Mwahahahaha, ça va saigner dans ce chap xD Avec un titre pareil vous devez deviner ce qui se passe !

Ok, Sakiie-chan, alors je vais t'offrir ce qu'on appelle un "instinct de survie". C'est le truc qui fait que quand tu vois un taré antipathique s'approcher de toi avec un regard de tueur en série, tu prend la fuite xD Tu verras, tu vas me remercier ! XD Bon, sinon ton commentaire m'a bien fait rigoler. Fait gaffe aux mecs au visage cramé quand même. Quant à Gendry, je ne spoile pas mais moi je l'ai pas vu mourir donc... Bref. Sinon, merci beaucoup, et j'espère rester à la hauteur !

Salut Aliena wyvern ! Oui, ça m'a cassé la tête de trouver à créer un personnage qui ne fasse pas Mary Sue : il y a tellement de situation où tu as envie d'envoyer ton perso armé de super-pouvoirs dire "STOP CA NE DOIT PAS SE PASSER COMME CA !" XD. Mais j'aime bien Thalia, elle est drôle x) Merci et bonne lecture !

Merci Bc130woody (ton pseudo est assez zarbi... x) ) ! La suite arrive. EN fait toute l'histoire est finie, alors... Pas de souci, aucune interruption de publication en vue =D

Hello Magy ! Et merci beaucoup =D Créer Thalia était un pari assez risqué : une femme qui se comporte en homme, sans attaches, sans nom, sans rien, et dans un univers aussi violent, il fallait faire gaffe à tous les coins de rue pour qu'elle ne se fasse pas tuer et qu'elle ait une histoire crédible xD Enfin bref, moi aussi je suis fan de Sandor Clegane (oui j'ai des goûts bizarres...). Je pense que Thalia va un peu faire "tampon" entre lui et Arya, mais eh, je ne spoile pas x)

Salut Elena ! Merci, merci =D Thalia m'a donné du fil à retordre et elle a complètement échappé à mon contrôle quand elle s'est mise à se taper Sandor (non mais, Sandor quoi !), mais je l'aime bien x)

Et revoilà Mizumiii ! Je me suis pas mal dépatouillée pour cette histoire de SPOILER avec Sandor, tu vas aimer, ça j'en suis sûre x) Et oui, Thalia a le feu au cul. Complètement ! Mais eh, si elle craque sur le Limier, pourquoi pas... ? Par contre, faut pas se mettre en tête de l'imiter ! xD

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Chapitre 13

Les Noces des Jumeaux

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Thalia, Arya et Sandor étaient loin d'être de joyeux compagnons de route. Mais ils étaient alliés, du moins pour ce voyage, et ils s'efforçaient de ne pas se tirer dans les pattes. Choses rendue assez difficile par le fait que, si Arya semblait tolérer plutôt bien la compagnie de Thalia, elle ne cessait de cracher son venin dès qu'elle était seule avec Sandor. Et comme c'était toujours Thalia qui se rendait dans les villages qu'ils croisaient pour faire le plein de provisions ou de vin, les occasions d'être seule avec le Limier ne manquaient pas.

Les mauvaises nouvelles non plus ne manquaient pas. Un soir, Thalia leur apprit que Sansa venait d'épouser Tyrion. Arya et Sandor furent d'une humeur massacrante durant plusieurs jours. Mais cette fois, leur haine était dirigée contre la même personne et tous les deux le savaient.

Ça ne les rendit pas amis, mais, unis par une même colère, ils s'efforcèrent de se montrer moins agressifs l'un envers l'autre. Ils se détestaient toujours mais ils le montraient moins.

Sandor finit finalement par accepter de s'entraîner avec Thalia, le soir. Sans doute pour évacuer toute la frustration qui le saturait durant la journée, quand il devait partager son cheval et ses provisions avec une morveuse qui le fusillait du regard.

Thalia se battait parfois avec une épée, parfois avec une épée et une dague. Sa taille et son poids la désavantageaient face à Sandor, et elle essayait de tirer profit de toutes les astuces enseignées par Bronn. Elle était rapide, vive, souple, elle faisait des coups de pute imprévisibles, elle n'utilisait pas beaucoup de coups conventionnels… Mais, en dépit de tout ça, et même si le Limier en prenait parfois pour son grade, elle n'emportait jamais la victoire.

– On ferait un bon duo, fit-elle néanmoins remarquer un soir après leur entraînement. Je veux dire : contre d'autres adversaires.

– Console-toi comme tu peux, lâcha Sandor d'un air narquois en se dirigeant vers son cheval.

– Bouh, c'était méchant !

Sandor se contenta de rire tandis qu'il allait chercher l'outre d'eau fixée à sa selle. Thalia lui fit une grimace, même s'il lui tournait le dos, et alla chercher sa propre réserve d'eau. Ce fut Arya, assise aux pieds de Vol-de-Nuit, qui la lui tendit. La jeune femme la remercia d'un vague grognement avant de boire à longs traits.

Décidément, quelle que soit l'activité qu'elle faisait avec Sandor Clegane, c'était toujours très physique. Cette pensée la fit sourire toute seule.

– Tu es amie avec lui ? lâcha soudain Arya.

Thalia rangea son outre dans ses sacs de selle, et baissa les yeux sur la gamine. Arya était toujours sur le qui-vive, même quand elle était assise. Comme si elle allait s'enfuir ou vous sauter à la gorge. Et ces yeux… Ces yeux pleins de défiance, comme ceux d'un animal sauvage.

Thalia se souvenait d'une époque où elle avait été comme ça, et elle s'efforçait de traiter Arya comme elle, elle aurait voulu être traitée en ce temps-là. Lui foutre la paix mais veiller sur elle du coin de l'œil.

– On peut dire ça, finit par dire la jeune femme. Ouais, j'imagine qu'on peut dire qu'on est amis.

– Pourquoi ? insista la gamine.

Arya préférait parler à Thalia. En fait, elle préférait Thalia tout court. Autant la fillette détestait Sandor, autant elle semblait respecter l'archère.

C'était probablement en lien avec la philosophie de vie que la guerrière ne se privait pas d'afficher : elle était seule maîtresse de sa vie, et le premier homme qui essaierait de lui dicter sa conduite ne pourrait plus baiser qu'avec une bite en bois pour le restant de ses jours. Quand elle avait dit ça la première fois, après une bonne rasade de vin, Sandor avait éclaté d'un grand rire sonore, mais le regard d'Arya avait furtivement étincelé.

Thalia haussa les épaules :

– On voyage ensemble depuis un bon moment maintenant. Et même à Port-Réal, on se parlait de temps en temps. Il m'a sauvé la vie, une fois. J'ai juré de repayer ma dette. Ça compte, ça aussi.

Arya resta silencieuse un moment, son regard gris et sauvage fixé sur Sandor. Finalement, elle chuchota, presque pour elle-même :

– Il est mauvais.

Thalia poussa un soupir las.

– Tu ne le connais pas. Et les gens sont tous mauvais, de toute façon.

– Mon père était quelqu'un de bien, rétorqua la gamine. Et mon frère Robb l'est aussi. Et ma mère, et ma famille.

Thalia inspira à fond, peu enthousiasmée à l'idée d'expliquer la vie à une gamine de huit ans, mais elle lâcha néanmoins :

– Parce qu'ils n'ont jamais été éprouvés par la vraie vie, la vie où les gens souffrent et perdent des choses qu'ils aiment, où ils doivent faire des choix où toutes les options sont mauvaises. Cette vie qu'on les gens normaux, pas les grandes familles surprotégées dans leurs châteaux… D'ailleurs, dès qu'ils sortent de leurs châteaux, ils foutent la merde partout où ils passent. Ton frère Robb a épousé une fille sans noblesse, tu le sais ? C'est probablement parce qu'il a baisé avec.

– Robb ne ferait pas ça ! s'indigna Arya.

– Il a quel âge, dix-huit ans ? Bien sûr qu'il le ferait. A cet âge, les garçons sont contrôlés par leur bite. Mais là n'est pas le sujet. Ton royal frangin a eu le choix : sauver son honneur à lui en épousant une Frey, ou l'honneur de la fille en l'épousant. Et…

– Il a fait le bon choix, s'obstina la gamine.

– Non, fillette. Parce qu'à présent c'est son oncle qui paie les pots cassés à sa place, parce que tout le Nord chuchote que Robb Stark a manqué à sa parole, et parce que Walder Frey est une immonde fripouille qui va sans doute poignarder le Roi du Nord dans le dos à la première défaite. Toi tu l'aimes, ton frère, mais pour ceux qui savent simplement qu'il a trahi son serment, c'est quelqu'un de mauvais. Le monde est peuplé de gens mauvais.

Arya Stark fixait l'archère de son regard gris et intense, si totalement concentrée sur ce que lui disait la guerrière que Thalia avait l'impression que la petite louve buvait ses paroles. Ce regard gris, Ned Stark devait avoir le même.

Un regard de Nordien. Un regard de loup.

– Tu n'as pas l'air de quelqu'un de méchant, finit par murmurer la gamine.

Thalia haussa les épaules pour montrer le peu de cas qu'elle faisait de l'avis de la fillette, puis, tout en faisant tourner autour de son doigt la chevalière des Amantis, entreprit de lui ôter méthodiquement ses illusions :

– Quand j'étais un peu plus vieille que toi, j'ai égorgé un homme et j'ai adoré ça. Puis je suis devenue une hors-la-loi, une racaille, le genre qu'on pend sans y regarder à deux fois. Et une pute par-dessus le marché, que je suis devenue. J'ai baisé avec des dizaines d'hommes, pour le plaisir, pour l'argent, pour la survie. J'en ai tué, aussi, des hommes. Jeunes, vieux, riches ou crevant de faim, violeurs ou simples inconnus, je les ai tués quand même. Pour me défendre ou pour défendre mon frère, ou ma bourse, ou mon coin sous un pont pour dormir, je les ai tués quand même, sans l'ombre d'une hésitation. Je ne suis pas meilleure que Sandor. Je suis même probablement pire.

Arya fit une drôle de tête, et Thalia esquissa un demi-sourire moqueur.

— Ouais, gamine. Y a peu de différences entre lui et moi. Il est plus grand, plus fort, plus moche. Mais pas plus méchant.

– Tu aurais tué Mycah, toi ? s'indigna Arya.

– Qui est Mycah ? fit la jeune femme d'un air surpris.

– Mon ami.

Thalia fronça les sourcils avec incompréhension :

– Il a tué un de tes amis à Port-Réal ?

– Non. Sur la Route Royale. Mycah était le fils du boucher, il nous accompagnait à Port-Réal. Il n'avait rien fait de mal, c'était moi qui avais frappé Joffrey, mais le Limier l'a tué quand même !

– Attends, l'interrompit Thalia. Je ne comprends rien à ton histoire. Raconte-moi dans l'ordre, petite louve, là je suis perdue.

Alors Arya Stark raconta. L'épée, cadeau de son frère Jon. La louve, Nymeria. Mycah, son ami. L'entraînement sur la route. Joffrey et Sansa arrivant en plein milieu. Joffrey menaçant Mycah, le blessant. Le coup porté au prince. Les cris de Sansa, l'arrivée de Nymeria. L'épée de Joffrey jetée dans la rivière. Sa fuite à elle dans la forêt, avec Nymeria. La façon dont elle l'avait chassée à coups de pierres. Et quand elle était revenue, le mensonge de Sansa, la mort de Lady. Et le Limier, revenant avec le corps sans vie de Mycah.

– Il était innocent, s'emporta la fillette avec fougue. Il était mon ami, il n'avait fait que s'entraîner avec moi parce que je lui avais demandé !

Thalia soupira puis, après une hésitation, s'assit en face de la gamine. Elle n'était pas du genre à prêcher la paix et la bonne entente, mais bon, là, elle n'avait pas le choix.

– Tu ne peux pas accuser Sandor de ça.

Arya eut l'air outré :

– Mais il l'a tué !

– Oui, mais tu pourrais aussi bien détester l'épée qu'il tenait ce jour-là, riposta la jeune femme. Si ça n'avait pas été Sandor, ça aurait été quelqu'un d'autre. Si moi j'avais été à sa place, je l'aurais tué aussi, ton Mycah. Moi ou n'importe qui d'autre. Les Lannister ont des tas de soldats à envoyer contre ceux qui les contrarient.

– Mais…

– Écoute-moi, fillette. Si Joffrey n'était pas arrivé, Mycah vivrait toujours. Si ta louve n'avait pas attaqué le prince… Eh bien, tu aurais été battue, Joffrey aurait été fier de lui, il aurait oublié Mycah, et ton ami vivrait toujours. Si Sansa n'avait pas menti, les Lannister n'auraient pas tué le garçon, mais Joffrey aurait été humilié. Et il fait toujours payer très cher ses humiliations aux gens qui l'entourent : ta sœur en sait quelque chose.

Les épaules de la gamine se tendirent, mais elle ne dit rien. La logique de Thalia se tenait, et la fillette écoutait son raisonnement avec attention.

– Si Robert avait eu un peu plus de couilles et s'était opposé à sa femme, Mycah vivrait toujours, continua Thalia. Et si tu n'avais pas demandé à ton ami de jouer au chevalier, rien ne serait arrivé. Mais si Sandor n'avait pas été là ? Il n'y aurait eu aucune différence. La reine aurait envoyé quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui aurait tiré une flèche dans le dos de ton ami, ou qui lui aurait tranché la gorge, ou qui l'aurait ramené vivant pour que Joffrey ait la satisfaction de le tuer à coups de pieds.

Arya frémit. Pas de peur ou d'horreur, mais de haine. Thalia décida d'éviter le sujet de ce qui se passait à la cour le plus longtemps possible. La gamine détestait Joffrey : savoir ce qu'il faisait à Sansa risquait de pousser la petite louve à faire demi-tour pour se ruer à Port-Réal et tuer ce salopard.

– Ton ami était mort dès que Joffrey a été humilié, finit l'archère. Il fallait un responsable à punir. Joffrey, par sa colère, et Cercei, par les ordres qu'elle a donné, l'ont tué. Sansa, par ses mensonges, et Robert, par sa faiblesse, sont fautifs aussi. Ils auraient tous pu agir, mais aucun n'a rien fait.

– Mais le Limier l'a tué, murmura Arya à mi-voix.

– Il ne savait pas que le gamin n'avait rien fait. Et même s'il l'avait su ? Le gamin ne lui était rien. Et Sandor ne pouvait pas refuser un ordre des Lannister. Sa tête aurait fini sur une pique.

– Mais c'est quand même un meurtrier !

Thalia riva son regard dans celui de la fillette, impassible :

– J'en suis une aussi. Peut-être même pire. Et toi, tu veux me faire croire que tu n'as jamais tué personne ?

Arya fut à court de mots, cette fois. Elle ouvrit, puis referma la bouche. Finalement, elle croisa les bras et secoua farouchement la tête :

– C'était pour me défendre, je n'avais pas le choix !

L'archère secoua la tête, amusée, puis se leva souplement. Avant de s'éloigner, elle se pencha vers la gamine :

– Sandor non plus ne l'avait pas, le choix. On fait tous des choses horribles pour survivre. Toi, lui et moi, on a ça en commun.

Arya cessa d'incendier Sandor à chaque occasion en lui reprochant la mort de Mycah, même si sa colère restait intacte. A la place, elle s'enferma dans le silence, prononçant à peine quelques mots par jour. Avec Sandor à peu près calmé et la petite Stark murée dans son mutisme, le voyage devint presque paisible. De temps à autre, le Limier et l'archère en oubliaient la gamine et discutaient à bâtons rompus d'armes, de batailles, de vin, d'adversaires talentueux.

Le soir, avant de s'endormir, en tendant l'oreille, Thalia pouvait entendre Arya répéter sans cesse la même litanie.

« Ser Gregor la Montagne. Polliver. Illyn Payne, Ser Meryn. Le roi Joffrey. La reine Cercei. Le Limier. La prêtresse de Stannis. Valar morghulis. »

Thalia écoutait en silence, chaque soir, avant de fermer les yeux. Elle devinait sans mal quel était l'objet de cette liste. La petite louve ne faisait rien pour s'en cacher.

Petite louve. Aucun surnom n'allait mieux à Arya Stark que celui-là. Sauvage, brutale, féroce, encore trop jeune pour être dangereuse mais déjà réellement menaçante. Thalia commençait à se dire qu'elle regretterait son absence, quand Sandor et elle l'auraient rendue à sa famille. Elle s'était habituée à la gamine. De temps à autre, elles parlaient des danseurs d'eau, du maniement du couteau, de ce que ça faisait de tuer.

Parfois, quand le chemin était étroit et qu'ils devaient chevaucher l'un derrière l'autre, Arya et Thalia avaient de brèves conversations à mi-voix. Parfois, la fillette lui racontait une leçon de son maître à danser –Thalia avait été très impressionnée par le nom de Syrio Forel– ou bien lâchait une information, comme le fait que son épée lui avait été volée par Polliver ou qu'elle s'était disputée avec Gendry avant qu'il parte. D'autres fois, Thalia chuchotait des histoires de Dorne, lui parlait des gens qu'elle avait aimés, de l'habileté qu'avait Morden à lancer un couteau ou des blagues acides de Bronn. Arya lui demanda ce qu'ils étaient devenus, ces gens. Thalia haussait les épaules, invariablement.

Anguy ? Quelque part en vadrouille, peut-être mort. Morden ? Sans doute errant dans les terres de l'Orage, son éternel sourire aux lèvres et jonglant avec son couteau fétiche, mais il pouvait aussi bien être mort. Willos ? Peut-être errant dans les Conflans, peut-être mort dans une rixe ou une bataille, peut-être même pendu pour ses crimes. Steffon ? Thalia et Anguy l'avaient quitté alors qu'il venait de se faire trancher la main pour vol, il pouvait avoir survécu comme il pouvait être mort de l'infection ou de la faim. Bronn ? Peut-être mort, lui aussi.

Thalia préférait rester dans l'ignorance. Et Arya ne posait pas de questions.

L'archère avait l'impression que la gamine s'était également attachée à elle. Du moins, elle tolérait sa compagnie, son toucher, le partage de sa nourriture. A Sandor, elle ne réservait que méfiance ou observation songeuse.

Quoique, ça valait mieux que son agressivité du début.

Arya était très silencieuse, mais son regard froid et vif suivait chacun de leurs gestes, chacun de leurs échanges, chacun de leurs réflexes. La fillette était maligne. Pas d'une intelligence sournoise, rusée, ce genre d'intelligence appréciée des conseillers royaux comme Littlefinger, mais d'une intelligence pratique, observatrice. La gamine avait vite noté le naturel avec lequel Thalia s'occupait d'Etranger, l'habitude avec laquelle Clegane répondait aux taquineries de la jeune femme, le geste machinal que Thalia avait de passer la main sur l'emblème des Amantis à sa ceinture ou de tourner la chevalière à son doigt, la tranquillité avec laquelle le Limier et l'archère partageaient leurs vivres, les réflexes qu'ils avaient acquis lors de leurs entraînements.

Arya était quasiment muette, mais elle ne put s'empêcher de bondir quand ils croisèrent un homme en train de réparer sa charrette sur le bas-côté, et que Thalia et Sandor lui prirent sa carriole sous la menace.

Le Limier flanqua un coup de poing au vieux, qui tomba assommé. Le guerrier allait l'achever, quand la petite louve bondit devant lui :

– Ne le tue pas !

Thalia et Sandor marquèrent un temps d'arrêt. L'archère jeta un regard incertain au petit vieux, mais le Limier gronda :

– Les rats morts ne couinent pas.

Arya lui lança un regard venimeux :

– Vous êtes très dangereux, hein ? Vous effarez les petites filles, vous tuez les petits garçons et les personnes âgées. Un vrai dur.

– Plus que quiconque, se contenta de dire le Limier.

Thalia soupira, sentant venir l'empoignade. Elle n'avait pas spécialement envie de se trimballer avec la gamine devenue hargneuse comme un pou… La Dornienne rengaina son poignard.

– A qui veux-tu qu'il parle ? Il ne nous a pas reconnu, de toute évidence.

– Mieux vaut être prudent.

Le Limier esquissa un geste vers l'homme étendu, mais Arya le repoussa :

– Ne le tuez pas !

Sandor avait l'air à deux doigts d'envoyer voler la fillette pour passer son chemin et régler son compte au vieillard assommé, mais la petite Stark ajouta en désespoir de cause :

– Je vous en prie. Ne le tuez pas.

Thalia retint un frisson. Pendant une brève seconde, Arya Stark avait eu la même intonation que la petite Sansa, quand elle suppliait Joffrey. Il ne l'écoutait jamais, Joffrey, mais il se délectait de ses supplications.

Après une seconde d'immobilité, Sandor rengaina son poignard. Thalia se détendit imperceptiblement. Sandor vivait dans le danger permanent. Évidemment, lui, il ne devait pas laisser de témoin. Mais Thalia… Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle non plus n'aurait pas tué le vieux : ça n'était pas utile, et elle évitait de verser le sang sans raison.

– Tu es trop gentille, lâcha tout de même le Limier à l'adresse d'Arya. Ça te fera tuer.

La gamine redressa le menton avec défi. Puis, comme le vieux paysan gémissait et faisait mine de se réveiller, la fillette ramassa un bâton court et épais, rejoignit le vieux en deux enjambées, et lui envoya un coup de gourdin assez violent pour qu'il retourne au pays des songes quelques heures.

Puis la gamine retourna vers les chevaux, sous le regard sidéré de Thalia et Sandor.

– Elle va terriblement me manquer, cette fillette, soupira l'archère en retournant vers Vol-de-Nuit.

Clegane se contenta de lui lancer un regard dubitatif. A lui, Arya n'allait pas du tout manquer, ça crevait les yeux.

oOoOoOo

Ils continuèrent leur route, attelant Vol-de-Nuit à la carriole. Thalia conduisait, Arya grimpait dans le chariot, et le Limier chevauchait à leurs côtés. Quand ils croisaient des voyageurs, le capuchon rabattu de Sandor dissimulait ses cicatrices trop reconnaissables, et son aura menaçante protégeait les deux femmes dans la charrette.

Au bout de deux jours, ils parvinrent en vue des Jumeaux. La petite louve était plus muette que jamais. A midi, lorsqu'ils s'arrêtèrent au sommet d'une colline proche pour bivouaquer, elle ne cessa de faire des allers-retours entre la charrette et le bord de la colline, là où la pente devenait raide et où on avait un point de vue dégagé sur les Jumeaux.

Après plusieurs minutes passées à contempler les deux châteaux et le pont qui les reliait, la gamine revint vers Sandor et Thalia qui, assis sur le bord de la charrette, se partageaient des pieds de cochons issus des trésors de leur carriole. D'un ton acerbe, la fillette lâcha :

– Personne ne croira que vous êtes éleveurs de porcs si vous les mangez tous.

– Personne ne croira qu'on est éleveurs de porcs si on meurt de faim, répliqua Thalia.

– Et c'est la meilleur partie de l'animal, lâcha Sandor.

Il y eut un temps de silence. Arya aurait pu manger, elle aussi, mais elle avait refusé sa propre ration. Elle avait sans doute l'estomac noué. Vu les regards effrayés qu'elle lançait aux Jumeaux à la dérobée, ça crevait les yeux.

– Ils ne vont pas s'envoler, laissa tomber le Limier d'un ton railleur.

Arya tourna vers Sandor un regard noir :

– Je sais.

Clegane émit un bruit moqueur :

– Tu vérifies toutes les cinq minutes comme si t'avais peur qu'ils aient bougé.

– Je n'ai pas peur, s'obstina Arya.

Thalia leva les yeux au ciel, mais décida de ne pas intervenir. La petite louve les aurait quittés ce soir, il était inutile de chercher à préserver la paix…

Sandor émit un ricanement :

– Bien sûr que si. Tu y es presque, et tu as peur de ne pas y arriver. Plus tu approches, plus tu as peur.

Il se pencha vers elle, et les cicatrices qui le défiguraient rendaient son air moqueur presque effrayant, tandis qu'il achevait d'un ton narquois :

– Inutile de te cacher. Je reconnais la peur quand je la vois. J'ai ai vu beaucoup.

Oh, ça, Thalia n'en doutait pas. Elle grignota le reste de son pied de cochon, avant de balancer l'os par-dessus son épaule. Elle espérait vaguement qu'Arya aurait eu sa dose de confrontation et retournerait à son mutisme… Mais non.

– Je sais reconnaitre la peur quand je la vois, répliqua la gamine. Et vous avez peur du feu.

Sandor s'immobilisa. Thalia aussi. Pendant une seconde, elle fut persuadée que la phrase s'adressait à elle aussi, qu'Arya avait deviné sa grande terreur. Mais Arya continua, ses yeux gris et indéchiffrables, si durs pour une enfant de son âge, rivés sur le Limier :

– Quand l'épée de Béric s'est enflammée, vous aviez l'air d'une petite fille effrayée.

Thalia ne jeta pas un regard en direction de Sandor. Toujours assise sur le rebord de la charrette, elle se redressa légèrement, posant un regard glacé sur la petite Stark. La gamine, si elle le vit, l'ignora superbement, et avança d'un pas en crachant :

– Et je sais aussi pourquoi.

Je te conseille vivement de ne pas poursuivre, songea très fort Thalia. Penser à ça la ramenait à son propre cauchemar de flammes et de chair brûlée. Contrairement à Sandor, l'archère n'avait pas le self-control nécessaire pour entendre paisiblement raconter son calvaire. Qu'Arya essaie un peu de se moquer des blessures infligées par le feu, et elle allait finir avec un pain dans son petit minois.

– Je sais ce que votre frère vous a fait… Appuyer votre visage dans le feu comme une bonne côtelette de mouton juteuse.

Thalia imagina l'odeur de la chair qui brûle, la graisse qui trille, et son estomac se souleva. Elle réprima son haut-le-cœur avec la plus grande des difficultés, et ce fut, ce jour-là, tout ce qui empêcha Arya Stark de se prendre une baffe.

Toute l'affection que Thalia avait pu avoir pour la gamine s'était volatilisée.

Au bout de quelques secondes, Sandor émit un reniflement dédaigneux, et lâcha :

– Ça te donne des idées ?

Arya ouvrit la bouche pour répondre, et croisa soudain le regard de Thalia. Ces yeux ambrés, qui avaient à cet instant un regard si noir, si furieux, que la petite louve perdit toute sa belle assurance. Elle recula de deux pas, et se détourna pour fixer à nouveau les Jumeaux, tout en grommelant avec hargne :

– Peut-être.

– Vas-y alors, ironisa le Limier. Tu pourrais presque rejoindre ta famille par tes propres moyens. Ils sont juste de l'autre côté. Ta famille la plus proche… Depuis qu'Ilyn Payne a coupé la tête de ton cher père.

Arya se tourna vers Sandor, ses yeux étincelants de colère. Mais avant qu'elle n'ait pu parler, Thalia se leva, et à voir l'éclat sombre dans son regard, la petite louve devina qu'il valait sans doute mieux la boucler.

Ils se remirent très vite en route. Le reste du voyage se déroula en silence. C'était au tour d'Etranger d'être attelé à la charrette, et à Thalia de chevaucher à leurs côtés. De temps à autre, la jeune femme jetait un regard noir à la petite Stark, qui ne se rendait compte de rien tant elle fixait les Jumeaux avec nervosité.

Ils atteignirent le fort peu de temps après le coucher du soleil. Les alentours du château étaient couverts de tentes, de feux de camps, de baraquements sommaires, et une atmosphère de fête y régnait. Thalia sentit sa mauvaise humeur s'évanouir. De l'alcool et des rires, partout autour d'elle, c'était une situation familière, rassurante. Petit à petit, elle laissa la charrette la distancer, préférant flâner derrière, à la recherche d'un soldat mignon. Peut-être même qu'il serait partant pour une baise rapide…

Sandor et elle échangèrent un bref regard, quelques mètres avant que la charrette ne soit arrêtée par un garde devant les portes. Thalia se dirigea aussitôt sur un côté, prête à se joindre à la fête, mais les paroles que le garde lança dans son dos l'atteignirent quand même.

– La fête est finie !

Elle s'immobilisa, soudain mal à l'aise. Ce n'était pas bon, ce genre de phrase. Saisie d'un mauvais pressentiment, elle jeta un regard derrière elle, croisa le regard inquiet de Sandor…

Arya n'était plus dans le chariot.

Thalia poussa un juron, et talonna Vol-de-Nuit. Foutue gamine imbécile et inconsciente ! A quoi pensait-elle ?!

La réponse lui vint bien vite, tandis qu'elle zigzaguait au milieu des soldats plus ou moins ivres, longeant les remparts. Les portes du château étaient fermées. Les Jumeaux s'étaient barricadés comme si l'armée à ses pieds était en train de faire un siège, et non la fête. Arya cherchait une entrée.

Gamine stupide. Thalia commençait à sentir une sueur froide lui couler dans le dos. Les Frey n'avaient finalement pas pardonné l'offense du Jeune Loup. S'ils se barricadaient, c'était pour exterminer les Nordiens… Est-ce que la petite louve était trop bête pour réaliser l'évidence ? Ce mariage n'avait été qu'un prétexte pour attirer les Stark dans un piège !

Pour la plupart des gens de Westeros, le fait qu'un noble tue un invité sous son toit était inimaginable. Peut-être qu'Arya espérait que l'honneur de Walder Frey le retiendrait. Mais Thalia venait de Dorne : elle n'avait pas de telles illusions. Quand un homme est offensé, ni l'honneur ni la foi ne retiennent son envie de vengeance.

Les premiers cris commencèrent à retentir.

Au départ, ils se fondaient dans les rires et la musique, mais un hurlement plus perçant que les autres atteignit les oreilles de l'archère. Elle pesta, et fit faire volte-face à sa monture. Tant pis pour les Stark, la rançon, l'or, les remerciements du roi, la petite louve. Ici, il n'y avait rien qu'elle ne chérissait plus que sa propre vie.

Elle se dirigea au petit galop vers l'endroit où elle avait laissé Sandor et sa charrette. Le Limier n'était plus là : sa cape traînait par terre et quelques corps gisaient, témoins de son passage quand il avait abandonné son déguisement. Etranger avait été dételé de la charrette et piaffait avec nervosité, tandis que deux écuyers portant l'emblème des Frey essayaient de l'attraper.

Thalia soupesa très sérieusement l'idée de s'enfuir, là maintenant, et de laisser Sandor se débrouiller tout seul. Mais elle n'était pas stupide, elle savait qu'il valait mieux voyager à deux en ces temps troublés, et Clegane était sa meilleure assurance-vie. En plus elle l'aimait bien.

Et pour garder Clegane, il fallait s'assurer de garder le cheval.

Elle avait attaché son arc et son carquois à l'arrière de sa selle de manière à ce qu'ils soient faciles à attraper : en moins de cinq secondes, les deux écuyers avaient chacun une flèche dans la gorge, et Etranger trotta docilement vers la Dornienne. Thalia saisit ses rênes, et, portant deux doigts à ses lèvres, poussa un sifflement strident. Le même qui avait attiré l'attention de Sandor le jour de l'émeute.

Visiblement, le Limier ne l'avait pas oublié. Il surgit de nulle part, la petite louve assommée sur son épaule, et enfourcha son cheval. Sans un mot, Thalia l'aida à placer Arya devant lui de manière à ce qu'elle ne tombe pas. Les mouvements réveillèrent la gamine, qui posa sur eux un regard trouble, à demi-conscient.

– C'était un piège, marmonna Thalia.

Elle se parlait davantage à elle-même qu'à la gamine, aussi leva-t-elle un regard surpris sur la petite louve quand celle-ci souffla avec un accent désespéré :

– Ma mère…

– Trop tard, grogna Sandor.

– C'était trop tard dès le début, ajouta sinistrement l'archère.

Etranger et Vol-de-Nuit piaffaient rendus nerveux par les cris et les débuts d'incendies qui prenaient dans les tentes de l'armée du Jeune Loup. Thalia se redressa sur sa selle, raccourcissant ses rênes, et jeta un bref regard autour d'eux. Elle aperçut une bannière, oubliée contre les remparts, et s'apprêtait à dire à Sandor de la prendre pour leur ouvrir un passage lorsque son regard accrocha quelque chose, et les mots se bloquèrent dans sa gorge.

Quittant la cour des Jumeaux, une silhouette difforme et grotesque était montée sur un cheval, encadrée par plusieurs Frey qui riaient et scandaient « Le Roi du Nord ! Le Roi du Nord ! ». Un corps humain, sur lequel une gigantesque tête de loup était cousue.

Un homme. Et un loup géant.

Thalia se souvint du récit furieux d'Arya, des loups des petits Stark, et étrangement, elle se rappela que le nom du loup géant de Robb Stark était Vent Gris.

Et autour d'eux, les Frey riaient, crachaient, se moquaient. Ils avaient profané la dépouille de Robb Stark, ce gamin qui avait à peine dix-huit ans, et ça les faisait rigoler. C'était un gosse à qui ils avaient coupé la tête, c'était le cadavre d'un gosse et de son loup avec lesquels ils s'amusaient. Un gosse qui avait l'âge d'Anguy. Thalia sentit l'indignation, le dégoût, l'horreur, monter en elle comme de la bile.

Elle se détourna, écœurée. Sandor, abasourdi, regardait lui aussi cette parodie d'être humain. Arya, coincée entre lui et l'encolure d'Etranger, avait les yeux rivés sur le corps de son frère. Ses yeux gris n'avaient plus rien de dur ni d'adulte à présent. Ils étaient immenses, remplis de détresse. Pour la première fois, Arya Stark ressemblait à une enfant. Une enfant sur le point de pleurer.

Malgré l'histoire du feu et le venin qu'elle avait craché en début de journée, soudain, Thalia fut incapable d'en vouloir à la petite louve.

La petite louve n'avait plus de meute.

– Partons d'ici, lâcha brutalement Thalia.

Sandor sortit de sa transe et hocha la tête. Il attrapa la bannière que Thalia avait repérée un peu plus tôt, et, suivi par l'archère, partit au grand galop.

Les tentes brûlaient, les gens se battaient, hurlaient. Les cadavres jonchaient le sol : trois fois, Vol-de-Nuit et Etranger sautèrent par-dessus. Lorsque Thalia et Sandor avaient fui Port-Réal, les rues étaient vides, et même si l'incendie vert était visible et qu'on entendait l'écho des hurlements de cauchemar, ce n'était pas la panique, ce n'était pas le chaos. Là, si.

Un homme armé d'une torche enflamma une tente presque sous les sabots de Vol-de-Nuit. La jument hennit et se cabra violemment, manquant de désarçonner sa cavalière. Ce fut presque par miracle que Thalia resta en selle et que sa monture ne fut pas touchée par les flammes. Quand Thalia rattrapa Sandor, le guerrier lui jeta un regard oblique, mais ne fit pas de commentaire sur son teint livide ou ses mains tellement crispées sur les rênes qu'elles en étaient tétanisées. Vaguement, la jeune femme espéra qu'il n'avait pas vu sa terreur, puis réalisa que ça n'avait pas d'importance. Dans cette fournaise, ce chaos, la terreur était partout.

Les gens courraient en tous sens, paniqués, ne reconnaissant plus les amis des ennemis. Les chevaux s'échappaient et s'enfuyaient avec des hennissements paniqués qui ressemblaient à des cris humains. Les soldats, en armure ou en simple chemise, certains même complètement nus, fuyaient pêle-mêle loin des Jumeaux et des tentes qui s'enflammaient les unes après les autres. Des putains surgissaient desdites tentes en hurlant, et étaient fauchées par les lames des Frey ou piétinées par les Nordiens affolés. Ils se frappaient dans le dos, se battaient seuls ou ensembles, ou bien ils fuyaient, trébuchants, bousculant les autres, fonçant en ligne droite, aveuglés par une peur primaire et animale.

Et, au travers de cet enfer, piétinant les cadavres et les tentes en feu, tous deux cramponnés aux rênes de leurs chevaux et priant pour qu'aucune flèche ne les atteigne dans le dos, Thalia et Sandor fuyaient les noces maudites du Roi du Nord.

Ils continuèrent à galoper longtemps après avoir dépassé la lisière du camp des Nordiens, où Clegane laissa tomber la bannière qu'il portait. Ils remontèrent une colline, puis une autre, Thalia reconnut fugitivement l'endroit où Arya et Sandor avaient eu leur dernière dispute, et ils continuèrent à s'éloigner des Jumeaux à bride abattue.

Ce ne fut que bien plus tard, alors qu'ils galopaient sur un terrain plus accidenté, qu'ils firent ralentir leurs chevaux. Avec l'obscurité, le risque que leurs montures se blessent était trop grand, il valait mieux faire preuve de prudence et s'arrêter pour la nuit. Ce fut Vol-de-Nuit qui s'arrêta la première, ses flancs se soulevant et retombant lourdement, sa robe noire couverte d'écume. Thalia glissa de sa selle, scrutant les environs d'un œil attentif :

– Personne dans le coin. On va s'arrêter là

Quelques arbres parsemaient la plaine et, plus loin, l'ombre dense d'une forêt se dessinait. Ils étaient probablement perdus, et il y avait peut-être des bêtes qu'il ne fallait pas déranger dans le coin, comme des loups ou des sangliers. Mais ni Arya ni Sandor ne protestèrent.

La petite louve dégringola plus ou moins d'Etranger, et trébucha jusqu'à un arbre au pied duquel elle se blottit. Thalia et Sandor, eux, malgré l'obscurité, la fatigue et la nausée qui leur retournait les tripes, s'occupèrent d'abord des chevaux.

Ils les attachèrent à un arbre à trois pas de celui où s'était nichée la petite louve et, en silence, ils les dessellèrent. Thalia, après une rencontre inopiné avec un chardon, trouva une poignée de hautes herbes assez sèches pour bouchonner rapidement Vol-de-Nuit. Le Limier l'imita en silence.

Une fois les chevaux secs, ils les couvrirent chacun d'une couverture. Durant quelques secondes, Thalia et Sandor restèrent immobiles, fourbus et l'esprit vide, entre leurs deux chevaux épuisés.

– C'était juste, finit par murmurer Thalia.

Elle et Sandor se tournaient le dos, et elle fit demi-tour pour pouvoir le regarder.

– Ouais, laissa tomber le Limier à voix basse. Encore.

Il se tourna et Thalia eut un instant de surprise. A la faveur de la nuit et avec l'angle de la faible lumière dispensé par la lune, on ne voyait pas du tout les brûlures de Sandor.

Pendant une seconde, ils restèrent silencieux. Ils savaient qu'ils pensaient tous les deux à l'attaque de Port-Réal et aux flammes vertes qui montaient jusqu'au ciel. Finalement, Thalia leva les yeux vers le ciel étoilé. Les constellations lui semblaient moins visibles. A cause de l'incendie qui n'était pas si loin, ou de sa propre fatigue, elle n'aurait su le dire.

– Où on va maintenant ?

Sandor haussa les épaules et grogna :

– Aucune idée.

– Aucune idée, répéta Thalia. Retour à la case départ alors.

Clegane ne se donna pas la peine d'acquiescer. Il regardait en direction des Jumeaux comme s'il lui était encore possible de les voir, son expression rendue indiscernable par la pénombre. Thalia le regarda, lui, et pensa à la situation inextricable dans laquelle ils étaient fourrés, au fardeau qu'allait représenter Arya Stark, à son chagrin, à l'impossibilité de la rançonner, au regard accusateur qu'elle allait faire peser sur eux demain, aux dangers qui les guettaient peut-être en ce moment même…

Elle poussa un long soupir et, envoyant au diable le regard de la petite louve et les dangers éventuels, tendit la main vers le visage de Sandor. Il baissa les yeux vers elle juste au moment où elle l'attrapait par la nuque et, se dressant sur la pointe des pieds, elle pressa brutalement sa bouche contre la sienne.

Ce baiser était presque aussi féroce que celui qu'ils avaient échangé avant Harrendal. Dur, avide, violent, leurs lèvres et leurs dents se heurtant, leurs langues se battant l'une contre l'autre. Ils s'embrassaient. Ils s'enlaçaient. Il y avait moins de passion que de hargne dans geste, et Thalia repensa fugacement à Bronn, à cette étreinte fugitive juste avant qu'il ne parte. C'était le même goût de colère et d'angoisse, de désespoir, la même façon de se clamer à soi-même qu'on était encore en vie, qu'on était encore affamé de vivre.

Ils se séparèrent à bout de souffle, mais Thalia ne s'écarta pas immédiatement. Après la trouille terrible qu'elle avait eu, c'était bizarrement réconfortant de sentir la chaleur masculine que dégageait le bras du Limier autour de sa taille.

Ce fut Sandor qui la lâcha le premier, lentement, et en laissant traîner une main baladeuse que Thalia écarta d'une tape sèche.

– Je suis crevée, se défendit-elle.

Sandor grogna un assentiment, et ils s'éloignèrent des chevaux. Sans vraiment y penser, ils s'installèrent au pied du même arbre qu'Arya, du côté opposé à celui qu'avait choisi la gamine. Thalia ferma les yeux et se sentit aussitôt basculer dans le sommeil, rassurée par la présence de Clegane endormi dans son dos.

Elle rêva de flammes et d'hommes qui la poursuivaient, de têtes de loups hurlantes, et d'une écœurante odeur de chair grillée.

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A suivre...

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