Hey les gens ! Voilà donc la suite x) Et comme vous vous en devinez avec un titre pareil, Arya Stark débarque !
Merci à MielChocolat (au pseudo très appétissant) pour ta reviews ! La plupart des gens ont la flemme de commenter après un long chapitre... La plupart des gens ont la flemme de commenter tout court, d'ailleurs. Enfin bref, merci et j'espère que tu vas continuer à aimer !
Salut Elena ! Contente de t'avoir faite tomber dans mes filets malgré le fait que tu ne lise pas beaucoup de GOT x) Amuse-toi bien sur cette fic !
Hello, INeedAHero ! Ton commentaire m'a fait super-plaisir x) Il faut dire que je me suis cassé la tête pour réussir à ne pas faire tâche dans l'univers complexe de Game Of Thrones ! Il faut respecter les standards, garder tous les aspects de la saga (et oui, même la tentative de viol, la prostitution, la trahison, la maladie, les blessures... Je te bénie de l'avoir remarquer, à quel point je me cramponne aux critères de G. R. R. M. ! =D). Enfin bref, c'est du boulot et tes compliments m'ont fait chaud au coeur. N'hésite pas à déterrer ta fic sur GOT toi aussi, à la brosser un peu et à la faire partager... Tu n'imagine pas à quel point j'étais peu sûre de moi en postant le premier chapitre !
Coucou Sakiie-chan ! Il y a quelques chapitres en réserves, oui x) En fait, j'ai déjà finie d'écrire cette fic ! Donc rassure-toi ça ne va pas s'arrêter en chemin. Merci, et j'espère que la suite te plaira autant ! Par contre, NON, ne suis pas l'exemple de Thalia, si tu croise un mec avec une tête de tueur et le visage à moitié cramé, FUIS !
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Chapitre 12
La louve
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Thalia, suite à ses années d'errance au côté d'Anguy, était devenue assez douée quand il s'agissait de suivre un groupe de personnes à distance. Peu désireuse de passer la nuit au quartier général d'une bande de hors-la-loi, elle campa à bonne distance de l'auberge. Le lendemain, elle suivit donc les traces laissées dans la boue par les bottes, les chevaux et le chariot de la Fraternité, qui emmenaient Sandor vers une destination inconnue. Au bout d'une journée de voyage, elle repéra une grotte gardée par deux bandits et, satisfaite, elle alla monter son petit campement à bonne distance.
Elle avait trouvé la cachette de la Fraternité.
Elle ne commit pas l'erreur de s'en approcher. Elle se contenta de guetter l'entrée de la grotte, attendant anxieusement que quelqu'un en sorte, que quelque chose se passe. Elle n'eut pas à attendre longtemps. En fin de journée, deux hommes escortèrent un homme à cheval, la tête sous un sac, loin du repère. Vu la taille de l'homme en question, et le cheval noir qu'il chevauchait, il ne pouvait s'agir que de Sandor.
Thalia s'affaissa de soulagement, et dut même s'appuyer à un arbre. Elle ne s'était pas rendu compte d'à quel point elle s'était inquiétée.
D'abord Anguy, puis Sandor… En ce moment les gens semblaient vraiment réticent à mourir.
La jeune femme ne tergiversa pas et enfourcha Vol-de-Nuit. Le Limier allait probablement être relâché près de l'auberge. Elle devait prendre un chemin détourné pour s'y rendre, de façon à ne pas croiser les deux hommes quand ils rentreraient à la grotte. Elle allait devoir presser le pas si elle voulait attraper Sandor avant qu'il ne disparaisse dans la nuit.
Quand elle parvint à l'auberge, cependant, il n'y avait personne. Le soleil déclinait. Thalia profita des dernières lueurs du jour pour examiner les traces qui retournaient la terre fraîche. Droit en direction de la cachette de la Fraternité, trois traces de chevaux s'étaient arrêtées à quelque distance de l'auberge. Il y avait une zone de piétinement, puis deux chevaux étaient repartis au galop dans les broussailles, cachant leurs traces.
Un cheval seul, lui, était parti en direction du Nord, comme s'il cherchait vaguement à rattraper son escorte.
Thalia pesta. La Fraternité avait sans doute pris l'or de Sandor. Elle lui avait laissé la vie mais il ne fallait pas abuser de son indulgence. Prudemment, à cause de l'obscurité, elle chercha à suivre la piste de Clegane.
La nuit tombait vite, et elle craignit de passer à côté de son camp. Ce fut le renâclement de Vol-de-Nuit qui attira son attention. La jument s'était tournée vers la droite, attentive. Après une hésitation, Thalia lui abandonna les rênes. Sans hésiter, Vol-de-Nuit traversa les fourrés, sans prêter attention au juron de sa maîtresse quand une branche lui cingla l'épaule.
Avec un hennissement joyeux, Vol-de-Nuit émergea dans une clairière, où Etranger était entravé et où Sandor, l'air de très mauvaise humeur, avait dégainé son épée et semblait prêt à faire la peau aux intrus.
Puis il la reconnut et une expression de surprise presque comique se peignit sur son visage :
– Thalia ?
– Ah, tu vois que tu connais mon nom ! s'exclama la jeune femme en descendant de cheval.
Sandor rengaina sa lame d'un air sidéré, tandis que Thalia allait attacher Vol-de-Nuit aux côtés d'Etranger. A sa grande satisfaction, l'étalon noir se contenta de montrer les dents quand elle s'approcha, sans tenter de la mordre. Il devait s'être habitué à elle.
– Qu'est-ce que tu fous ici ? grogna le Limier.
– J'étais à l'auberge avant-hier, expliqua Thalia en se laissant tomber sur une souche. J'ai entendu Thoros parler de ta capture, alors j'ai décidé de rester dans le coin.
Le Limier lui jeta un regard oblique :
– Pour quoi faire ?
– Pour apaiser ma conscience en en tuant quelques-uns s'ils te tranchaient la gorge.
Le pire était qu'elle le pensait sincèrement. Clegane resta immobile quelques secondes, avant de hausser les épaules. Avec un grognement assourdi, il s'assit en face d'elle, contre un arbre tordu. Malgré la semi-pénombre, Thalia remarqua qu'un de ses bras était bandé. Elle n'en fit cependant pas la remarque, attendant que Clegane brise le silence.
– M'ont piqué mon or.
– Prévisible, soupira Thalia. Si je n'ai pas subi le même sort, c'est uniquement grâce à Thoros.
Sandor resta silencieux quelques secondes, les yeux posés quelque part derrière elle. Finalement, sans la regarder dans les yeux, il lâcha :
– Il y a un archer avec eux…
Thalia hocha la tête en silence, et déglutit.
– C'est Anguy. Mon frère.
– Il est pas mort, alors.
– C'est tout comme, dit sinistrement Thalia en se levant. Et visiblement je pourrais tout aussi bien être morte, pour ce qu'il en a à foutre.
Elle alla chercher une outre de vin dans ses réserves, la déboucha et en but plusieurs gorgées, avant de la passer à Sandor. Le Limier l'attrapa avec avidité, et en vida presque un tiers en quelques gorgées.
Thalia jeta un coup d'œil au ciel, puis soupira. Il faisait trop sombre, elle n'avait plus le temps de chasser. Elle se contenta de sortir de ses sacs de selle du pain et un peu de viande séchée, et d'aller s'asseoir aux côtés du Limier. Elle lui tendit une ration, récoltant un vague remerciement marmonné, puis se cala plus confortablement avant de dire avec légèreté :
– Ton plan débile d'aller à Harrendal est ajourné ?
Clegane émit un rire sans joie :
– J'ai une priorité plus urgente. Récupérer mon or.
– Oublie ça, trancha immédiatement Thalia. La Fraternité comporte peut-être quelques allumés, deux ou trois connards et une majorité d'ivrognes, mais ils sont nombreux et nous sommes seulement deux.
– On est deux maintenant ? se moqua Sandor.
Thalia se braqua tout de suite :
– Si tu veux pas de moi…
– J'ai pas dit ça, la coupa brutalement Sandor. Et je ne vais pas attaquer ces enculés dans leur tanière, j'ai un meilleur plan.
La jeune femme haussa un sourcil, intéressée :
– Qui est… ?
Sandor but une dernière gorgée de vin, et émit un rôt sonore. Thalia éclata de rire, avant de récupérer l'outre pour boire à son tour. Le Limier plissa les yeux, et expliqua d'une voix sourde :
– La Fraternité a aussi mis la main sur la gamine des Stark…
– Sansa ?! s'étouffa Thalia.
– Non, l'autre, la petite.
– Arya. Arya Stark.
– Celle-là. Ils l'emmènent probablement à Vivesaigues. Si on la leur prend et qu'on la ramène à son royal frangin, on sera richement récompensés.
– Tu veux souffler la rançon d'Arya Stark à la Fraternité ? pouffa Thalia. Ah, la tête que ferait Anguy… ! D'accord, je marche. Mais comment on la récupère, la gamine, au milieu de sa bande de protecteurs ?
Le Limier renifla avec mépris, avant de mordre dans une lanière de viande séchée :
– Protecteurs ? Cette petite louve est une sauvage. A la première occasion, elle leur faussera compagnie.
– Si elle a une once de raison, elle restera auprès d'eux, objecta Thalia. Ils sont aux ordres de son père, même s'il est mort. Et ils serinent toutes ces histoires comme quoi ils sont chevaliers…
Cette fois, Sandor cracha par terre avec colère.
– Ouais, j'ai entendu. Mais elle les déteste, elle finira par se tirer.
– Elle les déteste ?
– Parce que j'suis reparti en vie. J'ai gagné mon duel judiciaire.
Un duel judiciaire. Thalia se plut à croire que c'était la pensée que Sandor n'était pas totalement mauvais, une pensée soufflée par ce qu'elle lui avait dit, qui avait poussé Thoros à proposer cette solution. Elle esquissa un sourire, et se moqua :
– Je plains ton adversaire !
Le regard de Sandor s'assombrit, et ses yeux se perdirent dans le vague, comme plongés dans ses souvenirs. Sa mâchoire était crispée.
– Ce putain de Béric Dondarrion. Il était mort, bordel. J'l'ai quasiment coupé en deux. Et pourtant, deux secondes plus tard, il était… Il se tenait là, à me parler…
Un frisson glacial dégringola le long du dos de la jeune femme. Cinq fois, avait dit Thoros. Se pouvait-il que… ?
– Il a ressuscité ?
– On dirait, grogna Sandor. Putain de prêtre rouge.
Thalia resta muette quelques secondes. Elle blasphémait allègrement avec tous les dieux, qu'il s'agisse des Sept, de R'hllor. Elle plaisantait moins avec le Dieu Multiface : on ne rit pas avec la mort. Et c'est justement parce qu'on ne rit pas avec la mort qu'elle n'en revenait pas.
– Ouais, finit-elle par souffler. Putain de prêtre rouge.
Elle secoua la tête comme si cela pouvait chasser Dondarrion de son esprit, puis termina sa ration de pain et de viande séchée, tandis que Sandor faisait de même. Quand elle eut fini, elle se frotta les mains pour en ôter les miettes, et lança :
– Bon. Résurrection mis à part, ce plan m'a l'air pas mal. Tu penses que la Fraternité va se mettre en route tout de suite ?
– D'ici deux à trois jours, sans doute, marmonna le Limier. Pour avoir le temps de dévaliser quelques voyageurs et remplir leurs bourses. Ça nous laissera le temps de trouver leur cachette.
– Oh, pour ça pas de problème, sourit Thalia. Je sais où elle est. Dès demain on se relayera pour la surveiller.
– Pas besoin, grogna le Limier. Je le ferai.
– Comme tu veux.
Elle s'étira, et son regard tomba sur le bras bandé du Limier. Elle fronça les sourcils et tendit la main vers lui :
– Tu es blessé ?
La main libre de Sandor lui saisit le poignet, serrant si fort que ça en était presque douloureux. Thalia émit un halètement de surprise, et Clegane gronda d'un air menaçant :
– Ne me touche pas.
Thalia reçut ces mots comme une gifle. Parfois, après avoir vu la marque qui souillait son dos, les gens avait réagi ainsi. Colère, horreur, dégoût. Ne me touche pas. A chaque fois, ça faisait toujours aussi mal. Ne me touche pas… Comme si son contact allait les souiller, leur faire mal. Comme si elle allait les blesser.
Elle laissa échapper une respiration hachée. Leva les yeux et soutint le regard de Sandor, sans ciller. Il n'avait pas lâché son poignet et leurs visages n'étaient qu'à quelques pouces de distance, leurs regards s'affrontant sans ciller.
– Je ne te blesserai pas, dit-elle lentement.
Il y avait très longtemps, dans une autre vie, Sandor lui avait dit les mêmes mots. Elle s'en souvenait. Et à en juger par l'étrange expression qui passa sur son visage, il s'en souvenait aussi.
Il relâcha son poignet, mais arrêta sa main quand elle fit mine d'approcher son bras blessé. Elle posa sur lui un regard interrogatif, et Sandor laissa tomber d'un ton rogue :
– Le duel judiciaire. Dondarrion avait une putain d'épée enflammée. Mon bouclier a pris feu. Mon bras aussi.
Thalia écarquilla les yeux, horrifiée. Le souvenir du grésillement de la chair et de l'odeur de brûlé était toujours terriblement net dans son esprit. Elle imagina Sandor, le bras en flammes, imagina son expression d'horreur et de terreur, imagina l'odeur de la chair qui brûle, et eut soudain l'envie violente d'égorger Thoros et ces fichus fanatiques qui enflammaient les épées.
Au lieu de cela, elle se leva, et alla chercher un petit récipient de baume dans ses sacs de selle. Elle retourna s'agenouiller aux côtés de Sandor.
– Ça aide à la cicatrisation des brûlures. Je suis tellement paranoïaque que j'en ai toujours sur moi depuis… Tu sais.
Clegane hésita clairement, ses yeux passant de son bras au petit bocal. Enlever les bandages alors que la chair cicatrisait ferait mal, Thalia le savait. Elle ne pouvait pas le forcer. Il fallait qu'il estime que ça en valait la peine… Il fallait qu'il lui fasse confiance.
Elle esquissa un pâle sourire. Puis elle posa le récipient de terre cuite sur le sol, près de Sandor, et s'éloigna pour aller desserrer les sangles des chevaux, poser un manteau sur eux et les bouchonner s'il en était besoin. S'occuper les mains et l'esprit.
Au bout d'un moment, elle entendit Sandor expirer bruyamment et jurer à mi-voix, tandis qu'il ôtait ses bandages crasseux pour appliquer le baume.
Il lui avait fait confiance.
oOoOoOo
Deux jours s'écoulèrent. Sandor rôdait autour de la cachette de la Fraternité, et Thalia s'entraînait. Sa force et son endurance avaient grandi, ses épaules s'étaient musclées. Comme elle n'était pas encombrée par une armure, elle se déplaçait plus souplement et plus rapidement qu'un guerrier ordinaire, et tirait avantage de sa vitesse ou de la hauteur de ses sauts. Elle s'entraînait sur de petits arbres, frappant des pieds et des lames, et les réduisait en charpie pour alimenter le feu.
Bronn avait été un bon professeur, et ces quelques temps d'errance avaient été une bonne leçon également. Son style n'était pas aussi élégant que celui des danseurs d'eau ni aussi brutal que celui des chevaliers, mais elle était capable de faire un carnage avec deux lames en main.
Elle aimait savoir ça. Elle aimait être dangereuse, elle aimait pouvoir tuer. Elle aimait tuer, aussi. Thalia ne se leurrait pas : elle était faite pour ça. Elle était une guerrière, et les guerriers ne sont pas faits pour le confort d'un foyer et l'accueil chaleureux d'une famille paisible. Il leur faut un champ de bataille, un monde cruel et une vie aussi traîtresse que possible, un endroit sans paix à jamais englouti par le sang et les tripes déversés. Le pire étant qu'ils ne s'en laisseront jamais.
Elle aurait donné tout son or pour une seconde épée.
Elle se rendit également à l'auberge que semblait favoriser la Fraternité, et y écouta les ragots afin de rester informée. Elle apprit ainsi le futur mariage d'Edmure Tully avec une fille Frey. Sans doute pour compenser l'insulte que le Jeune Loup avait faite à cette Maison en dédaignant leurs filles.
Quand elle en informa Sandor, il se montra ravi de l'information. Ils sauraient où se diriger, une fois qu'ils auraient capturé la petite Stark.
A vrai dire, ce ne fut pas long. Dans la nuit du troisième jour, tard dans la soirée, le Limier revint en traînant avec lui la petite Stark. La fillette se débattait, mordait et griffait comme un chat sauvage, mais elle ne faisait pas le poids contre le guerrier massif qui l'avait enlevée. La gamine sembla surprise de voir Thalia, mais elle n'en perdit pas pour autant sa hargne, et ne commit pas l'erreur de demander de l'aide à la jeune femme.
Arya se retrouva en selle devant le Limier, tandis qu'Etranger et Vol-de-Nuit quittaient au grand galop le territoire de la Fraternité.
Ils ne s'arrêtèrent que quelques kilomètres plus loin : la nuit rendait leur fuite difficile. Arya se cassa la figure du dos d'Etranger, faisant rire le Limier. Thalia se contenta de lever les yeux au ciel avec un sourire narquois. Elle descendit souplement du dos de Vol-de-Nuit, et alla attacher sa jument à un arbre.
Tandis qu'elle s'occupait de son cheval, elle entendit la voix râpeuse de Sandor lancer d'un ton narquois en direction de la fillette :
– Je te déconseille de t'enfuir, petite louve.
Arya ne répondit pas, mais à en juger par le froissement de l'herbe qui suivit ces mots, elle s'était assise rageusement par terre. La fillette avait passé quelques mois dans la nature, depuis la décapitation de son père : elle savait que s'enfuir dans la nuit était de la pure stupidité. Surtout avec deux guerriers à ses trousses.
Thalia et Arya n'avaient pas encore échangé un mot. Les brefs regards que la fillette posait sur la guerrière étaient chargés de colère et d'incompréhension. Thalia n'avait aucun mal à imaginer ce que la petite louve pouvait penser de quelqu'un qui accompagnait de son plein gré le Limier. Enfin, l'image qu'Arya se faisait du Limier, une image qui devait être assez proche de celle de Gregor Clegane.
Thalia pria brièvement pour que la gamine Stark ne compare jamais les deux frères à voix haute. Rançon ou pas, Sandor devenait fou de rage si on l'assimilait à Gregor.
Le Limier s'étendit sous un arbre, et Thalia fit de même, à un ou deux pas de distance, choisissant un meilleur angle pour garder la gamine dans son champ de vision. Arya s'était recroquevillée comme un chiot, à bonne distance d'eux, et dardait sur eux un regard haineux.
– Tu ne l'attaches pas ? lâcha la jeune femme à voix basse.
Sandor émit un grognement :
– Pour quoi faire ? Elle n'ira nulle part.
– Elle pourrait nous trancher la gorge dans notre sommeil.
– Elle n'a pas d'arme, rétorqua le Limier. Et je suis encore assez jeune pour pouvoir entendre s'approcher une gamine.
Thalia gloussa, et n'objecta plus rien. Elle lança une de ses couvertures à Arya et, sans vérifier que la gamine l'utilisait ou pas, s'installa avec sa propre couverture dans le coin qu'elle avait choisi.
Les yeux mi-clos et feignant le sommeil, elle attendit de voir la fillette s'enrouler dans la couverture miteuse et fermer les yeux. Puis elle se laissa à son tour glisser dans le sommeil.
Thalia ne rêva pas de flammes vertes, de fer chauffé au rouge, de maisons alignées sous un soleil cuisant ou de course-poursuite derrière un inconnu sans visage. Elle rêva de forêts sous la pluie, dans une semi-obscurité qui donnait un caractère irréel à la scène. Elle chevauchait aux côté de quelqu'un. Était-ce Anguy, comme jadis, quand ils baroudaient dans les Sept Royaumes ? Était-ce Sandor, comme depuis leur fuite de Port-Réal ? Était-ce Lysan, son petit maître, l'enfant qu'elle avait juré de protéger ? Était-ce Bronn, était-ce Thoros, était-ce un ami ? Elle avait foi en cette personne, elle le sentait. Elle se moquait bien de son identité, au fond. Elle avait foi en lui, et elle le suivait jusqu'au bout du monde.
Elle se réveilla de ce rêve étrange avec un curieux sentiment de sécurité, et presque machinalement, son premier geste fut de chercher du regard cette silhouette qui lui avait tant donné confiance. Il y eut un bref arrêt dans sa respiration quand elle vit que la gamine avait ramassé une grosse pierre et se dirigeait vers eux à pas de loups. C'était le bruit de son approche, pourtant discret, qui avait tiré Thalia du sommeil.
Après la stupeur vint un amusement mêlé d'inquiétude, tandis que la guerrière, derrière ses yeux mi-clos, suivait la progression de la gamine au regard déterminé.
Amusement, parce que la fillette avait dix ans, et qu'à en juger par sa respiration silencieuse, Sandor était également réveillé. Quand il dormait, il ronflait légèrement. La petite louve n'avait aucune chance de les prendre par surprise.
Inquiétude, parce que ça voulait dire que si elle était capable d'essayer de les tuer dans leur sommeil, elle n'était pas si inoffensive que ça. Elle avait été livrée un certain temps à elle-même. Thalia se souvenait très bien de ce que ça faisait, de ce qu'on était obligé de devenir pour survivre. Et Arya, elle, n'avait pas eu la chance d'avoir quelqu'un à protéger pour s'accrocher à la vie. C'était sa haine et sa colère qui lui donnaient la force de continuer. La gamine était devenue dangereuse.
Arya était tout proche du Limier. Visiblement, c'était lui sa cible. Thalia en fut un peu vexée. Quoi, elle n'avait pas l'air dangereuse, elle aussi ?
La gamine leva sa pierre. Ses mains tremblaient un peu : ça pouvait aussi bien être à cause du poids de la pierre que de celui de la peur. Thalia se tendit insensiblement, par réflexe. La gamine prit une inspiration inaudible, ses épaules se crispèrent…
Et la voix de Sandor s'éleva, tranquille :
– Je te laisserai une seule chance, fillette.
La gamine se figea. De là où elle était, Thalia vit nettement le Limier ouvrir les yeux et tourner le visage vers la petite louve tétanisée. Sandor ne fit même pas l'effort d'avoir l'air menaçant. Son visage était impassible, et son regard scrutateur, tandis qu'il lâchait d'un ton plat :
– Tue-moi, et tu es libre. Mais si je survis, je te briserai les deux mains.
Arya ne bougea pas, sa pierre levée, les bras tremblants, ses yeux écarquillés fixés sur le géant couché à ses pieds qui la mettait au défi de le tuer. Elle n'avait aucune chance de l'achever d'un seul coup, et elle en était consciente.
– Allez, ajouta Sandor à voix basse. Vas-y, frappe-moi. Frappe fort.
Arya ne bougeait toujours pas. Soudain, comme si elle venait de se souvenir de sa présence, elle jeta un coup d'œil en direction de Thalia, et frémit en voyant que la jeune femme était debout, jonglant nonchalamment avec un couteau. Un seul lancé et la gamine serait clouée à l'arbre comme un papillon.
Lentement, Arya recula d'un pas et laissa tomber la pierre sur le sol. Ses mâchoires étaient serrées, et ses yeux lançaient des éclairs.
– Bien, lâcha Thalia. Et si on se mettait en route ? Si je recroise mon frère, cette fois, je lui casse le nez.
Sandor s'esclaffa, et se leva à son tour. Arya s'empressa de se mettre hors d'atteinte, mais le Limier n'en avait pas après elle. Thalia et lui, sans un regard pour la gamine, se mirent à harnacher leurs chevaux.
La petite louve restait à bonne distance, mais elle savait qu'elle n'échapperait pas au fait de monter en double avec l'un d'eux. Avec amusement, Thalia remarqua que la fillette se tenait plus proche d'elle, comme si elle espérait échapper à la chevauchée avec Sandor. Ce qui était sans doute le cas.
Thalia faillit la planter là et laisser Sandor s'en charger. Mais au dernier moment, elle soupira, et fit signe à la fillette d'avancer.
– Tu monteras avec moi aujourd'hui. Une tentative de meurtre par jour, c'est bien suffisant.
A quelques pas de là, le Limier ricana, et Thalia lui tira la langue. Un air de totale stupéfaction de peignit sur le visage de la gamine, qui se reprit bien vite quand Thalia la souleva comme une plume et la posa sur la selle de Vol-de-Nuit, avant de monter à son tour, derrière sa passagère.
– Ne me gêne pas, l'avertit-elle avant de talonner sa jument.
– Je ne le ferai pas, marmonna Arya entre ses dents serrées.
C'était les premiers mots qu'elle disait qui n'étaient pas des insultes ou des menaces. Thalia en fut plutôt satisfaite.
Sandor enfourcha son cheval, et ils se mirent en route. En chemin, le Limier et l'archère partagèrent une ration de pain. Quand la jeune femme en proposa silencieusement à la gamine, celle-ci se contenta de détourner la tête. Thalia leva les yeux au ciel et mangea elle-même le pain :
– Tu peux bien tirer la tronche tant que tu veux. La vérité, c'est que t'es chanceuse. Tu ne voudrais pas être toute seule par ici, petite louve.
Le Limier, qui chevauchait presque botte à botte avec Thalia, comme d'habitude, émit un rire bas et rauque avant d'ajouter d'un ton narquois :
– Quelqu'un de pire que nous pourrait te trouver.
– Il n'y a personne de pire que vous, gronda hargneusement la gamine.
Et en disant ça, elle semblait davantage s'adresser à Sandor. Ce qui n'était guère surprenant… Le Limier se contenta d'émettre un bruit amusé :
– Ah, t'as jamais connu mon frère. Un jour, il a tué un homme parce qu'il ronflait. Il y en a des pires que moi.
– Des hommes qui battent les petites filles, ajouta sombrement Thalia. Qui les violent.
La férocité qu'elle avait mise dans le dernier mot lui attira un regard scrutateur de la gamine. Le Limier haussa les épaules, et, s'adressant toujours à la petite Stark, lâcha :
– J'ai sauvé ta sœur de certains d'entre eux.
Arya resta silencieuse un instant, les yeux fixés droit devant elle. Puis elle lâcha d'un ton buté :
– Vous mentez.
Le Limier ignora le ton catégorique, et se contenta de laisser tomber :
– Demande-lui, si jamais tu la revois. Demande-lui qui est revenu pour elle. Quand la populace l'avait allongée par terre… Ils l'auraient prise dans tous les sens et l'auraient égorgée.
Il y eut un autre silence, plus long, avant que Thalia ne dise soudain :
–Il dit vrai. J'étais là.
Arya lui lança un regard incrédule, avant de fixer à nouveau son regard sur le chemin qu'ils suivaient. Thalia avait l'impression que la fillette n'était plus si sûre que ça du mensonge du Limier.
Ils finirent par franchir le sommet d'une colline, et arrêtèrent brièvement leurs chevaux d'un accord tacite. Devant eux s'étendait le fleuve, large et paisible, entouré de collines verdoyantes. C'était grand, silencieux et paisible. On aurait peine à croire qu'ailleurs, peut-être à quelques kilomètres à peine, c'était la guerre…
– C'est la Néra ? demanda brusquement Arya.
Avec le voyage en pleine nuit, elle devait être désorientée. D'autant plus qu'elle connaissait le Limier comme homme de main de Joffrey…
Sandor tourna la tête vers elle, moqueur :
– La Néra ? Où tu penses qu'on t'emmène ?
Arya eut l'air surprise qu'il pose la question, et tourna la tête vers lui, méfiante.
– A Port-Réal, à Joffrey et la reine.
– Ils peuvent se faire enculer, grogna le Limier. C'est le Trident.
Thalia acquiesça, amusée :
– Oui. On t'emmène aux Jumeaux.
Arya se tourna vers la jeune femme, cette fois, l'air réellement stupéfaite :
– Mais… Pourquoi ?
– Parce que ta mère et ton frère y sont, répondit Sandor sur un ton d'évidence. Et qu'ils me paieront pour toi.
– Je veux une part de la rançon, exigea Thalia.
– On verra…
La jeune femme claqua de la langue, n'appréciant guère la désinvolture de son compagnon de voyage. Mais à nouveau, Arya prit la parole, plus hésitante cette fois :
– Pourquoi seraient-ils là-bas ?
La jeune femme baissa les yeux sur sa petite passagère en s'étonnant :
– Les hors-la-loi ne t'ont rien dit ? Toute la campagne en parle. Ton oncle va se marier à une des filles Frey.
Sandor hocha la tête, et ajouta d'un ton bourru :
– Donc arrête d'essayer de me fracasser le crâne, et on sera peut-être là à temps pour le mariage.
Thalia ricana, et leurs chevaux se remirent à avancer en direction des Jumeaux. La journée était ensoleillée, paisible, ennuyeuse à souhait. Même pas une âme qui vive sur leur route pour les distraire. La chevauchée promettait d'être longue, et Thalia s'ennuya dès les premières heures.
A cause de la présence de la petite louve, elle et Sandor étaient sur leurs gardes, et ils ne pouvaient pas se laisser aller à leurs discussions habituelles. Avec un soupir, Thalia réalisa que la surveillance de la gamine signifiait aussi le retour à la chasteté. Par les Sept Enfers, ça, c'était une tuile !
Son soupir avait attiré l'attention de la fillette, qui lui avait jeté un bref regard par-dessus son épaule. Thalia ne pouvait pas lui dire ce qu'elle pensait, évidemment. Pas à cause d'un excès de pudeur, mais plutôt parce que la petite Stark se casserait probablement la figure de stupéfaction.
L'idée la fit sourire, et elle se hâta de lancer la conversation sur un sujet moins stupide :
– Pourquoi tu as quitté la Fraternité, petite louve ? Tu comptais tracer ta route jusqu'à Vivesaigues toute seule dans la nuit ?
Sandor émit un reniflement amusé, et Arya se tendit. Mais, à la grande surprise de Thalia qui n'escomptait qu'un silence boudeur, la gamine lâcha d'un ton rageur :
– Ce sont des menteurs et des voleurs. J'étais furieuse contre eux.
– Des menteurs et des voleurs ? s'amusa Thalia. Je veux bien le croire, Sandor et moi avons tous les deux eu affaire avec leurs beaux principes d'honnêteté.
– Ils n'attaquent que ceux qui travaillent pour les Lannister, fit Arya d'un ton lourd de sous-entendus.
L'archère ricana :
– J'ai pris soin de mon frère durant dix-huit ans pour qu'il me laisse crever à Port-Réal sans que ça le gêne plus que ça. Il n'est pas exactement ce que j'appellerais un type honnête.
Arya resta silencieuse une seconde, comme si elle réfléchissait. Puis elle lâcha avec un aplomb surprenant :
– C'est Anguy ? Thoros m'a dit qu'il s'était mal comporté envers sa sœur.
Thalia se raidit, et hocha la tête sans un mot. Puis elle se dépêcha de changer de sujet :
– Mais toi, tu étais leur poule aux œufs d'or, pas leur ennemie… C'était pas dans leur intérêt de te mettre en rogne. En quoi t'ont-ils trompé ?
Arya pinça les lèvres. Sandor, qui chevauchait à côté d'elles en silence, tendait l'oreille mine de rien. Finalement, la gamine cracha :
– Ils ont dit à un de mes amis qu'il pouvait les rejoindre, que c'était une Fraternité. Puis ils l'ont attaché et vendu à la femme rouge.
Thalia tiqua. Une femme rouge ? Sans doute une prêtresse de R'hllor. Pas étonnant, dans ce cas, que Thoros se soit plié à ses désirs, encore plus s'il y avait de l'or à la clef. Mais les prêtres du Maître de la Lumière ne courraient pas les rues… La seule prêtresse dont Thalia avait entendu parler, c'était cette femme que Stannis gardait avec lui. Pourquoi la prêtresse de Stannis s'intéresserait à un gamin miteux de la Fraternité ?
La jeune femme soupira, et secoua la tête :
– Oublie-le : il est sûrement déjà mort.
– Quoi ?! bondit Arya.
Son mouvement faillit déséquilibrer Thalia, et Vol-de-Nuit s'arrêta en bronchant, mécontente. La jeune femme asséna une tape sèche sur le crâne de la fillette, agacée :
– Je t'avais dit de ne pas me gêner !
– Pourquoi Gendry serait mort ?
Thalia s'apprêtait à l'engueuler, mais le nom la figea net :
– Gendry ? Gendry Waters ?
Sandor fronça les sourcils, visiblement intrigué par la tournure des événements, tandis qu'Arya plissait les yeux avec méfiance :
– C'est un bâtard, oui.
– Forgeron ? Cheveux noirs, yeux bleus, plutôt costaud ?
Arya hocha la tête, sur ses gardes, et Thalia laissa échapper un juron extrêmement grossier. Le Limier haussa les sourcils et supposa :
– Tu l'connaissais ?
– On a travaillé pour le même employeur, lâcha Thalia. C'est lui qui a forgé mon épée. Et mon plastron. Mais qu'est-ce qu'il pouvait faire là ? Il allait à la Garde de Nuit !
Arya sembla hésiter, mais la soif d'en savoir plus l'emporta sur son aversion envers ses deux kidnappeurs, et elle résuma d'un ton amer :
– On a été attaqué et on s'est enfui, puis la Fraternité nous a trouvé.
Thalia se doutait que ça devait être plus compliqué que ça –la gamine avait dû passer par quelques épreuves beaucoup plus déplaisantes qu'une simple fuite–, mais elle ne posa pas de questions, et se tourna vers Sandor avec inquiétude :
– Tu as vu la femme qui l'a emmené ? C'était la prêtresse de Stannis ?
– Je suppose, lâcha la Limier.
Thalia ferma brièvement les yeux. Quand un prêtre achète un homme et l'emmène avec lui pieds et poings liés, ce n'était jamais bon. Elle se retint de jurer, retint également la boule qui enflait dans sa gorge, retint aussi sa folle envie de partir au galop pour fuir la chape de plomb qui était tombée sur ses épaules et la boule qui lui nouait la gorge.
Voilà qu'elle perdait Gendry une deuxième fois.
– Les envoyés de R'hllor ne viennent chercher les gens que pour deux raisons, finit-elle par dire. Soit ce sont des élus, soit ce sont des sacrifices.
Il y eut un silence, puis elle lâcha :
– Stannis est son élu. Devine ce que la salope rouge a fait de Gendry.
Arya la fixa d'un air horrifié :
– Tu mens !
– Je préfèrerais mentir, crois-moi, fit hargneusement la jeune femme.
D'un coup de talon sec, elle fit repartir Vol-de-Nuit. Arya dut s'agripper à deux mains à la crinière de la jument pour ne pas tomber, et Thalia ne fit aucun geste pour la rééquilibrer. Le Limier l'aurait fait : mauvais caractère ou non, il ne reportait jamais sa colère sur des gens qui n'avaient rien à voir avec la source de sa rage. Mais Thalia n'était pas Sandor, et elle fut sombrement satisfaite de voir Arya peiner quelques minutes pour retrouver son assiette.
Ils passèrent le reste de la journée à chevaucher en silence, chacun ruminant de sombres pensées.
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A suivre...
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