Salut à tous et à toutes ! Voilà donc le chapitre tant attendu x) Thalia et Sandor ont quitté Port-Réal qu'ils pensaient perdue, et s'enfuient vers... Ils n'en savent trop rien en fait.

Chère Mizumiii, tu vas aimer ce chapitre, vraiment ! x) Il se passe enfin quelque chose pour, euh, voilà, tu sais quoi xD J'essaie de rester dans les cordes de l'intrigue de G. R. R. M., mais il faut bien que les lecteurs aient quelques aventures à se mettre sous la dents, alors voilà les péripéties du couple improbable x)

Hello Zepyree ! Non, je ne vais pas dévier de l'histoire à ce point, quand même, et Sansa vivra son aventure telle qu'elle a été écrite par G. R. R. M., ce qui est dommage car elle va être très, très malheureuse. Mais que veux-tu ? Le Lier était beurré et terrifiant, elle a refusé de le suivre, c'est fini, l'occasion est manquée. Ca vaut peut-être mieux. Si elle était venue, les Lannister se seraient jetés à leur poursuite ! Tandis que là, non, Thalia et Sandor vont plus ou moins être tranquille...

Enfin bref. Je poste là parce que j'aurais du poster la semaine dernière et que j'étais au ski, et que jusqu'à maintenant j'étais en exam (eh oui, les fameuses colles du mi-semestre...). Enfin bon, c'est fini =D

Bonne lecture !

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Chapitre 10

Compagnons de route

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Sandor et Thalia galopèrent toute la nuit vers le sud, plongeant dans le bois royal. Ça les rendrait plus difficiles à trouver, si jamais on envoyait des hommes à leur recherche.

Thalia ne posa pas de question. Elle se contenta de suivre le rythme dément imposé par Etranger, et de bénir le Dieu Multiface d'avoir fait de Vol-de-Nuit une jument endurante. Elle gardait les yeux fixés sur le dos de Sandor, se demandant comment diable il parvenait à rester en selle. Ça devait bien faire trente heures qu'il n'avait pas fermé l'œil, et il avait fait face à une armée et au feu grégeois toute la nuit. N'importe qui se serait déjà effondré.

Elle-même était épuisée quand ils s'arrêtèrent enfin, dans une petite clairière où coulait un ruisseau. C'était à peine l'aube, une aube grise et pluvieuse. Clegane descendit de cheval et Thalia s'affaissa sur sa selle, soulagée. Elle avait terriblement mal aux fesses, aux cuisses et au dos.

Elle descendit du dos de Vol-de-Nuit en grimaçant de douleur, et jeta un bref coup d'œil au Limier. Il était assis sur le tronc abattu, respirant lourdement. A la lumière du jour, aussi faible soit-elle, son état était alarmant. Il avait l'air épuisé, et le sang dont il était couvert n'était pas seulement celui de ses ennemis : une coupure au niveau de son crâne avait tellement saigné que le côté brûlé de son visage était recouvert de sang jusqu'au cou.

Thalia entrava rapidement Vol-de-Nuit, mais se garda bien d'essayer avec Etranger. Au lieu de cela, elle s'approcha de Sandor, lentement, avec la même prudence qu'elle aurait employée pour s'approcher d'un animal sauvage.

– Tu es blessé, dit-elle doucement.

– Saloperie de Baratheon, grogna Clegane en réponse. Et saloperie de Nain.

Thalia resta impassible.

– Je peux t'aider. On a assez d'avance pour s'arrêter trois ou quatre heures : c'est assez pour nettoyer tes blessures, et peut-être dormir un peu.

Le Limier la regarda avec attention, comme s'il essayait de déterminer si elle était sincère, puis il haussa les épaules et se leva. Il tangua un instant sur ses jambes, et Thalia remarqua avec inquiétude qu'il ne se tenait pas comme d'habitude. Il avait dû prendre de sacrés coups.

– Aide-moi à enlever mon armure, ordonna-t-il d'un ton rogue.

– Un peu de politesse ne te tuerait pas, marmonna Thalia en obéissant.

Mais Sandor se contenta d'émettre un rire rauque, comme d'habitude. Puis son hilarité s'étrangla quand il dut se contorsionner pour ôter son plastron, et ce fut Thalia qui ricana en l'entendant jurer devant la difficulté de l'entreprise.

Cette maudite armure pesait lourd, et avec sa difficulté à se mouvoir, le Limier aurait été bien incapable de l'enlever seul. D'autant plus que les pièces de métal étaient cabossées, des creux marquant les endroits où ses ennemis avaient frappé. A eux deux, ils mirent un certain temps à l'enlever complètement. En-dessous, Clegane portait un pantalon de tissus rêche et solide, et une simple tunique claire maculée de sueur et de sang. Les tâches rouges se trouvaient au col, à cause du sang qui avait coulé de sa tête, mais aussi au niveau de son bras gauche.

Seulement deux blessures, alors qu'il avait affronté une véritable armée… Thalia cligna des yeux, ébahie, puis lâcha finalement :

– Tu t'en tires plutôt bien.

Clegane renifla avec mépris :

– Tu crois ?

Et il retira sa tunique. Là, Thalia ne put retenir une grimace de compassion. Outre la longue et profonde estafilade sur son bras, son torse et ses côtes étaient marqués par d'immenses hématomes violacés. On aurait pu croire qu'il s'était fait piétiner par un cheval en furie. A chaque fois qu'un coup d'épée avait cabossé son armure, le métal avait violemment cogné contre son torse.

– Merde. Des côtes cassées ?

– Je ne suis pas un foutu mestre, grogna le Limier.

– Je m'en doute mais ce sont tes côtes. Alors, cassées ?

Clegane prit le temps de réfléchir quelques secondes et de faire quelques mouvements à titre d'expérience, ce qui rouvrit la blessure de son bras. Il grimaça avant de lâcher :

– Pense pas, non.

Thalia hocha la tête avec satisfaction, puis commença à ramasser quelques branches mortes pour faire un feu.

– Il va falloir désinfecter tes entailles. J'ai du vin, je vais en faire bouillir.

Sans un mot, Sandor se mit à l'aider.

Les rameaux de l'arbre abattu leur fournirent du combustible en quantité suffisante. Thalia avait un briquet d'amadou, et elle démarra le feu avec quelques jurons pendant que le Limier se servait de son heaume comme d'un récipient, qu'il remplit de vin avant de le poser sur le feu. Le temps que le liquide se mette à bouillir, l'archère fouilla dans ses sacoches de selle pour en retirer un linge propre. Le linge en question s'avéra être une vieille chemise, qu'elle déchira sans remords. Elle en mit plusieurs bandes à tremper dans le heaume, tout en lâchant :

– Si j'avais du fil et une aiguille, je recoudrais ton bras, dit-elle en faisant plusieurs bandes avec ce qui avait jadis été le dos de sa chemise. Ça a l'air assez profond… Mais tu devras te contenter d'un bandage.

– Tu sais coudre ?

– Coudre, non, mais raccommoder la viande de guerrier, oui. Plus ou moins.

Clegane s'esclaffa, et Thalia esquissa un mince sourire. Quand Anguy et elle voyageaient ensemble, c'était toujours elle qui était responsable pour deux, qui savait allumer un feu, attraper un lapin (même si elle était incapable de le faire cuire sans le brûler), soigner les blessures.

Elle garda une manche de la chemise, qu'elle trempa dans l'eau du ruisseau. Elle s'approcha du Limier pour nettoyer tout le sang sur son bras, afin de mieux voir la blessure, mais il l'arrêta d'un grognement.

– Vais le faire.

Thalia haussa les épaules et lui donna le linge mouillé. Pendant que Clegane lavait le sang qui maculait son bras, l'archère prit la tunique qu'il avait ôtée et jetée à côté de lui sur le tronc abattu, et s'accroupit près du ruisseau pour essayer d'en laver le sang coagulé, qui formait quasiment des croûtes sur le tissu.

Au bout d'un moment, les tâches ne furent plus que des auréoles brunâtres, dépourvues de traces de sang coagulé. Thalia étendit la tunique à côté du Limier, récoltant un vague grognement en guise de remerciement. Il avait nettoyé son bras, ainsi que son visage et son cou, mais il restait encore des traces de sang sur le côté brûlé de sa tête, surtout autour de la blessure. Thalia hésita à le lui faire remarquer puis, finalement, elle soupira et tendit la main :

– Donne-moi ça.

Sandor lui jeta un regard méfiant tout en lui tendant le tissu mouillé, et à présent souillé de sang. Thalia le nettoya vaguement dans le ruisseau, l'essora, puis fit à nouveau face à Clegane.

Là, elle hésita un instant. Elle n'avait pas peur de toucher ses brûlures. Ça ne lui faisait pas peur. Mais est-ce qu'il la laisserait les toucher ? Honnêtement, ça lui semblait… Déplacé. Comme si quelqu'un touchait ses brûlures à elle… Les seules personnes qui avaient touché son dos avaient été ses amants, dans l'intimité d'une chambre.

Or, Sandor et elle n'étaient certainement pas amants. Et si elle essayait de toucher son visage, surtout ce côté-là de son visage, il y avait fort à parier qu'il lui couperait la main.

– Tu as encore du sang, dit-elle simplement.

Sandor l'observa avec méfiance, les yeux plissés, en comprenant sa question implicite. Thalia prit ce silence comme une autorisation et, lentement, elle se rapprocha pour nettoyer le sang qui maculait ses brûlures.

Ce geste avait quelque chose de gênant, d'intime. Clegane gardait les yeux rivés sur elle, ses yeux gris au regard dur et acéré, et cela rendait la jeune femme nerveuse. Surtout quand elle réalisa à quel point ils étaient proches physiquement : ils n'étaient séparés que par quelques pouces.

Quelques semaines plus tôt, elle aurait ressenti la nécessité de s'écarter, de mettre une distance de sécurité entre eux. Aujourd'hui, elle se contenta de croiser son regard un instant, avant de se remettre au travail.

C'était vraiment étrange. Clegane la laissait l'approcher. Il ne laissait personne faire ça. Thalia le savait : même quand il était blessé, il chassait les mestres à grands coups d'injures et de menaces. Mestre Pycelle tremblait quand il croisait le Limier dans un couloir.

– C'est bon, lâcha-t-elle en reculant d'un pas pour examiner son travail d'un œil critique. Je ne pense pas qu'il y ait besoin de bander la plaie.

Sandor émit un vague marmonnement, et Thalia alla rincer le tissu dans le ruisseau. Le regard de Clegane pesait toujours sur sa nuque.

S'il n'avait pas été défiguré, Sandor n'aurait pas été laid, songea-t-elle en se remémorant son visage. Il avait une mâchoire forte et des traits durs, et il n'était certainement pas aussi séduisant que le Chevalier des Fleurs ou aussi charismatique que Jaime Lannister, mais… Il n'était pas laid. Il aurait même pu être attirant. En fait, avec l'aura de danger qui l'entourait, sa carrure, l'impression de force qui émanait de lui, Thalia le trouvait attirant.

Mais mieux valait qu'elle le garde pour elle. Elle n'avait pas des goûts très traditionnels.

Quand le vin se mit à bouillir, Thalia enveloppa ses mains dans son manteau, souleva le récipient et jeta un bref regard à Sandor. A en juger par sa rigidité, il avait déjà expérimenté le vin bouillant pour désinfecter les blessures. Pourtant, il ne se déroba pas.

Thalia grimaça par anticipation, sachant à quel point ça allait être douloureux, puis commença par tremper un pan de tissu dans le vin bouillant. Elle retint un juron quand elle sentit la chaleur atteindre sa peau, mais resta silencieuse. Elle s'occupa d'abord de la blessure à la tête du Limier. Mis à part un sursaut de douleur, il ne bougea pas quand elle nettoya la plaie.

L'entaille n'était pas très profonde. Elle avait beaucoup saigné, mais c'était le cas de toutes les blessures à la tête. Thalia en eut rapidement fini. Le pire restait à venir.

– Tends le bras.

Cette blessure-là était beaucoup plus longue et profonde, et risquait davantage de s'infecter. Elle allait devoir verser le vin bouillant dessus, et ça allait faire mal.

Sans ciller, Sandor tendit son bras. La blessure saignait toujours un peu. Thalia agrippa son poignet d'une main, prévoyant le réflexe qu'il aurait au contact de la brûlure, et versa d'un coup une bonne partie du vin sur la blessure.

Sandor poussa un rugissement étouffé, et son bras eut un spasme incontrôlé. Mais Thalia le tenait fermement, et elle ne versa pas une goutte de liquide à côté.

Clegane avait les yeux fermés et sa respiration était rauque, courte et laborieuse. Thalia se hâta de bander la blessure avec les bandes de tissus qu'elle avait préparées. Contrairement à ce qui s'était passé quand elle avait voulu laver le sang sur son bras, Sandor n'esquissa pas un geste pour l'en empêcher. Probablement parce qu'il était épuisé. Thalia se doutait bien que s'il avait été en pleine possession de ses moyens, le Limier n'aurait jamais laissé personne le toucher comme ça. Pas plus qu'il ne l'aurait laissé nettoyer son visage.

Sandor ne laissait personne l'aider. Recevoir de l'aide c'était admettre une faiblesse, et jamais le Limier n'accepterait d'être faible. Il rejetait farouchement toute gentillesse, terrifiait les gens, et s'assurait d'être toujours seul. De toujours tout faire tout seul. Même pour s'occuper de son cheval.

Mais je l'ai aidé à s'occuper de son cheval, songea Thalia. Et maintenant je l'aide à panser ses blessures.

Ce n'était pas si étrange que ça. Thalia aussi refusait toujours l'aide des autres, de peur qu'ils ne se moquent, n'en profitent ou ne lui demandent quelque chose en échange.

Mais elle aurait laissé Sandor l'aider.

– Terminé, déclara-t-elle en achevant de serrer le bandage.

Sandor ne dit rien. Thalia effleura légèrement son bras, puis dit d'un ton plus doux :

– Tu devrais te reposer. Je te réveillerai dans deux heures.

Sandor acquiesça d'un grognement, se leva, et fouilla dans son sac de selle, d'où il tira une couverture. Enveloppé dedans et adossé au tronc abattu, les yeux mi-clos, il suivit Thalia du regard tandis qu'elle desserrait la sangle des selles des cheveux. Etranger grogna d'un air menaçant, mais ne tenta pas de la mordre.

– Sale bête, grommela Thalia en reculant.

Elle se mit à bouchonner Vol-de-Nuit afin d'éviter que la jument, couverte de sueur car peu habituée aux galops comme celui-ci, ne prenne froid. Au bout d'un moment, sentant toujours le regard du Limier peser sur elle, Thalia se racla la gorge et lança :

– Une idée de destination ?

– Non, grogna Sandor.

Thalia jura à voix basse, ce qui fit ricaner le Limier. Après une seconde de silence, elle reprit :

– Tout le monde veut ta tête sur une pique.

– Peuvent tous aller se faire foutre.

– Très bon état d'esprit, commenta Thalia. Tu as du vin ?

– Ouais.

– De l'or ?

– Ouais.

– Bon, nous n'avons pas de problème dans ce cas.

Clegane rit, et Thalia ne put s'empêcher de sourire. Elle lui tournait à présent le dos, occupée à bouchonner le poitrail de sa jument.

– J'ai de l'or et du vin, moi aussi. Aucune idée de destination non plus, néanmoins.

– Au moins personne veut ta tête sur une pique, grinça Clegane.

– Sauf à Dorne. Et Anguy et moi avons aussi eu de petits ennuis dans les Conflans… Mais c'était il y a quatre ans et avec une maison mineure.

Elle jeta un coup d'œil au Limier. Voyant qu'il l'écoutait toujours avec intérêt, elle prit un ton léger, et raconta avec un sourire amusé :

– En fait, c'était un fief délabré, ça ressemblait presque à une ferme. On a juste volé deux chevaux et de la nourriture. Et la bourse de deux gardes. Mais c'était pour leur apprendre à être plus vigilants. Et comme l'un d'eux m'avait traitée de putain, je l'ai castré d'une flèche. Il faisait une de ces têtes ! J'imagine qu'il n'avait rien vu d'aussi long sortir de son pantalon.

Sandor s'esclaffa. Un silence paisible tomba sur la clairière, uniquement brisé par le bruit de mastication des cheveux qui broutaient, et le léger glouglou du ruisseau. Thalia termina de panser Vol-de-Nuit, et alla s'asseoir sur l'arbre abattu, à la droite de Clegane.

Il l'observait toujours. Embarrassée, Thalia grommela :

– Tu devrais dormir.

Sandor grogna pour toute réponse. Thalia lui jeta un regard en biais. Dans la situation actuelle, épuisée ou pas, elle aussi aurait eu du mal à dormir… Les Lannister allaient mettre sa tête à prix, tout le monde voulait le tuer, il n'avait nulle part où aller. Et en prime, il était obligé de se reposer sur quelqu'un –elle, en l'occurrence– pendant qu'il dormait. Obligé de lui faire confiance.

Certes, ils passaient du temps ensemble à Port-Réal. Ils buvaient ensemble, plaisantaient ensemble, se disaient des choses pour lesquelles Joffrey leur aurait fait couper la langue. Mais il y avait une marge entre être d'une compagnie agréable et être un bon allié. Être un allié nécessitait de la confiance. Ni Thalia ni Sandor n'était habitué à faire confiance à quiconque.

La jeune femme secoua la tête, et répéta plus fermement :

– Tu devrais dormir. Tu en auras besoin quand on reprendra la route.

Finalement, le Limier ferma les yeux avec réticence. Il devait véritablement être épuisé, car au bout de dix minutes, il se mit à ronfler.

Thalia regarda son visage, pensive. Quand il dormait, il avait l'air plus détendu. Ses traits n'étaient pas tirés dans son habituelle expression de colère et de haine. Il avait l'air… Moins agressif, moins effrayant. Plus humain.

Thalia esquissa un sourire moqueur, amusée par sa propre bêtise. D'eux deux, Sandor était évidemment le plus humain. Il était peut-être violent, odieux et avait un penchant coupable pour la boisson, mais il n'était pas fourbe, il n'était pas sadique, et il était honnête. Pas comme elle, la voleuse, la meurtrière, la putain.

Elle aurait pu avoir un plus mauvais compagnon de voyage.

Elle se mit à penser au voyage en question. Ça avait mal commencé. Certes, ils étaient bien cachés ici, mais ils étaient au sud de Port-Réal et ils ne devaient pas continuer dans cette direction. Car au Sud, il y avait Dorne. Ils devaient aller au Nord s'ils voulaient se cacher, ou prendre part au combat, ou faire… Quoi qu'ils veuillent faire.

Thalia songea à Anguy. Peut-être qu'elle pourrait le chercher… Non, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Son abandon était encore un souvenir douloureux. Anguy était la seule personne dont elle n'avait jamais douté, et pourtant, il l'avait laissée derrière lui sans même un dernier regard. Elle avait eu trop mal. Elle ne chercherait pas à le revoir.

Elle avait du mal à s'imaginer quittant Westeros. Elle était faite pour se battre et elle avait toujours aimé ça. Elle ne voulait pas fuir la guerre, et elle était certaine que Sandor non plus. Mais elle était une femme et lui un criminel recherché. Dans les deux cas, aucune armée ne voudrait d'eux : certainement pas Stannis, ni le Jeune Loup, ni les Greyjoy, ni même cette reine Targaryen au-delà des mers.

En revanche, ils pouvaient s'engager comme mercenaires pour protéger les gens des armées. Le peuple était toujours terrorisé en temps de guerre, quand tous les hommes étaient partis au combat. Les villageois engageaient volontiers les pires raclures, du moment que les raclures en question les défendaient contre les pillards venus profiter de leur vulnérabilité.

Satisfaite, Thalia se cala plus confortablement contre l'arbre mort, et s'autorisa à s'assoupir brièvement. Même si elle n'avait pas combattu, elle n'avait tout de même pas fermé l'œil de la nuit, et était épuisée. Elle plongea sans un demi-sommeil paisible, et dépourvu de rêves.

Deux heures plus tard, comme promis, elle réveilla le Limier. Alors qu'il se redressait, retenant un grognement de souffrance quand ses côtes le firent souffrir, Thalia lui tendit sa tunique à présent sèche tout en lançant négligemment :

– On va vers le Nord.

– Jusqu'où ? grogna Sandor en enfilant la tunique.

Thalia haussa les épaules.

– Jusqu'à ce qu'on trouve du boulot.

C'était vague, hasardeux, mais c'était tout ce qu'ils avaient comme plan d'avenir. Thalia s'inquiéta soudain que le Limier ait l'idée de l'abandonner ici et poursuive sa route tout seul. Mais Clegane acquiesça d'un grognement, et alla resserrer la sangle d'Etranger.

– Vers le Nord.

oOoOoOo

Sandor était taciturne. Au début, il ne parlait que pour ordonner de prendre telle ou telle direction, jurer quand il pleuvait ou qu'ils faisaient face à un passage difficile, ou pour marmonner ses indications quand ils croisaient un village ou d'autres voyageurs. Il s'occupait seul d'Etranger, ne buvait pas trop, et gardait un œil sur Thalia mais sans jamais envahir son espace vital.

Au fur et à mesure de leur voyage, cependant, la distance qu'ils gardaient entre eux s'amenuisa. D'abord à cause de la nourriture : Thalia savait chasser, mais absolument pas cuisiner. Sandor et elle essayèrent à tour de rôle de faire cuire un lapin, ajoutant des herbes, essayant de le faire rôtir, mais à chaque fois ce fut un fiasco complet. Thalia avait déjà connu ce genre de désagrément du temps de ses voyages avec Anguy, et elle prit le parti d'en rire. Si Sandor n'en rit pas avec elle, du moins il fit un effort pour ne pas trop râler.

Thalia découvrit progressivement que l'humour était une très bonne manière d'aborder le Limier sans se faire envoyer au diable. Clegane était sarcastique, moqueur, un peu comme elle. Bientôt, ils rompirent le silence pesant des journées de voyage en parlant de leurs connaissances communes, depuis les servantes aux chevaliers, souvent pour se moquer d'eux. Puis ils passèrent à des sujets plus sérieux, comme la finalité de la bataille, ce qu'il adviendrait de Joffrey, du Nain, de Sansa.

Au bout d'une semaine environ, ils s'arrêtèrent près d'un village où Thalia, la moins reconnaissable des deux, alla acheter des provisions. Elle apprit là-bas que c'étaient les Lannister qui avaient remporté la bataille de la Néra, grâce à l'aide des Tyrell. Joffrey allait d'ailleurs épouser Margaery Tyrell.

Même si ni elle ni Sandor ne mentionnèrent son nom, ils pensèrent tous les deux à la petite Sansa Stark ce soir-là. Elle était libre. Peut-être qu'elle irait mieux à présent.

Ils continuèrent leur chemin. Petit à petit, Thalia apprivoisa Etranger. Et elle apprivoisa son maître. Elle meublait généralement la conversation toute seule, comme à Port-Réal, en monologuant tandis que Sandor se contentait de brèves remarques. Mais au moins, il l'écoutait et il ne fuyait pas sa compagnie.

Thalia en était plus soulagée qu'elle ne voulait l'admettre. Sandor était la personne en qui elle avait le plus confiance depuis Anguy. Elle aurait été profondément blessée si jamais lui aussi l'abandonnait… Mais il ne l'abandonnait pas. Il était sarcastique, parfois agressif, et souvent désagréable, mais ils voyageaient ensemble, et Sandor ne manifestait nul désir de partir seul de son côté.

Un soir, Thalia proposa de s'entraîner à l'épée. Elle était devenue forte. Elle voulait le devenir encore plus. Malgré son ton à demi-blagueur, le Limier ne se trompa pas sur le sérieux de cette demande. Il grogna un refus et s'assit dans son coin, assez éloigné du feu, comme d'habitude.

Mais tous les soirs, quand ils dressaient le camp, Thalia revint à la charge. Elle était persuadée qu'à un moment où à un autre, Sandor céderait. Il avait beau lui rire au nez pour le moment, il finirait par changer d'avis.

Au bout d'un certain temps, ils tombèrent dans une sorte de routine. Sans être aussi bavard qu'elle, Clegane parlait plus, et ils plaisantaient volontiers en chevauchant côte à côte. Ils ne s'arrêtaient jamais dans des auberges et dormaient à la belle étoile, chacun d'un côté du feu, et jamais le Limier n'avait eu un geste inapproprié envers la jeune femme. Thalia le respectait pour ça. Peu de gens faisaient preuve d'honneur après avoir vu la marque de son dos, cette marque qui la désignait comme une sous-putain, presque une esclave.

Bon, d'un autre côté, s'il avait tenté quelque chose, elle n'aurait probablement pas résisté. Une sorte de curiosité fascinée la poussait à se demander ce que ça serait de coucher avec le Limier.

Mais non, il ne se passait rien. Ils gardaient leurs distances, comme s'ils n'étaient pas deux personnes de sexe opposé n'ayant pas baisé depuis des semaines et voyageant seuls.

Ils discutaient d'un ton badin de choses et d'autres. De leurs combats, de leurs voyages, des anecdotes drôles ou sombres qu'ils avaient vécues. Cela faisait presque un an que Thalia était arrivée à Port-Réal et avait assisté au tournoi de la Main, et cette pensée l'amusa. Si, un an plus tôt, on avait dit à Thalia qu'elle considérerait Sandor Clegane comme un ami, voire comme un amant potentiel, elle aurait ri au nez de l'opportun.

Le temps était de plus en plus mauvais. L'hiver venait, et cette fois, ce n'était pas simplement une devise. Le temps se rafraîchissait. Dans un village, Thalia acheta d'épais manteaux, ainsi que des couvertures.

– Ça sera pire dans le vrai Nord, dit-elle sentencieusement en allumant le feu de leur campement du soir. Quand il commencera à neiger, il nous faudra une tente.

Sandor, qui avait entamé une nouvelle outre de vin, émit un grognement :

– C'était ton idée.

– C'était surtout la seule, riposta Thalia en s'asseyant à côté de lui devant le feu.

Elle tendit ses mains vers les flammes pour les réchauffer. Les soirées étaient de plus en plus froides. Aujourd'hui, elle n'avait pas réussi à attraper la moindre bestiole : ils dîneraient de pain et de vin. Belle soirée en perspective.

– Eh, dit-elle après un silence. Tu veux t'entraîner ?

– Va chier.

– Pas envie, lâcha la jeune femme. Quel âge est-ce que tu as ?

Clegane la regarda, légèrement incrédule :

– Pourquoi ?

– Ne le prend pas mal, mais j'ai toujours pensé que tu faisais plus vieux que ton âge.

– Dis tout de suite que je suis aussi décrépi que Pycelle, s'amusa Clegane.

– Je n'ai pas dit ça !

Sandor aboya un rire rauque, et lâcha :

– J'ai vingt-huit ans.

Thalia ouvrit des yeux ronds. Elle lui aurait donné trente ou trente-cinq ans, pas moins. Elle s'exclama :

– Tu n'as que quatre ans de plus que moi ! J'en ai vingt-quatre.

A nouveau, le Limier s'esclaffa. Puis, devant l'air d'incompréhension qu'affichait la jeune femme, il lâcha d'un air railleur :

– Tu fais plus jeune, gamine.

Thalia ne savait pas si elle devait être flattée ou offensée. Avoir l'air jeune, c'était ne pas avoir l'air dangereux, et elle se sentait vexée. Après s'être entraînée aussi dur durant des mois, elle aurait espéré avoir l'air un peu plus mature.

– Tu me donnais quel âge ?

Le Limier l'observa un instant, puis retourna à son vin.

– Vingt ans. Vingt-deux peut-être.

Thalia leva les yeux au ciel. Son frère Anguy avait dix-huit ans. Elle avait six ans de plus que lui et s'était occupée de lui depuis sa naissance. Elle avait l'impression d'être adulte depuis une éternité.

– C'est à cause de mes cheveux, dit-elle sentencieusement. J'ai l'air d'avoir dix ans avec cette crinière !

Ses cheveux lui arrivaient un peu plus bas qu'aux épaules, à présent. Quand elle voyageait avec Anguy, elle les portait très courts, presque ras, et cela faisait paraitre son visage plus anguleux. Plus dur, plus âgé.

Mais maintenant… Avec un soupir agacé, elle noua rapidement ses cheveux en catogan avec un lien de cuir.

– J'ai pris l'habitude de les porter courts depuis que j'ai douze ans, marmonna-t-elle. Les clients du bordel me trouvaient trop masculine et ils me fichaient la paix.

– Douze ans, répéta Sandor d'un ton plat. A Dorne, les fillettes commencent ce genre de boulot à quatorze ans.

Thalia lui jeta un regard oblique. C'était vrai. A douze ans, une fille était souvent trop petite pour avoir des formes et bien souvent, elles n'avaient pas encore fleuri. La coutume, dans les maisons de plaisirs de Dorne, était d'attendre les quatorze ans de l'enfant.

– Le patron m'a mis au travail une semaine après m'avoir brûlé le dos, cingla-t-elle. Il disait que cette expérience allait me rendre plus mature. Et toi, à quel âge as-tu fait connaissance avec le feu ?

C'était une pique agressive et inutile, qui visait à le braquer pour qu'il ne pose pas d'autres questions. Thalia ne s'attendait pas à ce qu'il réponde. Pourtant, à sa grande surprise, Clegane grogna :

– Sept ans.

Thalia cligna des yeux, et tout ce qu'elle fut capable de dire fut :

– Ah.

Il y eut un long silence. Sandor but à nouveau son vin, s'attirant un regard torve de la jeune femme. Depuis le début de leur voyage, ils avaient essayé de se rationner en alcool. Mais ce soir, le Limier était bien parti pour finir ivre.

Au bout d'un moment, Clegane laissa échapper un ricanement. Thalia lui jeta un coup d'œil, et le découvrit en train de fixer le feu d'un regard vide, comme perdu dans ses souvenirs.

– Mon frère m'avait surpris avec un de ses jouets… Juste à côté de la cheminée. Il a fallu trois hommes pour l'obliger à me lâcher.

Thalia sentit un frisson glacial dévaler son dos, et ses yeux s'élargirent. Elle s'était souvent dit que les brûlures de Sandor lui venaient d'un combat. Une torche dans la figure, peut-être. Mais pourtant… Pourtant, elle n'aurait jamais imaginé que la Montagne puisse… A son propre frère !

Parfois Anguy l'avait exaspéré, mais il était son frère, et elle l'aimait. Son sang, sa famille. Elle n'avait jamais levé la main sur lui. Jamais. Elle était l'aînée, elle devait le protéger. Mais Gregor aussi était l'aîné des Clegane, et pourtant il avait… Comment pouvait-on être assez monstrueux pour faire ça à son propre frère, un gamin de sept ans incapable de se défendre ?!

Sandor lui jeta un regard défiant, et Thalia réalisa qu'elle était restée figée, les yeux ronds et la bouche ouverte, le visage figé dans une expression d'horreur. Elle se recomposa un visage impassible, mais trop tard, Clegane aboyait déjà son rire rauque et sans joie :

– Pas très glorieux, hein ?

Il but à nouveau à son outre de vin. Thalia le regardait en silence. Finalement, quand il cessa de boire, elle murmura d'un ton à peine audible :

– Je suis mal placée pour juger.

Sandor émit un reniflement dédaigneux, son regard haineux fixé sur les flammes. Thalia était du côté de son visage brûlé, si proche qu'elle distinguait chaque relief de ses cicatrices. Elle ne détourna pas les yeux de lui.

– Tout le monde juge, grogna le Limier. Tout le monde voit ce visage et juge ce qu'il montre. Et tout le monde crève de trouille et court s'abriter derrière ces putains de chevaliers en armures quand le monstrueux Limier arrive. Qu'ils aillent tous se faire foutre.

– Je n'ai pas peur de toi, déclara Thalia à voix basse.

Ce n'était pas exactement vrai. Il était plus grand, plus fort, plus emporté. Il pouvait la tuer s'il le voulait. Et il pouvait très bien le vouloir, un soir après avoir trop bu, ou si elle le mettait en fureur. Sandor n'était pas un sadique comme son frère, mais il pouvait lui faire du mal dans un moment de colère.

Mais Sandor tel qu'elle le connaissait, cet homme honnête et féroce, courageux, protecteur, brutal, qui ne croyait pas aux dieux ni aux serments mais qui était capable de faire demi-tour pour retourner sauver une jeune fille d'une émeute sanglante, cet homme-là, elle lui faisait confiance. Peut-être plus qu'à n'importe qui.

Sandor s'esclaffa sombrement, et son regard quitta les flammes pour se poser sur elle. Ses yeux étaient sombres et pleins de colère, exactement comme à Port-Réal, et quand il se pencha soudainement vers elle, Thalia ne put retenir un halètement d'appréhension :

– Tu as tort.

Mais il n'esquissa pas un geste, et Thalia soutint son regard sans flancher. Il pouvait lui tordre le cou en une seconde, mais elle n'avait pas peur. Il ne lui ferait pas de mal.

– Je n'ai pas peur de toi, répéta-t-elle dans un murmure. Tu n'es pas ton frère, et je te fais confiance. Tu ne me blesseras pas.

Le silence était seulement rompu par les craquements du feu. L'obscurité était tombée, maintenant. Pourtant ni Sandor ni elle ne bougèrent pour se rapprocher des flammes. Ils étaient si proches l'un de l'autre que si Thalia tendait la main, elle pouvait toucher son visage. Elle fut tentée de le faire, bizarrement.

– Non, lâcha le Limier à voix basse. Je ne te blesserai pas.

Thalia céda à son impulsion et, lentement, elle tendit la main et prit en coupe la joue de Sandor, celle qui n'était pas marquée par le feu. Il se figea totalement. Thalia sentit même la pause dans sa respiration. Ses yeux, rivés dans les siens, étaient écarquillés et étrangement incertains. Comme s'ils lui demandaient pourquoi.

Pourquoi ? Thalia n'avait pas de véritable réponse. Elle lui faisait confiance, elle le savait. Plus qu'à Anguy, plus qu'à Bronn. Anguy était un lâche, Bronn n'avait pas d'honneur. Sandor était meilleur, plus brave, plus digne de confiance. Il l'avait aidée quand elle avait été agressée il l'avait toujours traitée avec respect, avec amitié même, tout en sachant quelle souillure marquait son dos. Elle se sentait en sécurité avec lui.

Et puis, cicatrices ou pas, il n'était pas repoussant. Il était imposant, féroce, un peu effrayant, mais pas repoussant. En fait, elle le trouvait attirant. Dangereux, bien sûr, mais après tout elle était une guerrière, elle trouvait le danger excitant.

Mais ça, elle ne pouvait pas lui dire. Il ne l'accepterait pas. Alors elle se contenta de laisser retomber sa main, et de dire avec un mince sourire :

– Même espèce, tu te souviens ?

Durant une seconde, Sandor resta immobile, et Thalia songea qu'ils étaient assez proches pour s'embrasser. S'embrasser, et après, quoi, coucher ensemble ? Peut-être. Certainement, même. Elle n'était pas contre. Il se moquait bien de la marque sur son dos, il ne lui ferait pas de mal. Alors, peut-être que…

Mais soudain le Limier se détourna, fixant le feu, mâchoire serrée et le regard dur.

– Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, gamine.

Thalia se leva, froissée :

– Je n'étais pas en train de jouer, Clegane. Mais si tu le prends comme ça…

Elle alla s'installer un peu plus loin avec deux manteaux pour se tenir chaud, s'emmitoufla dedans, et se coucha en lui tournant résolument le dos.

Derrière elle, elle entendit Sandor jurer à voix basse, puis s'installer lui aussi pour dormir. Thalia rentra la tête dans les épaules, de mauvaise humeur. Il était rare qu'un homme refuse ses avances. Elle était vexée.

Cette nuit, comme toutes les autres, elle rêva d'un sourire doucereux et de la morsure du fer rouge. Mais ce rêve-là fut cruellement intense, et quand elle se réveilla en sursaut le lendemain matin, son humeur était encore plus noire que la veille au soir.

Durant toute la journée, elle rumina de sombres pensées. Sandor et elle chevauchèrent en silence. Les rares mots qu'ils échangeaient étaient lâchés avec agressivité. Ce n'était pas la première fois que l'entente était mauvaise entre eux : après tout, ils voyageaient depuis un long moment, ils avaient tous les deux mauvais caractères, il était inévitable qu'ils se heurtent de temps en temps. D'habitude, ils se réconciliaient au soir, après avoir attrapé une pièce de gibier et en le faisant rôtir. Mais cette fois encore, et même s'ils campaient dans une forêt, Thalia revint les mains vides.

Ils allaient encore une fois dîner de pain et de vin. A cette pensée, Thalia émit un grognement mécontent. Par habitude, cependant, elle proposa à Sandor :

– On s'entraîne ?

– Va te faire foutre, grommela le Limier.

– C'est une proposition ? railla Thalia.

Sandor, qui essayait d'allumer un feu, fit un faux mouvement à ces mots, et jura quand il échoua à enflammer le bois mort. Thalia émit un bruit moqueur. Puis elle le rejoignit et lui prit sans façon le briquet des mains pour allumer le feu. Le Limier ne se leva pas, cependant, et resta agenouillé en face d'elle, ses yeux gris et orageux rivés sur elle. Finalement, il gronda :

– Devrais pas plaisanter avec ça.

– Je ne plaisante pas.

– Tu m'as bien regardé ? riposta Clegane avec hargne.

Les flammes jaillirent du bois sec, entre eux, et ils eurent tous les deux un mouvement de recul. Presque aussitôt, leurs regards se retrouvèrent, aussi agressifs l'un que l'autre, et Thalia gronda :

– Ouais. Et alors ? Je me fous bien de tes brûlures, autant que tu te fous des miennes. Ça a toujours été comme ça. Alors quel est le problème ?

Sandor continuait à la regarder, l'air indéchiffrable. Finalement, il se leva, et déclara de sa voix râpeuse et basse :

– Tu aurais pu faire un meilleur choix.

– Je n'en ai toujours fait qu'à ma tête, grinça Thalia en réponse.

Elle s'installa en tailleur un peu plus loin du feu, qui avait grandi et brillait maintenant haut et clair. Sandor lui passa une part de pain, et s'assit à côté d'elle. A distance respectable, néanmoins.

Ils mangèrent en silence durant quelques minutes. Le hululement des oiseaux nocturnes et le frôlement des herbes faisaient un bruit de fond rassurant, bien plus rassurant que le crépitement des flammes.

Thalia avait fini de manger, et regardait paresseusement le feu en attendant d'avoir sommeil, quand soudain Sandor lâcha avec exaspération :

– Tu es folle, gamine.

Thalia haussa les épaules sans quitter le feu des yeux.

– Je ne pense pas. Tu te fiches complètement de ma marque, je te fais confiance et nous sommes seuls dans une grande forêt. Je sais que tu es loin d'être aussi séduisant que Ser Loras, mais je n'ai jamais été attirée par Ser Loras.

Il y eut un silence, et Thalia finit par tourner la tête vers lui. Il la regardait avec une expression étrange, à la fois méfiante, incrédule et sombrement affamée. La jeune femme sentit un frisson d'anticipation lui parcourir l'échine, et elle plissa les yeux avec un imperceptible sourire. Elle était en train de gagner la partie.

Sans le quitter du regard, elle ajouta d'une voix plus basse :

– Mais bien sûr, si ça te pose problème de baiser avec une femme qui porte le symbole d'un bordel dans le dos…

– Me pose pas de problème.

La voix de Sandor était basse et rauque, et Thalia pouvait voir ses yeux s'assombrir de désir, son expression devenir prédatrice. La jeune femme esquissa un mince sourire puis, se redressant légèrement, elle retira son manteau et le balança derrière elle. Les yeux du Limier étaient affamés, pourtant il ne bougea pas, restant assis à moins d'un mètre d'elle.

Thalia se leva, alors, et posa un genou en terre juste en face de lui. Comme la veille, elle posa la main sur sa joue, mais sa mauvaise joue cette fois, celle qui était brûlée. Elle ne bougea pas, n'avança pas. Ses yeux restaient verrouillés aux siens, et elle sentait la chaleur de son souffle sur son visage.

Soudain, Sandor émit un grondement bas, et sa main saisit avec impatience la nuque de la jeune femme pour l'attirer brutalement vers lui.

Ce n'était pas un baiser tendre. C'était presque une lutte, chacun cherchant à prendre l'ascendant sur l'autre et à dominer le baiser. Leurs langues se caressaient et se battaient, les dents s'entrechoquaient parfois, leurs lèvres glissaient l'une sur l'autre. C'était presque maladroit, et la prise qu'avait Sandor sur sa nuque était dure et presque douloureuse, et elle le tenait tout aussi fort : en fait, elle l'agrippait comme si elle avait peur qu'il s'en aille. Le côté de la bouche de Clegane qui était brûlé avait une texture curieusement dure, sans souplesse, mais ce n'était pas râpeux comme Thalia l'aurait cru. C'était presque doux contre ses lèvres, ses lèvres sur lesquelles elle sentait le goût du vin que Sandor avait bu quelques minutes plus tôt, et une légère morsure lui fit émettre un son qui tenait à la fois du grondement et du gémissement. Et ce n'était pas effrayant ni horrifiant ni quoi que ce soit de négatif, c'était… Erotique.

Finalement ils s'écartèrent un instant, le temps de reprendre leur souffle, et Thalia appuya son front contre celui de Sandor. Cette proximité était vraiment étrange. Puis elle réalisa qu'elle avait noué ses deux bras derrière la nuque du Limier et que ça, curieusement, ça lui semblait naturel. Elle laissa échapper un léger rire, mais alors que Sandor ouvrait la bouche pour lui demander ce qu'il y avait de drôle, elle le fit taire avec sa propre bouche.

Elle s'écarta presque aussi vite, arrachant un grognement frustré au Limier, et ôta sa tunique verte en la faisant passer devant sa tête. En dessous, elle portait une autre tunique, d'un blanc passé celle-ci. Et comme elle était à moitié dos au feu, sa silhouette se dessinait à travers, allumant une étincelle avide dans le regard de Clegane.

Alors qu'elle et Sandor luttaient pour aider celui-ci à retirer son armure de maille tout en s'embrassant à en perdre le souffle, ils se cassèrent la figure, et cette fois Thalia laissa échapper un éclat de rire clairement audible.

– Ça t'amuse, gamine ? grommela Sandor.

Sa main saisit à nouveau la nuque de la jeune femme pour l'attirer à son visage, et Thalia se surprit à penser que, par les Dieux, elle aurait dû l'embrasser plus tôt, c'était vraiment très agréable. Elle laissa échapper un lourd gémissement quand une des mains de Sandor atteignit sa poitrine, et elle haleta contre sa bouche :

– Thalia, je m'appelle Thalia, et je ne suis pas une gamine.

– J'avais cru remarquer, fit Sandor d'un air goguenard.

Thalia émit un grognement colérique, mais dans ses yeux brillaient une étincelle joueuse.

– Tu ferais mieux de t'en rappeler, Sandor.

C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom, et Sandor émit un grognement appréciateur. Thalia rit doucement puis, avec un cri de victoire, elle finit par ouvrir l'armure de maille du Limier.

Ils dormirent assez peu cette nuit-là.

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A suivre...

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(Mwéhéhé /rire lubrique/)