalia brossait un palefroi bai. L'air renfrogné, il suivait ses gestes du regard. La jeune femme lui tournait à moitié le dos, et pour le regarder, elle devait jeter un coup d'œil par-dessus son épaule.
Elle se contenta de hausser les épaules d'un air nonchalant :
– Pour aller où ?
– N'importe où. Loin. Chercher ton frère.
Thalia se mit à brosser l'encolure du cheval avec un peu plus d'énergie qu'il n'en était nécessaire, et répondit hargneusement :
– Mon frère n'a pas besoin de moi. Sinon, il ne m'aurait pas abandonnée comme ça.
Il y eut un silence pesant. Dans le box voisin, Etranger s'ébroua bruyamment, attirant l'attention de Thalia. L'archère esquissa un sourire tordu :
– Une bête aussi hargneuse, j'aurais dû me douter qu'elle était à toi.
Le Limier aboya un rire rauque :
– Une chance que je l'ai empêché de t'arracher la main.
– Qui s'occupe de lui d'habitude ?
Clegane haussa les épaules et dit d'un ton d'évidence :
– Moi.
Guère étonnant, songea Thalia en retenant un sourire. Sandor préférait largement la compagnie de son cheval, dans une écurie puant le crottin, que celle du roi dans une belle salle parfumée.
D'un autre côté, elle aussi préférait la compagnie des chevaux à celle des Lannister. Tout comme les mercenaires ou les sauvages du Nain… Bref, tous ceux qui n'étaient pas contaminés par l'hypocrisie qui suintait des murs du palais.
Le Limier était toujours là, l'observant tandis qu'elle pansait le cheval bai. Sentir son regard sur sa nuque la mettait mal à l'aise. Seulement mal à l'aise, néanmoins : si n'importe qui d'autre l'avait observée ainsi, elle se serait déjà retournée pour faire dégager ce n'importe qui. Être observée alors qu'elle était désarmée… Ça la rendait nerveuse.
Elle brossa énergiquement le dos du cheval bai, puis finit par briser le silence qui s'était installé :
– Tu penses que j'aurais dû partir.
Ce n'était pas une question. Clegane grogna un assentiment, et Thalia acheva de panser le palefroi, pensive. Elle laissa tomber la brosse dans le seau contenant son matériel, et y prit un peigne pour démêler la crinière de l'animal. Un effort totalement inutile, d'après elle. Du moins, pour la monture d'un soldat… Or le palefroi appartenait à une dame, ça se voyait.
Elle commença à démêler les crins du cheval bai tout en continuant à parler :
– Mais même si la ville tombe, il y a peu de chance que je me fasse tuer. Je ne serai pas au cœur du combat. Et si la ville est mise à sac, je peux me cacher facilement dans l'écurie… Et s'ils me trouvent, je les égorge.
C'était une façon de voir les choses. Thalia passa sous silence que si c'était un groupe trop nombreux qui s'en prenait à elle, elle serait très probablement violée puis tuée, comme la plupart des femmes qui croisaient le chemin de soldats déchaînés.
Sandor en était probablement conscient, lui aussi, néanmoins il ne dit rien. Thalia continua à démêler les crins du cheval bai, le Limier l'observant en silence. Quand elle eut terminé, elle tapota l'encolure du palefroi avec affection, ramassa le seau contenant son matériel, puis quitta la stalle. Clegane s'écarta afin de la laisser passer.
Après avoir refermé la porte du box, Thalia fit face au Limier. Elle devait lever les yeux pour le regarder en face : il faisait une tête de plus qu'elle, peut-être même une tête et demie.
Elle faillit lui dire que si quelqu'un devait s'inquiéter pour sa survie, ça devait être lui. Elle faillit lui dire qu'il faisait une belle connerie en allant combattre les hommes de Stannis, qu'il serait sans doute envoyé à la boucherie, que les Lannister n'en avaient rien à faire de sa survie, qu'ils étaient de mauvais maîtres. Elle fallit lui dire qu'il n'avait pas de grandes chances de réchapper à cette bataille, et elle faillit lui dire bonne chance quand même.
Elle voulait qu'il vive, réalisa-t-elle avec une certaine surprise. Elle lui faisait confiance et c'était plus que ce qu'elle accordait à la quasi-totalité des gens qu'elle connaissait. Elle ne voulait pas qu'il meure.
Au lieu de ça, elle se contenta de vérifier d'un bref regard qu'ils étaient seuls, et demanda à voix basse :
– Comment va la fille Stark ?
Clegane jeta un regard furtif autour d'eux, puis haussa les épaules et lâcha de sa voix râpeuse
– Comme d'habitude.
– Ça pourrait aller mieux, traduisit Thalia. Mais le Nain la protège ?
Le Nain et Bronn la protégeaient. Le nom du reître flotta entre eux un instant, sans qu'aucun d'entre eux ne le prononce, puis le Limier grommela :
– Le gnome peut pas être partout.
Thalia approuva en hochant la tête, tout en brossant machinalement son pantalon. Ses vêtements de garçon et la crasse qui la maculait n'étaient pas flatteurs. Elle s'étonnait presque que Sandor ne se soit pas encore moqué de son nouvel accoutrement…
Mais ce n'était pas le genre du personnage. Sandor savait très bien qu'on doit souvent sacrifier son confort si on veut survivre.
Et puis, Thalia ne l'avait jamais entendu se moquer cruellement de quelqu'un. Ni jamais vu faire preuve de cruauté, d'ailleurs. Il respectait les gens. Plus étonnant, il la respectait, elle, alors qu'il savait qu'elle portait une marque dans le dos.
Elle soupira, et finit par lâcher comme s'ils ne s'étaient jamais écartés du sujet :
– Je reste. Je n'ai nulle part où aller, de toute façon. Et je peux veiller sur moi-même.
– Personne t'aidera, jeta hargneusement le Limier. Personne te sauvera des hommes de Stannis. Tu seras seule et tu t'en sortiras pas.
Thalia haussa les épaules, et dit simplement :
– Je sais. J'ai l'habitude d'être seule.
Sandor la regarda en silence, puis haussa les épaules et quitta l'écurie.
Thalia s'habitua à son nouveau travail. Se cacher, se taire, baisser les yeux, vérifier chaque jour que personne n'avait découvert les objets cachés sous son lit. On attendait les hommes de Stannis d'un jour à l'autre. Les gens étaient nerveux. Thalia aussi.
Elle ne se rendait plus à l'Oiseau Moqueur, et cela lui manquait. Elle se sentait seule, aussi, un peu. Elle évitait Bronn, qui l'agaçait. Le mercenaire cessa rapidement de la poursuivre de ses assiduités : se taper un palefrenier crotté n'avait pas le même prestige que de coucher avec une guerrière.
Le palefrenier qui avait reconnu Thalia garda son secret, également : il était jeune, facilement intimidé. La jeune femme s'assura qu'il tiendrait sa langue en lui susurrant quelques menaces qui le firent blêmir, puis elle dormit sur ses deux oreilles.
Le seul avec qui elle discutait réellement, aussi paradoxal que cela semble, était le Limier. Leur routine de beuverie à l'Oiseau Moqueur avait peut-être été brisée, mais Clegane venait tous les jours à l'écurie pour s'occuper de son cheval, Etranger.
Il s'accoudait à la porte d'une stalle ou s'adossait au mur, et observait Thalia travailler. Parfois, elle monologuait, et Sandor lui répondait par monosyllabes. Parfois, ils parlaient réellement, échangeant leurs avis sur un point ou un autre, souvent à propos d'un cheval ou d'un chevalier. D'autre fois, à voix basse, comme jadis autour d'un pichet de vin, le Limier lui racontait ce qu'il avait vu à la cour.
Un éclaireur avertit un matin la cour que les navires de Stannis seraient là le surlendemain. La rumeur se répandit comme une traînée de poudre. Thalia sentit son ventre se nouer d'angoisse, mais elle n'en montra rien.
Comme tous les jours, elle pansa les chevaux, changea les litières, ramena du foin, nettoya les abreuvoirs. Comme tous les jours, Clegane s'adossa au mur pendant qu'elle étrillait Vol-de-Nuit, et ils parlèrent du cheval de Tommen qui boitait.
Sandor avait ramené une outre de vin, dont il buvait une gorgée de temps en temps. Quand Thalia eut terminé de s'occuper de son cheval et quitta sa stalle, s'essuyant les mains sur son pantalon en grimaçant, il lui tendit l'alcool sans un mot.
La bataille était proche, et même les chiens de combat commençaient à être nerveux.
Thalia accepta la boisson avec reconnaissance. Il lui semblait que ça faisait une éternité qu'elle n'avait pas bu d'alcool. Quand elle rendit l'outre à Clegane, elle était à moitié vide, et le Limier émit un grognement mécontent.
– Je suis probablement plus angoissée à propos de la bataille que toi, marmonna Thalia pour se défendre.
– T'as encore deux jours pour t'enfuir, rétorqua le Limier.
Thalia haussa les épaules, et répondit, comme d'habitude :
– Pour aller où ?
– Où tu voudras, grogna Sandor avec une certaine colère. T'es libre. T'as aucune raison de rester.
La jeune femme lui lança un regard en biais. Parfois, un mot ou une expression mettait le Limier en rage, sans qu'elle réalise immédiatement en quoi il pouvait être fâché. Au fil du temps elle avait appris ce qui l'exaspérait, ce qui le vexait ou l'agaçait, et évitait ces sujets-là. La chevalerie, son frère, la laideur d'un homme, les cicatrices de guerre, la lâcheté, l'honneur…
Elle se tourna vers Etranger, qui piaffait dans sa stalle, et lâcha d'un ton cynique :
– Et je mourrais sans doute sur les routes. Je ne suis ni aussi forte ni aussi intimidante que toi : j'ai l'air d'une proie facile, d'autant plus que je suis seule. Il faudra une bonne raison pour me chasser d'ici. Quelque chose qui me fasse plus peur que l'idée d'être violée, égorgée et laissée pour morte dans un fossé.
– Une mise à sac ? grinça Clegane.
– Même une mise à sac est préférable à ce que les hommes font aux gens comme moi, cracha presque Thalia en affrontant son regard.
Les gens comme moi. Les parias, les rejetés, les méprisés. Ceux qu'on peut haïr ou dénigrer parce qu'ils sont différents. Inférieurs. Etrangers. Monstrueux.
Sandor la regarda sans un mot, puis il hocha la tête et but à nouveau à longs traits à sa flasque de vin. Quand il la tendit à Thalia, il n'en restait qu'un fond, qu'elle s'empressa de finir.
La bataille était pour bientôt. Ils pouvaient tous le sentir. Ils étaient tous en train de s'y préparer.
Thalia se secoua, comme si elle pouvait se débarrasser de son angoisse aussi facilement que d'une couverture de laine. Elle essaya de changer de sujet :
– Il y a un moyen de s'approcher d'Etranger sans se faire mutiler ?
– Tu voudrais t'en occuper ? se moqua Sandor. Te le conseille pas. Il mord.
– Une si belle bête, c'est dommage que je ne puisse pas m'en occuper, se défendit Thalia. Et si jamais les hommes de Stannis viennent par ici, j'aurai davantage de chances de survie si je me cache dans la stalle de ce démon.
Sandor eut l'air d'y réfléchir quelques secondes, puis émit un grognement et haussa les épaules, avant de se diriger vers le box de son étalon et d'en ouvrir la porte. Le courage de Thalia vacilla, et elle bégaya :
– Quoi, maintenant ?
– Effrayée ? railla le Limier.
Thalia carra les épaules, et le rejoignit en mentant effrontément :
– Pas du tout.
Sandor se contenta d'émettre son rire rauque habituel. Thalia fit de son mieux pour l'ignorer, et entra dans la stalle d'Etranger. Clegane entra derrière elle, refermant la porte à sa suite, et s'approcha du grand étalon noir qui les observait avec méfiance.
Il était vraiment très grand, plus grand que Vol-de-Nuit qui n'était pourtant pas petite. Plus large aussi, et plus massif. C'était un cheval de guerre, assez fort pour porter un chevalier en armure. Sa crinière noire, longue et emmêlée, lui donnait un air sauvage.
– Ma grande gueule me perdra, marmonna Thalia tandis que Sandor flattait l'encolure de son cheval.
Autant Etranger avait été agressif avec elle, autant il était doux comme un agneau quand c'était son maître qui l'approchait. Il ne résista pas quand le Limier saisit sa longe et le fit avancer jusqu'à Thalia, qui n'avait pas bougé de là où elle était. L'étalon noir s'immobilisa à un pas de la jeune femme, piaffant et renâclant, et Thalia déglutit nerveusement.
Clegane ricana, et lui tendit la main. Thalia réfléchit à peine avant de la lui donner. D'autorité, le Limier lui fit saisir la bride d'Etranger, l'obligeant à se rapprocher du cheval qui l'observait avec méfiance.
– Soudainement, je doute du bien-fondé de cette idée, railla Thalia pour dissimuler son appréhension.
– Il te blessera pas si je suis là, grommela Sandor d'un ton bourru.
Et Thalia le crut.
Ils se retrouvèrent à panser le destrier noir, en silence, piochant brosses et étrilles dans le seau que la jeune femme avait ramené avec elle. Etranger gardait les yeux rivés sur Thalia, et piaffait dès qu'elle faisait un geste trop brusque, mais il ne tentait pas de la mordre ou de la bousculer. L'archère resta de marbre, faisant comme si l'étalon à demi sauvage ne l'effrayait pas du tout. Au bout d'un moment, Etranger cessa son manège, et la laissa faire son boulot.
Quand Thalia eut terminé, elle flatta timidement l'encolure du grand cheval noir, qui ne broncha pas. Elle esquissa un sourire tordu :
– Je savais que je pouvais le faire.
Le Limier s'esclaffa, et ils quittèrent la stalle d'Etranger. Thalia réalisa la bizarrerie de la situation : elle badinait et plaisantait avec Sandor Clegane comme s'ils étaient bons amis. Le plus étrange était que ça lui semblait naturel.
Pourquoi pas, après tout. A Port-Réal, il était ce qu'elle avait de plus proche d'un ami. Disons, un allié…
Avant qu'il ne parte, elle lui lança un regard prudent, comme pour essayer de deviner comment il réagirait. Puis elle haussa un sourcil, croisa les bras et lança d'un ton léger :
– Bonne chance, Clegane.
Le Limier se contenta d'un grognement en guise de réponse, et s'éloigna d'un pas pesant. Thalia secoua la tête, mi-amusée mi-exaspérée par son laconisme. Puis, à titre d'expérience, elle tendit la main vers Etranger pour le caresser… Mais, en voyant le regard mauvais que lui lançait l'étalon, elle préféra ne pas aller jusqu'au bout de son mouvement.
– Encore plus agressif que ton maître, grommela-t-elle à l'adresse du cheval.
Vol-de-Nuit, dans le box voisin, s'ébroua comme pour approuver. Thalia esquissa un sourire, et se remit au travail, nettoyant, brossant et récurant jusqu'à la tombée du jour, où elle se coucha comme tous les soirs, rompue de fatigue et espérant que l'épuisement lui épargnerait les cauchemars.
Le lendemain, Sandor ne vint pas aux écuries.
D'après les rumeurs que la jeune femme entendit, les navires de Stannis seraient là ce soir, ou cette nuit, ou très tôt demain matin. Les soldats étaient déjà sur les remparts, et le Nain avait fait demander le chef des pyromanciens. Cette dernière information fit frémir Thalia des pieds à la tête : les pyromanciens fabriquaient du feu grégeois, la substance la plus terrifiante au monde selon elle.
Un feu qui ne s'éteignait pas. Un feu aussi tenace, sauvage et douloureux que le fer rouge appliqué sur son dos…
Franchement, elle n'aimait pas ça. Et elle était certaine que le Limier n'allait pas aimer ça non plus. Qui serait assez cinglé pour aimer faire joujou avec les flammes ? Qui serait assez cinglé pour faire joujou avec les flammes, d'abord ?
Visiblement, Tyrion Lannister était assez cinglé.
Vers la fin de la journée, Bronn entra dans l'écurie. Vêtu de noir, comme d'habitude, et l'air tranquille et assuré alors que partout dans la capitale les gens se rongeaient les ongles. Thalia se tendit, prête à l'envoyer se faire voir. Elle était inquiète, fatiguée, et ce n'était pas le jour de la chercher.
Le mercenaire se contenta de lui adresser un sourire éblouissant tout en lui demandant de seller un cheval pour lord Tyrion, pendant qu'il en sellerait un pour lui-même. Thalia obéit en silence, choisissant un hongre gris pour le Nain, et le harnachant avec la selle spécialement conçue pour lui. A ses côtés, Bronn faisait de même avec son propre cheval, une jument alezane et nerveuse. Au bout d'un moment, il lâcha d'un ton badin :
– Quel dommage que ça se soit terminé comme ça, ma belle.
Thalia leva les yeux au ciel, agacée. Elle avait terminé de harnacher le hongre gris, et elle tendit sa bride au mercenaire :
– Fais-moi tes adieux et file, misérable reître. Vas protéger ton maître avant que quelqu'un ne lui marche dessus par mégarde.
Bronn rit de bon cœur à la plaisanterie, sans prendre les rênes qu'elle lui tendait, puis se pencha vers la jeune femme avec son habituel sourire de loup :
– Ça a été un plaisir de te fréquenter, Thalia Sand. En plus d'être une bonne élève et une bonne compagnie, t'es un bon coup.
– Je sais, rétorqua Thalia sans modestie. Désolée, les adieux dramatiques ne sont pas ma tasse de thé. Disons que tu étais un bon prof… Et pas un trop mauvais amant.
– Langue de vipère, se moqua le mercenaire.
Il se pencha soudain vers elle, l'attrapant par la nuque et l'attira vers lui. Ses lèvres s'écrasèrent sur les siennes sans douceur, presque brutalement. Thalia n'hésita qu'un instant avant d'ouvrir la bouche et d'approfondir le baiser
Ce fut un baiser bref, passionné et désespéré, au goût d'adieu et de non-dits. Parce qu'ils crevaient de trouille tous les deux, parce que la guerre était bientôt là et qu'ils ne savaient pas s'ils s'en sortiraient. Parce qu'ils ne pouvaient pas veiller l'un sur l'autre.
Parce que d'une façon ou d'une autre, ils pensaient tous les deux qui c'était la dernière fois qu'ils s'embrassaient.
Puis Thalia s'écarta, reculant d'un pas. Muets, elle et Bronn s'observèrent un instant. Ils auraient voulu se dire pas mal de choses, tous les deux, mais ni l'un ni l'autre ne trouvait les mots.
Finalement, le reître bondit en selle, et lâcha :
– Tu me manqueras, ma belle.
– Tu vas me manquer aussi, misérable reître, sourit doucement l'archère en lui tendant les rênes de l'hongre gris.
Bronn prit la bride du cheval de Tyrion, adressa un dernier sourire à la jeune femme, puis talonna sa monture et disparut au galop. Thalia leva les yeux vers le ciel qui s'assombrissait.
Si même cet idiot de Bronn venait faire ses adieux… Alors la guerre était vraiment à leurs portes. Et ils avaient peu de chances de la remporter.
oOoOoOo
La nuit était en flammes.
Thalia, le souffle court, regardait en direction du port avec des yeux agrandis par l'horreur. Les explosions, les flammes vertes, les craquements, les hurlements… On entendait tout, depuis le toit de l'écurie, là où elle s'était juchée. Les sons portaient très bien au-dessus de la ville.
La nuit était en flammes.
C'était comme si elle était plongée dans un de ses vieux cauchemars. Elle ne voyait pas une bataille lointaine, elle voyait le feu devant lequel les gardes de Monsieur Iléo la tenaient, pendant que le patron du bordel faisait chauffer le fer à marquer. Pourquoi avait-il un fer à marquer, d'ailleurs ? Thalia ne se l'était jamais demandé. Mais Iléo le maniait d'une main experte, il n'avait même pas cillé quand il le lui avait appliqué dans le dos, quand l'odeur de chair brûlée avait rempli la pièce et qu'elle avait hurlé, hurlé à s'en casser la voix… Combien de filles récalcitrantes avaient été marquées, comme elle ? Combien de filles avait-il souillées à vie ?
Une autre explosion tonna, accompagnée d'un flash de lumière verte, et Thalia tressaillit sans pouvoir s'en empêcher.
Thalia n'avait sans doute été que la énième d'une longue liste. Mais elle n'était pas comme toutes ces filles. Elle avait un petit frère qu'elle aimait de tout son cœur, une mère qu'elle aimait tendrement, un père qui lui avait appris à ne jamais renoncer. Alors, au lieu de se recroqueviller sur elle-même et sur sa honte, elle s'était battue. Elle avait survécu.
Elle s'était gravement disputée avec son père peu après sa brûlure. Parce qu'il n'avait pas été là, parce qu'elle avait peur et qu'elle était en colère. Elle ne l'avait plus revu après cela, mais elle savait qu'il n'avait pas cessé de l'aimer. Comme elle n'avait pas cessé de l'aimer, lui.
Mais après la brûlure, tout avait été différent.
Elle avait commencé à se prostituer au bordel. Elle avait commencé à mépriser toutes ces femmes apathiques qui se laissaient utiliser sans broncher. Elle avait commencé à méditer des projets de vengeance, à murmurer à Anguy qu'un jour ils s'en iraient…
Puis Ser Obyr Dalt avait poussé Anita dans les escaliers. Anita n'était qu'une putain, une pute malheureuse et docile, faible. Mais elle était la mère de Thalia et Thalia l'avait vue mourir.
Alors elle avait tué Ser Obyr. Et ça avait été le début de sa fuite éperdue, avec Anguy cramponné à elle, et le monde entier à ses trousses.
Il y eut une nouvelle explosion, et Thalia cessa de respirer un instant. C'était tellement terrifiant. Comme ce jour-là, il y avait des années, elle était une proie. Un petit animal terrifié qui tremblait de tous ses membres, le cœur battant à toute allure. Un nouveau flash de lumière verte illumina la nuit, et Thalia ferma les yeux une seconde.
La peur coulait dans ses veines comme un poison corrosif. Le sang martelait à ses tempes, son cœur battait comme celui d'un lapin pris au piège. Elle avait abandonné tout espoir de prier pour son salut. Elle se retrouvait devant une force qui la dépassait totalement et à laquelle elle ne pouvait que se soumettre en espérant qu'elle ne brûlerait pas.
Elle était terrifiée.
Elle resserra sa prise sur son arc. Elle avait sorti de sa cachette ses armes et les avaient emmenées avec elle sur le toit. Son épée forgée par Gendry reposait bien sagement dans son fourreau, mais elle ne pouvait s'empêcher de tourner et de retourner son arc entre ses mains avec nervosité.
Son arc ne la sauverait pas. C'était la première fois que Thalia faisait face à un danger qu'elle ne pouvait pas abattre d'une flèche. Du moins, c'était la première fois depuis la brûlure.
Au début des affrontements, elle était restée dans sa chambre, serrant son épée contre elle, les yeux fixés sur la flamme de son unique bougie. Mais voir cette flamme onduler et se tordre, alors que dehors résonnaient d'horribles cris, ça la ramenait des années en arrière, quand elle s'était tenue devant d'autres flammes, et que c'était ses propres cris qui emplissaient la pièce…
Au bout d'un moment, quelques minutes ou bien plusieurs heures, Thalia avait commencé à se sentir oppressée. Sa chambre était petite, puante, et la flamme de sa bougie projetait des ombres noires et mouvantes. Elle avait besoin de sortir, sinon elle allait devenir folle…
Et elle s'était retrouvée ici. Sur ce toit, son arc à la main, et les explosions vertes se reflétant dans ses pupilles dilatées.
Il y eut une autre explosion et la jeune femme se mordit la lèvre. Depuis le toit, elle ne voyait que trop bien les flashs de lumière verte, n'entendait que trop bien les hurlements des hommes qui se battaient et de ceux qui brûlaient.
Qu'est-ce qu'il se passait ? Est-ce que les navires de Stannis avaient été détruits ? Est-ce que le feu grégeois s'était répandu sur les murailles ? Est-ce que le Nain avait échoué ? Est-ce que les hommes de Stannis avaient pris pied devant les portes de Port-Réal ? Est-ce que l'invasion était imminente ? Est-ce qu'ils allaient perdre ?
Est-ce qu'elle allait mourir, mourir brûlée comme dans ses cauchemars ?
Elle frémit en entendant une recrudescence des hurlements. Quelque part au fond d'elle-même, un instinct primaire lui hurlait de se cacher, de se terrer dans un coin. Elle avait peur. Elle crevait de peur. Thalia répugnait à aller se blottir dans une cachette quelconque, mais elle ne sentait vraiment pas en sécurité sur ce toit. Elle voyait trop bien les flammes…
Elle descendit prestement du toit, se servant des anfractuosités du mur avec aisance. Elle était incapable de grimper sur une falaise ou de juger si une branche d'arbre était assez solide pour supporter son poids, mais escalader ou dés-escalader les murs, elle le faisait depuis bien longtemps. C'était la base de l'apprentissage de toute voleuse.
Une fois dans la cour, elle jeta un rapide coup d'œil autour d'elle. Quelques personnes rasaient les murs. Des gardes qu'on avait mis là se rongeaient les sangs en faisaient les cents pas. Ils étaient peu nombreux, à peine deux. Trois avec le petit jeune prostré dans son coin. Ils ne serviraient à rien si Stannis parvenait jusqu'ici : ils avaient pour mission de tuer ceux qui tenteraient de fuir.
Les têtes de deux servantes et du palefrenier que Thalia avait menacé se trouvaient déjà sur des piques, devant les écuries.
L'archère se força à respirer régulièrement, à ignorer l'angoisse qui lui nouait les tripes. Du calme. Du calme. La ville allait tenir. Elle allait forcément tenir. Les cris venaient toujours des murailles, non ? Stannis était dehors. Il n'avait pas pris pied dans la ville. De toute façon, le Limier était en train de se battre. Et Thalia savait que Sandor Clegane ne le laisserait pas Stannis mettre un seul orteil à Port-Réal.
Thalia profita du fait qu'elle était dans l'ombre, contre le mur de l'écurie et hors de vue des gardes, pour envisager l'idée folle de s'enfuir. Les gardes ne la voyaient pas : elle pouvait les abattre tous les trois en moins de trois secondes, d'une flèche chacun. Ensuite, elle pourrait seller Vol-de-Nuit, et…
Et quoi ? Les portes étaient verrouillées. Elle ne passerait pas. Et comme elle l'avait si bien dit à Sandor, elle n'avait nulle part où aller.
Elle secoua la tête avec lassitude, avant de sursauter en entendant une nouvelle explosion. Elle était piégée. Piégée comme un rat dans cette fichue cour intérieure du palais. Elle aurait dû s'en aller quand elle en avait eu la possibilité ! Clegane avait raison quand il lui avait dit de fuir. Le feu… Le feu allait tous les dévorer. Et c'était pire, bien pire qu'une mise à sac.
Quand on a subi la morsure des flammes une fois, rien n'est pire que de les affronter à nouveau. Peur et douleur se mêlent et vous intoxiquent, vous détruisent, jusqu'à la folie.
Thalia s'apprêtait à retourner dans l'écurie, peut-être pour se rouler en boule dans la stalle de Vol-de-Nuit ou d'Etranger afin d'attendre que le calme revienne ou que la mort déferle sur eux, quand un mouvement attira son attention. Un homme sortait du palais et se dirigeait droit vers l'écurie.
Même sans le heaume, sans le manteau blanc, et avec l'obscurité qui cachait son visage, Thalia le reconnut alors même que les gardes plissaient encore les yeux pour l'identifier. Cette démarche silencieuse mais pesante, cette taille, cette carrure…
– Clegane, murmura-t-elle avec incrédulité.
N'était-il pas censé se battre sur les remparts ? S'il était là, est-ce que ça voulait dire que Joffrey était mort ? Que les Lannister avaient perdu ? Que la ville allait tomber ?
L'un des gardes, plus courageux ou plus sot que les autres, se redressa de toute sa taille et s'approcha du Limier :
– Eh ! Qu'est-ce que tu…
Thalia sursauta tant le geste avait été vif. En à peine un battement de cil, c'était fait. La tête du garde roulait aux pieds de Sandor, tandis que le reste de son corps s'affaissait mollement. Le Limier n'avait pas cessé d'avancer vers l'écurie.
Le deuxième garde poussa un cri horrifié et bondit vers son ami mort le troisième garde, un peu plus loin, brandit son arbalète d'un air paniqué. Thalia le vit viser la tête du Limier tandis que ce dernier, d'un geste sec, plantait sa lame en plein cœur du deuxième garde.
L'archère réfléchit à peine. Son corps bougea tout seul : elle encocha une flèche, visa, tira, en un seul souffle.
Sa flèche entra par une oreille et ressortit par l'autre, et le troisième et dernier garde s'affaissa mollement sur le sol, sans un cri.
Sandor posa les yeux sur le cadavre, puis chercha du regard l'archer qui l'avait abattu. Thalia sortit de l'ombre, méfiante. Elle avait une flèche encochée, même si elle gardait son arc pointé vers le bas.
– Gamine, lâcha le Limier.
Sa voix était pâteuse. Il avait bu. Beaucoup bu, même.
– Clegane, fit Thalia en réponse. Où tu vas ?
Sandor la regarda droit dans les yeux. La pénombre, brièvement rompue par des flashs de lumière verte, soulignait ses cicatrices d'une manière horrible. Il était couvert de sang et avait l'air plus ivre que jamais. D'ailleurs, dans sa main gauche, il tenait une outre de vin.
– Je pars.
Thalia le regarda, les yeux écarquillés.
– Où ?
– N'importe où. Loin.
Il avait été en première ligne, se rappela Thalia. En première ligne, au milieu des flammes. Cette simple pensée la fit frissonner d'épouvante. A la place du Limier, elle aurait été malade de peur. Elle faillit lui demander s'il désertait, s'il abandonnait le roi, les Lannister… Elle se tut. C'était évident.
Clegane la regardait toujours, immobile.
Il n'avait pas rengainé son épée. Thalia n'avait pas détendu son arc. Ils se regardaient, immobiles, silencieux, peut-être même stupéfaits. Un nouveau flash vert illumina la nuit, mais ils ne bougèrent pas d'un pouce.
Ils se dévisageaient, muets. Comme s'ils n'arrivaient pas à croire qu'ils étaient là, face à face, dans cette nuit de cauchemar, armes à la main.
Thalia ne bougea pas. Elle regardait le Limier. Elle le regardait vraiment.
Ce n'était pas un géant en armure qui se tenait devant elle, puant le vin et le carnage. C'était un homme défait, son armure cabossée, couverte du sang de gens qu'il avait tué, et peut-être que lui-même ignorait combien ils avaient été au juste. C'était un homme vacillant, au bord de l'effondrement, tant physique que moral. C'était un homme blessé, épuisé, avec un côté du visage brûlé, et un regard hanté dans lequel se reflétait parfois un flash de lumière verte quand, au loin, le feu grégeois explosait.
Il avait fui. Il avait fui et si les Lannister le rattrapaient, si quiconque le rattrapait, alors il serait exécuté.
Thalia hocha lentement la tête, comme pour répondre à une question silencieuse, puis elle s'écarta de son chemin.
Clegane la regarda d'un air indéchiffrable, avant de se diriger d'un pas lourd vers la stalle de son grand cheval noir et féroce. Il attrapa sa selle, ouvrit la porte du box, puis se tourna à demi vers Thalia, toujours immobile à l'entrée de l'écurie.
– Viens avec moi.
Ça sonnait comme une question autant que comme un ordre. Peut-être comme une supplique, mais une supplique sans espoir. Il la regardait droit dans les yeux, de son regard gris perçant et sombre, comme s'il s'attendait à ce qu'elle rejette son offre.
Rarement le Limier lui avait paru aussi défait, las et désillusionné. Aussi faible, presque. Comme s'il avait tout perdu.
Mais évidemment : il avait tout perdu. Il n'avait ni titre, ni terres, ni biens. Les gens le fuyaient. Personne ne l'aimait. Il n'avait rien d'autre que la peur qu'il inspirait aux autres, et en fuyant le combat il venait de donner à tout le monde l'occasion de le traiter de lâche. Les Lannister allaient vouloir sa tête sur une pique pour sa trahison, tout comme les autres nobles voudraient le tuer au motif qu'il avait servi les lions. Sandor Clegane n'avait plus rien. Le feu et la peur lui avaient tout pris.
Il venait du palais, remarqua soudain Thalia en le fixant dans les yeux. Avait-il fait la même offre à Sansa Stark ? Essayait-il de sauver ce qui pouvait l'être ?
Essayait-il de la sauver, elle ?
Thalia hocha lentement la tête, sentant un douloureux espoir naître en elle. Peut-être qu'elle n'était pas si seule, en fin de compte. Peut-être qu'elle n'allait pas périr cette nuit.
Elle entra dans l'écurie à sa suite.
– D'accord.
Cela ne lui prit qu'un instant pour rassembler ses affaires, et seller Vol-de-Nuit. Sa jument, contaminée par sa nervosité, piaffait tandis que Thalia l'harnachait. La jeune femme bondit en selle quelques secondes seulement après le Limier.
S'enfuir à travers les rues désertes, dans la nuit noire parfois traversée de flashs verts, était étrange et terrifiant. Aveuglée par les brefs moments où la nuit était illuminée, Thalia avait l'impression d'être lancée au grand galop dans le noir.
Elle suivait aveuglément Clegane, se fiant à Vol-de-Nuit pour ne pas lâcher Etranger d'un pas. Elle avait rabattu son capuchon sur sa tête, et gardait résolument les yeux fixés sur le dos de Sandor, devant elle, qu'elle ne distinguait que grâce aux reflets sur son armure. Ils s'arrêtèrent brièvement devant l'une des portes de la ville, et le Limier aboya un ordre qui persuada les deux gardes de leur laisser le passage. La porte s'ouvrit pour eux avec un grincement sinistre.
Ils s'éloignèrent au petit galop. Au détour de la route, alors qu'ils grimpaient sur une colline, Thalia se retourna pour voir le champ de bataille, et en eu le souffle coupé.
Comme si la Néra était faite d'huile et non d'eau, la rivière brûlait. Le brasier était vert, éblouissant, comme un feu empoisonné. Des bateaux, des dizaines de bateaux, brûlaient sur la rivière. Les membres de leur équipage, devenus torches vivantes, se jetait à l'eau en hurlant. Le brasier semblait vouloir dévorer tout le champ de bataille.
Sa lumière éclairait les remparts et les rives, où d'innombrables hommes se massacraient avec rage. Thalia pouvait entendre les hurlements d'ici.
Soudain, un des navires en flammes explosa, faisant violemment sursauter l'archère. Des débris furent projetés dans toutes les directions, s'écrasant sur les combattants ou sur les autres navires qui brûlaient. Parmi les projectiles, Thalia distingua une silhouette humaine qui fut projetée dans les flammes qui dévoraient la rivière, et elle frémit de la tête aux pieds.
C'était un cauchemar.
Sandor talonna Etranger et Thalia suivit le mouvement. Ils franchirent la colline, et le champ de bataille disparu aux yeux de l'archère effarée. Elle reporta son regard sur Clegane, et pressa sa monture afin de ne pas se laisser distancer.
Ils s'enfuyaient, laissant derrière eux la Néra dévorée par le feu.
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A suivre...
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